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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 18:17
Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017

Cela fait quelques années que je n’étais pas allée courir avec Alain Gestin. Quand il a proposé une 333 dans le désert de Gobi en Mongolie, je n’ai pas hésité un instant à m’inscrire.

Arrivée en Mongolie quelques jours avant le gros de la troupe, je rejoins la tribu à Oulan Bator le 8 juin, capitale de la Mongolie. J’y retrouve pas mal de coureurs déjà rencontrés, en Egypte, à Oman, et même sur le Mahoraid à Mayotte.

Cette 333 fait en fait 340km. Il y a des CP tous les 20km environ, où nous pouvons trouver de l’eau et des tentes.

Tous les 2 CP, nous pouvons laisser un sac avec entre autre de quoi se sustenter. J’ai fait les courses à Oulan Bator, je mangerai donc local : des conserves de riz-boeuf et riz-cheval.

Pour se diriger, nous avons les points GPS des CP, et c’est tout. Pas de balisage ni de tracé complet au GPS.

Et enfin une course sans matériel ni calories obligatoires ! Le rêve ! Je pars donc léger, avec un sac de 10 litres, loin d’être plein. Juste un coupe-vent et une très légère polaire pour la nuit, de quoi grignoter entre les 40km, des piles pour la lampe et le GPS, et une mini pharmacie. Et je me contente de 1,5 litres d’eau par CP.

Je préfère me protéger du soleil, je suis donc en collant, et je ressors mon maillot Xbionic rose qui me tiendra au frais dans la chaleur du désert de Gobi.

J’ai définitivement abandonné tout ce qui est Raidlight, sac comme maillot, avec lesquels j’ai toujours eu beaucoup de frottements sur le thorax.

La première journée est consacrée à la préparation des sacs à laisser dans les CP. Le lendemain nous attend un jour complet de 4x4 pour rejoindre le désert de Gobi. Il y a un petit jeune dans le mien qui focalise sur les temps au marathon. Je ne me sens pas concernée, je n’ai jamais fait de marathon de ma vie.

Ce soir nous faisons connaissance avec les ger, les yourtes mongoles.

Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017

Le lendemain, samedi 10 juin, ça y est, le départ est donné à 9h30 à l’entrée du parc national de Gobi Gurvan.Saikhan pour 40 coureurs. C’est parti !

Direction les gorges de Yol, et ça commence par une belle grimpette. Dominique part vite devant. On le voit une dernière fois en haut d’une montée. Je cours dans la montée, ce qui n’est pas dans mes habitudes sur les longues distances. Mais je ne peux pas m’en empêcher, on a encore rien dans les jambes. J’entre dans les gorges. On rejoint un petit cours d’eau qu’on longe et qu’il faut sauter un nombre incalculable de fois. Il y a quelques vaches qui profitent de l’humidité du coin avec de la bonne herbe. Les parois se rétrécissent, c’est très beau.

Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017

Voilà déjà le CP1 à la sortie des gorges. Alain annonce qu’une dizaine de coureurs l’ont atteint. Je prends de l’eau et du coup je m’aperçois que ma poche à eau était mal fermée. J’en profite pour déguster quelques biscuits que Virginie m’a offerts à mon bref passage à Hong Kong, pour me donner de l’énergie.

Encore une courte montée après le CP, avant d’atteindre l’étendue de la steppe.

Je me rends compte que le fond de mon sac est trempé. Ca commence bien. Ma polaire est mouillée. Je l’étale sur mon sac, elle sera vite sèche avec le soleil et le vent. Car nous avons maintenant un fort vent de face.

Un ennui n’arrivant jamais seul, c’est la fermeture de ma casquette qui lâche. Je l’ai pourtant renforcée avant la course. Et sans casquette, je meurs. Je trouve un moyen de la fermer avec des scratchs. Ca tiendra toute la course.

Je peux maintenant me consacrer à ma direction. Je suis pour l’instant sur une piste toute droite, puis qui oblique à gauche. Je prends le cap de mon GPS et quitte la piste, avec un repère au niveau des montagnes tout au fond droit devant. Le groupe devant moi part à gauche, puis à droite, puis à droite droite. Je ne sais ce qu’ils font, moi, je vais tout droit. Je suis mon cap.

Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017

J’arrive au point intermédiaire du CP2, au niveau d’une yourte. Les deux basques arrivent sur la droite à la yourte suivante. Enfin, il y en a un qui a un béret basque, alors on dit les basques, mais il n’y en qu’un qui est du sud-ouest. Ils ont dû louper le point intermédiaire. Je vais plus vite qu’eux et j’arrive au CP2 seule.

Quelques autres coureurs ne tardent pas à arriver. Cyril vante ma légère foulée à côté de tous ces lourdauds aux grosses cuisses. Il trouve que j’ai une trajectoire bien plus efficace que la sienne. Je dois avoir un GPS dans la tête. Non, seulement au poignet, et je le suis, c’est simple.

J’enfourne un riz au bœuf. J’ai du mal à finir la boîte. Ce qui ne m’empêche pas de faire un sort aux petits biscuits hongkongais. Le sucré, ça passe mieux que le salé. Un bon coup de vent arrive et met de la poussière dans toute la bouffe.

Je repars. Je suis au milieu de la steppe, sur une petite herbe courte et sèche. C’est plat. Il y a au loin deux belles chaînes de montagnes, une à droite, une en face. On va vers une espèce de col à la jonction des deux. Le vent est vraiment très fort. Au moins, cela diminue la sensation de chaleur. Mais c’est épuisant de courir. Et je cours. Entre 6 et 7 km/h, je ne bats pas des records de vitesse. Je devrai marcher, mais c’est encore plus lent. Désespérant. Mieux vaut admirer le paysage, je vois ma progression par rapport aux montagnes sur ma droite. Et il y a de temps en temps des troupeaux qui me distraient, moutons, chèvres, chevaux.

Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017

Je prends du Daflon pour éviter aux jambes de gonfler. J’ai eu la bonne idée de mettre la plaquette dans une poche du sac qui ne ferme pas, et je m’aperçois que je l’ai perdue. Tant pis, je patienterai jusqu’au CP6 où j’en ai dans mon sac.

J’arrive au CP3, tenu par Claude, la médecin. Les sacs du CP10 sont là, et j’ai justement du Daflon dedans. Me voilà sauvée. Je suis seule au CP. Claude m’annonce qu’il n’y a pas grand monde de passé, seulement 3 coureurs. Fichtre, ça paye de courir par vent de face ! On discute pendant que je mange des nouilles chinoises à peine ramollies et qui craquent sous la dent. Peu m’importe.

Je repars. La nuit ne tarde pas à tomber, vers 21h30. Je ne suis pas la piste et je coupe droit sur la direction de mon GPS, de jour comme de nuit. Je suis donc au milieu de la steppe. Je traverse un troupeau de chameaux. Leurs yeux brillent dans la lumière de la lampe. Ils sont couchés, et ont deux gros chiens pour compagnons, qui aboient très fort. Voilà qui n’arrange pas mes affaires, mais je finis par passer sans encombre.

Je lève la tête, et tiens, une étoile filante sur la droite.

Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017

La steppe est pleine de lumières la nuit. Enfin, pleine, tout est relatif. Il n’y a pas surpopulation dans le coin. Il y a même des lumières rouges et bleues.

D’ailleurs il y en a trois derrière moi, des lampes de coureurs, qui ont l’air de prendre la piste alors que je coupe tout droit.

Le vent est tombé, c’est plus facile de courir. Et il ne fait pas trop froid.

Soudain je vois des appels de phares devant. C’est le chauffeur mongol du CP4 qui voit ma lampe arriver. Sympa !

Certains coureurs ont traversé un marécage dans cette étape, je n'en ai pas vu la couleur.

Par contre au CP, il faut fouiller pour trouver son sac. Ce n’est pas très pratique. Au menu, une boîte de conserve riz et cheval. Il y a aussi des petits biscuits offerts par les mongols. Les trois lampes arrivent. Ce sont les deux Patrick et Eric, le groupe des 3 Ric. Ils me demandent si je coupe de nuit. Eux ils n’osent pas.

Je repars. En fin de nuit, je m’endors en marchant. Alors autant courir. Mince, la première nuit ne devrait pas poser de problème de sommeil. Je vais devoir dormir au CP suivant, déjà ? J’y arrive après le lever du jour, et du coup je n’ai plus envie de dormir. Tant mieux.

Je suis maintenant entre deux chaînes de montagne, et je longe de près celle de gauche. Un magnifique cordon de dunes apparaît au pied des montagnes noires. L’herbe verte de la steppe devant, où je suis, contraste dans le paysage. C’est magnifique.

Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017

Me voilà au CP5. Au menu, des nouilles chinoises, toujours aussi craquantes.

J’ai fait 5 CP en moins de 24h, voilà une bonne moyenne journalière.

Il y a moins de vent aujourd’hui qu’hier. Je continue d’avancer parallèlement aux dunes. C’est très beau. J’ai l’impression que je monte depuis le début tellement c’est dur avec le vent. Je consulte mon GPS : 1450m d‘altitude. Et nous sommes partis de 2300m. Donc ça descend ! Pourtant je me force à courir, c’est trop lent de marcher.

De temps en temps des troupeaux agrémentent le paysage, ainsi que quelques minibus de touristes.

J’arrive au CP6 quand Manu en part. Il a fait un tour involontaire dans les dunes et s’est abîmé les pieds. Car Alain nous a dit : pas de sable, que de l’herbe. Donc personne n’a de guêtres adaptées aux dunes.

Les 3 Ric arrivent à leur tour. Je change de chaussettes et je repars.

Cette fois il y a bel et bien du sable sous l’herbe de la steppe. Ca rentre peu dans mes chaussures, mais ça rentre lentement et sûrement. Il vaut mieux les vider avant d’avoir de mauvaises surprises. Une fois. Deux fois. Ca ne peut pas durer, je dois trouver une solution avec les moyens du bord. J’ai une paire de petites guêtres ordinaires que j’ai prise au cas où. Je les monte à l’envers, la partie couvrant normalement la cheville sur le dessus de la chaussure. Ca marche impec, je peux courir sans souci.

Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017

Un super ravito nous attend au CP7 : délicieuse soupe de légumes, couscous et compote. Un vrai festin. Mais ce sera par petite quantité pour moi.

Il y a du monde au CP7 : la médecin mongole, Bernard qui est bénévole, Patrick le photographe. Il m’apprend que je suis 3°. Où est passé Manu ? Encore perdu dans les dunes ? Patrice et Dominique sont partis il n’y a pas longtemps. Je peux les rattraper. Ben tiens ! Cela ne m’effleure même pas l’esprit. 

Le CP7 étant en bordure de petites dunes, me voici en plein sable. Patrick le photographe veut me filmer en descendant la petite là juste devant. Ben tiens, sans guêtres aux chevilles dans ce sable très mou. Et il me fait recommencer deux fois. Je n'ai plus qu'à vider mes chaussures illico.

Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017

Puis c'est une succession de petites dunettes avec de hautes herbes. Il faut serpenter sans cesse, ça monte, ça descend. Et j'arrive... au surplomb d'un canyon. La rivière au fond est magnifique, il y a même des baigneurs, mais cela n'arrange pas mes affaires. Le GPS m'envoie de l'autre côté d'un méandre. Le GPS ne connaissant pas la réalité du relief, je décide de contourner ce méandre en suivant la bordure en haut du canyon. Mais je me tape toujours les dunettes et c'est épuisant. Je tombe par hasard sur les traces de deux paires de chaussures de trail, ce ne peut être que Dominique et Patrice. Je suis sur la bonne voie.

Mais après le premier méandre, il y a un deuxième méandre. Et un troisième méandre. Je n'ai plus l'esprit à admirer le paysage. J'ai parcouru 3km dans les dunettes en je ne sais pas combien de temps, et je ne me vois guère avancer. J'abandonne le point intermédiaire sur le GPS pour le CP lui-même,  je veux sortir de ces satanées dunettes sans fin, ce qui est vite fait en changeant de direction.

Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017

Je préfère longer le cordon de dunes dans une petite plaine bien verte. Je demande mon chemin comme je peux à une famille mongole en goguette, difficile d'expliquer qu'on va à un endroit inconnu dont on n'a que les coordonnées GPS, et du coup ils veulent m'emmener dans leur 4x4. Non merci, ce n'est pas ce que je veux.

Le chemin de ce côté est très facile, à part un petit détour pour ne pas me mouiller les pieds dans un marécage. Le coin étant humide, il y a beaucoup de troupeaux, vaches et chevaux, et plein d'iris bleus. C'est splendide.

J'arrive au pied d'une dune perpendiculaire  à mon chemin et mon GPS indique tout droit. Sûrement le CP est de l'autre côté. Il y a quelques 4x4 dans le coin, mais personne ne parle anglais. J'ai une belle piste devant moi dans la dune, je la suis. La nuit tombe. Ca monte dans le sable très mou. Et soudain des appels de phares droit devant en haut de la dune que je suis en train de grimper. C'est le CP ? Mais oui ! Je n'y arrive pas du tout par le bon chemin, ce qui n'a pas l'air de gêner le chauffeur mongol. En tout cas il a bien repéré ma lampe dans la nuit.

A ma grande surprise, les 3 Ric ne sont pas encore passés. Malgré mes détours, je suis donc allée assez vite et je suis toujours troisième.

Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017

Je mange rapidement et léger. Les 3 Ric arrivent sur ces entrefaites. Ils ont trouvé un pont pour traverser le canyon et n'ont visiblement pas galéré comme moi.

J'attaque la deuxième nuit et je préfère dormir 3/4h avant de repartir. Patrick me file une couverture qu'il a dégotée je ne sais où et qui est bienvenue pour un somme sous la tente.

Le CP9 ayant été supprimé, on part directement au CP10. J'ai fait la moitié du parcours, et après une direction nord-ouest nous nous dirigeons vers le nord-est. Mon GPS me pousse à gauche à flanc de colline, mais je vois trois lampes sur ma droite, sûrement les 3 Ric qui sont aussi déjà repartis. Ils prennent la piste la nuit.

Puis je vois de nouveau trois lampes, loin devant sur la droite, assez espacées les unes des autres. Fichtre, ils ont tracé les trois lascars ! Bien que mon GPS indique la gauche, je prends à droite vers les lumières. Ca descend, je cours vite. Mais impossible de les rattraper, ils vont encore plus vite. C'est assez bizarre. Je siffle même pour indiquer ma présence, peine perdue. Ce petit jeu dure assez longtemps, bien que je me rende compte que c'est une hérésie d'aller trop à droite.

J'arrive sur une belle piste. Mes lumières fantômes seraient-elles plutôt des mobylettes que des coureurs ? Et voilà justement une lampe de coureur qui arrive en sens inverse ! C’est Patrick le belge qui va au CP8, alors que j’en viens. Ah ! Il y a bien un petit problème. Il est sympa, il prend le temps de vérifier mes points GPS et ma direction. Je dois bien prendre à gauche. Salut Patrick, et à gauche toute !

Ca monte maintenant, droit sur une belle grosse lumière jaune, qui s’avère être une étoile, et qui elle aussi monte dans le ciel. Attention au cap sur les étoiles la nuit, elles bougent.

Arrivée assez haut, je vois plusieurs fois des lampes sur ma gauche. Fichtre, j’ai fait n’importe quoi et il semble que plusieurs coureurs me passent devant.

Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017

Le jour se lève et je monte toujours tout droit vers le CP10. Je réveille Claude la médecin, qui dort emmitouflée dans le 4x4. Il y a un beau chien tout blanc genre berger devant la tente, et très gentil, il sera surnommé CP10. Et de nouveau à ma grande surprise, je suis seule au CP et aucun coureur ne vient de passer. J’ai donc bien carburé, et il y a réellement beaucoup de lumières dans la steppe la nuit. Leçon à retenir. Autre surprise, Dominique a arrêté. Je suis donc deuxième ! Loin derrière Patrice qui est passé à minuit.

Je mange un petit peu de ma boîte riz au bœuf et je dors 1/2h. Les 3 Ric sont arrivés. Ils ont chacun une petite liste pour Claude, pieds, ampoules, tendons, et j’en passe, alors que je n’ai rien. Et surtout pas un frottement, comme j’ai d’habitude. Quelle joie ! Voilà un avantage pour moi. Néanmoins maintenant j’aimerai creuser l’écart avec eux.

Je change de chaussettes et direction le petit col, avec 300m de dénivelé positif théorique, ce qui me va très bien. Ca monte vers un joli plateau avec une barre de petites montagnes rocheuses au fond. Il paraît qu’il y a des loups dans le coin. De jour il n’y a rien à craindre. La piste part vers la droite, je prends tout droit. Je choisis le chemin un peu au pif dans ces montagnettes en fonction de la direction générale du GPS. C’est lequel le col ? Il faut passer plusieurs montées avant que je ne tombe sur un sentier de crête qui me permet de courir comme j’aime. Des gazelles s’enfuient sur ma gauche. Puis c’est une bonne descente pour rejoindre un ovöö, la piste et le fameux col. Un ovöö est un tas de pierres avec un piquet et des tissus bleus. Ce sont des lieux de dévotion animiste.

Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017

Puis la piste descend dans des gorges pendant une dizaine de km, facile à courir. J’en profite évidemment pour couper tous les virages. A la sortie des gorges, c’est de nouveau la steppe.

Je repars rapidement du CP11 après quelques nouilles chinoises, pour changer. Les 3 Ric arrivent quand je pars.

La steppe peut paraître monotone, mais je me sens bien, il n’y a plus de vent, la chaleur ne m’incommode pas, et j’avance bien, d’une petite foulée régulière et sans effort. Rien à voir avec la première partie du parcours. C’est le bonheur ! Pourtant il doit faire bien chaud car je bois beaucoup… d’eau chaude. Je vais siffler mes 1,5 litres. Je porte des manchettes pour me protéger des ardeurs du soleil. J’ai juste chopé un bon rhume et un bon mal de gorge juste avant la course lors d’un refroidissement lors d’une nuit passée dans une famille dans une yourte. Mon petit nez coule à flot en permanence, plein de sang bien purulent. Je suis obligée de me moucher dans mes doigts. Beurk. Je passe les détails.

Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017

On suit une chaîne de montagnes sur la droite, je suppose que c’est la même qu’à l’aller, mais de l’autre côté. Il y a plus de troupeaux de moutons et chèvres et chevaux par ici. J’arrive à une petite mare avec des vaches et deux belles grues cendrées. J’en bute dans une touffe d’herbes plus haute que les autres et je m’étale. Pas de mal, juste une égratignure à la main. Ce n’est qu’à l’arrivée que je ressentirai une gêne à l’épaule et plusieurs jours après que je m’apercevrai que j’ai un index qui a doublé de volume. L’avantage de courir dans la steppe, c’est qu’on n’a pas besoin de regarder sans cesse où on met les pieds et on peut profiter du paysage. En théorie.

Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017

Au CP12 j’ai la surprise d’y trouver Joël et Pierre-Louis, qui eux profitent du paysage et sont sensés clôturer le gros de la troupe. On les a suspendus car ils sont trop lents par rapport à l’organisation des 4x4, qui ne peuvent assurer l’étendue entre le premier et le dernier. C’était prévisible. On les a amenés au CP11 pour terminer. Ils ne sont pas très contents et je les comprends. Joël a un sac plein de délicieuses victuailles. Il m’offre des champignons au saumon, je ne sais pas comment il a pu amener ça là mais c’est meilleur que mon riz-cheval. J’ai aussi le droit à du yaourt aux fraises. Il me promet du hachis parmentier au CP suivant. Et j’ai loupé les moules.

Ils partent pendant que je m’octroie 30mn de repos. Je repars après avoir croisé les 3 RIC.

Un 4x4 me double, c’est Alain. Il est étonné que je coure encore. Et sans peine en plus. Je profite de la steppe tout l’après-midi à un bon rythme.

Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017

La nuit tombe. La lune, orange, énorme, surgit lentement au-dessus des montagnes. C’est gigantesque.

Il y a de nouveau beaucoup de lumières dans la steppe, dont celles des yourtes. J’en vois deux devant, je pense que ce sont celles des deux marcheurs. Mais non. J’arrive au CP13 et ils y sont déjà couchés. Le hachis parmentier promis est prêt et m’attend.

Je prends 20mn de repos et les 3 Ric arrivent. Décidément je n’arrive pas à creuser l’écart comme je le voudrais.

Le chauffeur mongol m’indique d’un geste la direction à prendre dans la nuit pour repartir, et comme mon GPS m’indique légèrement à droite, je vais à droite. J’arrive sur une espèce de profond canal que je dois traverser. Impossible de passer. Je fais demi-tour et je reviens au CP. Le chauffeur m’accompagne sur la piste. Tchou ! Tout droit. Tchou, c’est ce que je dirai à mon cheval la semaine prochaine pour partir au galop. La piste traverse le canal un peu plus loin sur un beau petit pont. Une mobylette me croise et s’arrête à mon niveau. Un petit bonjour et elle repart, à 2h du matin en pleine steppe. Je peux désormais suivre mon GPS. Je profite de la fraîcheur de la nuit pour courir régulièrement.

Mon rhume ne s’arrangeant pas, la toux me fait même vomir. Il ne manquait plus que ça.

Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017

Le jour apparaît et j’arrive au CP14. Il n’y a rien… Oups ! Je vérifie le point GPS, il est correct. Alors que faire ? Je mets le cap sur le point intermédiaire suivant qui doit me mener au CP15. Je ne suis pas affamée, le hachis parmentier, ça tient au corps, et j’ai assez d’eau pour aller au CP suivant. Tant pis si je prends une pénalité pour avoir zappé le CP14, j’aurai tout de même fait une belle course.

Je repars d’un bon train, ça descend. J’aperçois au loin un éclat de soleil sur quelque chose de métallique. Je tente ma chance et décide de m’y diriger, plus à gauche que ce qu’indique le GPS. C’est le 4x4 d’un nomade près de sa yourte. Le mongol s’occupe de son cheval de grand matin. Avant même que je m’adresse à lui, il m’indique un 4x4 visible un peu plus loin. Ok, j’y vais. C’est le CP14 ! Sauvée ! Et j’y suis avant les 3 Ric !

Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017

Je vérifie le point GPS du CP avec le chauffeur mongol, j’ai 2’ d’écart avec lui, soit 4km. Il y a eu quelques modifications de coordonnées GPS au dernier moment et j’ai zappé celui-ci. Je m’en sors bien sur ce coup-là, j’ai juste fait 8km de trop. La plupart des autres coureurs ont trouvé cette étape très longue, pas moi malgré ma rallonge.

Sur ce arrivent les 3 Ric. Le groupe des basques est juste derrière eux et ils veulent se presser. Du coup moi aussi. Je ne mange pas et je repars illico.

Cette fois je force l’allure. Je cours plus vite, y compris en montée. Il y en a quelques-unes avant d’arriver à la petite ville de Burgan, car on coupe plusieurs vallées. C’est une ville minuscule. Chaque petite maison est entourée d’une palissade avec une yourte à l’intérieur. Les maisons sont très colorées.

Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017

C’est la médecin mongole qui m’accueille au CP15. Je grignote rapidement et je veux repartir immédiatement pour les 15 derniers km. Elle insiste pour que je reste dormir un peu. Non non, pas question. Elle a du mal à comprendre que je ne veuille pas me reposer. Mais elle est très admirative que la deuxième soit une fille. Surtout que les mongols ne courent pas.

Je trace pour les derniers km. Une fois sortie du village et la bonne direction trouvée parmi la présence de plusieurs pistes, je mets le cap sur l’arrivée sans passer par le point intermédiaire. Pas de détour, on coupe au plus court. Je force l’allure, tu vois un peu si les 3 Ric et les basques débarquent ? Il fait très chaud, je ne sens pas la chaleur. Le parcours est vallonné, je dévale les descentes et galope dans les montées. Ca tire dans les cuisses. Drôle d’impression avec plus de 300km dans les pattes. Je vois trois coureurs en rouge sur ma gauche au loin, mais je coupe plus droit. C’est qui ceux-là ? Les 3 Ric étaient-ils tous en rouge ? Je ne crois pas. Je vois un beau camp de yourtes sur la droite, ce n’est pas le nôtre. En haut d’une colline, j’en vois deux autres dans la vallée devant. Mon GPS vise celui de droite. Go ! C’est la dernière et ultime descente vers l’arrivée.

Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017

Je suis accueillie par un petit groupe. Nous sommes mardi 13 à 13h15. On ne m’attendait pas si tôt paraît-il. On croit que je lambine ? Il est vrai que j’ai bien forcé sur les 40 derniers km, comme quoi j’en avais encore bien sous la semelle. Néanmoins je sens fort cette dernière cavalcade dans les cuisses.

J’ai mis 76 heures pour parcourir les 340km, soit un peu plus de 3 jours. Certes j’arrive 8 heures après Patrice, mais 3h30 avant les 3 Ric ! Une belle deuxième place.

Je n’ai pas envie de manger, je me rattraperai ce soir, je me contente d’une bonne douche, je n’ai pas changé de fringues depuis 3 jours à part les chaussettes, avant une non moins bonne sieste bien méritée.

Patrick, un des 3 Ric, pensait que j’allais me joindre à leur groupe pendant la course. Oh non ! J’aime trop aller à mon rythme sans contrainte, et je n’arrive jamais à trouver quelqu’un qui court de la même façon que moi, alors un groupe de trois, il ne faut même pas y penser. Et j’aime tracer ma route seule, à ma guise.

Le reste des coureurs arrive jusqu’au lendemain après-midi. Je les accueille au fur et à mesure. J’ai donc deux jours pour me reposer et profiter de la vie autour du puits près duquel est installé notre camp. C’est fascinant, des milliers de tête de bétail défilent en permanence, bien encadrées par les gamins qui font respecter les ordres de rafraichissement : moutons, chèvres, chevaux, chameaux et quelques vaches. Les nomades puisent l’eau à la main pour remplir l’abreuvoir ou amènent une pompe thermique sur leur moto pour les grands buveurs comme les chameaux. D’ailleurs ceux-ci n’hésitent pas à cracher sur les chevaux qui ne respectent pas leur tour.

Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017

Le coin est connu pour ses squelettes de dinosaures, il y en a même dans notre camp de yourtes.

Au retour vers Oulan Batar, nous avons la surprise d’avoir un arrêt barbecue mongol préparé dans la steppe par une famille, un succulent mouton mijoté avec des pommes de terre et des carottes, cuit par des pierres bouillantes mises dans la marmite. Un vrai délice. Arrosé de vodka évidemment.

Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017

Une bonne récup s’impose maintenant. Profitons de la Mongolie, pays du cheval. C’est parti pour une rando d’une semaine sur ces petits chevaux, j’ai quatre pattes qui vont courir maintenant dans la steppe pour moi !

Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017
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Published by Isabelle Dufour - dans Récits de courses
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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 10:49
Balade pyrénéenne Juillet 2016

Une fois n’est pas coutume, c’est en métropole que je pars courir.

Ce sera la traversée des Pyrénées, que je connais très peu, une bagatelle de 800km et 60000m de dénivelé en non-stop par le réputé GR10, dans le sens Méditérranée vers Océan Atlantique. Pas de balisage spécifique pour la course, on suit les marques rouges et blanches, des CP / ravitos espacés de 10 à 70km, un matos obligatoire à trimballer, notamment sac de couchage et calories. On laisse des affaires tous les 200km environ dans 3 bases de vie. Pour le reste, on se débrouille. Ca me va ! Ah j’oubliais, l’assistance est autorisée. Moi qui fais toujours sans, voici que ma maman s’est proposée. Alors allons-y, faisons équipe. Mais elle a prévenu : pas la nuit, pas sur les petites routes de montagne, pas de camping. Ok, je m’adapterai. Et il y a tout de même une difficulté de taille : les temps limites aux bases de vie ont l’air très serrés, et la durée maxi de l’exercice est de 17 jours au total. Je vais devoir rogner sur mon sacro-saint sommeil.

Pour info, le GR10 se fait en 40  jours en mode rando normale.

Cette 1° édition est organisée par RSO. Je connais Cyril Fondeville pour avoir couru sous sa bannière à Oman, donc je n’attends rien de l’organisation, je m’apprête à être autonome.

J’arrive quelques jours avant la course près du départ qui a lieu au Perthus, Cyril n’ayant pas eu l’autorisation de partir de Banyuls, de quoi me remettre d’une nuit d’avion, avec retard qui plus est.

La remise des dossards et le briefing ont lieu le 18 juillet dans la cour intérieure du fort de Bellegarde, belle citadelle de Vauban. J’y retrouve les autres réunionnais, nous sommes 4, quelques coureurs déjà rencontrés de par le monde, français, italien, belge, allemand, libanais, portugais et j’en passe, et également des bénévoles qui me reconnaissent. Un vrai plaisir. Sophie me fait la surprise d’être là, coureuse ex réunionnaise, elle encourage Jean Hugues, coureur ex réunionnais. Cyril ayant avancé l’heure du briefing sans prévenir, je le loupe. Ca commence bien. Il paraît qu’il n’a rien annoncé d’important.

Le départ est donné le lendemain 19 juillet à midi au même endroit, en pleine chaleur. On a le droit à un défilé avec les drapeaux de toutes les nationalités représentées pour passer les douves du château. Je ne suis pas fana de ce genre de démonstration et je ne participe jamais aux ovations demandées par les organisateurs sur les lignes de départ, qui n’ont évidemment pas manquées. Je préfère papoter avec désinvolture avec mes voisins coureurs.

Nous sommes 244 au château, dont 32 filles. Certaines ont l’air connues dans le milieu du trail, mais moi je n’en connais aucune.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

J’aurai la même tenue tout le trajet : un superbe maillot XBionic rose, pas du tout dans mes habitudes, mais je n’ai trouvé que cette couleur à la Réunion, et malheureusement à manches courtes, et un collant, ce qui me protègera des ardeurs du soleil et qui me tiendra chaud la nuit. Je prends des bâtons, je suis bien empotées avec au début, nous les réunionnais, on n’en utilise jamais. Mon sac est un des plus légers : 6kg. J’ai pris un 20 litres, ça suffit. J’ai fait une croix sur tout confort : pas de matelas, un mini sac de couchage fait d’une petite couverture polaire cousue en sac, un pull polaire très très fin, pas de pantalon étanche, le poncho obligatoire en plastique tellement mini qu’il en est inutilisable. Les 6000 kcalories obligatoires tous les 200km ont été réduites à 5000, largement suffisant pour moi. J’ai fait mes petits mélanges perso, de bon rapport poids / énergie / volume après mixage, à base de noix de cajou, poudre d’amande, chips, biscuits apéro, sauce béchamel déshydratée, frangipane, répartis en portions de 350 kcal. Tout ça pèse 800g. Hors matériel obligatoire, j’ai un petit tube de crème antifrottement, une paire de chaussettes de rechange, un GPS pour trouver le chemin la nuit. Tout est minutieusement pesé.

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Et c’est parti ! Direction le Canigou qu’on aperçoit là-bas tout droit.

J’ai une douleur à la fesse qui m’embête depuis quelques temps, mais j’ai confiance, je suis sûre qu’elle va disparaître.

Une petite route nous accueille, je trottine. J’ai l’intention de courir un peu au début. Jusqu’où ? Aucune idée. Nous sommes rapidement sur un sentier dans une petite forêt. Un peu d’ombre est bienvenu. On ne doit pas être loin de la frontière espagnole.

Je fais la connaissance de mes voisins de route, est-ce que je les verrai souvent ? Aucune idée.

On arrive à une grande fontaine. J’ai encore de l’eau et il y a la queue. La chaleur ne me fait pas peur, et je n’ai pris que 1,5 litre au départ. Je passe tout droit.

Et voilà que je suis à sec un peu plus loin, j’ai donc bu plus que je ne pensais. Il paraît qu’il fait dans les 40°C, mais je ne le sens pas spécialement, habituée à la chaleur. De plus mon maillot rose est efficace. Je tombe justement sur une fontaine providentielle. De toute façon, le CP1 n’est pas loin. Voilà Denis, le réunionnais organisateur de notre diagonale des fous qui arrive. Il n’a pas l’air bien, lui il a du mal avec la température.

33km qu’on est parti et l’éco-gîte du moulin de la Palette est fort accueillant pour le CP1. Le patron a concocté une soupe aux orties délicieuse et pleine de vitamines. Je reprends vite le chemin.

Une bonne descente m’amène à Arles sur Tech. Aïe, je sens mes orteils qui cognent au bout de la chaussure. Déjà ! Mais j’ai encore 800 bornes à faire moi ! Mes ongles ne vont quand même pas commencer à m’embêter dès maintenant !

Je traverse le Tech sur un petit pont, des gens se baignent dans la rivière. Et c’est déjà le CP2, et 41km parcourus.

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Je fais une pause repas dans la salle municipale, et j’en profite pour regarder ces fameux ongles des pieds. Et oui, les deux gros orteils sont sensibles. Je vais faire avec pour l’instant, pas le choix.

La nuit est tombée quand je repars. La vue se limite au halot de la lampe, et je progresse aux sensations des dénivelés qui sont tranquilles pour l’instant, les cols sont dans les 1000m.

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J’arrive au refuge de Batère au CP3, au 53° km. Il y a de quoi manger. Je peux admirer mes orteils : les deux ongles ont un hématome. Bon, il ne reste qu’à les percer. Je n’ai jamais pratiqué la chose moi-même car je n’ai jamais ce genre de problème d’habitude. Il faut croire que les Pyrénées ne sont pas habituelles. Je prends la petite épingle à nourrice de mon dossard et m’apprête à attaquer le premier ongle, quand mon voisin me conseille gentiment et me file une grosse aiguille de seringue, stérile qui plus est. C’est mieux ? Ah oui, le trou est vite fait et je vide le sang. Tout ça à table évidemment.

Denis arrive à son tour. Il n’a qu’une envie, vomir…

Sur ce il est temps d’aller piquer un somme. Je trouve une petite place sous une tente en poussant 3 singapouriens inséparables. Je n’ai pas de matelas, mais je me dégotte un bon oreiller : mes ravitos mixés s’avèrent très confortables. Je mets ma montre à sonner et repars 1h plus tard.

Le jour se lève. Je passe devant l’abri de Pinateil. J’ouvre la porte par curiosité pour savoir à quoi ressemble un abri pyrénéen… et je réveille un dormeur. Oups, désolée, je n’avais pensé qu’on pouvait encore dormir à 7h, moi qui suis debout depuis 2h du mat. Je commence déjà à être déphasée.

Le parcours suit un joli sentier à flanc de montagne, qui file droit sur le Canigou, tout gris là-bas au fond. Il y a moins d’arbres qu’hier, on est plus au soleil. Je pique-nique toute seule sur une table près du petit chalet de Cortalets. Quel luxe ! J’ai prévu de manger une de mes rations toutes les 6 heures, à partir du repas du CP précédent.

J’ai déjà abandonné l’idée de courir, je me contente donc de marcher d’un bon pas et d’admirer le paysage.

On commence à rencontrer des groupes de marcheurs en s’approchant du Canigou. Un guide explique à ses clients que la dame qu’ils voient grimper allègrement fait une course qui traverse toutes les Pyrénées. Ils n’en croient pas leurs yeux ni leurs oreilles. J’ai le droit à des encouragements.

J’arrive au refuge de Bonne Aigue. De nombreux coureurs y sont attablés. Je ne m’y arrête pas, je viens de m’enfiler ma dose de noix de cajou.

J’attaque la descente dans une forêt. Je double Dominique, un passionné du désert, qui a l’air de marcher sur des œufs. Petit mal de pied ? Il abandonnera peu après.

Quant à moi mes ongles sont toujours sensibles, mais ça va mieux.

 

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Je sors de la forêt et j’arrive sur une belle piste, qui surplombe la vallée verdoyante de l’abbaye de St Martin, où je suis allée dans ma jeunesse. La descente continue dans les pâturages, et j’arrive au refuge de Mariailles où il y a foule, bien que nous soyons maintenant espacés sur les sentiers. Il faut passer une clôture électrique à l’entrée du refuge et un coureur n’ose pas toucher la poignée isolante pour ouvrir. Je lui explique en anglais qu’il n’a rien à craindre. Il y en a qui ne courent qu’en ville ?

Le gîteur est furieux. Il n’a pas été prévenu par l’organisation de l’arrivée massive de clients coureurs assoiffés et affamés, et il ne peut répondre à la demande, il n’y a plus rien à manger. Et je ne suis pas dans les dernières… J’ai juste besoin d’un peu d’eau, il m’indique le robinet en râlant. Avec ma gestion de repas toutes les 6 heures, je n’ai pas besoin de manger dans les gîtes, et le poids de mon sac s’allège au fur et à mesure.

La descente se poursuit dans une belle forêt. Le sentier longe un canal où coule un petit torrent, ça change du paysage sec des Pyrénées orientales traversé jusque-là.

Je croise le fils de Marta, mon amie italienne avec qui j’ai déjà partagé plusieurs courses de par le monde. Ai-je vu sa mère ? Non, pas depuis le départ, je ne sais pas du tout où elle est. Elle doit être comme moi, le téléphone est éteint au fond du sac, donc injoignable.

Me voici arrivée au très beau village de Py aux maisons de schiste, qui abrite une centaine d’habitants.

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La route monte pour arriver au CP4, au km 93, une tente installée sur la petite place du village entre église et mairie. J’en profite pour bien manger. Je ne suis pas fana de coca, heureusement car le ravito n’a que… 6 bouteilles pour plus de 200 coureurs. Je me repose une demi-heure, allongée directement sur le bitume au milieu de la place, on prend ce qu’on a. Les tentes de repos ne sont pas encore montées car ce n’est pas encore la nuit. Les organisateurs n’ont pas pensé pour pouvait avoir besoin de se reposer indépendamment des nuits ?

Karine, spécialiste de VTT, fait comme moi, mais elle trimballe un matelas au demeurant fort volumineux. Elle se plaint de l’état catastrophique de ses pieds.

Je crème les miens, vide les hématomes des ongles en les reperçant, comme je ferai à chaque arrêt, l’épingle à nourrice étant suffisante maintenant. C’est que ça remplit à gogo sous l’ongle.

Ils affichent les noms des coureurs passés au CP. Voilà qui me donne des nouvelles de Sébastien et Thierry, les réunionnais. Je suis 36°. Mais ce n’est pas mal du tout ça !

Pierre, que j’ai connu en Egypte il y a quelques années, étudie la carte et repère un refuge sur notre parcours pour s’y arrêter cette nuit.

Je repars. J’atteins le col de Mantet, après une grimpette dans la forêt. On domine le minuscule village du même nom, tout mignon au milieu des pâturages. La vallée bien verte change des cailloux gris du Canigou. Personne n’a été prévenu du passage des coureurs, les habitants auront la bonne idée d’ouvrir l’église pour loger tout ce petit monde ce soir.

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Voilà un gué à traverser à la sortie du village. Je ne suis pas forte pour les gués, sauter de pierre en pierre n’est pas ma tasse de thé. Pierre me porte presque dans ses bras pour me faire passer. Merci ! En fait il y a un pont à 50m que personne n’a vu.

On est un petit groupe, on remonte le long d’un torrent. Un coureur qui porte une tente s’arrête pour camper. Nous continuons à monter et la nuit tombe. Pierre ne trouve pas le refuge escompté et décide de s’arrêter avec Alexandre pour dormir dehors sur un replat bien herbacé. Je les abandonne et je continue seule vers le col del Pla, 2300m d’altitude, où je vois plus haut quelques lumières des lampes de coureurs.

En fait Ils ne dormiront pas et reprendront la route pour cause d’excès de crottes de mouton fraiches comme matelas.

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La descente après le col est en forêt. Je double un coureur qui trimballe un casque orange sur son sac. Quelle drôle d’idée !

J’arrive à un torrent à franchir. Et après ? Je ne vois plus aucune marque rouge et blanche du GR et plus de chemin. Le GPS me renvoie vers l’eau. Je tourne un bout de temps avant de trouver le bon passage, quand une lampe apparaît derrière moi. C’est Patrice, que je croyais loin devant. On fait un bout de chemin ensemble.

Je dois déjà changer les piles de ma lampe. Ce n’est pas normal, ce sont des piles performantes au lithium. Les galères de piles, c’est ma spécialité.

Jean Hugues, l’ex réunionnais retourné en métropole nous rattrape. Il a une tente et s’arrêtera peu après pour dormir.

Nous arrivons au refuge de Carança. Le coin a l’air chouette avec le torrent. Pour l’instant, ça pionce de partout. On décide de continuer. Je ne vais pas à la même vitesse que Patrice. Je monte plus vite, et il s’arrête tout le temps. Je ne l’attends pas. Il y a une piste, et visiblement un sentier qui la coupe et grimpe tout droit. Je ne vois pas le balisage et il faut bien le chercher. J’en loupe quelques morceaux.

J’arrive au col de Mitja. C’est la même chose de l’autre côté, piste et raccourci, que je manque complètement. Patrice me rattrape, il va plus vite que moi en descendant, je vois sa lampe qui s’éloigne et disparaît devant, je suis de nouveau seule.

Je finis par trouver le sentier, qui descend à pic dans la forêt. Il est temps car je ne reverrai plus la piste par la suite. Mes piles s’affaiblissent vite, bien trop vite, et ce n’est toujours pas normal. Je suis rattrapée par un coureur, je le suis pour ne pas avoir à chercher les marques du GR avec mon éclairage faiblard. Il a l’air expert en utilisation du GPS. Néanmoins il finit par paumer le chemin. Qu’à cela ne tienne. Nous sommes en fond de vallée et il faut contourner un torrent. Il ne se fie plus qu’au GPS, nous sommes dans les grandes fougères, puis dans des énormes blocs de rochers. La progression n’est pas aisée, et je dois me presser pour ne pas me faire distancer. On finit par retrouver le sentier.

Le jour se lève, je le laisse partir devant car je m’épuise à suivre un rythme qui n’est pas le mien.

Je ne reste pas longtemps seule, Patrice surgit derrière moi. Il n’était pas devant ? Si si, mais il a loupé le sentier depuis la piste et a fait un long détour. Il a pourtant un système sophistiqué de visualisation de son GPS sur le ventre, qui apparemment ne sert pas à grand-chose… Il passe devant.

J’arrive au village de Planès. La vallée est large et me paraît très civilisée, après cette nuit entière passée dehors. Je rejoins Bolquère au milieu des champs, au km 128. Je ne fais que pointer rapidement au CP5, maman m’attend à la sortie du village. Elle a dégoté un petit coin tranquille près d’un cours d’eau, où je peux me rafraîchir, me laver et rincer mes fringues.

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J’arrive au village de Planès. La vallée est large et me paraît très civilisée, après cette nuit entière passée dehors. Je rejoins Bolquère au milieu des champs, au km 128. Je ne fais que pointer rapidement au CP5, maman m’attend à la sortie du village. Elle a dégoté un petit coin tranquille près d’un cours d’eau, où je peux me rafraîchir, me laver et rincer mes fringues.

Je n’ai pas fait de plan de course, impossible pour moi de prévoir où je serai dans une semaine. Et j’ai bien eu raison car tous ceux qui en ont fait se sont plantés. Au grand désespoir de maman qui aurait bien aimé réserver tous ses hôtels il y a 3 mois.

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Je commençais à sentir des échauffements au niveau des bords extérieurs sur les deux pieds. Et oui, j’ai une ampoule de chaque côté. Il y a trop longtemps que je n’ai pas enlevé mes chaussures et bichonné mes pieds, c’est malin.

J’ai le droit à un bon repas de spécialités locales et des fruits et légumes frais, merci maman, et à un super massage avec le baume du randonneur conçu par les bénédictins de l’abbaye de Wisques, à côté de chez les parents, et je prends un repos de 4h sous la tente, bien qu’il fasse jour et chaud. Avec ça je ne peux être que requinquée. Pour épargner mes orteils, je change de chaussures, je troque les Salomon pour des Asics, et je change de lampe. Ma douleur à la fesse a bel et bien disparue, je suis tranquille de ce côté-là. J’embarque du thé au miel dans une petite fiole pour le plein d’énergie, ma potion magique, comme je ferai à chaque fois que je croise maman.

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Je repars vers midi sur un plateau à 1800m d’altitude, le long du lac de la Pradelle, une des rares étendues d’eau naturelle que je verrai. On voit au loin une station de ski. Le chemin est facile et bucolique, avant d’atteindre le lac des Bouillousses. Il y a foule de touristes et de coureurs en goguette. Je traverse le barrage, puis le sentier longe le lac pendant un bon bout de temps. C’est reposant. J’y croise Sophie en train de courir et elle me donne maints encouragements et des nouvelles de Jean-Hugues.

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Puis le sentier quitte le lac et s’élève vers une nouvelle vallée. Je suis perturbée car je ne connais pas les noms des montagnes, et mon petit bout de carte ne me renseigne pas. Mais je fais route avec René, qui connaît les Pyrénées comme sa poche, au point qu’il n’a pas pris de GPS. A chaque fois que nous sommes ensemble, je lui demande le nom des montagnes. C’est donc le Carlit qui s’élève devant nous.

Nous remontons un torrent sur une pente douce. Je suis tantôt avec André, qui a cassé ses lunettes et qui ne peut plus lire ni carte ni GPS et qui aimerait bien faire une pause dodo, tantôt avec Pierre et Alexandre, mais je finis par filer devant tout ce petit monde.

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On s’élève vers quelques névés à traverser. De la neige ! Il y a longtemps que je n’en ai pas vu. J’arrive au lac de Lanoux qu’on surplombe. Le paysage est très minéral et désolé et les pierriers deviennent nombreux. Je passe le col d’Anyell, la nuit arrive dans la descente, bien raide, qui longe un petit torrent. J’allume ma lampe, et au bout de 10 minutes, tout s’éteint, juste au moment de traverser le torrent. Me voilà bien avancée ! J’aurai deux lampes qui posent problème coup sur coup ? Je n’ai plus qu’à m’assoir au milieu du sentier et à attendre le coureur suivant. Un énorme crapaud et des limaces me tiennent compagnie.

C’est un petit groupe mené par Alexandre qui surgit de la nuit. Il me donne sa lampe de secours. Est-ce que mon problème peut venir des piles ? Oui me dit-on, certaines lampes s’éteignent d’un coup quand les piles sont faibles. Les miennes sont neuves. Je serai tombée sur un lot de piles déchargées ? Quelle veine !

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Nous arrivons rapidement au refuge des Bésines, à 2100m d’altitude. D’un commun accord, ce sera arrêt dodo pout tout le monde. Le gîteur est très sympa. Il s’adapte à cette foule de coureurs qui débarque sans prévenir à n’importe quelle heure et se décarcasse pour nourrir les affamés. J’ai englouti ma ration de chips au dernier col, je n’en ai pas besoin, je veux juste bichonner mes pieds. J’ai une place dans le dortoir du bas. Il y a apparemment toujours un dortoir du bas dans les refuges, qui sert de débord. Je me couche toute habillée, avec 2 couvertures bienvenues. Avec la fatigue, dès que je m’arrête, j’ai besoin de me réchauffer. Je commence à avoir les jambes qui gonflent facilement. Je mets mes pieds en hauteur pour favoriser une bonne circulation. Peine perdue, la sensation est pire et je ne supporte pas. Je remets mes jambes à plat et je m’endors illico.

Je repars 3h plus tard, seule. Les autres ont décidé de dormir plus longtemps. Mes jambes ont dégonflé, mais l’œdème reviendra rapidement.

En sortant du gîte, impossible de retrouver la bonne direction à prendre dans la nuit. Désormais, il ne faudra pas oublier de demander systématiquement par où repartir avant d’aller au pieu. J’essaie à droite, à gauche, sans succès. Voilà des lumières qui arrivent et qui m’indiquent la bonne direction. Je reprends la descente, et j’atteins Mérens les Vals au matin sous la pluie, base de vie n°1, 166 km au compteur.

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Je connais bien la race des chevaux de Mérens, qui ont bon pied sur nos sentiers réunionnais et qui sont utilisés en débardage, mais je ne savais pas que c’était aussi le nom d’un village. Quant aux chevaux, ils travaillaient dans les mines de fer du coin.

La BV est au camping. Je dépose la lampe d’Alexandre dans son sac de rechange, comme promis. Je tente la boutique du camping pour y acheter des piles, et je tombe sur Dominique et Pascal qui m’en refilent un paquet. Dominique ayant abandonné, il n’en a plus besoin. Ils m’encouragent. Merci les gars !

Il est temps de prendre des forces, il y a du cassoulet en boîte au menu, qui apparaît comme un régal. C’est bien la première fois que je mange du cassoulet sur une course. Je ressens un besoin inhabituel de viande, moi qui en mange peu normalement. Mes portions n’en contiennent pas, je pallie le manque de protéines avec de la spiruline, c’est léger. Les ravitos de la course sont copieux à défaut d’être raffinés, et ce sera toujours le même menu, ce qui ne me gêne pas du tout.

Le point médical est assuré par la sécurité civile, simples secouristes. Il y a la queue pour les soins de pied. Ils refusent de percer les ampoules. Mais alors, à quoi servent-ils ? Celui à qui je montre mes pieds ne sait même pas qu’il faut percer les ongles pour vider les hématomes. Ok, je continue à vider les miens toute seule. Quand à mes 2 ampoules, il n’y touche pas et me conseille d’y donner un coup de ciseau. Oups ! Je retire vivement mes pieds de sa vue et lui demande juste de quoi désinfecter mon épingle. Je m’occuperai de mes pieds moi-même. Je pense que j’ai eu grandement raison et qu’ils ont fait pire que mieux pour beaucoup de coureurs.

Je ne m’éternise pas à Mérens et je repars sous la pluie. Bienvenue dans l’Ariège !

La montée se fait dans une belle vallée, mais la pluie redouble et je regarde plus mes pieds qu’autre chose, en levant le nez de la capuche de temps en temps. Voilà le tonnerre qui s’y met, il reste lointain et ne m’impressionne pas. Histoire d’avoir la totale, la grêle dégringole, qui ne dure pas heureusement.

J’arrive près d’un petit lac, près duquel paissent des vaches et mes premiers chevaux. Leur pays ne s’avère pas très accueillant. La pluie cesse au moment d’amorcer la montée plus prononcée vers le col, et le refuge du Ruhle sur l’autre versant, à 2200m d’altitude. Je m’installe sur la terrasse pour faire sécher mes affaires et fais prendre l’air à mes pieds trempés. Voilà qui ne va pas les arranger. Comme d’hab, les quelques autres coureurs présents commandent leur repas, pendant que je me contente d’une portion de biscuits apéro.

Le gîteur me propose un lit pour 1/2h de repos, impec !

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Je repars le long d’une belle crête qui m’amène au plateau de Beille, et la pluie revient. Le CP6 est à la station de ski, au 189° km. Il y a des yourtes pour nous loger, le coin doit être agréable quand il fait beau. Mais d’abord, place au repas. Je me retrouve entassée avec les autres coureurs dans un petit chalet, chauffé par un poele devant lequel pendouillent toutes les chaussettes. La chaleur ambiante est bienvenue. Il y a bombance, double portion de lasagnes pour moi svp.

Une fois revigorée, je me repose 1h sous la tente, avant de repartir à 22h en début de nuit, sous une pluie battante et dans les nuages. La visibilité est réduite, je dois demander où est le chemin.

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Roberto le sarde, qui trimballe son grand drapeau à tête de Maure, veut venir avec moi, mais il n’est pas prêt tout de suite. Désolée, mais je ne vais pas me refroidir à l’attendre.

Je suis une bonne piste, mais les marques rouges et blanches disparaissent tout d’un coup. Le GPS m’envoie à droite. Je suis dans la pluie, le brouillard, il fait froid, je n’ai plus de chemin, je ne vois rien… et je suis devant une cabane de vacher providentielle, à Artaran. Ni une ni deux, je pousse la porte, même si je ne marche pas depuis longtemps. C’est plus que sommaire, mais je suis au sec. Il n’y a rien, mais ce n’est pas trop sale. Je m’installe sur un carton, lui-même sur une petite dalle en béton. Je rappelle que je n’ai pas de matelas. Dehors, la tempête se renforce, je me suis mise à l’abri vraiment juste à temps. Je mets ma montre à 5h, juste avant le lever du jour, et je m’endors sans vergogne sur mon carton. Quand j’émerge, il fait nuit noire et tout est calme, c’est l’arrêt du bruit de la pluie qui a dû me réveiller, il est 3h. Je pointe le nez dehors et je vois 2 lampes qui passent devant ma cabane. Je repère le chemin perdu la veille.

Balade pyrénéenne Juillet 2016
Balade pyrénéenne Juillet 2016

Me voilà de nouveau sur le sentier, ça monte en forêt. Puis je me retrouve sur une piste et je serpente entre les flaques, de quoi manquer les marques du GR et le sentier qui repart en forêt sur la droite. Heureusement je contrôle le GPS de temps en temps. Demi-tour donc, je n’en suis pas loin.

Roberto me rattrape lors d’un petit arrêt. Nous continuons ensemble, il compte sur moi pour l’orientation. Ok, ça va m’obliger à être vigilante. Je passe devant. Nous traversons une petite route et une rivière. Une piste reprend en face, carrefour de plusieurs sentiers. Je prends celui qui n’a pas de croix rouge et blanche, signe de mauvaise direction sur un GR. La pente est très raide, ça monte, puis les marques du GR nous font descendre et traverser un torrent sur une passerelle, et… nous nous retrouvons sur la piste près de la route. Bref, nous avons fait un tour complet. Pas top. Pourtant il y a bien les marques du GR. Sur le GPS, je n’y comprends rien, nous sommes aussi sur le sentier. On se calme, on reprend, et 2° tour complet. Ah la la, quel nœud ! Roberto suit bêtement sans chercher la solution au problème. Je finis par comprendre qu’on a pris le chemin à l’envers, et que la première portion est un raccourci. Nous sortons de ce pétrin et reprenons notre marche.

Le jour se lève. Roberto traîne, je le distance. Je sors de la forêt et me retrouve avec les vaches dans les herbes hautes et plus qu’humides. Et bien sûr il n’y a plus de sentier et plus de balisage. C’est la réputation du GR10 en Ariège, et je m’aperçois qu’elle n’est pas usurpée. Je trace au GPS vers une cabane que j’aperçois un peu plus haut, je voudrai bien m’y abriter pour casser la croûte, car il ne fait pas chaud. Elle s’avère pleine à craquer. Le groupe des coureurs catalans a investi la première pièce. J’étais avec eux au plateau de Beille, et les retrouver me conforte dans mes questionnements sur la gestion du temps perdu par mon arrêt imprévu de la nuit. Il y a un peu de place dans l’autre pièce, avec un randonneur. C’est beaucoup mieux que la mienne de cabane, il y a des bas flancs et des matelas. Il y a même un stock de conserves et un réchaud, avec paiement au gîte du prochain village. Quelle organisation des habitants du coin ! Il est vrai que les refuges sont inexistants dans les parages.

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Je repars pour la grimpette d’un avenant raidillon. Le sentier est bordé de grandes fougères et d’arbustes, enfin, tant qu’il y a un sentier, car justement, il n’y en a plus. Je fais marche arrière, je cherche dans tous les sens, ça ne passe pas. Que de temps et d’énergie perdus ! Roberto arrive, nous cherchons ensemble vainement. C’est au tour de catalans de se pointer. Un des gars prend la tête et coupe tout droit en suivant la trace GPS, dans la végétation aussi haute que nous.

Après cette montée ardue, nous arrivons à un col et un plateau rempli de vaches et de chevaux. Le vent s’est levé, avec une pluie fine et glacée. Un coureur sort d’une minuscule cabane et se joint à notre groupe.

Sur la crête il y a une petite maison, et un monsieur sort dans la tourmente en nous faisant de grands signes. C’est le vacher qui nous invite à venir nous réchauffer un instant chez lui. Il y passe les 4 mois d’estive avec sa femme et sa petite fille, il s’occupe de 1000 têtes de bétail, ça m’impressionne. Il nous offre un thé bien chaud et nous propose de la faisselle fraiche maison avec de la confiture de framboise aussi maison. Quel régal ! Il a requinqué Thierry le réunionnais hier soir, qui a les pieds en très mauvais état. Son beau-frère est aussi réunionnais ! Je suis bien transie, et j’en renverse mon thé. Mince, c’est malin.

Il nous dit de bien suivre le balisage sur le plateau car il n’y a pas de chemin, et nous sommes dans le brouillard et la bruine. Les marques sont sur des petits piquets.

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Nous repartons, et je marche plus vite que les autres, je pars devant. Le temps se calme, et la vue se dégage sur les magnifiques chaînes de montagnes de l’Ariège. Je rattrape un autre coureur qui essaie vainement d’entrer dans les cabanes qu’on croise et qui sont toutes fermées. Je continue sur une bonne piste maintenant, et c’est la descente vers le village tout fleuri et tout en pente de Siguer, le sentier coupe les lacets de la route.  Il y a un mariage, la petite place est pleine. Tout le monde est bien habillé et moi je suis un peu crade. Puis j’arrive au village de Lescour dans la vallée. Les toits des maisons ont changé de couleur, ce sont maintenant des ardoises grises, et du coup l’aspect des villages paraît complètement différent.

Je fais une halte au lavoir, histoire de me restaurer et soigner mes pieds qui ont pataugé dans la flotte pendant de nombreuses heures.

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Au milieu de la route, il y a une inscription peinte : « non aux ours ». Pour l’instant, je n’en ai pas rencontré.

Le sentier part de nouveau en montée dans la forêt. Marta débarque, je suis contente de la voir, mais elle s’écroule dans un champ de foin pour dormir, elle n’en peut plus.

Je passe un petit col et redescends dans la forêt. J’y rencontre des ramasseurs de champignons, leur panier est plein de girolles. Puis je descends vers Gourlier au gîte d’Andron, c’est le CP 7, situé au 221° km. Il est 17h.

Un festin nous y attend : buffet avec entrée, plat, dessert, ça fait du bien de se remplir la panse. Et je fais figure de petite mangeuse auprès des autres coureurs.

Nous avons le droit à une autre surprise, il y a un podologue. Je lui présente donc mes petons, qu’il ne trouve pas si mal, et loin d’être les pires. Je continue de vider à chaque arrêt ongles et ampoules. Mais je n’ai guère de nouveaux conseils de sa part pour améliorer la situation, et ses beaux pansements ne tiendront pas longtemps. Les podologues n’aiment pas l’élastoplast comme protection, j’en remettrai pourtant rapidement, puisqu’il n’y a que ça qui tient.

Pour dormir j’ai le choix entre un bon matelas d’herbe moelleux sous une tente et un carrelage bien dur dans une salle. Il n’y a pas à hésiter, direction la tente pour un petit somme de 4h.

Je suis prête à repartir à 22h. Une bénévole me demande si je peux prendre avec moi un chinois qui ne veut pas faire la nuit tout seul. Ok. En fait de chinois, c’est un malaisien. Donc me voilà affublée de Jodi, et Marcel, un policier belge, en profite pour compléter la fine équipe. Marcel est bavard et alimente la conversation nocturne, en français et en anglais. Jodi compte sur moi pour trouver le bon chemin.

On s’élève un peu dans la forêt, pour rejoindre un sentier à flanc de montagne, formé de grosses lauzes. A droite, c’est le vide, à gauche, la paroi verticale de la montagne. Je suppose que la vue sur la droite doit être très belle. Nous arrivons à un croisement, les deux directions correspondent au GR, nous avons le choix. Sur le GPS, à gauche, ça paraît plus court, mais ça monte puis ça descend, et tout droit c’est le chemin à plat qui continue et qui contourne la montagne. D’un commun accord, nous prenons tout droit. En fait nous sommes sur un ancien aqueduc.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Marcel a une tente, il nous lâche dès qu’il a trouvé un petit coin potable pour la planter. Je continue avec Jodi, jusqu’à ce que nous arrivions à un croisement. Nous ne trouvons pas le bon chemin du premier coup, l’aqueduc s’est évaporé, et ce n’est plus plat du tout. Nous faisons quelques allers-retours dans la pente, histoire de nous épuiser. Ca y est, nous nous sommes remis sur les bons rails, et nous descendons vers le village de Marc dont on voit les lumières. Il est 5h du matin, il y a plein de sacs de couchage qui dorment, éparpillés à l’entrée du village, qui dans l’herbe, qui sur un banc, qui sous une tente. En fait quand les coureurs dormeurs ont commencé à s’installer partout, madame la maire a failli faire une apoplexie car, comme dans tous les villages précédents, elle n’était pas prévenue, et Marc est un passage de contrebande avec l’Espagne.

Il fera jour dans une heure, je ferai bien une petite pause moi aussi. Je tente l’église, quitte à y traîner Jodi qui est musulman et qui me suis comme un petit chien, mais elle est fermée. Nous traversons la rivière et Jodi voudrait s’arrêter sous l’auvent d’une maison, mais c’est trop prêt du torrent, qui est très bruyant, et je refuse. Le sentier remonte par un escalier entre les maisons, évitant un bout de route. Il y a un gîte de France, avec le portail ouvert sur une petite cour. Ca m’a l’air parfait, à part que c’est privé et que c’est partout de la pierre. Je préviens Jordi, il vaut mieux que nous soyons partis au lever du jour, ce qui nous laisse une heure pour dormir. Il s’installe sur le pas de porte, et moi sur un banc en lauze qui est juste de ma longueur. A peine le temps de sortir mon oreiller ravito et je pionce déjà sur ma pierre. Comme quoi les matelas, ça ne sert à rien.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Ma montre me réveille et je suis prête à partir avec le jour, nous sommes dimanche, il est 6h. Mais Jodi dort toujours. Je le secoue, le temps de prendre mon petit déjeuner sur les marches du sentier. Marta passe, ça me fait plaisir de la voir, elle est bien mieux que la fois précédente. Sur ce, la porte de la maison s’ouvre malgré l’heure matinale. Mince, Jodi est toujours dans le jardinet. Le monsieur s’avère très agréablement surpris de nous voir, il reconnaît Jodi qu’il a vu hier à Siguer ! Du coup il nous offre à manger, du pain et de la confiture à la vraie heure du petit déjeuner. Il n’en faut pas plus pour nous ravir.

Maintenant qu’il fait jour, Jodi et moi n’allons plus à la même allure et il n’a plus besoin de moi, nous nous séparons. Il est pressé d’arriver à Hendaye car son avion est deux jours avant le temps limite de la course.

Après une courte montée, je retrouve un autre aqueduc, sur lequel débouchent plusieurs entrées de galeries d’anciennes canalisations. Cette portion est facile, avant de s’élever de nouveau vers le haut d’une belle cascade, et de déboucher sur une combe très humide, il y a des petits lacs partout. Avec toutes les fleurs estivales de toutes les couleurs, dont le très beau chardon bleu qui m’a tapé dans l’œil, et les chevaux, c’est magnifique. J’arrive au refuge de Bassiès près d’un de ces lacs, je ne m’y arrête pas, et je monte vers le col du même nom pour atteindre le port de Saleix, il y a encore des étangs. Les sommets sont arrondis et tout verts, c’est le domaine des ours, il y a des panneaux à leur sujet. Je me régale, c’est un des coins que j’ai préféré. Les marmottes ne sont pas en reste et crient, mais je n’arrive pas à les voir.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Après une belle descente dans les estives, j’arrive à un sentier en sous-bois qui mène doucement à Aulus les Bains. Je double Karine qui s’apprête à faire trempette dans le torrent, c’est vrai que c’est tentant. Je suis avec un autre coureur, et nous cherchons la suite du GR, sans le trouver. Je ne comprends pas mon GPS qui m’envoie en arrière. Nous demandons à plusieurs personnes, et nous tombons à chaque fois sur des accompagnateurs de coureurs qui cherchent aussi le sentier. Pour finir, un monsieur nous explique notre bévue. Nous aurions dû tourner bien avant Aulus. Je n’ai pas fait gaffe car Cyril, notre organisateur, m’a dit à Gourlier qu’il allait ajouter une salle de repos à Aulus, ce qu’il n’a pas fait. Donc j’ai foncé droit dans la direction d’Aulus en pensant qu’on y passait. Et non.

Donc demi-tour pour retrouver facilement le droit chemin. Chemin qui monte très raide vers la cascade d’Ars. Les bâtons aident beaucoup, je suis devenue experte maintenant. Mon acolyte n’en a plus qu’un, il a cassé l’autre. Son sac aussi est en piteux état. Je le laisse en plan rapidement, il est trop lent.
Je m’en sors bien au niveau matériel, pas de casse de mon côté.

Il y a foule, nous sommes un dimanche de vacance, et nous les coureurs, nous passons inaperçus.  Néanmoins un joggeur m’a repérée et me prend en photo, qu’il m’enverra. Sympa !

La cascade est vraiment très belle. C’est le but des promeneurs, et il y a beaucoup moins de monde après. Ca continue de monter jusqu’à un pont qui traverse le torrent. Je me rafraîchis dans la rivière, et un groupe de touristes belges m’encourage, surtout qu’ils carburent au régime frites et bières.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Après, il n’y a plus personne sur les sentiers. Encore une cascade, celle du Fouillet, beaucoup plus modeste, et je me rapproche du prochain col. Je trouve Marta, assise par terre. Elle me demande les heures des barrières horaires, très inquiète. Elle est épuisée. Courage Marta ! C’est la dernière fois que je la verrai. Elle abandonnera au CP suivant.

Une fois le col franchi, j’arrive sur un domaine skiable, à l’arrivée des télésièges. Puis j’ai la vue sur la station de ski de St Lizier. Je descends une piste de ski, tout droit, jusqu’à ce que la trace devienne une piste noire de VTT, interdite aux piétons. C’est embêtant, j’ai dû paumer ma belle piste de ski, mais je ne vois pas d’autre alternative que l’interdiction aux piétons. Et c’est bien dommage car du côté VTT, ce n’est que de la boue, une vraie patinoire. Je m’accroche aux arbres comme je peux, et bien sûr je finis sur les fesses tellement ça glisse. Une fois, deux fois. Bon, il y en a marre, je suis bien contente de retrouver la partie skiable pour finir.

Je quitte le ski pour un sentier dans la forêt qui descend vers le village de Bidous. Je rejoins une fille qui avance à la vitesse d’un escargot. Elle a très mal aux pieds. Je ne peux rien pour elle.

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La nuit tombe juste avant d’arriver au gîte de l’Escolan, le CP 8 et 285 km parcourus. Il y a du monde.

Cyril l’organisateur m’accueille. Il me demande des nouvelles de Zoé. Mais qui est Zoé ? C’est la fille escargot. Il veut savoir s’il faut aller la chercher. Ce serait bien pour elle, si on peut la porter. Sinon ça ne servira à rien. Il me refile rapidement au caméraman de sa télé, sans me demander mon avis. Le mec me filme sans m’adresser la parole. Voilà qui ne me plaît pas beaucoup, et je lui rends la pareille. J’extirpe mes petons des chaussures, ils ont bien soufferts dans la descente boueuse. Il est temps de les aérer et de pallier aux nouveaux frottements apparus avec l’humidité de la dernière partie du parcours. Il se lasse vite de les filmer et me laisse tranquille.

Passons aux choses sérieuses, double portion de soupe, double portion de pâtes bolognaises avec plein plein de fromage et double portion de gâteau.

Le fils de Marta me demande des nouvelles de sa maman. Elle ne devrait pas être loin. Dis-lui bien que la barrière horaire est à la prochaine base de vie, pas sur les CP intermédiaires. J’en profite pour avoir des nouvelles des copains qui sont devant. Ca a l’air bien difficile d’appuyer sur une touche de l’ordinateur, visiblement ma demande n’est pas prioritaire, je dois insister.

Autour de moi ça ne parle que d’abandons, d’évacuations à l’hôpital, de pieds très infectés. Je m’en sors encore bien de ce côté-là. Il y a notamment l’autre Isabelle qui rend l’âme.

Karine arrive alors que je prends possession de ma tente, il est temps de dormir un peu tout de même. Quelle longue étape je viens de parcourir !

Le lever est programmé à 3 heures, et après un copieux petit déjeuner, je repars avec le groupe d’André. Il a réussi à dénicher des lunettes pour remplacer celles qui sont cassées. Ils sont bien organisés pour la marche de nuit. Un au GPS, un au balisage. Je n’ai plus qu’à me contenter de suivre, ce qui n’est pas une mince affaire pour moi car je suis plus lente qu’eux, bien que le terrain soit facile. Au lever du jour je les remercie de m’avoir attendue par moments, et les laisse filer devant, en entrant dans la forêt quand la pente s’accentue. Je ne reverrai plus André, qui n’arrivera pas au bout.

Je double un groupe, avec Denis et Karine. Je vais plus vite, et Denis me suit, il est en forme maintenant. On papote des nouvelles de la Réunion. A la descente, il part devant en courant. Oui, il a retrouvé la forme.

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Je croise un type qui est tout content de m’indiquer le chemin vraiment très en détail, une vraie carte ambulante. Merci, mais c’est un peu trop. J’arrive au charmant petit village de Couflens, et ça remonte après la traversée de la rivière, vers le minuscule village de Faup, très fleuri. Je fais une halte au lavoir pour crémer mes pieds. Mes jambes sont de plus en plus tendues avec les oedèmes, et ça devient pénible. En désespoir de cause je quémande du Daflon aux villageois, on ne sait jamais, mais personne n’en a. Le groupe de Karine en profite pour passer.

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Le sentier suit une petite route qui monte au col de Pause au milieu des estives. Je suis face au mont Valier. La descente se fait au milieu des troupeaux de moutons, bien raides, avec quelques pierriers à franchir. Je traverse le torrent sur une passerelle, et le chemin continue tranquillement en le longeant, et se prolonge par une petite route, avant de rejoindre une départementale, qu’on quitte rapidement pour remonter vers le village d’Aunac, où se trouve le CP9, km 321. Pendant tout ce temps, je cogite, pour arriver à la conclusion que je ne peux pas être à la barrière horaire de Bagnères de Luchon, le mercredi à 12h, nous sommes lundi, et c’est stressant. Impossible, même en ne dormant pas, déjà que je n’ai pas dormi beaucoup ces derniers temps. Je savais que les barrières horaires de la course allaient être une de mes difficultés. Je prends mon parti de maintenir le rythme au maximum et de continuer en rando normale quand ça coincera, tant que l’état de mes pieds le permettra.

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Je fais part de cette préoccupation aux autres coureurs à Aunac, et ô surprise, le papier de l’organisation que j’ai est erroné, confirmé par Cyril. Il faut viser jeudi à 2h. Voilà qui change tout. Du coup je prends le temps de faire une sieste d’une heure dans une grange où je suis toute seule sur la paille, quel bon matelas. Je suis néanmoins importunée par les mouches, bien que je vienne de me laver. Il y a du matériel d’équitation, cela me fait bien envie, mais je ne suis pas là pour ça.

Je prends un bon repas avant de repartir à 18h, ragaillardie, et j’embarque même 2 gros sandwichs, une fois n’est pas coutume, que je suis prête à porter pour la nuit qui s’annonce, tellement je suis soulagée de la prolongation qui m’est accordée, et normalement il n’est pas prévu de ravitaillement au prochain CP. Jodi mon nouveau copain malaisien arrive. Il a une cheville bandée et me dit qu’il arrête là. Karine arrive à son tour.

Je monte au col de la Core, où j’arrive à 23h. Il y a deux balisages du GR. Lequel faut-il prendre ? La carte indique à gauche par les crêtes, le GPS indique à droite par les lacs. Voilà qu’une voiture providentielle arrive dans la nuit et s’arrête à mon niveau. C’est un éleveur qui patrouille car on lui a tué plusieurs veaux les nuits précédentes, et il est très inquiet de voir plein de lumières cette nuit dans la montagne. Non non, ce n’est pas nous. Il m’indique le chemin des crêtes. Il y a une tente au col, que je n’avais pas vue, et en sort une dame que j’ai dû réveiller en parlant fort et elle me confirme le chemin des crêtes.

 

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Le sentier est à flanc de montagne, et a l’air de dominer une vallée, dont je vois les lumières des villages tout en bas. Je reste vigilante car il y a vraiment beaucoup de pierres. J’arrive à un étang, à l’heure de manger, et je déguste mon sandwich au bord de l’eau avec les crapauds, sous un ciel étoilé, c’est féérique avec la lampe éteinte. La pause est courte et je repars pour la descente. Le jour se lève, j’atteins le CP10 à la maison du Valier, km 350, de l’autre côté du mont Valier. Encore une nuit de passée dehors. Et bonne surprise, il y a à manger. C’est une équipe suédoise qui tient le ravito, très sympathique.

Petit somme d’une heure sous la tente, pour repartir à 9h.

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Je passe dans la vallée suivante. Je retrouve sur le sentier en montée la dame d’hier soir que j’ai tirée du sac de couchage. Elle assiste un groupe de coureurs. Il y en a un avec elle qui a abandonné et qui a retrouvé assez de punch pour l’accompagner. Ils m’encouragent à fond. Je ne la reverrai plus. Tous ses copains auront rendu l’âme ? Je vais beaucoup plus vite qu’eux et passe devant. Dans tout ce coin, les altitudes des cols ne dépassent pas les 2000m et se franchissent aisément. Je recalcule ma vitesse par rapport à la barrière horaire de Bagnères, mais rien à faire, ça ne passe toujours pas, même avec la rallonge découverte à Aunac. Je tente néanmoins le coup de faire mon possible pour y arriver le plus vite possible. Je rejoins le village d’Eylie d’en Haut en début d’après-midi. Un groupe de randonneurs papote sur le pas de la porte du gîte où je fais le plein d’eau et je soigne mes pieds, ils sont ravis de me tenir compagnie.

Ca monte de nouveau, assez raide, au milieu des vestiges d’un téléphérique utilisé par les mines. Heureusement qu’il y a les petites fleurs colorées pour égayer ces épaves métalliques, très laides.

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Je passe sur l’autre bord, pour suivre un large chemin tout plat à flanc de montagne, que suit une ligne électrique. Je préfère admirer le paysage que je surplombe, et j’en loupe le changement de direction qui monte. J’arrive à l‘entrée d’un tunnel fermé, je ne vois plus les marques du GR, donc demi-tour, je ne suis pas loin. Et justement, en voilà un paquet de marques dans les cailloux. Je veille à ne pas prendre celles qui mènent en Espagne. J’arrive aux bâtiments en ruine d’une mine, c’est sinistre. J’attaque un petit bout de montée raide et je retrouve avec plaisir la nature, un groupe de jeunes a planté la tente pour la nuit, et j’arrive à la Serre d‘Araing, à 2200m d’altitude. J’ai le droit un a magnifique coucher de soleil, les sommets se parent de rouge avec tous ces cailloux, c’est magnifique. Je redescends vers l’étang d’Araing, la nuit tombe. Je traverse le barrage et il y a une petite montée dans les rochers vers le refuge d’Araing que j’aperçois, mais il y aussi une arrivée de nuages à traverser. Impossible de voir les marques dans cette purée de pois, je dois me diriger au GPS.

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Le gîteur m’accueille à bras ouverts et me propose de faire une halte. Je n’en avais pas l’intention, mais il n’y a qu’une cabane plus bas, qui sera très difficile à trouver de nuit. Je suis donc sagement ses conseils, il héberge déjà quelques coureurs, et je vais dormir 3 heures. Je me retrouve toujours avec le même problème quand je m’allonge, mes jambes gonflées deviennent douloureuses, et c’est encore pire si je les surélève. En plus de la sensation de froid qui arrive, et je m’enfouis sous 2 couvertures.

Je repars à 2h du matin, le ciel est dégagé maintenant, et le col d’Auréan est vite atteint après une grimpette dans les gros cailloux. C’est parti pour une longue descente nocturne.

J’entends des gros aboiements, et je vois de nombreux yeux brillants dans la lumière de la lampe. C’est attirant et je manque de quitter le sentier. Il y a plein de moutons,  et 2 énormes patous, les chiens des Pyrénées, qui les gardent. J’aime bien les chiens, mais je voudrai passer sans encombre, et eux de leur côté, ils font leur boulot qui est de m’empêcher d’approcher de leurs moutons, qui sont confortablement installés au milieu de mon chemin. Heureusement, les moutons daignent bouger, et les chiens les suivent. Le chemin est libéré. J’abandonne les yeux phosphorescents sans regret.

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Plus bas, je traverse un torrent à gué sur de gros rochers, puis un plateau très humide, histoire de maintenir les pieds au frais, et de raviver les frottements. Au lever du jour j’arrive au beau village de Melle, les gens se réveillent, je demande mon chemin car il y a 2 passages possibles et je prends celui qu’on me conseille et qui n’est pas celui de la carte. Le monsieur qui me renseigne est persuadé que je veux passer la frontière, mais non, pas du tout ! Je continue de descendre jusqu’à la petite ville de Fos, dans la vallée de la Garonne, par une route en lacets qui rejoint la nationale. Fos n’a rien d’extraordinaire par rapport aux petits villages montagnards traversés jusqu’ici.

Le GR fait le tour de Fos, je préfère prendre la rue principale toute droite qui mène au CP. Mais je ne vois rien. Mon GPS indique que je l’ai dépassé depuis 500m. Je reviens sur mes pas jusqu’à l’indication du GPS, c’est l’église, il n’y a pas trace d’un CP. Je repars vers la mairie, qui est encore fermée à 9h.  Ca fait 1/2h que je tourne en rond, la rue est déserte, il n’y a personne pour me renseigner, quand j’aperçois un coureur qui traverse la route. Je tournais le dos au CP et je ne pouvais pas voir la flèche jaune ni la flamme de la course. Ah c’est malin de ne pas arriver par le bon côté, je suis un peu énervée, mais je l’ai trouvé ce CP11, au 391° km, juste décalé de 500m par rapport à ce qu’indique le GPS.

Je suis accueillie par Dominique qui a retrouvé un peu de forme et qui accompagne Patrice de temps en temps, et par Denis qui a fini par se prendre les pieds dans ses bâtons et a dû abandonner suite à une belle chute, le genou et la cheville ont doublé de volume. Ah, ces réunionnais qui ne savent pas utiliser les bâtons ! Un autre abandon s’est enrôlé comme bénévole cuisinier. Il m’apprend que l’étape de Gavarnie est raccourcie de 30km. Dommage, je suis venue pour voir Gavarnie. Je me restaure et fais une sieste d’1/2h sur de confortables tapis de gym.

Au moment de repartir, je croise Géraldine que je ne connaissais pas encore. Elle a aussi dormi au refuge d’Eraing.

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Je longe les berges de la Garonne canalisée, ça change des torrents de montagne, avant d’attaquer une rude montée dans la forêt. J’y rattrape un coureur qui vient de se perdre. Pour une fois que ce n’est pas moi, et j’ai trouvé le balisage facile à suivre à cet endroit. Il est dépité de sa mésaventure, il a du mal à s’en remettre. On fait un bout de chemin ensemble, sur une bonne piste maintenant, avant que je l’abandonne derrière. Le sentier suit la crête, frontière avec l’Espagne, territoire des troupeaux de vaches et de moutons. La vue est magnifique sur les montagnes environnantes depuis le col Peyrehitte à 2000m d’altitude, et j’en profite pour une halte noix de cajou. Je double plusieurs groupes de coureurs, dont pas mal de boiteux et d’éclopés. La plupart ont l’intention d’arrêter à Bagnères. Je papote avec un nouvel Alexandre, nous avons des connaissances coureuses communes. Il arrêtera à Bagnères.

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La descente se fait sur une large piste, sans difficulté, toujours avec une belle vue. Je traverse les pittoresques villages d’Artigue, Sode, et Juzet avec son lavoir, tout fleuri et surplombant la vallée de Bagnères de Luchon. Maman m’y attend depuis plusieurs jours.

Je contourne l’aérodrome par un chemin piéton, très animé. Je vois la base de vie installée sur le bord de l’aérodrome, en face. Maman vient à ma rencontre. Nous sommes le mercredi 27 juillet, il est 19h, j’ai 7h d’avance sur la barrière horaire. Heureuse ! Avec 418 km au compteur, je suis à la moitié de mon périple.

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Il y a du peuple à la base, je pointe et je n’y reste pas, maman a dégoté une chambre d’hôte en plein centre de Bagnères, à 50m du GR. Qui dit mieux ? Elle me fournit un stock de Daflon, qui s’avère efficace, mes jambes dégonflent immédiatement. J’en prendrai désormais toutes les 6 heures jusqu’au bout, et l’œdème ne sera plus qu’un mauvais souvenir. J’en profite pour souffler, une bonne douche, une grande désinfection des pieds, je dois toujours vider les ongles et les ampoules sur les côtés, un bon repas de spécialités locales, et je m’octrois une nuit de 6h. Je suis contente d’avoir retrouvé un rythme normal de sommeil la nuit, il faut que j’arrive à le maintenir. C’est plus réparateur que de dormir de jour. Je m’endors sous une énorme couette, bien qu’il ne fasse pas froid du tout. Je me lève à 3h du matin pour repartir, trempée de sueur, ce qui ne m’a pas réveillée du tout.

Je quitte ce lit douillet pour monter, d’abord tout droit dans la forêt, puis dans les pâturages. J’arrive à la station de ski de Superbagnères au lever du soleil, la vue est saisissante sur les massifs de montagnes environnants qui surgissent d’un lit de nuages blancs en contre-bas.

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Il y a eu un éboulement sur le GR, il a été détourné et un peu rallongé. Je rejoins le tracé normal de l’autre côté du col de la Coume, à 2200m. J’arrive dans la zone des altitudes plus élevées, du coup parsemée de plus de myrtilles. Mais ce n’est pas le moment de haltes gastronomiques.

Les pierriers à franchir sont nombreux. Ca finit par redescendre vers le col d’Espingo, puis changement de direction vers le nord, pour descendre vers le magnifique lac d’Oô, bien connu des cruciverbistes, et sa non moins magnifique cascade en fond. Le sentier surplombe toute une partie du lac, il y a foison de fleurs, dont de splendides iris bleu foncé. Superbe !

Il y a beaucoup de promeneurs au lac, ça me change de la tranquillité de l’altitude. Je passe le refuge, et ça descend sur une large piste où il y a foule, pour arriver au parking des granges d’Astau, et au CP 12, au km 440, où m’attendent Mireille et Jean-Pierre, les bénévoles d’Oman, toujours la plaisanterie au bec, ça détend.

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Ils campent, le CP étant prévu au gîte d’à côté, mais l’organisation ne l’a pas retenu assez longtemps et ils ont été priés de déguerpir. Il ne fait pas toujours bon d’arriver dans les derniers. Ce qui n’empêche pas l’accueil d’être très chaleureux. Il est midi, et j’engloutis une boîte de cassoulet froid bienvenue. Je retrouve Yvan le canadien, et Roberto le sarde arrive à son tour. Au CP, ils ne savent pas combien de coureurs ils doivent attendre, c’est-à-dire combien sont repartis après Bagnères, où les abandons ont été nombreux. C’est ennuyeux pour notre sécurité ! Vu ma longue nuit précédente, je dois être en fin de troupe. En fait nous sommes à peine plus de 80 encore en lice.

Une fois la rivière franchie, ça remonte en forêt, assez raide, avant d’atteindre les pâturages toujours très fleuris, c’est magnifique. Il y a beaucoup de zones de pierriers à passer, avant une bonne descente sur le village de Loudenvielle. Une nouvelle rivière passée, et ça remonte vers le col. Encore une petite montée bien raide en coupant la route carrossable, et c’est la descente vers la vallée. Les villages se succèdent pour arriver au charmant Vieille-Aure, CP 13, km 463. Il est 19h, maman m’y attend. Et c’est Cyril, l’organisateur, qui m’accueille, il est  sincèrement content de me voir. Pour ma part, je suis surtout contente de voir le CP.  Je pointe, et comme je vais me reposer à l’extérieur, on me demande de revenir pointer quand je vais repartir, dès fois que je ne repartirai pas du tout. Voilà qui sent les abandons à plein nez. Ah non, je ne reviens pas pointer et je continue.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Maman a encore fait fort, j’ai une chambre à côté du GR, et de nouveau un plantureux repas pour me requinquer. J’y dors 4h.

Je repars en pleine nuit, je passe à côté du musée de la mine, ce n’est pas vraiment l’heure de la visite. Ca grimpe bien dans la forêt puis dans les estives, avec vue sur la station de ski d’Esplaube au petit matin, pas très jolie par rapport aux villages locaux, puis avec une zone peu pentue jusqu’au col du Portet, à 2200m d’altitude. Il y a de nombreux randonneurs à cheval, il faudra que je revienne dans le coin pour ça, et en levant la tête, des vautours et des gypaètes me surplombent.  Très chouette. Il y a de nombreux chemins pastoraux bien larges. Je passe devant une cabane de berger, le propriétaire fait la sieste à l’ombre d’un rocher.

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Je descends au milieu des moutons vers le lac d’Oule, encore un barrage, c’est raide, que je longe sur un bon bout. Je suis dans la réserve de Néouvielle, qui est un massif granitique, complètement différent de ce que j’ai traversé jusqu’à présent. Les gros rochers sont oranges, ça change du schiste gris. Je passe de nouveau un col, je reste en altitude, ente 1800m et 2200m, c’est très agréable, surtout qu’il commence à faire chaud, en passant par des sapinières et des zones herbeuses. Puis je découvre une succession de lacs, et également beaucoup de monde. Il y a plein de sentiers partout, avec des coureurs à la journée. Je longe le lac d’Aumar, en surplombant le lac d’Aubert, c’est tout plat. Pas pour longtemps. J’ai le droit à une rude et heureusement courte montée dans les blocs de granit, et j’en bave. C’est réellement le seul endroit de mon périple où j’ai physiquement souffert. Il fait très chaud, j’éprouve le besoin de me rafraîchir dans le ruisseau que je longe, ce qui est très rare pour moi. J’arrive à un petit lac, que je contourne sur des énormes, mais énormes blocs de granit, c’est éprouvant, avant une dernière montée pour atteindre le col de Madamète, à 2500m d’altitude. Ce sera le point le plus haut de cette traversée des Pyrénées.

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J’y fais une pause bien méritée, dans un petit coin d’ombre de midi d’un rocher, j’engloutis mes chips, je soigne mes pieds. La vue est superbe sur les sommets environnants et la vallée qui s’étale devant moi. Un groupe de randonneurs prévoit des orages pour l’après-midi, pourvu qu’ils se trompent. Une dame m’interroge sur la course, elle aimerait beaucoup la faire.

Je prends mon courage à deux mains pour la longue descente qui s’ensuit et qui me prendra tout l’après-midi, d’abord dans des gros pierriers bordant de petits lacs, puis une vallée où l’herbe est rase et où il y a peu de sapins. Le granit implique un paysage très différent, et  je suis entourée de sommets qui atteignent 3000m. Le dénivelé à franchir n’est que de 1000m, mais la vallée s’étire vraiment en longueur, j’ai mal aux pieds avec la chaleur, de nouveaux points douloureux apparaissent sous les deux petits orteils. Je me remets difficilement de la montée du matin, le moral est dans les choux. Pourquoi continuer dans cette galère si c’est comme ça ? Depuis le départ, c’est la première fois où je n’éprouve plus de plaisir dans cette aventure. Le CP est encore loin, et il m’apparaît comme un terme. J’ai l’impression de subir cette descente, sans pour autant éprouver de difficulté physique particulière, car en fait le parcours est facile, même s’il paraît longuet.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Pour finir j’atteins sans encombre la station de ski de Tournaboup. Il y a des ânes qui attendent qu’on leur fasse faire un tour. Moi, je continue à pied, en partie sur la grand route, en partie sur une petite route de l’autre côté du torrent. A Barèges, je demande mon chemin car le balisage du GR ne va pas dans le sens de ma carte. On me conseille le nouveau tracé, beaucoup plus court que celui de la carte.

Après avoir traversé le torrent, le chemin est plat, à flanc de montagne, avant de se poursuivre en sentier qui descend pour rattraper la grand-route.

J’appelle maman pour la prévenir que j’arrive. Elle m’apprend l’abandon de Patrice, avec un orteil complètement infecté. Quoi ? Patrice a abandonné ? Et moi qui me plains juste parce que j’ai une  overdose des montées, sans autre raison. Certes mes pieds ne sont pas jojo, mais ça reste supportable et ça ne m’empêche pas d’avancer. Ah non alors, pas question de baisser les bras pour si peu. Il faut continuer, les gambettes ! Je lutte contre les pensées négatives, et je sais au fond de moi que je n’arrêterai pas.

Une fois sur la route, je ne poursuis pas sur le GR. Je vois qu’il remonte vers un château, certes la vue sur la vallée de Luz Saint Sauveur doit être belle, mais ça monte. Je reste sur la route, qui, elle, descend. A l’entrée de Luz, je double un groupe de touristes, je marche 3 fois plus vite qu’eux. Ils en restent baba. J’ai rendez-vous avec maman à l’église, très belle, de l’extérieur en tout cas. Ca fait forteresse. Je ne prends pas le temps de faire du tourisme. Nous allons pointer au CP14, j’ai parcouru 510 km, pas si mal ma foi.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

La barrière horaire suivante me turlupinant toujours, j’en demande confirmation au CP. Personne ne sait, alors que c’est ma préoccupation principale du moment. Il faut demander à Cyril, qui est pris avec sa télé, il faut attendre. Non, je n’attends pas, et j’engueule tout le monde. Les quelques coureurs présents que je croise régulièrement comme René, en restent bouche bée. C’est la tension de mes pensées négatives qui a besoin d’être évacuée.

Maman veut m’expliquer le chemin pour repartir car il ne faut pas suivre le GR qui va vers Gavarnie. Ce n’est pas le bon moment, et je saute sur l’occasion pour clamer que de toute façon, je ne suis pas sûre de repartir. Ben tiens, je n’ai pourtant pas rendu mon dossard. Et une petite voix au fond de moi me dit que non, il est hors de question d’arrêter.

Je gagne la chambre du gîte où maman est installée, toujours sur le parcours du GR, elle se débrouille vraiment bien maman, à partager avec trois autres randonneurs, ravis de m’accueillir. Ils connaissent le GR10 et mesurent l’ampleur de ma tâche. Ils me laissent la salle de bain, je m’étale, installée par terre pour soigner mes pieds sans tout salir avec l’éosine, qui est tenace. Un de mes ongles d’orteil ne tient plus que par 2 petits points. Je lui mets un petit chapeau pour le protéger, et je n’y touche plus. Quant au gros orteil, j’en ai maintenant un qui est tout rouge et très sensible, bien qu’il n’y ait plus rien qui sorte dessous l’ongle. Ce n’est pas terrible. L’autre ne me fait presque plus souffrir et a l’air de bien se porter. Le bout de mes chaussures commence à se décoller. J’ai prévu, et maman joue au cordonnier et les recolle. Il faut que ça tienne jusqu’au bout. Que de petits malheurs ! J’ai le droit de nouveau à un bon repas, avec toujours des légumes et fruits frais, ce qu’il n’y a pas du tout sur les ravitaillements des CP.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Je me lève à 3h, de nouveau pleine d’énergie. Mes pensées de faiblesse d’hier soir ont disparu. Je prends un copieux petit déjeuner sur le palier, pour ne pas réveiller la chambrée, d’autant plus qu’il paraît que j’ai ronflé très fort. Mais maintenant pour repartir, je suis bien coincée, car je n’ai pas voulu écouter maman hier. Je suis obligée de la réveiller pour qu’elle m’explique la direction à prendre. Ce n’est pas malin. On prend une variante qui nous raccourcit le GR de 30km pour rejoindre Cauterets. Quel dommage ! Il faudra donc que je revienne pour voir le cirque de Gavarnie loupé. Requinquée, j’étais prête à faire les 30km qui y mènent, même s’il ne faut plus dormir pour tenir le rythme.

Après une petite portion de route en direction de la station de ski d’Ardiden, je traverse les villages de Sazos et Grust. Le jour se lève. Le sentier coupe les lacets de la route, avant de passer à côté de la station de ski, et de grimper vers le col de Riou à 2000m d’altitude, loin de ce qui était promis par l’itinéraire initial, 2700m sur les pentes du Vignemale.

La descente est facile vers Cauterets. Je traverse la ville pour rejoindre le CP15, au km 540, sur l’autre rive de la rivière. Les tentes sont installées, il est 11h, je n’en ai pas besoin. C’est plutôt l’heure de manger. Il y a même du râpé pour accompagner les pâtes. Quel luxe ! J’y retrouve René, qui repart avant moi.

Je me passe des services de la sécurité civile, à part leur désinfectant. Arrive un coureur que je n’avais pas encore vu, il faut dire que je n’ai pas été beaucoup dans les CP ces derniers temps. C’est un fana de bière et de pizza. Il s’interroge sur certains coureurs italiens qui vont très vite sans qu’on les voie passer. Ont-ils 4 roues et un moteur les italiens ?

Je pars vers la station de ski de Cauterets, ça monte tout droit, raide. Je passe à côté d’un vieil aqueduc perdu dans la forêt, avant que le relief s’aplanisse jusqu’au lac d’Ilhéou, puis au col du même nom, à 2200m d’altitude. Je suis dans le parc national des Pyrénées, ce qui ne m’empêche pas de goûter mes quelques myrtilles quotidiennes. Je croise là-haut un beau troupeau de moutons, gardé par une bergère. On fait un brin de causette. L’endroit est humide malgré la pente, il faut regarder où on met les pieds pour rester au sec. Je fais une pause chips devant un petit abri en lauzes.

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La descente se poursuit jusqu’aux sapins et le lac d’Estaing. Il y a du peuple, et des ânes à touristes. Une dame me fait signe, je l’ai déjà croisée. Elle fait l’assistance de Pierre qui est devant et Marcel, dont je n’avais plus de nouvelle depuis la nuit de Marc. Il n’arrivera malheureusement pas au bout. Elle me propose son aide, une petite place sous la tente, mais je n’ai besoin de rien. C’est tout de même agréable d’être soutenue de la sorte chemin faisant.

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Une petite route me mène à Estaing, CP16, et 559° km. Je m’y arrête à peine, maman m’attend au bled suivant. Le GR fait un petit crochet par la droite qui rallonge, je pars par la gauche sur la route. Le bénévole du CP me rappelle pour m’indiquer le droit chemin. Non, non, je prends le gauche. J’ai hâte d’arriver à Arrens-Marsou. Je passe un petit col et plus loin je reprends le GR qui cette fois coupe la route et raccourcit. Attention, il ne faut pas suivre les rubalises, il y a eu une course aujourd’hui dans le coin, et ce n’est pas notre itinéraire.

Je retrouve maman, fidèle au poste, sur le pont à l’entrée du village d’Arrens-Marsou, juste après l’arboretum. Justement à cause de cette course, elle n’a pas pu trouver un logement décent, tout est plein. Elle a donc installé la tente dans un champ à côté du torrent. Pour moi c’est parfait, j’ai un bivouac confortable, de l’eau pour me laver, on a même une table à pique-nique pour manger. Maman préfère me laisser la tente pour moi toute seule pour que je dorme mieux, et elle s’installe dans la voiture. Je me lève à 2h pour partir, et elle finira la nuit à ma place. Elle qui ne voulait pas camper ! Je lui en aurai fait faire des choses. Et elle dormira très bien pour terminer sa nuit. En tout cas, j’aurai bien profité de plusieurs bonnes nuits confortables de suite, et je ne ressens pas de manque de sommeil, ni de baisse de forme physique qui pourrait en découler. J’ai dormi un peu plus que je n’aurai dû.

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Je repars de nouveau dans la nuit. Ca monte par paliers et je passe 2 cols successifs, peuplés de moutons et de marmottes pas farouches du tout qui se baladent sur le sentier dès qu’il fait jour. Je les vois enfin, depuis que je les entends ! Yvan le canadien me double dans le début de la descente et me donne des conseils sur l’utilisation des bâtons en descente. Surtout, enlève les dragonnes. J’utilise beaucoup les bâtons en montée, moi qui étais empotée au départ, ça m’aide bien en fait, et je ne les utilise pas en descente mais je les garde en main.

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Je croise le GR de la vallée d’Ossau dans un coin très minéral, mais je suis dans la brume du matin et je ne vois pas grand-chose du paysage et du pic du Midi d’Ossau. Dommage. Après une longue descente dans les prairies, j’arrive à la station de ski de Gourette en passant à ma grande surprise devant quelques chalets récents, puis des grands bâtiments très moches. Je n’avais pas percuté que ce serait une station de ski, je m’attendais à un petit village montagnard. C’est le CP17, avec 576km effectués. J’y retrouve de nouveau René. J’ai des nouvelles de Thierry, que tout le monde a cherché pendant qu’il faisait une pause au village suivant de Gabas.

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Je repars rapidement, en traversant la station par des escaliers. Me voilà désormais dans le Béarn. S’ensuit une montée bien raide dans la caillasse blanche du calcaire, parsemée de petits lacs, jusqu’à 2500m d’altitude au col de la Hourquette d’Arre, encore un des plus hauts cols de mon périple. La descente est longue avec de nombreux éboulis à traverser, avant d’atteindre la forêt. Je croise une randonneuse qui cherche un pont pour éviter un passage réputé vertigineux. Je ne peux guère la renseigner, et je n’ai eu aucune appréhension sur le chemin normal. J’arrive à la centrale électrique d’Artouste après avoir suivi la ligne haute tension. Je trouve René sur le bord du chemin en train de se changer pour la nuit qui approche. Je n’ai pas ce problème, je suis toujours en collant, je ne transporte pas de short. Je n’ai qu’à mettre le coupe-vent quand la fraicheur de la nuit vient se faire sentir. J’hésite à être sa compagne nocturne, mais j’avais prévu de me reposer un peu avant la prochaine montée toute proche. Je continue donc en cherchant un petit coin de repos. Et je tombe sur une caravane providentielle, certes en piteux état. Je jette un coup d’œil à l’intérieur. Il n’y a pas de porte, mais il y a un matelas. C’est un peu le désordre, mais pas trop sale. Que demander de mieux ? Ni une ni deux, je m’octrois ce petit paradis et je m’installe pour y dormir une heure. René a dû passer devant pendant ma sieste.

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J’en repars à la tombée de la nuit. Je passe à côté du village de Gabas qu’on ne traverse pas, et je rejoins le lac de Bious-Artigue par une petite route. Je trouve un ruisseau pour faire le plein d’eau. Quand je prends de l’eau dans les torrents en-dessous des vaches, je la purifie avec des pastilles de chlore, quand c’est au-dessus des vaches je ne purifie pas. Tous ceux qui n’ont pas purifié leur eau ont eu des désagréments digestifs. Une bonne piste longe le lac, qui a l’air très touristique. J’entends clop clop derrière moi. Tiens, des cavaliers un peu en retard qui arrivent à 22h de leur rando. Mais pas du tout, ce sont 2 chevaux libres. Ils me suivent un bout de chemin, agréable compagnie, avec leurs yeux brillants dans la lumière de la lampe. Ils savent très bien où ils vont, contrairement à moi, et s’arrêtent à une source pour boire.

Je monte dans la forêt, de nouveau seule. La nuit, on voit très bien la marque blanche du balisage GR éclairée par la lampe, mais pas du tout la rouge. Il faut néanmoins lancer le faisceau de la lampe au bon endroit et balancer la tête à toutes les hauteurs des fois. D’ailleurs je cherche un peu le chemin sous les pins, dans une rude montée. Je suis sur le sentier des lacs. En tout cas la zone est bien humide. Je dois en longer plusieurs, sans les voir dans la nuit. Et soudain je me retrouve dans la flotte jusqu’aux chevilles, et de l’eau tout autour de moi. Je contrôle ma direction, et sur le  GPS, je suis carrément dans un lac. J’ai loupé le sentier qui monte à droite.

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J’arrive au col d’Ayous, à 2000m d’altitude. Il est 1h du matin, il y a un refuge à 200m. Le petit détour en vaut la chandelle, j’y vais en espérant une petite place. Comme j’ai bien retenu que dans les refuges, la chambre pour les retardataires est celle du bas, j’en pousse la porte et cherche un coin libre. C’est plein, et je réveille malencontreusement un monsieur qui n’a pas l‘air coureur. Désolée. C’est en haut, me dit-il. Effectivement, c’est en haut. Dans la salle commune, toutes les tables ont été poussées, et le sol est couvert de matelas et couvertures, avec plein de dormeurs. Voilà une bonne organisation ! Je trouve une place de couvertures, une dessus, une dessous et je sombre. J’entends vaguement des gens qui se lèvent, je repère le matelas d’à côté qui se libère et j’y opère une translation. Je dors 3h, et c’est à mon tour d’émerger. J’ai toujours entendu sonner ma montre à l’heure voulue. La salle s’est un peu vidée et j’ai de nouveaux voisins dont je n’ai pas perçu l’arrivée. Mon seul problème est de ne pas savoir comment déposer mon obole pour le toit car je n’ai vu personne.

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J’entreprends une longue descente. Le jour se lève sur l’herbe rase des prairies. J’arrive dans la forêt, puis au-dessus des profondes gorges de l’Enfer. Je suis maintenant sur le chemin de la Mâture, qui est plat et carrément creusé dans la paroi de la montagne, longeant le vide. C’est très particulier et très beau. J’arrive à un parking où je fais une pause repas et soin des pieds, sous le fort du Portalet. Je suis installée juste sous le panneau explicatif du chemin. Et voilà qu’un guide débarque avec son groupe et se plante devant mon panneau. Donc j’apprends sans me farcir la lecture des explications que le chemin de la Mâture a été créé pour le transport des troncs destinés à fabriquer des mâts de bateaux.

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J’arrive au village d’Etsaut. Je ne m’y arrête pas et traverse la route et le village d’en face de Borce pour une nouvelle montée. Une fois passée la forêt, j’arrive sur une belle crête que je longe, parmi les fougères, les fleurs et… les taons. Ils sont voraces et piquent à travers le collant. Je marche en me tapant sur les fesses pour les tuer. Après le col de Barrancq, la descente se fait dans les pâturages au milieu des vaches, et je débouche sur un superbe plateau bien verdoyant entouré par les montagnes, et le village de Lhers, à 1000m d’altitude. Cela respire la tranquillité, je suis sous le charme.

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Le CP 18 et le km 628 m’attendent au camping de Lhers. J’y fais une bonne pause ravitaillement et profite du merveilleux paysage, chouchoutée par les bénévoles. La base de vie n°3 n’est pas loin, je repars dare-dare. Je traverse ce plateau, puis le village de Lescun où j’ai un peu de mal à suivre le GR du premier coup, et la montée en pente douce vers le fond de la vallée. En haut, je passe le pas d’Azuns, petite barrière rocheuse. Devant moi se dressent de grandes dents toutes blanches, qui émergent de l’herbe rase. Je m’y dirige justement, et au pied, je ne trouve pas la suite du GR. Un passage continue tout droit, mais ce n’est pas ça. Qu’à cela ne tienne, il est 19h et les couleurs virent déjà au rose, magnifique sur ce paysage dantesque. Je m’installe pour une pause noix de cajou en m’en mettant plein les yeux sur la petite arête où je suis arrivée, au pas de l’Osque à 1900m d’altitude. Autant en profiter. Quand je pense à tout ce que j’ai fait de nuit et où je n’ai rien vu autour de moi. Un  coureur arrive et se fourvoie. Je lui indique l’autre côté du versant, à pic, ça doit être par là. Il me confirme. Ca a l’air très raide et il est inquiet pour moi. J’ai l’air si empotée ? Je le rassure, ça ira. A mon tour, effectivement c’est raide. Il y a des cordes pour descendre, ce qui ne m’impressionne pas du tout. Je continue sur un plateau de lapiaz avec de grandes dalles de calcaire. Quand je pense que c’est truffé de gouffres là-dessous.

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 Je débarque sur une belle langue de gros graviers. Mais qu’est-ce que c’est ? Une piste de ski bien sûr ! Je ne savais qu’on skiait sur des cailloux dans le Béarn. Je cherche un peu le marquage de l’autre côté. Un autre coureur arrive, on fait un bout de chemin ensemble. Nous rejoignons une route empierrée, et il repère le sentier sur la gauche. Je l’aurais bien loupé celui-là. Il va plus vite que moi et part devant. Je croyais que c’était un petit raccourci ; mais non, c’est assez long avant de retrouver cette route, qui me mène à la station de ski d’Arette la Pierre Saint Martin, 1600m d’altitude. Moi qui croyais que la Pierre Saint Martin était un petit village. La nuit tombe, accompagnée du brouillard, et c’est à la lampe que j’arrive à la base de vie n°3, installée dans un grand bâtiment communal de la station. Et j’ai 5 heures d’avance sur la barrière horaire. Youpi ! Avec tout ce que j’ai dormi en plus dans les Hautes Pyrénées ! Voilà qui est bien calculé, n’est-ce pas. Nous sommes le lundi 1 août, il est 21 heures, j’ai parcouru 648 km. Je n’ai plus qu’à viser la barrière horaire finale : vendredi 5 août à 4h du matin.

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Nous dormons à l’autre bout du bâtiment, dans une grande salle de sport au sous-sol avec un côté entièrement vitré, qu’on admire depuis une petite place. Sûrement une salle de pelote basque, je ne suis pas spécialiste en la matière. Je m’installe sur un épais tapis de sol, bienvenu. Nous ne sommes pas nombreux. Par contre il y a plein de gamins au niveau de la vitre, fort curieux. Ca va être difficile de me déshabiller pour aller à la douche devant ce public.

En fait le club d’échec local donne une petite réception. Ils m’invitent à partager les restes de leur pot. Pas de problème. J’enfourne la charcuterie et le fromage local, et je termine le délicieux gâteau basque maison. Il faut dire que je commence à flotter sérieusement dans mon beau maillot rose. J’ai le droit à maintes félicitations et les encouragements qui vont avec.

Ce n’est que l’entrée. Je me dirige vers le ravitaillement de la course, je retraverse le bâtiment. La mairie nous offre une excellente garbure et du fromage de la fromagerie d’en face.

Il y aussi un podologue de la course à Arette. Allons le voir. Il trouve mes pieds pas si mal. Il paraît que nous avons tous les deux ampoules sur l’extérieur du pied. Les miennes sont bien sèches, mais toujours sensibles. Il trouve mes ongles bien soignés, il n’y a plus de liquide dessous. Néanmoins j’en ai un toujours douloureux. Il me fait des popotes sur les 2. Il enlève le chapeau de l’ongle d’à côté auquel je n’ai pas touché depuis plusieurs jours et est satisfait du résultat. Il le remet en place. Il me conseille de faire la même chose sur le petit orteil qui a une bonne ampoule dessous et que je vide régulièrement.

Je vais dormir, René est là aussi. Il repartira avant moi. Quand je me lève à 3h, il y a plus de monde dans la salle. Je n’ai entendu absolument personne. D’habitude je prépare toujours mon sac prêt à repartir en me couchant. Je ne l’ai pas fait cette fois. Je fais donc un boucan du diable à tout remballer dans les plastiques, des fois qu’il pleuve. Désolée pour les dormeurs !

Je prends un bon petit déjeuner avant de repartir. Il n’y a malheureusement plus de garbure. C’est l’équipe suédoise qui est là ce matin, je fais la traduction anglais – français pour le papa de Franck, qui le suit.

Je pars dans la nuit, de nouveau dans le brouillard et un petit crachin. A moi le pays basque !

Après le col de la Pierre Saint Martin, c’est la descente vers le village de St Engrace. Le jour se lève avant la forêt et… voilà Jodi qui surgit et me double à toute vitesse. Il court à gogo, complètement ressuscité. Il l’aura son avion !

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St Engrace est un tout petit village, et je lève le nez vers la vieille église que j’admire de l’extérieur. Je continue sur la route, avant de m’apercevoir que j’ai loupé les marques du GR à jouer à la touriste. Il est de l’autre côté du torrent. Comment le rattraper ? Je passe devant une société de rafting, canyoning, spéléo et plus et j’y demande mon chemin. Pas de problème, je vais le rejoindre aux gorges de la Kakouetta, où je suis venue il y a quelques années. Je ne suis pas perdue ! J’aperçois l’entrée des gorges. Je franchis la rivière qui en sort sur le pont de l’Enfer. La couleur de l’eau est turquoise, c’est magnifique.

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Ca remonte vers le col d’Anhaou à 1400m d’altitude. Les dénivelés seront de plus en plus faibles désormais, le paysage change, et les myrtilles disparaissent définitivement. Je reste au milieu des pâturages à l’herbe rase, et je coupe régulièrement de bonnes pistes. Après quelques brusques changements de direction surprenants, je suis dans une descente raide, dans les hautes herbes. Ca descend tout droit, jusqu’à rejoindre un sentier de randonnée très fréquenté. Il doit y avoir quelque chose de remarquable vu le nombre de promeneurs, mais quoi ? Nous sommes en limite du parc national. Je ne vois pas de vautours, pas d’ours non plus. Peut-être une belle vue ? Et oui, car c’est plein de canyons par ici, mais je ne le sais pas. Le sentier est maintenant à flanc de montagne, et juste quand je vais doubler une famille, la dame fait plouf, côté vide dans les buissons. En fait en-dessous il y a de magnifiques gorges. Elle n’a pas l’air spécialement sportive et crie très fort. Son mari est là pour lui prêter main forte pour s’en sortir, à priori elle en sera quitte pour une entorse. Je me tire vite fait.

A ma grande surprise, j’arrive à un très beau pont suspendu, qui traverse les non moins belles gorges d’Olhadubi. En tout cas il y a foule, y compris le père de Franck. Il est excité et cherche son fils partout, qui est en retard sur son timing. Non, je ne l’ai pas vu. Je finis par atterrir au Logibar, qui est un gîte et dont je n’arrête pas de voir les flèches.

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Je suis bêtement un coureur devant moi, qui s’y dirige directo et s’attable. Mais ils y sont nombreux les coureurs ! Ils se sont donnés rendez-vous ? Certes, il est midi. Je passe, et traverse la route pour rejoindre le chemin normal du GR. J’arrive rapidement sur une crête, le sentier est à peine tracé dans les hautes fougères, royaume des taons qui adorent mes fesses. Le chemin est jalonné de tours de chasse à la palombe. Il ondule de col en col entre les mamelons, toujours en altitude, il y a peu de dénivelé à franchir. Je suis avec quelques coureurs que je n’avais pas encore vus, sûrement les voraces du Logibar, et ils me doublent tous. J’en conclue non seulement qu’ils marchent plus vite que moi, mais qu’ils s’arrêtent beaucoup plus longtemps puisqu’ils sont derrière.  Et oui, je pallie ma modeste vitesse de croisière en rognant sur les pauses et le temps de sommeil par rapport aux autres.

 

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Je rejoins une petite route dans la forêt qui m’amène aux chalets d’Iraty, station de randonnée à 1300m d’altitude. La nuit ne va pas tarder à tomber. Jean-Pierre et Mireille, les bénévoles d’Oman,  m’attendent au CP19, au km 697. Nous sommes dans un chalet, un vrai lit m’y attend, et Mireille m’en a gardé un en bas des lits superposés. Pas de grimpette à effectuer. Quelle chance !

Les bénévoles s’organisent pour la nuit, chacun son tour. En tout cas, ça brille. La serpillère est de sortie, ce qui n’est pas du luxe avec nos traces de chaussures pleines de boue, puis de pieds nus car nous avons tous la même envie : enlever ces pompes !

Je repars dans la nuit après 4h de sommeil, comme d’habitude. Je suis vite rattrapée par un petit groupe, je tente de les suivre un moment, ça m’évite de chercher le chemin dans le brouillard, mais ils sont plus rapides. Je suis de nouveau seule sur la crête. Le chemin va tout droit, tellement droit que je ne vois pas dans les hautes herbes qu’il faut tourner à gauche. Je descends dans une forêt avant de me rendre compte de mon erreur. Le jour se lève quand je reviens sur mes pas. Le virage que j’ai loupé est pourtant évident, du moins de jour. La brume se lève en même temps. Le chemin est jalonné de cromlechs, puis c’est la descente tout droit. Un coureur apparaît derrière moi, et il court. Mais c’est une coureuse ! C’est Karine. Ca fait un bail que je ne l’avais pas vue. Ses pieds sont guéris, elle peut enfin courir et s’en donne à cœur joie dans cette belle descente. Et les miens ? Ils ne sont pas guéris, mais je pourrai courir si j’en avais envie. Néanmoins je suis bien dans mon rythme de marche, je profite du paysage, et je ne suis pas spécialement pressée d’arriver.

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Je croise quelques troupeaux de moutons avec leur berger, qui est souvent une bergère. Je tombe en extase sur l’un d’eux, en surplombant le travail du chien qui déplace le troupeau dans un rond parfait. Dans la lumière du jour naissant, c’est saisissant.  Je passe devant une ferme : ici vente de fromage ossau-iraty . Je n’avais pas du percuté que le village d’Iraty où je viens de dormir quelques heures, c’était l’Iraty du fromage.

Je croise de nouveau la tente de l’assistance de Pierre, tout le monde dort. La descente se poursuit, moitié en sentier, moitié en petite route. Je croise quelques groupes de randonneurs. J’arrive au village d’Estérençuby, et oui, c’est l’immersion dans les noms basques maintenant, et je passe ceux des fermes isolées que je croise. Après l’église, une dame m’indique la suite du GR10, le sentier grimpe. Mais sur ma carte, j’ai l’œil sur la petite route qui mène directement à St Jean Pied de Port, sans faire un détour que je juge inutile par la montagne. En longeant le torrent, c’est facile et bucolique. Je double un coureur qui a visiblement eu la même idée que moi, il est épuisé. Il sort de son sac un énorme paquet de dates et m’en offre. Quelle idée de porter ça ! J’arrive au village de St Michel. Que les villages basques sont beaux, avec leurs maisons dont toutes les boiseries sont peints en rouge. Pas une ne manque à l’appel. Et je rejoins le GR10 à Caro, et quelques coureurs qui viennent du bon itinéraire, dont Jérémie.

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St Jean Pied de Port n’est plus loin, et mes parents m’y attendent. Maman vient à ma rencontre, et nous retrouvons papa à la vieille porte d’entrée de la citadelle. J’ai parcouru 733 km. Je reconnais immédiatement la vieille rue, dans laquelle se trouve le CP20. Le GR10 croise le chemin de St Jacques de Compostelle, je suis une habituée de St Jean Pied de Port ! Je pointe rapidement. Un coureur me rappelle par la fenêtre, c’est bon j’ai déjà pointé ! Maman a trouvé une chambre au cœur de la vieille ville, le long du GR. Il est midi et un bon repas m’y attend. Je profite de la salle de bain, mes vêtements rincés vont sécher dans l’escalier. Je mets un petit chapeau à mon petit orteil comme me l’a conseillé le podologue de la Pierre St Martin.  Après 1h de sieste, je repars pour la dernière ligne droite. Hendaye paraît maintenant à portée de main, ou du moins de jambes ! Papa vient de passer quelques jours chez son cousin, missionnaire à la retraite. Toute la maison de retraite des pères blancs prie pour moi. Je ne peux que réussir !

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Mes vêtements sont encore humides, et vu la chaleur, ça fait du bien. Les parents m’accompagnent un bout, papa me lâche le premier et maman vient jusqu’à l’église de Lasse. Prochain rendez-vous : Hendaye !

Le chapeau de mon petit orteil me fait carrément souffrir, je l’enlève vite fait. Il est nul le podologue ! Je me tape aussi un panari à l’index, que je n’arrivais pas à percer, et voilà qu’il éclate tout seul. Ca me soulage d’un coup. J’en ai un autre au pouce en train de se former. Je repars d’un bon pied pour une montée très raide, sur une trace dans les hautes herbes qui raccourcit le large chemin en lacet. Je ressens la forte chaleur, et je garde en permanence l’embout de la poche à eau en bouche, pour siroter pratiquement en continu. Je n’ai jamais eu à faire ça ! Mes bâtons me sont d’une aide précieuse dans la grimpette et je ne pourrai plus m’en passer. Je passe aux 3 abreuvoirs, puis ça remonte tout droit dans les pâturages à moutons jusqu’à l’antenne du sommet du Munhoa. Le vue environnante est très belle sur les sommets basques arrondis et verdoyants. Après la descente du mont, ça remonte vers une crête qui longe la frontière espagnole. La nuit tombe, et le brouillard avec, qu’accompagne rapidement une pluie fine. Ca change de la chaleur d’il y a quelques heures. Ma casquette me gêne sous la capuche avec la lampe, et je préfère l’enlever. Grosse erreur, mes lunettes récoltant gouttes et buée. La visibilité devient rapidement nulle, je ne vois pas plus loin que mes pieds. Je suis dans un immense pierrier de gros rochers, il n’y a plus de chemin du tout, et je ne vois pas la marque suivante du GR. Je perds beaucoup de temps à chercher un chemin, lever la tête pour tenter d’apercevoir une marque plus haut ne sert à rien. Je ne me dirige qu’au GPS, perdant puis retrouvant les marques. Je me tape comme ça un premier pierrier, puis un deuxième, puis un troisième. Heureusement, l’altitude n’est pas très élevée et il ne fait pas froid, mais ma progression dantesque me demande beaucoup d’énergie et une concentration permanente. Entre deux pierriers, je traverse des zones humides, mais mes chaussures trempées ne sont plus à ça près. Ca a l’air sans fin, tandis que le brouillard et la pluie redoublent.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Ca commence à redescendre. Je passe devant une espèce de petite caverne sous les rochers, le seul endroit abrité du coin ? C’est bien possible. J’en profite pour manger. Est-ce que je m’y arrête pour dormir et attendre le lever du jour ? Non, je prends mon courage à deux mains et je préfère continuer à la vitesse d’un escargot, c’est toujours mieux que rien, ne ressentant pas d’envie de dormir. Allons-y de bon coeur !

Je reprends donc ma progression, quand Jérémie l’américain surgit dans la nuit. Il va beaucoup plus vite que moi, mais c’est l’aubaine à ne pas laisser passer. Il a une bonne technique, une lampe sur la tête, une lampe à la main et le GPS dans l’autre main. En tout cas, il trouve le passage qu’il faut. Je me démène pour ne pas le lâcher et je le suis comme un petit chien. Il me demande de temps en temps de contrôler la direction sur mon GPS. Il me dit que les coureurs derrière, dont Géraldine, ont bivouaqué sous la pluie, en désespoir de cause. Alors j’en conclue que ma volonté de continuer a payé.

Nous croisons 2 filles qui montent, qui surgissent en plein brouillard. J’ai d’abord cru qu’elles partaient secourir quelqu’un. Mais pas du tout. Ce sont deux copines de Géraldine qui partent la rejoindre. Elles espèrent qu’elles passeront la ligne d’arrivée ensemble dans les 24h. Quelle utopie de parisiennes, car elles viennent de débarquer de Paris. Je remets leur pendule à l’heure. Pour l’instant, Jérémie et moi sommes pressés de repartir. Nous atteignons la forêt et l’altitude décroit bien. Nous voici enfin à St Etienne de Baïgorry, CP21, 750° km, peu avant le lever du jour. Mais peu m’importent les km présentement. Me mettre au sec et dormir, c’est tout ce que je demande. La dame qui m’accueille me demande si je suis Géraldine. Et bien pas du tout, je suis Isabelle.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Je trouve la salle vraiment crade, de la boue partout, des bassines d’eau sale et la table pleine de restes de repas. En plus, il n’y a plus de gaz pour nous faire un repas chaud. J’enfourne tout ce qui me tombe sous la main, mélangeant sucré et salé, les céréales au chocolat et le saucisson. Une fois mes pieds soignés, je me dirige vers le dortoir. Il s’agit de la salle de trinquet. Elle est immense, et 3 coureurs y dorment à un bout. Je m’installe à l’autre bout, à même le sol en béton, la tête sur mes ravitos, je m’endors immédiatement.

Quand je me réveille, il fait grand jour et je suis seule dans cette salle immense. Ca fait un drôle d’effet. Pendant mon somme, le réfectoire a été briqué et est impeccable. C’est plus accueillant. Je prends mon ptit déj, céréales au chocolat + saucisson pour changer. On attend toujours Géraldine, mais ses copines sont là. Elles ont abandonné peu après nous avoir croisés. Alors je confirme, ma volonté a payé, et j’en suis très fière. En tout cas elles ont compris que la ligne d’arrivée ne sera pas pour ce soir.

Je repars à 9h, revigorée. Il fait beau maintenant.

Je monte vers la frontière espagnole, que je suis pas mal de temps sur une longue crête, avec une belle vue vers le pic d’Anie derrière et… la mer devant ! Déjà ! La chaleur est plus supportable qu’hier. Je suis au milieu de nouveaux sympathiques compagnons : les pottoks, ces poneys basques tachetés, ce qui me ravie. Les moutons évidemment sont toujours là. Est-ce la période des ventes ? Ils sont parfois rassemblés dans un enclos, avec du monde qui les examine sous toutes les coutures.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

C’est déjà la descente sur Bidarray. Je traverse le village et remonte de l’autre côté de la vallée. Le CP22 m’attend, installé dans la dernière maison privée, au km767. Il est midi, et c’est le dernier pointage avant l’arrivée ! Youpi ! Cécile, bénévole, m’accueille, elle attendait avec impatience la coureuse réunionnaise. Elle a fait la Diagonale des fous presqu’autant de fois que moi, ce qui n’est pas peu dire. Je m’installe à l’ombre sous une tente dans le jardin pour dévorer un gros plat de pâtes. Karine aussi est là, bichonnée à souhait par toute une bande bruyante.

Cécile m’offre un lit picot dans la cave pour 1/2h de repos. J’ai le temps, je prends. Je partage la cave avec Jérémie qui a la même envie que moi. Je me prépare à repartir quand le père de Franck arrive. Il cherche encore son fils bruyamment. Et tout le monde attend Géraldine. J’entame donc la dernière étape longue de 70km pour l’arrivée. Le paysage que je traverse est ondulé et ne présente pas de difficulté particulière de jour, les cols se succèdent entre 700m et 500m d’altitude avec vue sur l’océan et les crêtes suivent de nouveau la frontière espagnole, au milieu des poneys et des cromlechs. Facile ! Je descends au village d’Aïnhoa. Je double un italien écroulé sur le bord du sentier, prêt à rendre l’âme. Il veut abandonner, si près du but. Pour finir il ira au bout. Au village, ses amis qui le suivent me proposent un énorme pain au nutella, immédiatement englouti. Puis je tombe de nouveau sur l’infatiguable père de Franck. Son fils a toujours du retard sur l’horaire prévu. Je serpente dans la vallée, traverse quelques hameaux. Je demande de l’eau à un monsieur, en fait il y a une fontaine juste après, ce n’était pas la peine de le déranger. Il a vu passer une autre fille peu avant, elle courait. C’est Karine à coup sûr. Le chemin est très agréable jusqu’au village de Sare et ses airs basques, ruisseau et petits escaliers parsemés de charmants oratoires.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

A la sortie de Sare, je tombe sur les organisateurs qui m’attendaient et m’offrent des fruits frais. Ils en profitent pour me pointer. Est-ce un contrôle anti–triche ? Les bruits courent parmi les coureurs que les italiens aiment bien les voitures. D’ailleurs où est passé Roberto qui était toujours derrière moi ? J’ai oublié son existence. Il paraît qu’il est maintenant loin devant…

A la sortie de Sare je trouve un petit endroit plat dans les herbes, parfait pour une sieste d’1/2h avant la dernière montée. Je reprends la route vers 17h, et la pluie s’invite après quelques pas. Quoi ? Je vais replonger dans une nuit d’enfer ? Mais c’est la dernière, j’y vais gaillardement, vers la montagne de la Rhune. Je vois passer le petit train jaune vers le sommet, dans un boucan de ferraille bringuebalante. Je traverse la voie et j’arrive au col des trois fontaines, où la pluie s’intensifie. Est-ce le dernier col ? Quelques promeneurs sont sur le chemin du retour, il y a plein d’anglais, je double tout le monde, les pieds trempés dans les flaques.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Je rejoins la vallée, je croise de nouveau le père de Franck, toujours à l’affut, je déguste mon dernier paquet de chips, et… ça remonte. Je ne m’y attendais pas. La nuit tombe, et le brouillard pluvieux avec, bien que je ne sois pas haut du tout, 400m. La visibilité est rapidement réduite. Je croise une campeuse, elle fait la Pastourale, la petite sœur de la Transpyrénéa. Quelle drôle d’idée de s’arrêter dormir si près du but. Je passe juste à côté du poste frontière, et ça remonte de nouveau. Je ne trouve pas le départ du sentier, je dois demander à un gardien, dans la nuit. Il n’a pas l’air étonné de me croiser, il a dû voir passer quelques lampes ces derniers jours. Et c’est reparti pour le sentier, sans rien voir. Après un petit replat, je ne trouve plus les marques du GR, rien à faire, et pourtant le sentier est bien tracé, mais dans cette purée de pois... Le GPS m’envoie à gauche. Alors à gauche, à gauche. Ah ça y est, je les retrouve ces marques. Au bout d’un moment, je préfère contrôler ma direction sur le GPS, et là, ô surprise, je suis sur la trace où je suis déjà passée. Je n’en crois pas mes yeux. J’ai fait un demi-tour complet et je me dirige droit vers la Méditerranée ! Heureusement, je n’ai pas été trop loin. Je reprends mes esprits et me remets dans la bonne direction. Je reviens à l’endroit fatidique de mon fourvoiement, de nouveau à gauche toute, et cette fois je trouve le bon sentier. Je n’ai plus qu’à descendre définitivement. Je sors des nuages, et je vois les lumières d’Hendaye et toute la côte. Ma fois, j’ai encore une petite trotte à faire, une dizaine de km.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

J’arrive à Biriatou en croyant être dans les faubourgs d’Hendaye. Le GR et le GPS ne donnent pas la même direction. Je suis bonne pour faire demi-tour une fois de plus. Tout ça me fait perdre pas mal de temps et je vois l’avance sur la barrière horaire de l’arrivée de 4h du matin fondre comme neige au soleil. Franck surgit derrière moi avec son fils de 10 ans. Nous décidons de faire route ensemble jusqu’à l’arrivée. Il veut absolument ne pas dépasser la barrière horaire, et se met à courir. Je le suis sans problème, pas de douleur aux pieds ni lassitude. Il est plus rapide que moi en montée et je vais plus vite en descente, mais je dois me forcer pour le suivre. Nous sommes de nouveau dans la campagne, et pas du tout dans les faubourgs d’Hendaye. En traversant une route, nous perdons le fil du GR. Franck engueule son fiston qui n’a pas été capable de suivre les marques. Bon, l’ambiance me plaît moyen. Je décroche dans la dernière montée, et je n’ai plus qu’à traverser Hendaye seule. J’abandonne la course et reprends une marche rapide, toc toc au rythme de mes bâtons en pleine nuit.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Je longe l’embouchure de la Bidassoa, retraverse une petite portion du centre ville, et j’atteins la plage, que je longe sur la promenade piétonne. Encore 2km, et j’y suis, je vois la flamme de l’arrivée. Il est 4h20 en ce matin du vendredi 4 août, il pleut, et je viens de parcourir 836km en 17 jours. C’est fini.

J’y suis 3 jours après le premier.

Cyril m’accueille, je suis d’un calme olympien. Contrairement à Franck que toute sa famille fête. Ils partent rapidement. On me colle un demi gobelet en plastique de champagne chaud dans les mains, alors que j’aurai voulu une chaise, mais il n’y en pas. Et quelque chose à manger peut-être ? Car avec le champagne chaud, je vais m’écrouler raide morte. Non, il n’y en pas. Il faudrait peut-être me pointer ? Ah oui, on avait oublié. Il y a un coureur italien transis sur un fauteuil trempé. Il me dit qu’il est fatigué, qu’il veut dormir, mais comme Cyril lui a dit d’attendre, il attend. Depuis combien de temps ? 2h. Ah lala ! Je l’embarque avec moi, allez suis-moi, et je trouve une tente de l’organisation libre parmi les 3 qui sont là. On se la partage.

Je vais prendre une douche au yacht-club qui nous accueille. Il y a un gros panneau « Hommes » sur la porte des sanitaires. Je fais le tour du bâtiment pour trouver un « Femmes ». Peine perdu, il n’y en a pas. J’atterris donc chez les hommes. Je suis seule, ce n’est pas gênant et j’y prends mes aises. Puis je fais un tour dans la salle de l’organisation. Tout le monde dort. Je fais une razzia sur ce que je trouve  à me mettre sous la dent.

Le repos est bienvenu sous la tente. Je me réveille à 8h, et part en quête d’un petit déjeuner. Je ne suis pas la seule à glaner de nouveau les restes de l’organisation. Pendant ce temps, mes parents sont arrivés. Ils ont récupéré mes quelques affaires sous la tente, car il n’y a plus de tente. Les gendarmes ont tout fait enlever. Sympa pour ceux qui doivent encore arriver !

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Bilan de ma petite virée : 3 ongles de pied et 4 kg en moins, 17 nuits dehors. Ca monte, ça descend, il fait jour, il fait nuit, ça pourrait paraître monotone ! En outre on peut vivre sans matelas, et je suis devenue experte dans l’utilisation des bâtons. Mais surtout je m’en suis mis plein la vue, des sommets aux petites fleurettes, ah ce chardon bleu ! En passant par les bestiaux en tout genre. Quelle magnifique chaîne de montagnes que les Pyrénées ! Et une nouveauté pour moi pas toujours agréable : la gestion des barrières horaires.

J’ai juste une grosse envie de dormir et une faim dévorante. Il me faudra une semaine pour récupérer et être d’attaque. Et je me réveille toutes les nuits en voyant un sentier devant moi : allez debout, il faut y aller ! Mais non, tu es dans ton lit, tu peux dormir.

Je vais montrer mes petons à mon podologue, il les trouve très bien soignés, il n’a plus rien à faire. Néanmoins la plante va peler pendant un mois, me donnant des pieds de bébé.

En attendant, lundi, au boulot !

Prochaine étape : le trail de bourbon dans 2 mois et demi, fastoche !

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Published by Isabelle - dans Récits de courses
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10 mars 2016 4 10 /03 /mars /2016 18:15

Une amie me fait part d'une nouvelle course : l'ultra trail d'Angkor, 130 km. Angkor ! Depuis le temps que je cherche un truc chouette dans le coin ! Ni une ni deux, je m'inscris dare-dare, c'est dans 2 mois. Il y fera chaud, j'ai l'habitude, ce sera tout plat, je n'ai pas l'habitude, c'est long, comme j'aime. SDPO propose 4 épreuves, la plus longue étant de 130km. Je n'envisage même pas de faire une des autres. Je débarque donc à Siem Reap une semaine avant la course. C'est la grande ville juste à côté du site des temples d'Angkor. Une semaine pour me balader dans le nord du Cambodge. Il fait chaud et humide comme à la Réunion à la même époque, en Janvier. J'en profite pour profiter de ces magnifiques temples envahis de végétation, en vélo, vu que c'est tout plat. Au lieu de me "reposer", un mot que je ne connais pas trop. Et de faire connaissance avec Jayavarman VII, le roi qui a bâti toutes ces merveilles.

Je visitais donc les temples en vélo 2 jours avant la course quand je suis tombée sur le groupe de coureurs qui avait pris le packaging séjour touristique en plus de la course. Je ne pouvais pas les manquer, il y en a qui étaient déguisés en coureur. Une fille en jupette de course dans un temple ! Et je suis interpellée, c'est Éric le Belge du Manaslu de l'année dernière ! Il fait le 64 km. L'organisateur propose l'inscription à la course, sec. Tout le reste est en option, et je n'ai pris aucune option. Je me débrouille par moi-même sur place. Je vais chercher mon dossard le soir, j'espère y faire connaissance de Jean-Claude Lecornec, notre mentor. C'est la première fois que je cours avec lui. Mais non, il n'est pas là. Dommage, je ne suis pas sûre de pouvoir le voir après. Samedi 23 janvier 2016 : J'ai commandé un tuktuk à 4h du mat pour aller au lieu du départ: la Terrasse des Eléphants à Angkor, à 7km de Siem Reap. C'est de là que le roi regardait ce qui se passait sur la grand place de Angkor Thom, la ville d'Angkor, au 11°s. Angkor Thom était une très grande ville, et le royaume khmer était très puissant.

Il fait nuit. Les tentes de la course sont montées sur la place. Il y a le 130 km et le 64 km qui partent en même temps. Les autres courses plus courtes partent après. On est 60 sur le 130 km. Ils sont beaucoup plus nombreux sur le 64, je ne sais pas combien. il y a un paquet de coureurs initialement inscrits sur le 130 qui se sont rabattus sur le 64 depuis 2 jours, par peur de la chaleur. Sur la ligne de départ, je m'aperçois que j'ai mis mon maillot à l'envers. Il y a une vidéo sur internet où on me voit très bien en train de défaire mon sac pour changer le sens de mon maillot, bref, le type a coupé l'image juste avant que je sois à poil ou presque. Ouf ! Je sais que je vais beaucoup transpirer, comme quand on court dans les bas chez nous en janvier. Je me suis bien crémée partout contre les frottements, les fesses, la ceinture du short, la ceinture du sac, sous les bras. Je sais que ça va échauffer fort. Et voilà, c'est parti ! Avec un peu de retard car des coureurs ont paraît- il eu du mal à trouver la Terrasse des Eléphants. On part vers la porte est d'Angkor Thom. Les portes d'Angkor Thom sont magnifiques : on passe sous une immense tête à 4 visages, qui représentent les 4 vertus de Bouddha dans les 4 directions : la sympathie, la pitié, l'humeur égale, et l'égalité, le visage étant bien sûr celui de Jayavarman VII, qui les a fait construire. A la lueur de la frontale, c'est magique.

Ultra Trail d'Ankgor 2016

Puis on serpente sur un petit sentier de forêt. A chaque intersection, il y a un garde du parc pour nous garder sur le bon chemin. Je me fais déjà doubler à gogo, et par quelques filles. Mais sont-elles sur le 64 ou sur le 130 ? En tout cas comme d'hab, c'est toujours ma jambe gauche qui me freine. On arrive près d'un temple, dans la nuit. C'est Ta Nei, on le contourne. Le balisage de nuit est bien fait, de la rubalise et des barres phosphorescentes dans les arbres. Voilà les oiseaux qui se mettent à chanter et le jour qui se lève, il est 6h. On franchit un pont métallique, un pont français. Tiens, il y en a un qui est plié en 2 sur le côté, il vomit. Ca commence mal pour lui. Le peloton est déjà bien étiré. On rejoint la route et on longe le long mur d'enceinte du temple de Ta Prohm. Jayavarman VII l'a construit pour sa mère. On contourne le temple, envahi par les arbres de la jungle, les fromagers aux racines envahissantes et destructrices. J'ai toujours du mal à accélérer, alors je reste à ma petit allure. On se retrouve de nouveau sur des petits sentiers dans la forêt, c'est agréable. Ca n'empêche pas la chaleur, je transpire à gogo. Et il est encore tôt. Mais ça ne me gêne pas, j'ai l'habitude. On traverse le village de Srah Srang, le long d'un grand bassin, piscine de Jayavarman VII. C'est très joli.

Puis c'est le temple de Pré Rup qui se pointe. Il est plus vieux que les précédents. C'était un temple hindouiste, dédié à Shiva. Il est construit comme une montagne, et les tours sont en briques. Dans la lumière du petit matin, il me surplombe, il apparaît très rouge. Superbe. J'ai fait 15km et je suis au premier ravito de bananes. Les ravitos suivants seront tous les 10 km, ce qui est très confortable. Pas besoin de prendre des tonnes d'eau. Encore un peu de forêt avant d'atteindre le village de Pradac. On poursuit sur une bonne piste, au milieu des rizières. Le soleil est maintenant là, énorme boule rouge au dessus de l'horizon. Quelle lumière magique ! Le riz est récolté, les rizières sont en paille jaune, et paraissent toutes oranges à ce moment, rectangles bordés de petites digues de terre. C'est vraiment la meilleure heure. Je suis seule sur mon bout de piste, et je m'en mets plein les yeux.

La piste atterrit au milieu des rizières. Quelques vaches toutes blanches et maigres broutent la paille qui reste aux champs, leur bouse apporte un engrais naturel. Il y aussi quelques buffles, tout gris et gras. Ils sont au repos, et ne reprendront le boulot que pour les labours. Notre chemin serpente sur les diguettes étroites des rizières, un coup à droite, un coup à gauche, pour déboucher sur une rivière à franchir à gué. Je passe un peu en amont, c'est plus étroit et je peux sauter sans me mouiller les pieds. On rejoint un chemin, très sablonneux, bordé de buissons, toujours au milieu des rizières. J'aime courir dans le sable, même si ça ralentit la progression. Je double un coureur, il faut dire qu'il batifole avec les gamins du cru. Avec l'arrivée du soleil tapant, j'ai chaussé ma casquette saharienne géante et les lunettes de soleil. Autant bien se protéger des ardeurs locales. Sur la ligne de départ, une canadienne me trouvait drôlement bien équipée tropical. Je ne viens pas de la Réunion pour rien. Elle n'avait pas osé s'inscrire sur le 130km car elle n'avait jamais couru de nuit. C'est justement là qu'il faut commencer, c'est tout plat, facile de voir où on met les pieds la nuit. Je sors des rizières, traverse une route et passe sous un porche de temple bouddhiste. Le ravito est là, avec un délicieux gâteau maison local, au lait de coco. Il va nous falloir de l'énergie, on grimpe au sommet d'une petite colline, le temple de Phnom Bok est au sommet. Dure ascension de...150m, la seule de la journée. On y grimpe par un magnifique escalier de 400 marches. Quel plaisir ! J'y double quelques coureurs.

Les temples khmers sont très particuliers. Le pays était hindouiste jusqu'au 11° siècle. Les temples sont donc hindouistes. Puis notre ami Jayavarman VII s'est converti au bouddhisme. Mais il n'a pas abandonné Vishnou et Shiva pour autant. Ils sont donc tous mélangés. De même il y a de magnifiques sculptures, racontant les épopées hindoues du Mahabharata et du Ramayana, et beaucoup d'Asparas, les danseuses célestes. Aujourd'hui le pays est boudhiste. Le Cambodge est un pays tout plat, avec de temps en temps une colline isolée qui émerge, on se demande ce qu'elle fait là. A tous les coups il y a un temple en haut, ancien ou récent. A l'occasion, si la colline est raide, les Khmers rouges en profitaient pour jeter les pauvres innocents d'en haut, ça leur économisait des cartouches. Rappelons qu'il ont tué 3 millions de gens sur 15 millions en 4 ans en 75. Tout le monde en parle là-bas. Mais revenons à la course, dans un Cambodge heureux et à mon temple perché en haut de la colline.

On fait le tour du temple et on redescend par un bon sentier, que je dévale allègrement. Je retrouve le ravito, et on retraverse la route pour retrouver les rizières et le chemin sableux. Ca me va bien, même si je ne peux pas accélérer. Je suis seule sur cette portion de chemin. On traverse un village. Un monsieur arrose le devant de sa boutique pour éviter la poussière. Les réserves d'eau sont dans des grandes jarres devant chaque maison. J'y trempe ma casquette. Apparemment, il n'y a que moi qui ait cette idée rafraîchissante, les autres coureurs passent droit. Me voici de nouveau dans un village. Les maisons cambodgiennes sont en bois, sur pilotis. Elles peuvent être hautes. Cela permet une circulation de l'air sous la maison et les garde un peu plus au frais. Enfin, tout est relatif vu la chaleur ambiante. Le rez de chaussée sert de pièce à vivre dans la journée, à l'ombre. Quand on est plus riche, on a une maison en dur, ce qui n'empêche pas les pilotis. On traverse un temple bouddhiste, récent celui-ci. Les moines dans leur robe orange nous regardent passer, tout souriants.

J'arrive devant une école primaire. Une haie de gamins m'accueille, chemisier blanc et short ou jupe noir. Super ambiance ! C'est le 3° ravito. Il n'y a que des bananes, ça fera l'affaire. Il y a aussi un temple, en ruine celui-là, dont on fait le tour. Je cours parmi les blocs de grès, et je double à ce petit jeu. La petite cambodgienne qui tient le ravito veut m'y renvoyer une 2° fois. Non non, je l'ai déjà fait. On part par où après ? Voilà un quart du parcours fait. Il est 10h. Je n'ai pas battu des records de vitesse. Je sors la crème solaire, ça commence à taper dur. La suite du parcours est une piste avec de longues longues lignes droites. En plein cagnard. Pas une goutte d'ombre. Qu'est-ce qu'on transpire. Je dégouline. Des rizières, des rizières, des rizières, des vaches. Heureusement il y a très peu de circulation, donc pas de poussière, quelques vélos et motos. On traverse des villages de temps en temps, ça fait de l'animation. Les petits enfants nous encouragent, hello, hello ! Je suis avec un coureur qui n'arrête pas de s'inquiéter des km restants. Soit disant triathlète confirmé, qu'est-ce qu'il râle ! Il a du mal à encaisser les lignes droites. Je lui conseille de regarder le paysage qu'il ne verra qu'une fois plutôt que son GPS. Et on ne s'aperçoit pas des lignes droites. Il cherche partout de l'eau de coco à boire. Quelle idée saugrenue. Il n'y en pas. Nous ne sommes plus dans le coin à touristes.

Voilà qu'on croise des jeunes en vélo qui sortent du collège, toujours chemisier blanc et pantalon ou jupe longue noir. On échange quelques mots d'anglais. Ils sont ravis. C'est l'heure du repas au village. Les familles se regroupent sous les pilotis des maisons pour manger le riz. Au ravito suivant, ceux qui font le 64km commencent à penser fortement à l'arrivée et m'admirent de continuer. Je ne les vois pas faire un km de plus.

On regagne la forêt. Cela annonce le site d'Angkor. Un peu d'ombre est bienvenu. Je longe un mur très très long, bordé de larges douves pleines d'eau. Ca ressemble fort à Angkor Vat. Je cherche les tours des yeux, mais les murs ne laissent rien percer. Effectivement, j'aperçois l'entrée principale du temple sur l'autre côté, plein de monde. J'espère qu'on ne va pas aller par là. Et non, on rejoint la route et on tourne à droite, vers Angkor Thom et la terrasse des éléphants de ce matin. On reprend la route, la plus touristique du Cambodge. Heureusement, ce n'est pas l'heure des bus. C'est bien ombragé, c'est déjà ça. Je passe devant le temple de Prasat Thma Bay Keak, un des plus vieux du site. Et voilà la splendide porte d'Angkor Thom. On traverse les douves, le pont est bordé d'une avenue de statues, supportant une balustrade en forme de Naga, le serpent à 7 têtes, gardien et protecteur. La porte est surmontée des 4 visages de Bouddha, impressionnants. C'est magique de la passer à pied. Puis c'est une longue ligne droite dans la forêt, qui mène à Angkor Thom, qui était une ville immense. Le temple central, le Bayon, est surmonté d'un nombre impressionnant de tours, toutes en forme des 4 visages, toujours celui de Jayavarman VII, qu'on commence à bien connaître, représentant Bouddha. On contourne le mur d'enceinte du Bayon. Je me dévisse le cou pour admirer les tours émergeant du mur en courant. Trop beau, je ne peux pas louper ça. La Terrasse des Eléphants est juste après, je prends le balisage 130km, je suis à la moitié du parcours. Il est 14h, j'ai mis la bagatelle de 9h pour faire 64km.

C'est l'arrivée du 64 km, beaucoup s'arrêtent là. Qui est sur le 64 et qui est sur le 130 ? Je vais me restaurer. Une bonne soupe aux nouilles cambodgienne. Du rab s'il vous plaît. Ça fait 9h que je ne mange que des bananes. Il y a aussi du gâteau au lait de coco, celui qui faisait défaut sur les ravitos. Ah oui, il y a eu un problème de transport pour le gâteau. Et une bière ? Non merci, pas maintenant. La prochaine fois que je passerai par là. Mon voisin se laisserait bien tenter par la bière. Il envisage de ne pas repartir. Pourtant, il n'est pas blessé. Juste un peu fatigué, il fait trop chaud, et les autres prennent une bière, alors pourquoi pas lui. Quel stupide abandon ! J'ai tenu tout ce temps sans avoir de frottements, comme c'est chouette. Je jette un coup d'œil sur mon ventre, ça commence à rougir et à s'irriter. Je vais mettre un morceau d'élastoplaste pour protéger avant de repartir. Je vais au stand des médecins pour avoir des ciseaux pour couper la bande. Ils n'en ont pas. Drôles de médecins cambodgiens. Un couteau peut-être ? Encore moins. Ils vont chercher celui des cuisiniers et ramène un gros hachoir plein de légumes. Je propose de le nettoyer, histoire de ne pas avoir des oignons sur le ventre. Du coup, ils veulent le stériliser à l'alcool. Non, ça va, je n'en demande pas tant. Bref, je finis par m'en sortir. Mais j'ai perdu du temps avec cette histoire. Me voilà repartie d'un bon pied. Je monte les quelques marches de la Terrasse des Eléphants, je la traverse et redescends au bout. Les touristes m'encouragent et me souhaitent de bonnes jambes. Puis je sors de Angkor Thom par une autre porte, toujours surmontée de la tête à 4 visages. Un petit bout de route, et c'est de nouveau un sentier dans la forêt, bien ombragé. Je passe devant quelques maisons. C'est très sale, des plastiques et des barquettes de repas en polystyrène, alors que nous sommes dans le parc d'Angkor. Sur les circuits touristiques, c'est très propre, avec des poubelles partout et des gens qui balaient toute la journée.

Encore un bout de route qui mène au Baraï occidental, un immense réservoir d'eau rectangulaire, de 8 km de long et 2 km de large, qui date du 11° siècle, un peu avant Jayavarman VII. Tous ces réservoirs servaient, et servent encore à irriguer les douves et les rizières. Je suis sur une bonne piste, et je suis avec 3 coureurs, que des asiatiques, dont une fille. Ils marchent régulièrement, je les double alors. Ils me redoublent quand ils se mettent à courir. Je ne marche pas, je cours toujours sans effort. J'aviserai quand ça deviendra pénible, mais j'ai bien l'intention de courir tout de même jusqu'au 85° km. C'est la moindre des choses. Je sens de nouveaux frottements qui apparaissent sur mon ventre. Il fallait bien que ça arrive. Je demande des ciseaux dans une maison, pour couper un morceau d'élastoplaste. Mais oui madame. C'est plus facile qu'avec le milieu médical. J'arrive au ravito du km75. Il y a une chaise. Quel luxe ! Suksodkeaw la petite thaïlandaise part quand j'arrive et me cède gentiment la place, juste le temps de faire le plein d'eau. Et ça repart, direction les riziètes sur cette piste très sableuse. Courir dans le sable ne me gêne pas. Les autres en étant incapables, je double mon petit groupe. Mitsuji le cambodgien passe carrément dans les rizières. Je teste, mais je trouve plus difficile. Le sol est très inégal, et la paille sur pied est dure. Dès que ça devient roulant, Lawrence le singapourien et Suksodkeaw me redépassent. On joue à ce petit jeu sur les 20 km suivants. Dans le sable, je les épate, ils n'en reviennent pas.

Mais voilà qu'on quitte les rizières. On est maintenant sur une bonne piste. Ils partent devant, je ne peux pas les suivre. Ce que je ne sais pas, c'est que nous sommes les 2 premières filles. Me voilà donc seule, et je le serai jusqu'au bout. C'est la fin de la journée, les gens rentrent les vaches et les cochons sous les pilotis. Il y a du monde dans les villages, tout le monde est à la maison. Les enfants me saluent à gogo, et courent un peu avec moi. Les villages se succèdent par là. Ca gigote et sautille sur le chemin, je dérange des grenouilles. Le soleil se couche. Il devient un énorme astre tout rouge, comme ce matin à son lever. De nouveau les couleurs sont splendides sur les rizières. Je traverse une pagode. juste avant la nuit. J'aimerai me laver les mains, mais le seul robinet dans la cour est occupé par un bonze en pleine ablution. Il me fait signe que non, je ne peux pas utiliser le robinet. Certes les femmes n'ont pas le droit de toucher un moine, mais je ne veux pas le toucher, juste me passer les mains sous l'eau. Tant pis, je reste crade. A chaque intersection il y a un policier chargé de nous orienter. Quand j'arrive : l'eau mouille ! L'eau mouille ! Mais qu'est ce qu'il raconte ? Ils téléphonent tous à leur chef : l'eau mouille ! C'est 11 en khmer, mon n° de dossard ! En fait, 11 c'est dap moï. J'en suis au ravito du 95 ° km. J'en profite pour vider le sable une fois de plus de mes chaussures. L'organisateur nous a envoyé un mail pour conseiller de prendre des guêtres, trop tard, j'étais déjà partie de la case.

Entre temps la nuit est tombée. C'est la pleine lune. Les familles prennent leur repas dehors. Il y a néanmoins peu de lumière dans les villages, jusqu'à ce que tout le monde soit couché et qu'il n'y en ait plus du tout. Par contre les nombreux chiens se déchaînent. Ils ne sont pas méchants, mais aboient très fort et se baladent dans le chemin. Les yeux des vaches brillent à la lumière de ma lampe. Il y a du monde au ravito. On me propose une espèce de soupe de tapioca, ça ne me tente guère, mais il faut bien manger quelque chose de consistant de temps en temps. Une petite bouchée me suffira. J'aurai l'estomac retourné jusqu'à la fin après ça. Je me remets encore un peu d'élasto sur le ventre, ça frotte toujours. Une petit cambodgienne m'aide bien. Je repars. Je traverse un gros village. Il y a une musique d'enfer, une grosse fête très éclairée avec écran géant de ciné. Il y a encore encore un peu de rizières et de sable. C'est la bonne excuse pour me mette à commencer à alterner marche et course. J'ai eu tort, j'étais capable de continuer à courir sans problème. Je n'aurai pas réussi à rattraper la petite thaïlandaise, mais j'ai ralenti bêtement. Histoire d'en profiter plus longtemps ? Je marche peu tout de même. Je sors définitivement des rizières maintenant. Au ravito des 105 km, il y a foule pour m'accueillir. Un 4x4 arrive, c'est la 1° fois que je vois un gars de l'organisation français sur la 2° partie du parcours. Il est vrai que les cambodgiens nous bichonnent. D'ailleurs voilà que le policier de service m'escorte en mobylette !

Je continue à alterner course et quelques pas de marche. Mon mentor me suit silencieusement sur sa mob. Après tout, ça me tient éveillée. Car depuis la tombée de la nuit, j'ai envie de dormir, c'est-à-dire depuis 18h... Ça faisait un peu tôt ! Je rejoins le Baraï occidental, le grand réservoir d'eau, et je le longe sur sa largeur. Je suis sur une grande piste un peu en contrebas. Je grimpe le talus pour admirer ce grand lac rectangulaire. Avec la pleine lune, c'est très beau. Et voilà, je me mets à marcher, en me disant que je recours au virage du coin du Baraï. C'est un angle droit, je ne devrais pas le louper. Mais je marche, je marche, je marche, bien plus longtemps que ce qu'il faut. Je sais pertinemment que j'ai réussi à passer le virage absolument sans le remarquer, mais je reste butée dans ma tête, je ne recours qu'à ce foutu virage. Mon escorteur me dit que je suis fatiguée, que je peux monter sur sa moto. A ça, pas question ! il n'a pas dû bien comprendre ce qu'était une course à pied. Peut-être que d'autres ont accepté ? J'arrive donc de ce pas au ravitaillement des 115 km, qui est au milieu de la longueur du Baraï. Bon, pas glorieux tout ça. Surtout que je suis très bien physiquement.

Je mange un peu, pas grand chose, j'ai toujours le tapioca sur l'estomac. Je repars, avec une nouvelle escorte. Son copain lui a dit que j'étais fatiguée. Le gentil nouveau policier me propose donc... de monter sur sa moto. Mais non mais non ! Et puis il ne me reste que la bagatelle de 15km. Je repars en courant, à bonne allure cette fois. On ne m'arrêtera plus jusqu'à l'arrivée. Du coup la fin du Baraï passe à vitesse grand V, avant de me retrouver déjà dans la forêt d'Angkor. Ça sent les temples.Lle sentier serpente, la moto m'a abandonnée. Ca y est, je suis sur la route qui même à la porte du Bayon, avec ses têtes maintenant bien connues. et bien le voilà, le Bayon, la Terrasse des Éléphants est juste derrière. Je franchis la ligne d'arrivée à 4h du matin, dans un camp... désert. Pas de coureur, pas de cuistot, pas de masseuse, pas de toubib. On me file un morceau de gâteau en désespoir de cause, mais pas de soupe de nouilles à l'horizon. Même pas d'eau pour se laver les mains. Pas de navette pour retourner en ville comme promis. Peut être une tout à l'heure. Je ne mange pas le gâteau et je vais me coucher. Je demande à ce qu'on me réveille quand quelqu'un ira en ville pour rentrer à l'hôtel. Heureusement le dortoir est confortable, avec de vrais matelas par terre. J'enlève mes chaussures, et... je me précipite dehors pieds nus derrière l'ambulance pour... gerber mon tapioca d'il y a quelques heures. Ah ! Ca va mieux ! Une des bénévoles est très gentille et tente de m'aider, mais elle n'a rien sous la main. On ne se connaît ni d'Eve ni d'Adam, mais elle m'appelle par mon prénom. Je ne sais pas comment elle le connaît. En tout cas ça fait plaisir.

Je n'ai pas amené de sac avec des vêtements de rechange. Je m'endors illico tel quel. On me réveille au lever du jour, il y a un transport pour Siem Reap, mais ça ne vaut plus le coup, la remise des récompenses est à 9h. Je me rendors tout de suite. Je me lève peu après avec le jour, ma foi pas si mal reposée. Les cuistots daignent arriver. Je peux me taper une double soupe de nouilles en ptit déj. Je cherche quelques chose à boire autre que de l'eau, il y avait plein de trucs à l'arrivée du 64 km. Mais pour nous, il ne reste... que la bière. Je ne suis plus à ça près, une bière pour le ptit déj. Mais il faut relancer la machine à pression. D'autres en profitent, je ne suis pas la seule à me faire servir. Les médecins reviennent, mais je n'ai pas besoin d'eux. Quant aux masseuses, rien à l'horizon. Je suis bonne pour aller me faire masser en ville cet aprèm. Sans doute après 130 km en a-t-on moins besoin qu'après 64. Je retrouve Suksodkeaw et Lawrence, qui sont aussi restés dormir sur place comme moi. Ils ont terminé la course ensemble. Je me décide enfin à aller voir les résultats. Je suis 6° au scratch et 2° féminine ! Pas mal du tout ! En 22h 47, 9h sur les premiers 65 km et... 14h sur les seconds 65km. J'ai donc été en tête de course des filles par moment, sans le savoir. La seule chose qu'on m'a dite, c'est " l'eau mouille". J'ai épaté mes 2 comparses en courant dans le sable. Néanmoins, ils arrivent 1 h 15 avant moi. Et autre surprise, il n'y a que... 20 noms à l'arrivée, sur 60 au départ. Ça fait la bagatelle de 70% d'abandon ! Je n'ai jamais vu ça. Je ne suis pas si mauvaise que ça alors. Je repense au gars assis à côté de moi à mi parcours, qui trouvait que c'était dur et qui s'est fait avoir par l'ambiance d'arrivée. en outre il paraît qu'il a fait plus de 40°C dans la journée. Il y a un peu de monde maintenant, mais pas foule pour la remise des récompenses. En tout cas, bien loin des 60 coureurs. Les autres courses, c'était hier. Ça fait un peu pauvre. Mais non, il y a 2 superbes fauteuils sur l'estrade. Un pour Le Cornec, l'organisateur, et un pour le ministre du tourisme du Cambodge. Nous on a 3 cubes sous le soleil. On a le droit à un discours en khmer et en anglais. Je gagne un affreux trophée avec un dessin d'Angkor. Alors qu'il y a plein d'artisanat local sympa. Mais ça plait à ma voisine. J'ai tout de même un regret. En tout et pour tout, j'ai vu Le Cornec quelques minutes, et je ne lui ai jamais parlé. En voilà un qui connaît bien ses coureurs ! A sa décharge, on ne paye que la course et on n'est pas obligé de prendre tout le tralala autour, ce qui me va très bien. C'était un très beau parcours, que j'ai vraiment apprécié. Dommage que l'arrivée était si sinistre. Heureusement, les éléphants de la royale terrasse étaient là.

Je rentre à l'hôtel, le patron me demande où j'ai couru. 130km, il en reste baba. Du coup il m'offre le ptit déj. Je remets donc ça. Sans bière cette fois. Puis relaxation bienvenue dans la piscine, avant un arrêt dans un salon de massage. Les massages cambodgiens sont très efficaces. J'aimerai savoir comment la fille trouve l'etat de mes jambes, mais elle ne parle pas un mot d'anglais. Je me contente d'un beau sourire. Elle insiste tout de même sur mes gambettes. Infatigable, je retourne une dernière fois profiter d'Angkor Vat, le temple des temples. En moto cette fois.

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Published by Isabelle - dans Récits de courses
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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 19:04

Kouzouzanpola ! Bonjour !

Je n'ai pas envie de quitter l'Himalaya, mais je change de coin. Après le Népal, direction le royaume du Bouthan. Un avion pour Maurice, un avion pour Dehli, et un avion pour Paro. Avec une belle vue sur l'Everest au passage.

J'y suis !

L'atterrissage est spectaculaire, entre les montagnes. Je comprends la petite taille de l'avion. On est descendu en faisant plusieurs 360, impressionnant.

Mon guide bouthanais m'attend, vêtu du gho, l'habit traditionnel, sorte de robe de chambe. Il va me chaperonner avant la course, pour une petite semaine de rando.

Je découvre le magnifique dzong de Paro, le château fort. Toutes les maisons sont genre chalet des Alpes, avec les boiseries peintes. Paro est dans une vallée, surmontée de petites montagnes rondes et boisées. Ça fait vraiment penser aux Alpes, sauf que c'est plus haut et qu'on est dans les rizières. Paro est à 2100 m d'altitude.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

Rappelons le principe d'un séjour au Bouthan : tu paies 250 $ par jour. Cela comprend le guide obligatoire, l'hébergement en hôtel *** max, le transport, les repas. C'est le même prix si tu campes.

Me voilà partie pour 4 jours de rando dans la Haa Valley, avec passage d'un col à 4000 m d'altitude et des balades entre 3000 et 3500m. Ca fait une bonne acclimatation pour la suite. Je loge dans une ferme, impeccable pour découvrir les gens et les modes de vie, et le bouddhisme au quotidien.

J'ai la chance de voir le premier jour le sommet du Jomolhari, point culminant du Bouthan à 7326m. En cette période de prémousson, l'Himalaya est dans les nuages.

Nous sommes déjà vendredi 29 mai, je vais rejoindre l'organisation de la course à Timphu, la capitale.

Je retrouve les autres coureurs à l'hôtel. Les choses sérieuses vont commencer.

Bouthan, the last secret, est une course de 200km en 6 étapes, de 15 à 50 km, avec une altitude maximale de 3800m. Elle est organisée par Global Limits et Stefan, allemand, est le patron. Le gîte et les repas sont prévus, donc nous n'avons pas de gros sac à porter.

Mo le saoudien me tombe dans les bras. Il était dans ma tente au Gobimarch il y a 3 ans. Il m'a amené une énorme boîte de dattes d'Arabie Saoudite spécialement pour moi !

J'arrive juste pour mettre les pieds sous la table, excellente occasion de faire connaissance avec les autres. Je suis à table avec des australiens.

On me dit qu'on m'a déjà vue. Mais où et quand ? A Mada en septembre dernier ! Plusieurs coureurs y étaient et m'ont reconnue. Je n'ai reconnu personne. La finlandaise Satu aussi me reconnaît, de Mada. Je suis une vedette ? Je me souviens des nationalités, îles Caïman, Guyana, Finlande, mais pas des têtes ni des noms.

En fait pas mal de coureurs présents courent avec Racing the Planet, et certains en ont marre du sac lourd de l'autosuffisance et se tournent vers les courses de Global Limits.

Je fais la connaissance de ma coturne, Lesley, de Nouvelle Zélande. Nous sommes dans la même tranche d'âge.

Vérification des sacs. J'ai mal traduit lighter. J'ai cru que c'était une lampe et c'est un briquet, le truc qui ne sert à rien. Mo me prête le sien le temps du contrôle. Les dossards n'ont pas de n°, juste les prénoms. Ça va bien m'aider à retenir tous ces prénoms anglais et chinois.

Nous sommes 36 coureurs, 14 nationalités. Je suis la seule française et la seule francophone.

J'ai le temps de faire du tourisme et mon fidèle guide étant toujours la, il m'emmène dans un centre de protection des takins. C'est une grosse chèvre qui ressemble à un bœuf et qui vit en altitude, très rare. Et très moche. Ils sont soignés à Timphu. Puis direction une nonnerie (couvent). Ces dames sont en robe rouge comme les moines, tête rasée comme les moines et psalmodient comme les moines. Elles distribuent à manger et Il y a un monde fou. Elles ont du succès. Puis visite du dzong, le château fort qui protégeait la vallée des tibétains. Aujourd'hui il abrite les chefs gouvernementaux et religieux de la province. Il y a donc un temple à l'intérieur. C'est énorme, et très beau.

L'heure du briefing arrive. Nous avons 2 médecins américaines et un reporter du New York Times.

Départ le lendemain matin avec nos affaires de course, un petit sac pour courir et un autre pour la nuit, qui ne doit pas dépasser 8kg. Du moins c'est ce que j'ai compris. Outre le sac de couchage et les vêtements chauds du soir, je peux profiter d'affaires de rechange. Je crains la pluie.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

Nous voilà partis pour une demi journée de bus vers Punakha, départ de la course. La route est bonne jusqu'au col de Dochula à 3200m, où nous arrivons dans un épais brouillard. Il fait frisquet, avant que la pluie s'annonce pour de bon. Il y a 108 petits chorten au col. C'est magique dans la brume. On est sensé avoir une superbe vue sur l'Himalaya. Il faudra repasser. On repart pour la descente vers la vallée de Punakha. La route est nettement moins bonne, nids de poule et boue sous une bonne averse. On déjeune à midi à Lobesa, où se trouve le temple de Lhakhang, le temple de la fécondité. Spécialité du coin : les phallus, en érection tant qu'à faire. Il y en a peints sur toutes les maisons. Outre la fécondité, cela amène la puissance et éloigne les démons.

Nous sommes au milieu des rizières, dans la vallée. Il fait beau maintenant et chaud, Punakha est à 1200m d'altitude. C'est bas.

Nous traversons la rivière et le dzong apparaît sur une île. Il est magnifique. Une belle forteresse, style bouthanais. Nous allons le visiter, c'est là que sera donné le départ de la course demain matin. Quel cadre ! Il faut se couvrir bras et jambes et enlever tout chapeau pour entrer et nos 2 coureurs bouthanais doivent porter le gho, la robe de chambre traditionnelle.

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Le campement est un peu en amont, le long de la rivière. Je partage ma tante avec Lesley. Je tente une baignade. C'est froid, je n'y mettrai que les jambes.

On a l'après-midi pour continuer à faire connaissance avec les autres coureurs.

On a le droit à un goûter, thé et petits gâteaux. Puis briefing. Puis le repas du soir à 18h, bouthanais évidemment, l'équipe de cuistot est locale. C'est tôt ! Ce sera le régime de la semaine. au menu : riz rouge et piment dans une sauce au fromage, c'est la base. On rajoute des brèdes et de la viande de bœuf.

Il a plu pendant la nuit, douce berceuse sous la tente en plus de la rivière, rivière toute grise. Ce matin, de la brume monte de l'eau, on se croirait en Écosse. Nous sommes dimanche.

Le ptit déj est anglo saxon : œufs, espèce de viande indéterminée. On échappe au riz rouge - piment - fromage. Il y a du miel, je me prends du thé au miel pour la course, énergétique.

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L'étape du jour fait 31 km, et on va monter à 2700m. Il ne devrait pas faire froid, je suis en short et maillot manches courtes. J'ai mes chaussettes de compression pour mieux récupérer pour enchaîner les étapes.

Le bus nous emmène au dzong. Et ô surprise, 600 lycéens en survêtement, tous le même, nous accueillent et nous font une haie d'honneur sur le pont menant à l'entrée du château. C'est émouvant. Nous nous regroupons sur les marchés du dzong, et les jeunes chantent l'hymne du Bouthan. Oui, c'est émouvant. Un petit tour aux toilettes du dzong s'impose avant le départ, ce sont des toilettes à la chinoise : un petit muret à la hauteur de la taille sépare des petits box sans porte et une rigole "collecte" les besoins. Mais c'est très propre. Puis nous allons au milieu du pont où est donné le départ. Moment de silence, le lama du temple du dzong nous bénit. Il est 8h, c'est parti.

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Avec la pluie de la nuit, les dalles de pierre du pont sont glissantes, prudence. Mo part tout de suite devant, et à ma grande surprise, je suis juste derrière. Marathonien, il est rapide et disparaît vite devant. Nous suivons la rivière vers l'aval sur la route sur 5 km avant de la traverser et de la remonter sur l'autre rive. Avant le pont, William l'irlandais me double, puis Chris le canadien, Scott l'australien, et Tom. Enfin Marcia, la petite américaine chinoise de Hong Kong. Elle va vite, je ne la suis pas. Il n'y a aucune circulation sur la route et c'est agréable.

A la sortie du pont Stefan m'encourage et je lui réponds au lieu de regarder mes pieds et je bute sur une aspérité de la route. Mince, ça me lance dans le genou. Ça commence bien. Je fais comme si je ne sens rien et je continue. Nous sommes maintenant sur une petite route. Marcia s'éloigne devant et finit par disparaître. Une petite montée vers un magnifique pont suspendu comme je les aime. Celui-là est très long, c'est le plus long du Bouthan.

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Premier ravito où je ne m'arrête pas, il n'y a que de l'eau aux ravitos et j'en ai assez. Les filles de l'organisation m'encouragent. On continue sur un petit sentier qui ramène au dzong. Je fonce droit vers l'autre pont, celui du départ tellement il est beau, je repasserai bien dessus. Erreur, les marques oranges nous font tourner à droite dans un autre sentier. Tom me rattrape à temps. Ouvrons les yeux ! J'arrive à une barrière. C'est l'entrée de la ferme du roi que nous allons traverser. Les bâtiments de la ferme sont évidemment de style bouthanais. Les pâtures sont bien grasses pour les vaches. Je suis toujours avec Tom. Nous arrivons à un village, le sentier descend vers les rizières, il y a un peu de boue. Je largue Tom. Et je serai seule jusqu'à l'arrivée.

Je longe toujours la rivière. Ah, un autre pont suspendu, plus petit et plein de drapeaux à prières, avant d'atteindre le ravito où je ne m'arrête toujours pas, et j'attaque la montée. Je quitte définitivement la vallée. C'est une piste 4x4 qui s'élève dans la montagne pendant 10 km. La pente est d'abord faible après une petite montée. Ça se corse au bout de 5km et j'alterne course et marche. Je traverse un petit village, toujours splendide, je suis dans les pâturages, quelques maisons isolées. Une petite pluie arrive, et j'aperçois un toit jaune, signe distinctif d'un temple. C'est le monastère de Nyingpo, terme du jour.

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J'ai mis 3h 45, et je suis donc 2° féminine derrière Marcia, qui me met la bagatelle de 20 mn ! Chloe la canadienne arrive 4 mn après moi. Et je suis 6° au scratch. Pas mal comme début !

Les tentes sont installées dans le jardin du monastère, sur de la bonne herbe. Important, j'ai un mince matelas, un tapis de sol.

Je prends une douche tout de suite avant d'avoir froid. C'est un robinet d'eau, sous une bonne pluie, en compagnie des cuistots et des moines, nous partageons le même robinet. Donc pas question de me mettre toute nue. Je trouve un coin abrité pour mettre mes affaires au sec.

Puis c'est l'heure de mettre les pieds sous la table. Le menu du midi sera toujours pâtes et légumes. C'est végétarien. Ça me va à merveille.

La pluie s'est arrêtée. On peut mettre les fringues a sécher en tendant les cordes entre les tentes.

Quelques étirements et je mets mes chaussettes de contention de récup.

Le camp se remplit progressivement au fil des arrivées. Voilà Lesley.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

Les gamins sont ravis d'avoir de la visite. Les plus jeunes moines ont 7 ans. Ils sont en dortoir. Nous pouvons faire des dons au monastère, qui n'est pas des plus riches. J'ai amené des fringues. La course finance un prof d'anglais pendant 6 mois.

Jusqu'à il y a quelques années, chaque famille donnait un garçon aux monastères, voire plus pour les familles très pauvres. Ça faisait ça de moins à nourrir. Et les enfants avaient un semblant d'éducation. 20% de la population est moine ou nonne, avec beaucoup plus de moines que de nonnes. Maintenant l'école est gratuite, et de moins en moins d'enfants sont moines.

Le soir nous sommes invités à assister au dernier office de la journée. Nous entrons dans le temple, déchaussés. On s'assied par terre autour de la salle. Les moines lisent les prières, assis sur leur coussin. Certains gamins ont du mal à suivre, certains dorment ou bavardent avec leur voisin. D'autres sont très assidus et aiment chanter. Un des plus jeunes est dissipé et n'arrête pas de gigoter. Il se fait réprimander. Il n'aura pas dit une seule prière. Je suis une des dernières à partir.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

29km nous attendent demain, une montée jusqu'à 3500 m, suivie d'une descente à 2400 m. On nous annonce des sangsues. Charmant !

Sur la ligne de départ, Stefan nous distribue un petit sachet de plastique, rempli d'un mélange sel-tabac, très efficace pour détacher les sangsues paraît-il. Je n'en ai jamais vu. Je suis bien protégée, collant et chaussettes de contention.

Stefan fait aussi un contrôle de la lampe frontale obligatoire. Il rappelle à l'ordre ceux qui n'ont pas pris la leur. C'est dans le matériel obligatoire. Il ne mettra pas la pénalité promise au règlement.

Nous voilà partis par un sentier à flanc de montagne. Les mêmes qu'hier se retrouvent devant. Marcia a déjà filé, elle se sent fatiguée m'a-t-elle dit et n'aime pas les montées. Je suis avec Chloe, c'est plutôt elle que je dois distancer pour garder ma 2° place. Et c'est Satu qui déboule à toute vitesse et me double. Quelle mouche l'a piquée ?

On arrive à quelques maisons et à une bonne piste de 4x4 qui monte. Je la prends, j'ai hâte de grimper. Et... je ne vois plus de marques oranges. Tom m'a suivie. On fait demi tour, il fallait quitter la piste presqu'aussitôt. Chloe a eu le temps de passer. Je la redouble facilement.

La voilà, la montée. Manu, qui pose les marques, m'a assurée hier soir qu'il y avait peu de boue. Du coup je n'ai pas mis de guêtres.

Nous sommes dans une belle forêt de grands pins bleus. Le sentier s'encaisse et la boue fait son apparition. De plus en plus profonde. Le pied, la cheville. Je m'aide des branches sur certains passages. La forêt est très humide avec des barbes de St Antoine. Et voilà, ma chaussure reste dans la boue. Je maudits mes chaussures Brooks, ce n'est pas la première fois qu'elle me font le coup. Je plonge les mains dans la boue, un pied en l'air. Le chaussure est profondément enfouie. Je nettoie l'intérieur comme je peux, le pied de même, et je renfile le tout tant bien que mal. J'en ai partout. Je vérifie que je n'ai pas de petites bêtes sur les bras. J'ai bien perdu 5 mn dans cette histoire et Chloe ne tarde pas à apparaître derrière. Elle me double, avec ses bâtons. Je n'en ai pas pris, je préfère appuyer sur mes cuisses, à la réunionnaise.

Voilà une clairière qui apparaît, c'est le ravito. Il y a foule. Satu et Scott partent quand j'arrive. Chloe fait le plein d'eau. Je m'assieds sur une bâche et enlève ma chaussure, j'ai encore trop de boue dedans. Un gentil bouthanais veut m'aider et veut m'enlever l'autre. Non non. Il a l'œil et attrape 2 sangsues sur ma boueuse chaussette. Elles étaient dans ma chaussure, mais ne pouvait pas me sucer à travers la chaussette. Je croyais que ça ressemblait à une limace. Mais non, c'est beaucoup plus fin et ça gigote. Du moins quand c'est vide de sang. Petit nettoyage et je repars dans la foulée. Il y a encore 10 km de montée.

J'en ai fini avec la boue. Je rattrape rapidement Satu et Scott. Et je reste juste derrière Chloe sans pouvoir la doubler. Je me rapproche dès que la pente faiblit et elle s'éloigne dès que la pente augmente. Ce sont les bâtons qui font la différence ? Nous courons dès que la pente est douce, et je vais plus vite qu'elle à ce jeu.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

Nous tombons sur un troupeau de vaches à doubler, le vacher ne faisant guère d'effort pour pousser ses bêtes. Chloe ne s'aventure guère et je passe devant, en tapant sur les fesses des vaches pour qu'elles se poussent. Sinon on était pour un bail coincées derrière.

Les pins changent, on doit être vers les 3000 m, ce sont des Hameloecks maintenant, très différents des pins bleus.

Que vois je devant ? Un petit bout de chou avec des bâtons. C'est Marcia ! Elle est haute comme 3 pommes. Chloe la passe, moi derrière. Nous continuons sur le même rythme jusqu'au col, à 3400m. Je ne ressens pas du tout les effets de l'altitude. Tant mieux. C'est le ravito, dans les nuages. Là aussi, il y a foule. Chris et William font une pause. Chloe s'arrête pour prendre de l'eau et de la poudre de perlinpinpin.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

Je vérifie que j'ai encore assez d'eau pour les 10 km de descente, et je ne m'arrête pas. Je fonce dans la descente. Le sentier est roulant, bien sec. Il y a quelques rhododendrons en fleur, c'est la fin de la saison, mais je ne perds pas de temps à les admirer. Il y a de temps en temps quelques passages pentus et avec des racines. Il faut juste tenir le rythme, et boire régulièrement. Ne pas faiblir, bien respirer. Les jambes tirent ? Pas grave, on continue. Ils sont tous derrière. Il n'y a plus que Mo devant, mais ça, je ne l'ai pas encore réalisé. J'arrive à un chantier de coupe, de gros troncs d'arbre à passer. C'est que je descends si les activités humaines apparaissent. Le sentier prend fin, voici la route. Et la vue sur la vallée. J'aime beaucoup moins la route que le sentier et j'ai toujours beaucoup plus de mal à tenir une vitesse régulière. Les maisons sont proches maintenant. On quitte la route pour reprendre un sentier, beaucoup moins pentu. Ça me fait ralentir. Il serpente entre la rivière et les premières maisons, on surplombe un temple. Avant de rejoindre une route. William fait son apparition. Une meute de chiens en veut à ses mollets, ils me laissent tranquille. Il passe devant, je ne peux pas le suivre. Aujourd'hui nous sommes hébergés dans une maison privée. C'est laquelle ? Celle- ci est grande, mais ce n'est pas elle, les marques oranges continuent. Celle- là est belle, ce n'est pas elle non plus. Celle- là a plein de drapeaux à prières, ce n'est pas encore la bonne. Je continue à descendre, vite. La voilà ! Ça y est !

Je finis 3° et 1° fille ! Super ! Je tombe dans les bras de Mo. J'ai mis 5h11. William est à 2 mn devant, tout de même, il m'a mis 2 mn dans le village ! Et Mo seulement à 1/4 d'heure. Belle étape !

Marcia déboule 2 mn après moi et Chloe 10 mn.

Nous sommes dans la vallée de Timphu, en amont de la capitale.

Notre maison est très grande, nous avons la moitié du 2° étage pour nous. Donc un escalier à monter, la cantine étant au rez de chaussée. L'avantage d'arriver dans les premiers est de pouvoir choisir sa chambre. Je suis dans une petite pièce du bout, donc sans passage et j'ai un vrai matelas installé par terre le long d'une grande baie vitrée avec vue sur la vallée et les rizières. Je suis avec Mo, Marcia, Satu et Wiliam.

Il y a une vraie douche dans la même pièce que des toilettes turques. Je préfère le seau dans une petite salle de bain. Surtout que c'est un seau d'eau chaude, spécial pour Marcia qui a fait une mauvaise chute dans les troncs d'arbre.

Notre hôte a 4 femmes. Et oui, c'est autorisé par Bouddha. Qu'il a longtemps battues, comme ses enfants, sur fond d'alcool, avant de s'apercevoir de ses vices. La vie est belle depuis. Le père du roi a aussi 4 femmes.

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Les coureurs arrivent au fure et à mesure, et s'installent alignés par terre. Comme il faut rentrer pieds nus dans la maison, il y aura ce soir 80 paires de chaussures sur le balcon, 40 paires de baskets et 40 paires de savates. J'accueille Lesley, direction l'infirmerie. Elle ne supporte pas la vue du sang et a des sangsues sur les bras. Elle est en train de tourner de l'œil. Je porte son sac au 2° étage. Comme il est lourd ! Il y a bien plus que les 8 kg réglementaires.

Nous avons droit à un espace détente, trampoline et piscine. Le jeune fils de la maison m'ouvre le cadenas, je suis la seule à vouloir en profiter. Tu veux faire du trampoline ? Non merci, pas après 2 jours de course. Je vise la piscine, l'eau est fraiche, impeccable pour y plonger les jambes pour récupérer, avant un petit tour dans le village.

On doit alléger nos sacs de nuit pour le lendemain et ne prendre que le strict nécessaire, car ils seront portés par des chevaux et des porteurs. Voilà les 8kg réglementaires. Je n'avais pas dû tout comprendre car j'ai tablé sur 8 kg pour toute la semaine. Je n'ai rien à enlever de mon sac, et celui de Lesley s'est considérablement allégé.

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Le lendemain, 28km au programme. Nous entamons un bon tour de la vallée. On traverse tout le village pour remonter la rivière, d'abord sur une piste de 4X4, puis un sentier dans la forêt, avec quelques traversées de ruisseaux. Ah, voici un pont. Je m'y dirige, comme on doit passer sur l'autre rive, et je tombe sur un grand X orange. Ce n'est pas par là. Demi-tour et je retrouve la bonne direction. Le temps pour Marcia d'arriver.

Voici le bon pont. On redescend la vallée, sur une petite route. Chloe est juste devant, Marcia et moi à peu près ensemble, et Satu est juste derrière. Il n'y a aucune circulation sur la route, juste des piétons. Et des Bouddhas peints sur les rochers pour nous accompagner.

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Je rejoins les faubourgs de Timphu, on quitte la route pour une piste, qui commence à monter. J'abandonne Marcia qui ralentit. Voilà un bon torrent à traverser. Le pont est fait de vieux troncs, très vieux, en très mauvais état, et assez haut au-dessus de l'eau. Bon. Jouons la prudence. Je passe à 4 pattes. Pour voir qu'il y a un meilleur pont en peu en amont. Trop tard, je suis passée. Derrière, Satu fera le plongeon.

Je vois Chloe pas loin devant. Un petit passage bien raide, des drapeaux à prières, pour arriver à un chorten et au ravito. Chloe fait le plein d'eau et je la double car je n'ai pas besoin de m'arrêter. Je suis maintenant sur un magnifique sentier à flanc de montagne, avec une superbe vue sur Timphu et le dzong. Et en tête des filles.

Mais voilà que le sentier attaque la montagne en direct, tout droit. La montée finale s'annonce. Et c'est raide, très raide. Mais magnifique. Il y a plein de drapeaux et de bannières à prières. Et des bouthanais en tenue d'apparat qui montent vers le monastère de Phajoding. Aujourd'hui, c'est l'anniversaire du jour où Bouddha a atteint l'illumination, et un petit pèlerinage s'impose. Mais c'est toujours aussi raide.

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La pente finit par s'adoucir un peu, dans une belle forêt. Tiens, un convoi de chevaux. Ils portent nos sacs, 4 par cheval. Ce sont des petits chevaux. J'aperçois un maillot jaune fluo devant, c'est Chris. Et un maillot rose derrière, c'est Chloe. Elle finit par me rattraper avec ses bâtons. Je ne peux pas la suivre, mais tiens un bon rythme.

Je vois quelques maisons et un toit jaune, c'est le monastère qui nous accueille ce soir, à 3600 m d'altitude. Encore quelques marches à franchir à l'entrée, et j'y suis.

J'ai mis 4h11, 1 mn de plus que Chloe, Chris et Scott. Et 5° au scratch. Marcia arrivera bien après. Je passe en tête du classement féminin. Waouh !

Les moines offrent du jus d'orange aux pèlerins bouthanais et aux pèlerins coureurs après nos efforts respectifs.

Il fait beau, et la vue plongeante sur la vallée est superbe.

Mon sac est déjà là car c'est un sac à dos, et il est arrivé par porteur et pas par cheval. Les porteurs sont plus rapides. J'ai mes affaires de rechange chaudes tout de suite, car je suis trempée.

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Le lama Namyang nous reçoit. C'est le frère de la dame chez qui j'ai logé la semaine précédente dans la Haa valley ! Il parle parfaitement anglais, contrairement au reste de sa famille. Le monastère était en perdition il y a 4 ans de cela quand il est arrivé, il n'y avait plus que 4 moines. Il a redressé la barre, et il y en a 40 aujourd'hui. Le monastère est assez grand pour qu'ils aient une chambre individuelle chacun. Nous partageons leurs chambres, 2 coureurs par moine. Les femmes sont avec les plus jeunes, entre 7 et 10 ans. Mais malheureusement les gamins ne sont pas assez nombreux, et les premières coureuses arrivées sont logées dans une pièce à part. Je ne serai donc pas avec un moinillon. Mais j'ai le droit à un vrai matelas et un vrai oreiller. On se serre les unes à côté des autres.

Les douches sont communes, et chaudes. Il y a des chauffe- eau solaires. Il se débrouille bien le lama Namyang ! C'est appréciable à 3600 m, même s'il ne fait pas froid à midi. On fait une fournée garçons, une fournée filles.

Le repas est servi dans la cour du monastère.

Certains coureurs sont mal en point à l'arrivée, l'altitude laisse des traces, surtout qu'il n'y a pas eu d'acclimatation du tout. On est passé d'un coup de 2500 à 3600 m, ce qui est très mauvais. En plus nous n'avons qu'un médecin sur deux ce soir.

Une fois tout le monde arrivé et requinquė, il est prévu au programme un match de foot coureurs contre moines. Les jeunes sont très excités. C'est un match à 7 de 2 fois 20 mn. Nous sommes une équipe de 40 contre 7. On va pouvoir se remplacer à gogo. Et ce n'est pas du luxe. Si je n'ai pas ressenti l'altitude lors de la montée, il n'en est pas de même à courir à fond derrière un ballon. On ne tient que quelques minutes. C'est l'essoufflement immédiat. Ça permet à tout le monde de jouer ! Les moines sont en savates, et relèvent leur robe à la taille, c'est plus pratique. Ils sont en short en dessous, modernes les moines ! Et je marque un but ! Nous perdrons 3-1 malgré nos nombreux remplaçants, et un de nos coureurs bouthanais qui fait partie de l'équipe nationale bouthanaise. En tout cas, on a bien rigolé.

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Il est maintenant l'heure pour les moines de préparer les lampes à beurre. Elles doivent brûler toute la nuit pour Bouddha.

Ce soir c'est la pleine lune, qui éclaire les lumières de Timphu plus de 1000 m plus bas, c'est magnifique.

Stéphanie l'américaine nous fait écouter des mantras comme berceuse ce soir dans notre dortoir, pour être dans le ton du lieu.

Cette nuit, il y a eu des cavalcades le long du mur. Et oui, les rats aiment l'altitude.

4° étape de 38 km pour aujourdl'hui.

Les moines se lèvent à 4h30 pour leur 1° office. Ne faites pas trop de bruit svp. Seuls les petits en sont dispensés et sont réveillés à 6h30. Ils nous accompagnent tous sur la ligne de départ pour un dernier au revoir.

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On part en montée. Certains veulent courir, mais à 3600 m de bon matin, pas moi. On grimpe jusqu'à 3800m, point culminant de la semaine. Je caracole sur le sentier, talonnée par Chloe et Satu. On aperçoit le col de Pumula avec un chorten en haut. J'y vais d'un bon train, jusqu'à ne plus voir de marque orange. Nous sommes les 3 filles et un des bouthanais. On fait le tour du chorten, on va jusqu'au col, peine perdue, il faut faire demi- tour. Et oui, il fallait tourner à gauche 200 m avant, dans la forêt. C'est malin, on se retrouve dans le peloton. On a dû perdre une dizaine de minutes. C'est une descente de 1000 m de dénivelé qui m'attend. Je largue tout le monde, mes deux suivantes, et je double tous ceux qui ont pu passer devant. On se pousse pour me laisser la voie libre. Roli l'italien est subjugué et tente de me suivre. Il tiendra un bon bout de temps avant de lâcher. Cela lui permettra de faire un top ten aujourd'hui, il n'en est pas encore revenu ! La descente n'est pas très longue, environ 5 km, mais raide. Le terrain est sec, je dévale. Je ne sais plus qui est devant, c'est embêtant.

J'arrive dans une vallée, de nouveau des rizières. On traverse la rivière, voilà quelques maisons le long d'une bonne piste et je vais tout droit. Oups, une dame me fait signe que c'est à droite, il faut franchir une barrière. Merci madame ! Je remonte le long de la rivière dans un petit chemin plein... d'orties. Je n'ai plus l'habitude de ça à la Réunion, et bien sûr je mets la main dedans. Aïe aïe, n'y pensons plus.

Je traverse la rivière une fois, 2 fois, 3 fois, pour la redescendre sur la rive opposée. Je rattrape Marcia dans une petite côte peu après le ravito et je file devant. Je suis sur une belle piste de 4x4 qui surplombe la vallée, très belle, avec une maison bouthanaise de temps en temps.

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La montée commence, c'est parti pour une dizaine de km. C'est toujours la piste par moment et un sentier raccourci qui monte tout droit à d'autre.

J'aperçois Scott dans les herbes, les fesses à l'air. Tchic tchic. Aux USA quand une fille double un mec, elle dit tchic tchic et lui pince les fesses. Je n'irai pas pincer celles de Scott, mais ça le fait bien rire.

J'ai manqué le raccourci, je l'aperçois sur ma droite. Je le rejoins car c'est vraiment plus court que la piste. Et bien me voilà dans un marécage. Je ne m'en sors pas trop mal, et je reste désormais vigilante aux marques oranges, d'autant que la forêt est bien claire, elles sont faciles à voir.

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Tiens, une fille à bâtons devant, qui monte beaucoup plus doucement que moi. C'est Maria l'espagnole. Elle m'encourage. Elle a été tout droit là où la dame m'a rattrapée et ne s'est pas aperçue de sa fausse route. Cela lui a fait un mégaraccourci ! Elle aura une pénalité de 2h. Mais du coup je ne sais plus du tout qui est devant moi. De toute façon, je fonce tant que je peux. Je sors de la forêt pour atteindre des pâturages. C'est le col de Jala, à 3500 m. Il y a plein de petites fleurs, et un petit monastère. deux moines me font signe. Kouzouzanpola !

Ça y est, je surplombe la vallée de Paro depuis le col. Quelle vue ! 1300 m plus bas. Ça va descendre à gogo. Je croise des chevaux chargés qui montent. J'entre dans la forêt et je n'ai plus de vue. Je tiens un bon rythme tout du long. C'est chouette cette descente, même si les jambes tirent. Je suis à l'aise sur le sentier. D'ailleurs je rattrape Chris. Voilà la piste et le ravito. Je prends un peu d'eau cette fois. Chris est sur mes talons.

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La route va être longue maintenant et je prends de l'avance. Les premières maisons apparaissent et la piste fait de beaux virages. Pas un raccourci pour couper. La vue est dégagée, Paro est le confluent de deux vallées, c'est magnifique. Je n'ai pas besoin de regarder mes pieds, je profite du paysage. Et la vallée se rapproche à chaque tournant. C'est une route maintenant. Je passe à côté du musée national. Il y a des bus... Mais moi, c'est à pied. Je prends toujours les virages par l'intérieur, c'est plus court. Je dois veiller à la circulation, certes très faible. Mais il y a longtemps que je n'ai pas dû y prendre garde. Surtout qu'ici, les gens ne sont pas habitués aux coureurs.

Ça y est, je suis en bas. Je vais où maintenant ? Dans une ferme, c'est tout ce que je sais. Elle est où ? Dans quelle vallée ? Et bien dans les rizières en tout cas. Les petites digues très étroites me font bien ralentir, avec des virages à angle droit, et bien sur la flotte des 2 côtés. Je traverse quelques cours de ferme, mais ce n'est pas encore la mienne. Il faut vraiment chercher son chemin. A ce petit jeu Chris me rattrape. C'est trop plat. Je traverse la rivière sur un pont suspendu, puis je longe le lit, toujours sur un petit sentier. J'aperçois toujours Chris. Je passe un petit talus abrupt, allez, on pousse un petit coup, je rejoins la route, je traverse encore un pont, et juste après, ma ferme ! 5h38 pour y arriver.

J'ai la surprise d'y être la 1° fille, et en fait je suis 4°, 2 mn derrière Chris. Chloe arrive 20 mn plus tard et Marcia 1/2 h. Je passe 4° au scratch.

Bonne journée n'est ce pas !

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Les deux dernieres étapes sont beaucoup plus plates, je sais que mes points forts sont joués.

Notre ferme est grande. Nous sommes logés au 2° étage, pour changer. Mais les toilettes sont au 1°, des vraies toilettes, ne nous plaignons pas. Toujours des escaliers, et des raides. Le premier est extérieur.

Mo m'installe à côté de lui, sur un vrai matelas. C'est l'avantage d'arriver dans les premiers.

La ferme est au milieu des rizières inondées. Il y a des petits veaux.

Il y a aussi un sauna. Je me décrasse à l'eau froide avant de m'immerger dans une baignoire en bois dont l'eau est chauffée par des pierres brûlantes, elles-mêmes chauffées dans un feu. Un monsieur est préposé au feu. L'eau de la première baignoire est carrément trop chaude. J'en choisis une autre.

Puis je vais me détendre les jambes dans la rivière. Quelle excellente récup ! Et je vais bouquiner sur le toit terrasse d'une remise, avec vue sur les rizières et la montagne. Paro est réputé pour son riz rouge, au demeurant excellent. Enfin, je ne bouquine pas beaucoup, entre les arrivées des coureurs et les autres prétendants à la terrasse.

La 5° étape fait 53km et nous restons dans la vallée de Paro. C'est bien plat pour moi, bien que ce ne soit jamais plat en fait, toujours en montées et descentes courtes ou avec des pentes faibles.

Le départ est donné en 2 temps, le top 8 part une heure après le peloton. Il y a 4 gars et 4 filles dans le top 8. Incroyable, non ? Les gars se baladent ou quoi ? Je vais encourager le 1° groupe, à 6h, en attendant mon tour. Nous partons devant un moulin à prières géant. Certains tournent en permanence, actionnés par le courant d'un ruisseau. Pas celui-ci.

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On commence par remonter la vallée sur une bonne piste surplombant la rivière. Je suis avec Marcia, Chloe, Satu et Scott. Devant ou derrière suivant le sens de la pente. Nous traversons la rivière et c'est le 1° ravito. Je ne m'y arrête pas et passe devant, enfin, tout de même derrière Marcia. D'ailleurs, ça y est, elle démarre et je ne la reverrai plus. Scott essaie de la suivre, vainement. On fait le même chemin sur l'autre rive et dans l'autre sens. Me voici dans les rizières. Voilà qui me fait ralentir, c'est trop étroit. Quand ce n'est pas une rizière inondée qui borde le sentier, ce sont les orties.

Les autres me rattrapent. On loupe quelques embranchements de temps en temps, mais rien de grave, on s'en aperçoit tout de suite. Jusqu'à ce qu'on rejoigne Haruki le japonais du 1° groupe qui s'est fourvoyé et cherche sa route désespérément. Je remets toute la petite troupe sur le droit chemin.

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On grimpe vers le musée national, le même qu'hier. Un peu de route, un peu de piste. Scott est parti devant, je vois Chloe, et Satu me talonne. C'est déjà le 2° ravito, 20km de fait. Un petit sentier raide descend vers la vallée. J'y double quelques coureurs du 1° groupe, qui m'encouragent. Je rejoins une route qui longe le petit aéroport, puis un village. La circulation est plus dense. Je quitte la route pour prendre un sentier le long de la rivière, on ne peut pas plus plat. On doit la traverser. Je ne vois plus Chloe, mais elle ne doit pas être loin devant. Un pont, ce n'est pas le bon. Un deuxième pont, je suis prête à le prendre, mais une grande croix orange m'en dissuade, effectivement, la rubalise me fait tourner à gauche et continuer à longer la rivière. Je me retourne, Satu est derrière, elle a dû voir où est le bon chemin. Le sentier devient étroit. troisième pont suspendu, c'est le bon. Mais en face, je continue à longer la rivière, cette fois il n'y a plus de chemin et je suis dans le lit, il faut sauter de pierre en pierre, mais on est au sec. Je ne vois plus personne, mais je ne m'en inquiète pas, je suis concentrée sur les pierres et le balisage est bien marqué. Je quitte enfin la rivière par un bon chemin, mais voilà qu'il sert de petite torrent. Ok, je me mouille les pieds, pas le choix. Je rejoins une bonne piste qui remonte maintenant la vallée. Ah ça y est, j'atteins le pont de tout à l'heure que j'avais failli emprunter. La piste surplombe l'aéroport de l'autre côté par rapport à tout à l'heure, et elle est en travaux. Le trajet n'est pas folichon. Ce sont des indiens qui refont les routes, physiquement, ils ressemblent aux bouthanais, ils sont de type tibétains.

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Je rattrape le peloton du 1° groupe. Et le ravito. Stéphanie me propose une banane. Volontiers !

La piste monte et descend, je cours toujours, quel que soit son profil. Je suis même à l'aise quand ça monte. Je passe juste au-dessus du magnifique dzong. Belle forteresse. Puis ça redescend vers Paro. Je traverse la rivière avec un des coureurs bouthanais, il y rencontre des connaissances et s'arrête faire causette. Cette fois, je remonte l'autre branche de la vallée de Paro, sur une bonne piste. Comme c'est plat ! Comme c'est droit ! Ce n'est pas excitant. Heureusement que le paysage est beau, parsemé de drapeaux à prières, de vaches, de belles maisons, et la rivière bien houleuse. Je continue sans faille ma petite foulée régulière.

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Enfin de nouveau un beau pont suspendu. Le ravito est juste après. J'y retrouve quelques coureurs du 1° groupe et quelques bananes. J'attaque les 10 derniers km, qui montent un peu. Je cours toujours, montée ou pas. Mais voilà que mon genou se réveille. Aïe aïe aïe. Je prends un paracétamol, je n'en ai qu'un sur moi, autant qu'il serve, et je continue vaillamment. La douleur s'estompe. Je traverse un village. Ca redescend vers la rivière et les rizières. Je me retrouve de nouveau sur les adorables minuscules diguettes, un petit canal d'un côté et les champs inondés de l'autre. Je rejoins Marna et Erika les australiennes, qui courent ensemble. C'est scabreux pour les doubler vu la largeur du sentier, mais on s'en sort. Puis je remonte vers la route. Ça monte encore vers un autre village. Je vois un château en ruine sur une petite colline. C'est là que je vais. Et je cours de bon cœur. Un grand moulin à prières indique le sentier vers le château. Il y a du monde et je suis encouragée. Le chemin tournicote autour du château pour y monter, c'est surprenant. On l'aura vu sous toute ses coutures, je rattrape Anna, la russe. Un dernier escalier mène à la porte de la bâtisse et à la cour intérieure. J'y suis ! Mais... Satu est là, et pleins d'autres coureurs. Je suis très surprise. La dernière fois que j'ai vu Satu, elle était derrière moi et elle ne m'a jamais doublée... Stefan me tombe dessus : tu es passée dans l'eau ? Ben oui.

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En fait seuls 8 coureurs ont pris le bon chemin, dont moi. Tous les autres ont pris le fameux pont et ont fait plus de 2 km en moins, et pas les plus faciles, ceux du lit de la rivière. Stefan décide de rajouter l'équivalent de 2 km à la vitesse moyenne de chacun pour tous ceux qui se sont plantés. Je ne pense pas que ça représente la réalité, mais je ne peux que l'accepter. J'ai mis 7h26 et ça me fait arriver 4° femme, derrière Satu. Pas normal. J'ai couru tout le temps, je n'ai pas traîné. Marcia est 1h devant moi et Chloe 20 mn. Certes je reste 1° femme en cumulé, Marcia est à 4mn derrière.

Bref, admirons le château. Il est en ruine et on voit bien le mode de construction en terre, comme toutes les maisons. Il protégeait des invasions tibétaines.

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Le repas, les pâtes du midi, est servi sur place. Le campement est installé au pied de la colline. Il y a longtemps que nous n'avons pas dormi sous la tente !

Le sol est plein de bosses sous la tente. On s'y fera pour la dernière nuit.

Il y a un petit ruisseau à côté du camp, impeccable pour la baignade-douche.

Quand je pense qu'il y a des sommets enneigés au dessus de ma tête dont le Jomolhari, malheureusement on ne les voit pas, ils sont dans les nuages.

Ce soir c'est le dernier repas dehors avec notre équipe de cuistots. Ça sent la fin.

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Dernière etape : 15km

Nous partons de nouveau en deux groupes, cette fois 1/2h après le peloton. On part en descente pour rejoindre la rivière qu'on traverse. Nous sommes sur une bonne piste, c'est presque plat et je me retrouve en queue de notre groupe. Laura la serre-file me tient compagnie. Marcia a filé allègrement devant, on ne la voit déjà plus. Ça va être dur de garder mon temps d'avance avec cette configuration plate. Je rejoins les derniers du groupe précédent et Laura m'abandonne. C'est maintenant Mo qui m'attend, il a une avance largement confortable pour musarder, sa victoire est assurée, et il veut courir avec moi. Je traverse quelques rizières sur la diguette traditionnelle, puis le sentier continue en sous-bois en surplombant la rivière. Une petite montée raide et je dépasse Satu. Puis je longe un petit canal sur un muret étroit sur quelques km. Mo est devant, il a le pied plus sûr que moi. Certains préfèreront passer carrément dans l'eau.

Je rejoins un village avant de quitter la vallée et de monter vers le parking du chemin du monastère du nid du tigre, Taktsang Lhakhang, par une bonne route. Oui oui, c'est un tigre volant. Le monastère le plus connu du Bouthan, accroché à la falaise tout là-haut. J'alterne course et marche et trouve quelques raccourcis pour couper les virages. Je double une partie du 1° groupe.

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Le ravito est sur le parking. Je ne m'arrête pas, comme d'hab. Il me reste 5km de montée pour me hisser à 3000m. Les 5 derniers km d'une belle semaine de course. Ça grimpe bien. Il y a du monde, le monastère est réputé. Des bouthanais, et quelques touristes indiens à cheval, c'est plus facile. On nous laisse passer. Il y a quelques raccourcis que me montrent les bouthanais, j'en profite. C'est juste encore plus raide. J'appuie fort sur les cuisses. Je vois le monastère là-haut, il n'est pas si loin ma foi. Je passe un resto, ce sera pour tout à l'heure. Je rejoins un groupe de moines qui portent une chaise a porteur avec un moine âgé. C'est le lama du monastère qui est de sortie. Le dernier morceau est un escalier. Mais... qui descend ! Je pensais que ça monterait ! Je le dévale parmi les drapeaux à prières, place place ! L'escalier finit par remonter, ce sont les dernières marches de l'arrivée. Fini ! J'ai mis 2h21.

Je sors la veste, ça caille avec le maillot mouillé. C'est la détente et l'excitation des arrivées finales.

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Marcia a mis 7mn de moins que moi, elle prend donc la tête du classement final et je suis 2° à 2mn. Elle court vraiment trop vite sur le plat pour moi, elle a la moitié de mon âge. Chloe finit 3° 15mn derrière moi.

Nous allons visiter le monastère, bras et jambes couverts et pieds nus bien sûr. Le temple est à flanc de falaise et le mur du fond est le rocher. On fait le tour de Bouddha, confortablement assis. Les temples sont toujours très colorés. Le nid du tigre est une anfractuosité dans le rocher.

Puis nous redescendons au resto. Sur un autre rythme ! Tiens, des singes dans l'arbre. Je ne les avais pas vus a l'aller.

Après s'être ragaillardis, nous terminons la descente en admirant la vue sur la vallée. Puis c'est 10mn de bus jusqu'à l'hôtel à Paro.

Pour la dernière soirée nous avons le droit à un show de danses et chants traditionnels de chaque région du Bouthan. Voilà qu'on amène un fauteuil. C'est l'oncle du roi qui vient présider notre soirée, vêtu du gho bien sûr. Je suis conviée à sa table. Il remet les trophées aux podium. Quel honneur ! On n'a pas rigolé comme les autres tables, mais c'était passionnant. Une autre façon de découvrir le Bouthan. Comment un pays appréhende la modernité en n'en choisissant que les côtés positifs et en protégeant l'environnement.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015
La suite ne déroge pas aux fins de courses à étapes : alcool et boîte. Et oui, même à Paro, il y a des boîtes. Je me conterai d'une bonne bière, et au dodo. D'autres aventures m'attendent avec une semaine à Calcutta, histoire de changer radicalement d'univers.
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Published by Isabelle - dans Récits de course
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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 18:22
 1 lho manaslu 

Namasté !
Me voici de retour au Népal, pays si attachant, pour cette fois le tour du Manaslu, un 8000, en 9 jours dont 7 étapes pour 200km de course : le Manaslu Trail Race. Le Manaslu est à côté du massif des Annapurnas. L’organisation est anglaise et Richard, avec l’appui local de Dhir, nous a concocté un programme alléchant.
C’était super beau et frisquet. J’en ramène une 3° place, un bon rhume et que du plaisir, et j'ai bien passé le col à 5100m. Et quelques premières ! J’étais… la plus vieille des femmes et j'ai utilisé des crampons pour la première fois de ma vie.
Nous étions 32 coureurs, dont 13 filles, un record. Et 6 français, dont 4 filles. Du jamais vu !
3 sama lac photo groupe

J'ai un porteur, donc je peux courir légère. La belle vie ! Ca va ma changer de Mada d’où je reviens et de l’Annapurna Mandala Trail d’il y a 3 ans.
Je commence par 3 avions d’affilé en partant le vendredi soir après le boulot pour arriver le lendemain midi à Katmandou. J'ai 2h de décalage, donc pas d'incidence pour moi, juste une nuit d'avion à récupérer. Je reconnais tout de suite le trajet jusqu'à l'hôtel, toujours le même, et l'ambiance indienne de la ville. L'aéroport est situé juste à côté de Pashpati, les ghat crématoires, ça fume !
Richard m’accueille avec le traditionnel khata, l’écharpe de félicité. Il a l’air impressionné par mon CV de coureuse. Je suis la première de ma chambrée à arriver.
    6 sama 12 enfantsJ'ai l'après-midi libre, je vais me balader dans la frénésie de Katmandou, parsemée de nombreux temples hindous.
Je rentre à l'hôtel et je fais connaissance de ma côturne, Rachaele, une anglaise qui parle bien français, fan de Chamonix. Elle fait des abdos et du stretching pendant que je bouquine. Nous n’avons visiblement pas le même rythme.
Dans la soirée, je retrouve le gros de la troupe, il y a déjà un groupe francophone : les français et un belge. Il y a 4 copines de Morzine qui ont laissé maris et enfants à la maison pour venir s'éclater ensemble au Népal. Bonne idée ! Et Fabien français singapourien. Et Samuel, fan de très haute montagne. Le reste est anglais, australien, américain, espagnol, italien, norvégien.
Nous allons tous dîner dans un des resto le plus renommé de Katmandou, spécialités népalaises agrémentées de danses locales.
De retour au pieu, ma chambre s'est encore remplie avec Geneviève, morzinoise de Suisse.
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Dimanche matin, le briefing est à 9h30. J'ai largement le temps de profiter de la piscine de l'hôtel. Oui mais... c'est glacé ! Impossible de faire plus de 2 longueurs. J'abandonne à regret.
On en a pour la matinée au briefing, bien qu'il n'y ait pas de liste de matériel obligatoire à contrôler, ni de contrôle médical. On ne prendra pas ma saturation d’oxygène dans le sang de toute la course. Richard insiste sur l'hygiène des mains, ça a l'air d'être sa hantise d'avoir tout son groupe chopant la diarrhée. Par contre, pas de trace de caisson de recompression, il vaut mieux le savoir.
Je fais connaissance avec Lizzy Hawker, elle a gagné plusieurs fois l'UTMB. Mais elle a une fracture de fatigue depuis un an et demi qui ne guérit pas, et elle ne peut plus courir. Elle fait partie de l'organisation et nous accompagnera en marchant.
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Je fais aussi connaissance des 3 coureurs népalais et 2 népalaises. Certains ont couru avec Bruno Poirier, l'organisateur de l'AMT que j'ai fait il y a 3 ans. A la fin de la course, nous serons tous d'accord, les courses de Bruno sont plus dures que celle de Richard. Elles sont différentes.
Je finalise mon sac pour les porteurs, qui seront en fait des mules. Nous sommes autorisés à 10kg par sac. J'en profite pour courir en confort : une tenue de course par jour, une paire de chaussures spéciale neige en goretex, un petit sac de course pour les étapes chaudes et un plus gros pour les étapes froides, des vêtements chauds normaux, un bon sac de couchage. Quel luxe ! Les autres emmènent tous à manger, pas moi. On ne meurt pas de faim dans les lodges de montagne. Je pèse mon sac : 10,4kg. C'est bon me dit-on.
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J'ai l'après-midi de libre, je vais rendre visite à Vishnou à Bodanilkanta, dans la banlieue de Katmandou. Le soir, nous allons au resto indien. Puis c'est la dernière nuit dans un bon lit.

Lundi : C'est le départ de bon matin pour une journée de minibus, direction Arughat. Nous prenons la route de Pokhara, on passe un col pour sortir de la vallée de Katmandou, puis nous descendons une belle vallée, bordée de champs de riz en terrasse. C'est la moisson.
Nous faisons un arrêt à Gorkha, où il y a un magnifique temple hindou au sommet d'une colline. Mira, la jeune coureuse népalaise, se fait apposer un tika sur le front, les dieux l'accompagneront pour cette semaine. On a le droit à un sacrifice de coq au temple. Tchac, un coup de sabre et le coq court sans sa tête, le sang gicle partout.
La vue sur les sommets enneigés au loin est prometteuse et magnifique.
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Nous quittons la route pour une bonne piste, serpentant dans les collines, au milieu des champs de riz et de millet. Les buffles bossent dans les champs, les gamins sortent de l'école en uniforme sur le bord de la piste.
Je partage ma petite chambre avec Rachaele, le matelas est minimaliste. Il y a une douche chaude, profitons-en, cela ne va pas durer. Nous sommes à 500m d'altitude, il fait bon pour la soirée. Nous mangeons dehors, des momos, sortent de raviolis à la vapeur.

Mardi : c'est la 1° étape, 24km nous attendent, pour nous mener à 900m d'altitude. Les 400m à grimper correspondent en fait à 1900m de dénivelé positif pour la journée, tellement le chemin monte et descend sans cesse.
Nous avons un solide petit déjeuner : porridge, chapati, omelette. L’organisation nous donne un paquet pique-nique pour le midi à emmener avec nous.
Je pars en short et maillot manches courtes avec un tout petit sac. Je confie mes bâtons aux mules. Les mules portent 4 sacs, soit 40kg, nous avons 15 mules.
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Le départ est donné au temple hindou de l'entrée du village . Nous avons le droit à un tika avant d'entreprendre notre voyage, le St Christophe hindou veille sur nous. C'est un point rouge sur le front. On secoue la cloche du temple et c'est parti.
On traverse tout le village, encouragés par les habitants bien qu'il soit encore très tôt. Ça monte déjà.
Nous allons remonter la vallée de la Budhi Gandaki pendant plusieurs jours. Les vallées himalayennes sont gigantesques et très encaissées.
Je me retrouve tout de suite dans un petit groupe avec Jane l'australienne. Nous sommes sur une bonne piste 4x4 pour 10km, heureusement sans circulation.
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Je finis par devancer Jane au niveau d'un pont suspendu et je rattrape Rachaele avec ses bâtons, tac tac tac. Mais elle ne court pas quand ça monte, et ça monte, doucement mais sûrement. Je la dépasse donc, car évidemment, moi je cours tout le temps.
J'adore les ponts suspendus. Il est facile d'y courir sur la première moitié, ça descend et la passerelle se balance bien au rythme de la foulée. Ca se corse dans la seconde moitié, ça monte et la foulée ne correspond plus à la fréquence de balancement de la passerelle, il faut se caler dessus. C'est plus compliqué quand il y a foule sur le pont, surtout foule de mules. Les rivières sont toujours impressionnantes vues depuis les ponts.
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Voilà la fin de la piste qui se poursuit par un chemin. C'est le domaine des convois de mules, il vaut mieux les laisser passer quand elles débarquent.
Les villages se succèdent, hindous dans cette partie de basse altitude. Nous avons un CP aux 2/3 du trajet, avec du jus de citron chaud genre Tang, ça fait du bien. Il fait chaud. J'y rejoins à ma grande surprise Sumitra la népalaise. Quoi, je cours aussi vite qu'une népalaise ? Nous restons un moment ensemble et je finis par la dépasser définitivement. Un coureur essaie de la suivre dans les descentes, c'est peine perdue pour lui. Il n'arrive pas à me suivre non plus.
Le chemin devient très étroit avec un a-pic vertigineux côté rivière. C'est à ce moment que déboule un convoi de mules. Je m'arrête et me plaque côté paroi. Passez passez les mules !

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J'arrive à Machakhola, village très coloré et arrivée de la première étape. Je suis 15° en 3h38, et 3° Féminine. Pas mal ! Loin devant : Mira la népalaise et Holly l'anglaise. Sumitra arrive 3mn après moi.
Il fait chaud, il est midi. J'en profite pour faire sécher mon maillot et manger le pain tibétain du pique-nique, délicieux pain frit, et l'oeuf dur. Il n'y a plus qu'à attendre les mules qui apportent les affaires.
Je partage de nouveau ma chambre avec Rachaele. Tiens, elle ne fait plus d’exercices.
Nous avons l'après-midi à meubler, de quoi faire plus ample connaissance avec les autres et d'encourager ceux qui arrivent tout au long de la journée. Le dernier groupe marche.
Je vais me détendre les gambettes dans la rivière. Pas chaude la rivière. Mais que ça fait du bien. Puis je vais me baigner dans les tatopani, les sources chaudes, accessibles par un petit sentier scabreux de l'autre côté de la rivière. J'y rejoins Tim l'australien qui fait la sieste et les népalais. La séance photo avec les népalais est obligatoire. On peut à peine mettre la main dans la source tellement elle est chaude, puis ça fait un petit bassin un peu refroidi, et un autre tiède mélangé à l'eau de la rivière. Quelle bonne baignade !
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Les mules sont arrivées quand je retourne au lodge, avec mes affaires de rechange, un Tshirt et un pantalon propres et des chaussettes pour récupérer. Et c'est l'heure du thé, organisation anglaise oblige, avec petits gâteaux. Le soir un repas copieux nous attend, servi dehors car il fait encore chaud.
Cette nuit je dors avec des bouchons d'oreille, non pas pour les ronflements de Rachaele, bien réels d'ailleurs, mais pour le bruit de la rivière, qui gronde très fort.
Francesca, l’anglaise morzinoise, fait son enquête : qui a fait le truc le plus dur ? J'ai la concurrence de Marco l'italien avec la Petite Trotte à Léon. Je suis déclarée gagnante avec la 555.

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Mercredi : 2° étape de 39km, la plus longue, pour remonter la vallée jusqu'à Deng, 1900m d'altitude, mais en fait +2000m à parcourir par monts et par vaux.
Je vois Rachaele qui part devant dès le départ. Nous traverserons plusieurs fois la rivière aujourd'hui, en partageant les ponts suspendus avec les porteurs toujours lourdement chargés et les convois de mules. On a une vue splendide sur la rivière depuis les ponts.
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Nous montons progressivement en altitude, et les montagnes environnantes avec nous. Le premier village traversé est Tatopani, mais je ne m'y arrête pas, j'ai déjà profité des petites sources chaudes hier. Celles-ci sont thermalisées. La pause citron chaud est à Jagat, à mi-parcours. J'y rejoins Rachaele. Nous poursuivons notre route ensemble. Après la traversée d'une rivière, le chemin se divise en deux, et nous cherchons les marques roses du balisage. Pas de marques en vue. Heureusement, un muletier arrive avec ses bêtes. Il nous indique la bonne direction. D'autres n'auront pas cette chance et feront quelques km supplémentaires. Je finis par devancer Rachaele car je vais plus vite dans les montées, et ça monte.
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Les villages se succèdent, un coup rive droite, un coup rive gauche, la rivière est plus ou moins fougueuse, parfois tranquille dans son lit plus large. Les villages sont assez gros, toujours hindous, très colorés. On y croise des buffles, de jolis chiens, des petits cochons. Un bébé est dans son papier suspendu en balançoire sous une véranda, il a l'air de s'éclater. Nous croisons ou doublons quelques trekkeurs, beaucoup sont français. Voici le chemin de la Tsum Valley qui grimpe vers le Tibet, que nous laissons sur notre droite.
Je rattrape Sumitra et la double facilement. Je double d'autres coureurs, surtout en descente. Ca y est, ma réputation est faite. "You fly !" Ne fréquente pas les sentiers réunionnais qui veut.
Quelques toits bleus apparaissent au détour d'une rivière. C'est le minuscule village de Deng, à coup sûr. Et un chorten, porte en pierre, m'accueille à l'entrée du village. Ah ! Me voici arrivée chez les bouddhistes.
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J'ai mis 5h46 pour cette longue journée, et je tiens ma place de 3° femme. Reste à attendre les mules et les vêtements chauds, qui arriveront à... 22h ! Longue journée pour les mules !
Je déguste mon pique-nique : pain tibétain et oeuf. Des petits gamins viennent nous voir et ramassent les restes, y compris ceux que certains d'entre nous jettent par terre. Ginie est intolérante au gluten. Pas facile de voyager dans ces conditions. Heureusement, le Népal se nourrit de riz et de pomme de terre. Aujourd'hui elle a droit à un pain au maïs. Il a une drôle de tête et elle me le refile. Il est effectivement bizarre, mais très bon et très bourratif. Je vais me détendre les jambes dans la rivière comme hier. Mais elle est beaucoup plus glacée cette fois et la trempette est rapide. Puis je profite du soleil tant qu'il y en a car il disparaît vite derrière les montagnes, et après le froid s'installe. On se réfugie dans la salle commune, meublée de ... citrouilles. Voilà un aperçu du menu de ce soir. Les sommets enneigés entourent le village de toute part, sans être encore très hauts.
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Where are the mules ? Elles vont arriver tard avec nos affaires de rechange, donc je me tiens chaud comme je peux. Heureusement j'ai couru en manches longues et collants aujourd'hui, en prévision de cette attente. Le goûter nous ravigote, ainsi que les délicieux chaussons aux pommes au dessert ce soir. Les pommiers sont cultivées en altitude et poussent bien. Nous avons un bon cuisinier qui nous suit, les porteurs portent son matériel, dont sa toque. Heureusement qu'il ne fallait pas attendre les mules ce soir pour manger.
La fenêtre de ma chambre n'est pas étanche du tout, elle surplombe la rivière très fougueuse. Ca fait un boucan d'enfer. Les bouchons d'oreille s'avèrent précieux.

Jeudi : 3° étape de 25km vers Hinang Gompa, un monastère à 3100m. Plus haut que le Piton des Neiges.
Nous continuons de remonter la Budhi Gandaki. Les minuscules villages se succèdent, jalonnés par les chorten et les mani, pierres gravées. Il faut toujours les contourner par la gauche. Hormis les mules, nous croisons des chèvres et des dzo, croisement de vache et de yak, qui sont de toutes petites vaches.
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Je ne ressens pas encore l'effet de l'altitude au niveau essoufflement, et je continue à courir comme d'habitude. Je n'ai toujours pas sorti les bâtons. Cette fois, c'est du jus d'orange chaud qui nous est préparé à Namrung, à mi-parcours. Il est apprécié. Ca y est, je double Sumitra qui part toujours plus vite que moi, mais je finis par la rattraper dans les montées.
Je quitte le chemin principal bordé de beaux sommets tout blancs pour grimper vers le monastère par un petit sentier. C'est une belle grimpette dans les arbres. Je passe une clôture en bois, il y a de l'élevage par là. Puis quelques maisons apparaissent au milieu des champs d'orge. Nous sommes en pleine moisson. Une vieille femme bat les épis à la main. Et voilà l'entrée du monastère. Déjà ? Je le pensais plus loin. J'ai mis 4h10 aujourd'hui, et je suis 12°, et toujours 3° femme. Sumitra puis Francesca arrivent peu après.
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Il y a de la place sur un petit plateau herbacé, et des chaises sont installées sur l'herbe. Nous sommes très bien accueillis par une jeune fille très élégante dans sa robe traditionnelle et qui parle parfaitement anglais. Quelques vieux font tourner leur moulin à prière, et un gamin moine récolte le surplus de nos pique-nique. Et Trévor, beau chien très placide. Le monastère lui-même est un grand bâtiment entouré de moulins à prières. Je suis installée dans une chambrée de 4 avec Rachaele, Francesca, et Ginie. Les matelas sont par terre et nous avons de bonnes couvertures, qui vont renforcer le matelas.
Je me lave dans un ruisseau, c'est frrrroid ! Mais ça fait du bien. Je vais me promener dans le village, d'où on a une magnifique vue sur le glacier qui surplombe la combe. Puis c'est l'heure du thé accompagné de… pomme de terre à l’eau, amenées dans une grande marmite, offertes par hospitalité. Quel délicieux goûter ! Les mules arrivent. Elles se roulent de bonheur dans l'herbe dès qu'elles sont débâtées.
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Je vais assister aux prières des moines dans le monastère. Ils psalmodient les textes sacrés, et donnent un coup de gong de temps en temps. Puis viennent les offrandes à base de riz et d'orge. Les vieilles femmes me font une place à côté d'elles et Mireille me rejoint. Mireille fait la course en marchant, avec sa copine Sonia, qui souffre du genou. C'est difficile pour elle, mais elle ira vaillamment jusqu'au bout. L'ambiance du site est très calme et sereine, c'est envoûtant.
Le soir les moines dansent autour d'un feu dans leur grande robe pour accompagner un défunt d'il y a 3 jours dans sa réincarnation. La danse est très lente, en tournant avec de grands gestes. C'est féérique. Tout ça alors qu'il fait près de 0°C.
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Vendredi : Il n'y a pas de poules au monastères, donc pas d'omelette au p'tit déj. On se passera de protéines pour aujourd’hui, ce qui ne me gêne pas.
La journée commence par des dons au monastère, des lampes solaires et Sonia offre un ordinateur. Nous sommes tous remerciés avec le traditionnel khata.
Puis démarre la 4° étape de 21km un peu spéciale, qui va nous mener à Samagaong, gros village à 3500m d'altitude, avec une montée à 4000m. Je verrai bien jusqu'où je peux courir, mais toujours sans bâtons.
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Nous redescendons de la hauteur du monastère vers la vallée de la Budhi Gandaki. Le chemin serpente dans la forêt, et je cherche les singes, mais je n'en verrai pas. Ils sont pourtant là, et pas discrets. Je traverse plusieurs petits villages, de nouveaux lodges sont en construction. Et soudain le majestueux Manaslu apparaît devant moi. A 8100m de haut, il y en a encore plus de 4500m au-dessus de ma petite tête ! On ne peut pas le louper avec sa forme de M, et aucun doute, c'est le plus haut. Ca vaut le coup de courir le nez en l'air pour admirer ça.
Au 2/3 du parcours, nous quittons la « nationale » pour une grimpette vers le monastère de Pung Gyen à 4000m d'altitude par un petit sentier bien raide. Ca monte dans de gros cailloux genre moraine, le glacier est juste de l'autre côté du torrent. D'ailleurs juste devant moi Fabien s'est fourvoyé et semble emprunter le torrent au lieu du sentier. Il a l'air bien coincé. Puis j'arrive sur un petit plateau au pied de la neige, j'y cours sans problème, c'est bien à cette altitude ! Il y a quelques maisons. C'est le monastère. Il n'est pas habité mais sert de lieu de méditation occasionnellement.
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Et le chrono s'y arrête, tout comme moi. Il sera redéclenché pour la descente. Chouette principe, on peut rester au pied du Manaslu autant de temps qu'on veut pour l'admirer. Car on en est vraiment tout près, il est juste au-dessus le petit. Et qui est là aussi ? Le placide chien Trévor !
Les népalais redescendent tout de suite car ils craignent l'apparition du mal des montagnes. Cela me donne l’occasion de les voir courir, et je me pousse pour les laisser descendre dare-dare. Je profite du paysage une petite heure avant de repartir. Je redescends vers la vallée et poursuis le chemin jusqu'à Sama, je double les espagnols au passage. C'est vraiment un gros village, et je le traverse sur toute sa longueur, notre lodge est à la sortie.
J'ai mis 4h05, hors arrêt au Pung Gyen Gompa, et je suis 11° et toujours 3° femme, Francesca me suit.
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Le lodge a un toit-terrasse face au Manaslu, très agréable pour le pique-nique tant que le soleil est là. Je suis dans une chambre de 3 avec Rachaele et Francesca, entourée d'anglaises ! Qui parlent très bien français. La chambre est à côté de celle des porteurs, il y font leur cuisine, c'est très bruyant.
Je vais me balader du côté du monastère de Sama en fin d'après-midi, après que les mules aient apporté mes vêtements chauds. Dhir a l’air soucieux, une des mules traîne et ralentit le convoi.
C'est l'anniversaire de José l'espagnol aujourd'hui. Notre super cuistot a concocté un énorme gâteau au chocolat, un vrai délice. Comment a-t-il fait avec si peu de moyens ?
Les népalais me demandent mon âge, mes 50 ans les épatent. Mira appelle toutes les filles sister, au moins elle n'a pas à retenir nos prénoms.
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Nous restons 2 jours à Sama, en acclimatation à l'altitude. Demain nous faisons un aller-retour au camp de base du Manaslu à 4300m. Nous n'aurons pas à attendre les mules après, quel confort d'avoir ses petites affaires pour toute la journée !

Samedi : 5° étape avec 11 tous petits km, une grimpette au camp de base du Manaslu, du moins jusqu'à ce que la neige nous permet. C'est le même système qu'hier : le chrono compte la montée et la descente et est arrêté en haut, on y reste le temps qu'on veut. Je prend le risque de ne pas m'encombrer des bâtons, on verra bien si c’est dur.
Tous les matins je me prépare une gourde souple de thé au miel que je sirote en courant. Je préfère ça aux produits diététiques de course. Je fais des émules.
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Je pars assez vite sur la petite portion plate, ce qui n'est pas dans mes habitudes. Nous sommes au soleil et il ne fait pas très froid, mais l'air est glacé dans mes poumons et pas bien riche en oxygène. L'impression de brûlure intérieure est immédiate et très désagréable, et j'ahane tant que je peux, mais je tiens bon. Voilà la montée qui s'annonce rude, d'abord dans des espèces de grandes marches, puis sur un sentier qui serpente et qui est bien raide. C'est l'altitude qui limite la vitesse d'ascension, le souffle est court. J'en double tout de même pas mal à ce petit exercice, genre km vertical, c'est juste un peu plus haut que d'habitude. Fabien essaie de me suivre, vainement. Nous surplombons un magnifique lac tout bleu, qui était bien planqué. Puis c'est le passage dans la neige qui arrive. Elle est profonde à certains endroits, je suis les traces plus ou moins à 4 pattes parfois. Mince, je n'ai pas pris de gants, mais je ne sens pas le froid. Je croise les népalais qui redescendent déjà, je leur laisse le passage, Mira est aussi à 4 pattes. Elle est juste beaucoup plus rapide que moi.
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Nous nous arrêtons 100m plus bas que le camp de base, il y a vraiment trop de neige après. Je fais un arrêt d'une heure en haut, pour admirer le Manaslu et son M, et les glaciers sur ses pentes. Je ne m'en lasse pas. Nous sommes pas mal à être arrivés maintenant, c'est sympa de se retrouver tous là-haut. Vroum, un bruit de tonnerre se déclenche, c'est une petite coulée de neige qui dévale du glacier. C'est impressionnant pour la petite réunionnaise que je suis, peu habituée à ça.
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Je redescends du camp de base peu après Francesca. Et si je la rattrapais ? En voilà une bonne idée. Passée la zone de neige où je ne suis pas particulièrement à l'aise pour aller vite, je la vois devant et je me rapproche d'elle progressivement. Je croise les marcheuses, salut Mireille ! Elle est contente de me voir en plein effort et m'encourage. On ne se voit jamais sur la course. Ca y est, je double Francesca dans la partie raide, très technique. Je surplombe le lac et la vallée. Le panorama s'étale à mes pieds et je peux l'admirer tout en restant concentrée sur mes pieds justement. Et ça vaut mieux vu la pente. J'arrive rapidement aux "marches", c'est plus facile et j'accélère. Je rejoins déjà le chemin principal qui mène au village, en retrouvant la circulation locale : les porteuses de bois et les yaks.
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J'ai mis 2h tout rond en tout, 1h20 à la montée et 40 mn à la descente, exactement le double d'Upendra à la montée comme à la descente, le népalais qui caracole en tête de la course. Voilà qui me place 11° maintenant au classement général de la course, et qui conforte ma 3° place des féminines.
Il y a un chauffe-eau solaire sur une des douches au lodge. Voilà qui me permet de prendre une bonne douche... froide au lieu de glacée. J'en profite à max, surtout que ma serviette n'est pas sur le dos de la mule. Les jours précédents je m'essuyais de ma toilette de chat avec ma casquette.
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J'ai tout l'après-midi pour me balader dans le village. C'est vraiment un gros village, avec une grande école et un dispensaire. C'est samedi et c'est le jour de repos au Népal, tous les enfants jouent dehors. Les femmes font la lessive dans le ruisseau qui traverse le village et où je ne pourrai pas mettre les mains plus de 5mn tellement l'eau est froide. Ca papote ferme. Elles remplissent d'énormes jerricans d'eau au robinet public et les ramènent chez elles en les portant comme les hottes, dans le dos accrochés au front. Les maisons sont en pierre, l'habitation est à l'étage avec une petite véranda devant sans rambarde avec une échelle sommaire pour y grimper, les enfants y gambadent, les jeunes yaks sont dans la cour. Un groupe de jeunes filles ramènent du bois dans leur grand panier accroché au front en rigolant. Combien de kg elles portent ? 30, 40 ? Beaucoup en tout cas. Il faut faire provision de bois pour l'hiver qui approche. Nos porteurs ont moins de travail aujourd’hui, ils jouent au volley au milieu de la route.
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Voilà le soleil qui disparaît derrière les montagnes, vers 15h, et la température baisse d'un bon cran immédiatement. C'est le moment de profiter de mon bouquin que les mules portent depuis le départ, puisqu'on n'a pas à les attendre aujourd'hui, et de profiter des autres coureurs, qui sont tous passionnants. Dhir, l'organisateur népalais qui nous accompagne, parle parfaitement le français et plein d'autres langues. L'équipe des morzinoises m'encourage tous les jours, j'ai un fameux fan club. Il y a accès à internet à Sama, mais la connexion est capricieuse, c'est le grand sujet de tous ceux qui se baladent avec leur téléphone, c’est-à-dire presque tout le monde. Ah que je suis bien sans avoir à m'en préoccuper ! Ca fait de vraies vacances. Ce soir c’est menu de roi : nous avons droit à un dahl baat, riz – lentilles, avec de la viande de yak. C’est délicieux.
Les journées à l'acclimatation à la haute d'altitude s'enchaînent. L'étape de demain ne fait que 8km et nous mènera à Samdo, à 3800m.
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Dimanche : 6° étape. Mais la journée ne débute pas ordinairement. Richard et Dhir organisent une course pour les enfants de l'école, 1km pour traverser le village. Super ! Je me place un peu avant l'arrivée pour encourager les gamins, là où c'est le plus dur, où il faut tenir jusqu'au bout. Les voilà ! Un dossard accroché au thorax, les premiers déboulent, les derniers marchent, et bien sûr ils ont tous des encouragements. Pas de tenue de sport pour l'occasion, ils sont en uniforme de l'école. Ils auront tous un livre à l'arrivée, amenés de Californie par Angela et Doug. Ils auront de quoi apprendre l'anglais, nécessaire dans une région touristique.
D'ailleurs c'est l'anniversaire de Doug aujourd'hui.
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La journée atypique se poursuit. Nous montons en mode rando au lac Birandra, le lac que nous avons surplombé hier. On y reste le temps de l'admirer, alimenté par les glaciers. Les berges sont très minérales. C'est de toute beauté. C'est là qu'est donné le départ de la courte étape du jour. Nous sommes applaudis par les quelques touristes marcheurs qui sont présents. Nous partons en descente. Je pars vite, trop vite. Nous sommes tout de même à 3600m, et même en descente, je sens immédiatement le manque d'oxygène. Mais je ne veux pas ralentir, et je souffle très fort, oh que c'est dur, j'ai les poumons qui sifflent. Je suis quand même obligée de lever le pied avant d'arriver en bas, et quelques gars me doublent. Je rejoins le grand chemin vers Samdo, qui monte doucement. Je croise tous les villageois qui ramènent du bois, et les yaks aussi. On remonte toujours la rivière, les rives sont un peu boisées. C'est là que les gens viennent chercher le bois. Ca leur fait une bonne trotte à porter. J'entends régulièrement les bâtons de Francesca derrière moi, puis je ne les entends plus, puis je les entends de nouveau, comme ça jusqu'au pied de la dernière grosse côte qui mène au village, en fonction du profil du terrain. Elle me talonne ! C'est maintenant la dernière grimpette à 3800m et je la sème. J'ai mis 1h10 pour faire 8km ! Et je n’ai pas eu l’impression de chômer ! Les écarts entre les coureurs sont évidemment très variables suivant les étapes. Par rapport à moi, cela va de 10mn sur le 39km et 1mn sur le 8km.
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Dhir installe les filles dans un petit lodge à part, je partage de nouveau ma chambre avec Rachaele et Francesca. Nous sommes au calme. L'après-midi nous partons avec Dhir visiter le village, habité par des réfugiés tibétains. Le Tibet n'est pas loin. Les villageois tiennent réunion pour décider de la prochaine descente plus bas dans la vallée avec l'arrivée de l'hiver. Ils sont assis par terre dehors le long du chemin, hommes et femmes, et la discussion est animée. Nous visitons le petit monastère, puis une maison. La viande de yak qui sèche et la réserve de pomme de terre sont précieuses, ainsi que la bouse de yak qui sert de combustible. L'habitation est au-dessus des étables des yaks. La maison est cossue, il y a 2 pièces : l'une est réservée aux prières et offrandes à Bouddha, l'autre est la seule pièce à vivre : cuisine, salle à manger, chambre pour toute la famille. Le foyer est au milieu, il n'y a pas de cheminée, l'intérieur est enfumé et noir de suie. Il y a tout ce qu'il faut pour traiter le lait des yaks, pour faire du fromage et du beurre. Nous visitons une autre maison, plus simple, il n'y a qu'une pièce, Bouddha est avec la famille. Le bébé joue à côté du feu.
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En fin d'après-midi le froid arrive. Je me réfugie dans la maison de ma logeuse. C'est agréable près du feu avec un bon thé. Le cuistot s'est encore surpassé ce soir pour le gâteau d'anniversaire de Doug. Avec le froid j'ai le nez qui coule et ça m'empêche de bien dormir. Il n'y a pas que les ronflements de Rachaele qui meublent cette nuit.
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Lundi : étape d'acclimatation en rando, non chronométrée. Chacun choisit en fonction de sa forme : montée à 5000m au col de la frontière tibétaine, ou balade au-dessus du village, ou repos. J'opte pour le Tibet, avec les bâtons cette fois, les chaussures en goretex et les guêtres. La panoplie totale neige. Les mules ne me les ont pas portés pour rien. Nous partons en groupe avec Lizzy. Je ne l’ai pas vue beaucoup jusqu’ici, il est vrai qu'elle est avec les marcheurs. La balade du jour fait 20 km. Nous traversons quelques névés dès la sortie du village, puis le chemin monte doucement parmi les alpages des yaks. L'herbe est plutôt marron que verte. Quelques drapeaux à prières jalonnent le sentier, entrecoupé de névés. Nous traversons la rivière, puis nous montons tout droit dans la neige vers le col. Un petit troupeau de yak se balade seul en direction du Tibet. Puis un monsieur sur sa mule, qui fait l'aller-retour. Ca y est, j'arrive au col de Lajyang, à 5000m, doucement. Il y a une borne qui marque la frontière : Népal / Chine. Le village tibétain est un peu en-dessous, on ne le voit pas. C'est là qu'est le poste frontière chinois. La vue est splendide, avec les chaînes de montagnes tibétaines toutes blanches au fond. Contrairement au Népal, il n'y a pas de sommet qui s'en détache, il n'y a pas de 8000m. Les sommets autour du col sont à 5500m, donc tout près juste au-dessus de ma tête. Un petit pique-nique en haut avant le retour. Les yaks ont la même idée. Sont-ils népalais ou tibétains ? Je les laisse passer, ils ont tout de même des cornes impressionnantes, et ils me montrent la trace la plus facile dans la neige. Du moment que je retrouve le petit pont qui franchit la rivière, après le sentier est bien visible, car je redescends seule. Le chemin est agréable et facile dans ce sens. J'aperçois déjà le village. Mais le soleil disparaît derrière les sommets et le froid arrive. Je garde mon coupe-vent sans mettre ma veste, je suis presque arrivée. Grosse erreur, la toux m'attrape illico. Manquait plus que ça. En plus je rallonge sans le vouloir pour arriver au village à cause de la neige, je ne suis pas passée par le plus court.
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Je pose la main sur la poignée de ma chambre et je chope un mal de tête. Ben tiens, le mal des montagnes qui débarque en plus. J'y ai fait gaffe en montant à 5000m, mais je ne m'y attendais pas en redescendant, puisqu'il faut toujours dormir plus bas que l'altitude maximale à laquelle on est monté dans la journée. Je me réchauffe d'abord, et je prépare un Paracétamol, confirmé par le médecin. Le mal de tête passe rapidement et je n'entendrai plus parler du mal des montagnes. Pour moi du moins, car j'apprends que Ginie a été évacuée en hélico sur Katmandou pour rentrer en Suisse le plus rapidement possible. Ca me fait un choc. Elle avait une sale tête ce matin et se plaignait de respirer très difficilement, mais je n'avais pas spécialement remarqué si son visage était gonflé, alors que je faisais bien attention pour moi car c'est un symptôme du MAM. En y repensant après, oui son visage était gonflé et elle avait les lèvres bleues. L'organisation n'a pas de caisson de recompression, je pense que c'est un tort. Nous avons appris par la suite que Ginie a fait un oedème pulmonaire, ce qui est grave. Elle s'en est bien remise en Suisse.
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Mardi : nous passons le Larkya La, col à 5100m qui nous fait changer de vallée et nous mène de la face est à la face nord du Manaslu. Cette étape est en rando, non chronométrée. Dommage, j'aurai bien aimé, au moins la descente, mais l'organisation préfère la sécurité par rapport au mal des montagnes, ce qui est compréhensible. Nous partons à 5h, de nuit. Du coup le petit déjeuner est plus simple, sans oeufs, et nous avons le droit à de la tsampa, bouillie d'orge. Ce n'est pas mauvais, pas pire que le porridge. Je n'avais pas prévu de marcher de nuit et je n'ai pas une lampe très performante, sachant que je n'y vois guère la nuit, avec ma vue perçante. Tout est gelé à cette heure matinale, notamment autour des robinets d'eau dehors dans le village. Moi qui n'ai pas l'habitude des bâtons, je comprends vite qu'il ne faut pas les mettre sur la glace, ça glisse ! Nous traversons à gué un petite ruisseau, gelé en surface. Je mets évidemment un pied dans l'eau, bien qu'un charmant népalais me tende la main. Fichtre, c'est froid. J'aurai donc un pied froid pendant un bout de temps. On fera avec. D'ailleurs le jour se lève déjà, toujours splendide en haute montagne. Je fais route avec Eric le belge et son genou mal en point, aujourd'hui nous marchons à la même vitesse, tranquille.
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Oui, tout gèle, y compris l'eau dans le tuyau de la poche à eau. Mince ! Il faut boire à cette altitude pourtant. Je machouille mon tuyau pour faire fondre la glace, et je finis par réussir à aspirer des cristaux. C'est mieux que rien. Je suis ignare en matière de gestion d'un tel froid.
Avec le soleil, ça commence à chauffer. Je me déshabille, grosse veste, bonnet, gants. Je garde le surpantalon étanche puisque nous progressons dans la neige. Mais mon tuyau reste encore gelé pour un bout de temps.
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Nous voilà déjà à Larkya Phedi, dernier refuge avant le col. Les marcheurs normaux y dorment, mais pas les coureurs que nous sommes. Ils sont aussi partis tôt, et nous commençons à les rattraper. Avec les grosses tombées exceptionnelles de neige d'il y a un mois, l'accès au col est très enneigé pour la saison. Mais la trace est bien faite et les bâtons aident bien. Eric et moi avançons sans problème, la montée est régulière. Nous sommes ralentis par des marcheurs lambins pas faciles à doubler car il n'y a qu'une trace, certains ont l'air de souffrir le martyr. Allez, on double. Ca y est, nous voici au col, le Larkya La à 5100m, entourés de drapeaux à prières. Les sommets les plus proches sont très proches, ce sont des 6000m. Les 7000m sont plus loin. On ne voit pas le Manaslu et ses 8000m. Lizzy nous attend et nous propose une gorgée de rhum népalais. C'est gentil, mais non merci. On ne s'arrête pas longtemps en haut, pas question que le mal des montagnes nous rattrape.
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Je chausse les crampons pour la descente. Si je ne suis pas une spécialiste des grands froids, je ne suis pas non plus une spécialiste de la neige et c'est le première fois que je cramponne. Ma foi, ça accroche très bien. Crampons + bâtons, allons allons !
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C'est une longue descente qui m'attend jusqu'à Bimtang, 3500m d'altitude. Il paraît qu'il faut marcher les jambes écartées avec les crampons mais je dois le faire naturellement car je n'ai pas à y penser, et je ne m’emmêle pas les pieds. Oui, ça accroche vraiment bien, je n'ai qu'à me laisser porter dans la descente enneigée avec le support des bâtons, je descends tout droit. C'est raide. La nouvelle vallée est superbe et je longe un glacier. Je double quelques personnes sans crampons, qui marchent péniblement en crabe. Je rattrape nos népalais, Upendra et Sumitra n'ont qu'une paire pour deux. Je leur propose mes bâtons mais ils n'en veulent pas. Peut-être en essayant chacun un côté de crampons?
J'arrive déjà à la fin de la neige, je garde encore un peu les crampons tellement ça tient bien même dans les cailloux. On fait une pause pique-nique avec Éric à la fin de la partie raide de la descente. La suite est une balade fort agréable. Je croise un groupe de français qui me propose une tasse de thé. J'aperçois les toits bleus du village. Le Manaslu réapparaît, il a complètement changé. Il n'a plus sa forme de M si caractéristique, mais il reste le plus haut, si majestueux.
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J'ai le temps d'aller me "baigner" dans le ruisseau qui longe ma chambre. C'est glagla, j'ai les pieds nus dans la neige. Je fais une courte sieste, réveillée par le froid. Ce ne sont pas les mules que nous attendons aujourd'hui mais des porteurs. Les mules ne passent pas la neige. Un porteur porte 30kg, soit 3 de nos sacs. Normal qu'ils aillent moins vite que nous ! Je les trouve bien équipés en vêtements chauds et étanches, bonnes chaussures et crampons. C'est loin d'être le cas de tous les porteurs. Dhir fait bien son boulot. De nouvelles mules reprendront le relais demain. Il existe une ONG à Katmandou qui forme et équipe les porteurs, pour éviter les abus et les préserver du MAM.
Justement demain, c'est la dernière étape, 24km de descente jusqu'à 1800m. Le chrono reprend du service.
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Mercredi : Le départ de Bimtang est dans la froidure. Je pars avec mon coupe-vent et je vais le garder toute la matinée car nous serons à l’ombre tout le temps. Nous longeons une nouvelle rivière en descente, qui va grossir au fur et à mesure. Au revoir Manaslu, je ne te reverrai plus. La partie haute de la vallée est peu habitée, quelques maisons isolées transformées en lodge.
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Le début du parcours est technique, ça descend bien. Sumitra a déjà filé devant. Je ne suis pas si à l'aise que ça et Jane l'australienne qui est bonne descendeuse est devant. Je la rattrape au CP où je ne m'arrête pas, je ne profite pas du jus d’orange.
Je rejoins aussi Ian au ravito. Il est juste devant moi au classement général. Si je distance Jane assez rapidement, je reste avec Ian jusqu'à l'arrivée finale. Il monte plus vite que moi, car il y a toujours quelques montées, je descends plus vite que lui, et nous allons à la même vitesse quand c'est à peu près plat.
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J'arrive dans un gros village. Le dernier ? Non ce n'est pas possible, Darhapani est à l'intersection de deux vallées. Celle où je suis est encore trop encaissée. Quel beau village, très coloré, un des derniers de mon périple. Je continue vaillamment vers l'arrivée, ça sent la fin. José l'espagnol me rattrape et me double. Il a des ailes ma parole, lui aussi sent la fin. Je vois maintenant la vallée de Manang qui se rapproche, c'est le circuit du tour des Annapurnas. Je traverse la rivière, pont suspendu oblige, Ian est plus rapide et part devant. Ça y est, je suis à Darhapani. Mince, un troupeau de vaches en train de boire me barre la route, je m'arrête, jauge les cornes, et me fraie un chemin au milieu. Je traverse le village avant de franchir la dernière passerelle, et c'est l'arrivée.
J’ai mis 3h, et je suis 17° de l’étape et 4° femme, Sumitra est arrivée 1mn avant moi. Il y en a qui en avait gardé sous le pied ma parole ! J’ai été très régulière sur toutes les étapes. Je n'ai pas à m'habituer ni à la montagne ni à la chaleur par rapport aux autres, et les après-midi de récup me suffisent pour le lendemain par rapport à mon rythme.
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Je savoure un bol de soupe aux nouilles le temps que tout le monde arrive. La route, piste 4x4, passe à Darhapani. Nous redescendons toute la vallée en 4x4, ce qui prendra l'après-midi. Il y a des passages impressionnants et le paysage est superbe. C'est une autre façon de l'admirer. Des cascades, des villages près de la rivière ou haut perchés, des cultures en terrasse.
Le soir nous sommes en ville dans un bon hôtel avec une bonne Everest, la bière népalaise. J’en profite pour laisser aux porteurs quelques vêtements chauds, ils en ont plus besoin que moi.

Le lendemain, c’est le retour à Katmandou en bus, ce qui nous prend la journée.
Encore un gâteau d’anniversaire au repas de clôture ! C’est celui de Gary l’australien cette fois. Un gros gâteau aux fraises… encore congelées. Au moins, il y a de l’électricité à Katmandou.
Je termine 11° au classement général en 24h28, et 3° féminine, 3h30 derrière Holly qui est deuxième et 2h devant Francesca qui est quatrième. Les népalais sont toujours baba de mes 50 balais ! Les récompenses sont bizarrement attribuées, et ne vont pas jusqu’à la 3° féminine. Ce sera pour l’année prochaine, promet Richard. Je dois revenir alors.
45-pont.jpgJe reprends l’avion le lendemain à minuit, juste de quoi faire la parfaite touriste une journée. Comme Katmandou est polluée après une semaine himalayenne ! Je préfère aller marcher dans les collines environnantes parsemées de beaux temples hindous. Histoire de faire une étape de plus !

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Published by Isabelle - dans Récits de courses
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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 18:03

Pourquoi aller loin quand on peut se faire plaisir à 2 pas de chez soi ?Alors direction Mada pour une semaine à Diego Suarez en cette fin d’août. 250km à pied m’y attendent.

femme-portrait.JPGIl s’agit d’une édition unique organisée par Racing the Planet. A ne pas manquer !

Je me suis inscrite un mois avant le départ, j’ai eu la chance d’avoir la place d’un désisté.

250km donc, en 6 étapes sur 7 jours, répartis en 4 x 40 km, 80 km et 10 km. Le tout à parcourir en autosuffisance, l’organisation ne fournit que l’eau et la tente. 

Outre les équipements obligatoires, ça on n’y coupe pas, il faut porter 1 semaine de ravitaillement, on n’y coupe pas non plus, comprenant au minimum 14000 kcal.

Je prépare mon sac minutieusement, tout est pesé. En effet, il sera lourd en début de course et s’allègera au fur et à mesure du temps qui passe et surtout de mon appétit. Mes 14000 kcal représentent 2,2 kg au départ.

 

Vendredi à Gillot pour le départ, j’ai une grosse surprise : il y a plein de voyageurs déguisés en coureur. Et ils vont courir à Mada ! Incroyable ! Je pensais être seule dans l'avion Réunion / Diégo. En fait le vol Air France Paris / Tana du mardi a été détourné sur la Réunion car l'aéroport de Tana était bloqué par des manif, et les gens sont depuis 3 jours à la Réunion. Du coup l'avion était plein.

Et voilà même qu’on me reconnaît, c'est Philippe, qui était au Gobimarch il y a 2 ans.

Je partage un taxi à l'arrivée à Diego, une splendide 4L jaune branlante, avec une américaine qui va à un hôtel dans la même direction que le mien et qui est bien contente d'être avec quelqu'un qui parle français pour se débrouiller. Je la prends pour une coureuse, mais elle est médecin.

Nous sommes 230 coureurs, et il n'y a pas d'hôtel de grande capacité à Diégo, donc nous sommes disséminés dans plusieurs établissements. Le mien est dans la rue principale du quartier chic de Diégo, voisin de celui de l’organisation.

Je viens de récupérer les 2 patchs des logos de l'organisation que je dois coudre sur toutes mes manches. Ils ne me les ont pas envoyés car le délai de mon inscription était trop court. Je commence mon séjour par une après-midi couture avant d’aller me balader.

 

Samedi, le briefing est à 9h, suivi du contrôle des sacs.

Je passe à 11h, j'ai le temps de profiter de la piscine de l'hôtel, pas le mien d'hôtel, celui de l'organisation. Je suis la seule amateur de natation.

Au contrôle, on pèse mon sac : 7kg sans l'eau, c’est un des plus légers.

Après le déjeuner, nous partons en bus vers le 1° campement. Nous faisons le tour de la magnifique baie de Diégo jusqu’au bout de la route, dernière plage de la baie, à Ramena. On campe sur un terrain militaire, gardé par l'armée. La sécurité est assurée. Chanteurs et musiciens malgaches nous accueillent.

accueil-malgache.JPGJe découvre mes compagnons de chambrée. Philippe, spécialiste des sommets à 8000m, Frédéric qui vit à Pékin, Pauline une jeune très bavarde, et 3 chinois dont un seul parle anglais. Ils sont gentils mais pas très communicatifs. Je prends place à côté des chinois.

La nuit tombe à 18h. Philippe a déjà mangé et se couche. Ce sera son rythme tous les soirs.

Je déguste ma barquette riz poulet, repas normal que j’ai amené, pendant que la plupart des autres sont déjà dans le lyophilisé. J'en fais des envieux ! Je fais connaissance avec les 2 autres français de la course, Clément un jeune qui vit à Singapour et Grégory.

Au dodo tôt pour ce soir, on va vivre une semaine au rythme du soleil, levée tôt et couchée tôt. Je me contente d'un morceau de tapis de sol très fin découpé juste à la taille de mon dos, que je renforce au niveau des fesses avec le renfort du dos de mon sac. camp1.JPG

 

Dimanche matin, je suis levée à 5h30 avec le jour. Ce sera mon régime de la semaine.

isa2-etape1.JPGLe départ est à 8h, pour 36km avec 3CP pour la 1° étape.

Juste avant le départ, le chef de district venu faire un discours me demande... si je suis la plus vieille des coureuses !!! Avec ma casquette il n'a même pas dû voir mes cheveux blancs. Suis-je toute fripée ?

Des jeunes du club d'athlétisme de Diégo nous accompagnent sur les 10 premiers km. Les malgaches courent bien. Certains sont en savates. Dommage qu'il n'y ait pas de coureurs malgaches sur cette course, mais je ne vois pas comment ils pourraient payer les droits d'inscription...

Nous sommes 230 au départ, dont 75 filles. Belle proportion de féminines ! Comme sur toutes les courses anglo-saxonnes, mais pas comme à la Réunion.

baie-diego.JPGNous parcourons le petit bout de plage avant de grimper un petit col pas bien haut, pour quitter la baie de Diégo et rejoindre l'océan indien. Nous longeons le littoral avec les 3 baies, 3 magnifiques plages. C'est marée haute et je ne coupe pas à la vague trop forte. Me voilà les pieds trempés dès les premiers km. Et l'eau salée, il n'y a rien de pire. Il y a quelques passages de rochers qui ralentissent la troupe. Je saute de pierre en pierre avec allégresse et avec mon gros sac. De quoi doubler les lambins. Je suis juste derrière Philippe, à ma grande surprise.

Nous sommes en pleine période des alizés et nous avons le vent de face. Néanmoins il me fait supporter la chaleur facilement.

Les passionnés de kite-surf s'en donnent à coeur joie dans la baie de Sakalava, la plus grande. La plage de plusieurs km de long est superbe.

Nous passons maintenant sous des petits sous bois par des tout petits sentiers, il est difficile de doubler.baie-etape-1.JPG

Puis nous quittons les plages par une bonne piste 4x4... très sableuse. Queue de cheval blonde n°1 me double, impossible à suivre. Suivie de Queue de cheval blonde n°2, également impossible à suivre.

J’arrive au CP1 au pied d'un énorme et magnifique baobab. Ils n'ont pas de feuille en ce moment et paraissent tout secs.   Je ne m'arrête pas, j'ai assez d'eau.

Nous continuons plein sud, avec toujours le vent de face. La température monte et atteindra 36°C. Nous traversons des zones de buissons, toujours sur cette piste sableuse. Le sable mou ne me gêne pas pour courir. J'adapte ma foulée.

CP.JPGJ'arrive au CP2. On m'annonce que je suis la 1° fille. Impossible, il y a au moins 2 queues de cheval blondes devant moi. A moins que je les aie passées au CP1 où je ne me suis pas arrêtée ? Sans doute, je n'ai pas fait gaffe. Et bien, faisons la course en tête !

Ca y est, mon dos commence à frotter, comme d'hab. Je me suis protégée avec de l'élastoplast comme une momie, mais rien n'y fait. Je m'en accommode.

pecheurs.JPGNous traversons quelques villages de pêcheurs, on ne voit pas la mer mais elle n'est pas loin. Les gens me saluent. Il y a peu de zébus par là, la terre est salée.

Je dois partager la piste avec les camions de l'organisation qui ne sont pas pressés de passer. Je me tape bruit et poussière à gogo. Les portions en sentier sont bienvenues.

Me voilà au CP3. La piste devient de plus en plus sableuse et je dois m'arrêter vider mes chaussures, je n'ai pas de guêtres. A 5km de l'arrivée, une chinoise me double, couverte de la tête aux pieds. On ne voit que les yeux. Les chinoises devant rester le plus blanches possible pour répondre aux critères de beauté, le seule moyen en pays tropical est d'être couverte. A vrai dire, je le suis également et pour la même raison, quoique pas pour la beauté mais pour me protéger du soleil et ne pas avoir à me tartiner de crème en permanence. Je cours avec manches longues et collant, mais tout de même à visage découvert. paysage-1-etape2.JPG

Je fais route avec Grégory. On papote, puis je l'abandonne, je vais plus vite.

Rearrêt pour vidage de chaussures. Gregory me rejoint. On est presque arrivé me dit-il, il a un GPS et suit les distances. Je préfère néanmoins jouer la sécurité car trop de sable dans les chaussures va me donner à tous les coups des tendinites du releveur.

En tout cas ce sable mou ne m'empêche pas de courir.

D'ailleurs j'ai pris de vieilles chaussures vu le terrain plat que nous allons parcourir, et je vois qu'elles s'usent à vitesse grand V avec le sable. Je n'en avais pas prévu autant.

Effectivement j'arrive au bout de mes peines 10mn plus tard.

Je finis donc 2° pour cette fois, en 5h05, 4mn derrière Lingyun. Puis un paquet de filles arrivent dans la foulée, l'américaine Suzan, queue de cheval blonde n°1 en tête. Ca promet d'être une belle course si le plateau des filles est si homogène ! En tout cas, je débute bien.

Je consomme 1/2 l d'eau aux 10km, ce qui est très peu par rapport aux autres. Mais ça me suffit, ayant l'habitude de la chaleur. Ca me fait moins à porter. Et j'ai tout l'après-midi pour boire à gogo.

Le campement est sur une très belle plage déserte. Et des cocos verts nous y attendent ! Bien rafraîchissants ! Personne ne sait qu'on peut manger la pulpe à la petite cuillère, je fais des émules. On me demande quand même conseil par rapport... aux troubles digestifs. Il y en a qui ne supportent déjà plus la nourriture malgache ?

Je ne vais pas me baigner, je n'ai pas envie d'être salée sans pouvoir me rincer. Déjà que mon dos frotte.

Philippe est arrivé juste avant moi, puis c'est le tour de Frédéric de débarquer dans la tente. Enfin Pauline.

Déjà hier soir Pauline s'est plaint de ses pâtes déshydratées et Clément de son espèce de porridge. Ils n'ont que ça à manger pendant une semaine. Mes recettes perso de purée Mousseline et de pâtes chinoises aux cacahuètes font fureur.

Si j'ai pris juste les 14000kcal obligatoires, Philippe en a ... 22000 ! Il mange tout le temps.  Il ne peut pas faire avec moins sinon il perd trop de masse musculaire. Je suis bien contente de ne pas être une athlète professionnelle comme lui !

Ce soir je suis couchée tôt au doux bruit des vagues.

 

Lundi, nous partons à 7h ce matin pour 46km, longue étape de 4 CP. Nous commençons par un court bout de plage avant de poursuivre sur un petit sentier dans les buissons, heureusement peu épineux. Suzan me double rapidement, je la redépasse aussi sec. Chinoise multicolore et japonaise short noir sont devant. Et voilà de nouveau la mer et le 1° CP sur la plage. Longue plage magnifique que je parcours avec japonaise maillot vert. Elle parle peu anglais, on fait des gestes pour papoter. Je la dépasse, et je rattrape chinoise multicolore. Décidement, je suis plus à l'aise dans le sable que les autres. Un énorme crabe nous coupe la route.

On croise quelques pêcheurs et leur pirogue, avant de quitter la baie pour un sentier en sous bois. Je double dès que je peux, mais voilà que je perds les marquages, les petits drapeaux roses et bleus. On me redouble. Bon, je reste derrière. Les 2 jeunes canadiens sont passés devant, Mélissa et son copain, qui courent... en sandales très fines.

Nous continuons sur une piste, toujours du sable. Je sème les canadiens.

baobabs.JPGMe voilà maintenant dans un coin à baobabs. Ils émergent, tout secs. Avec quelques pachipodium fleuris de blancs, qui ressemblent à des petits baobabs. C'est très beau.

Les villages se succèdent, plein d'enfants et de femmes en pagne multicolore. Les maisons ont l'air fragiles, en branchages et couvertes de feuilles de coco.

On traverse une rivière dans l'eau, ce n'est que la 1° de notre périple. Les chaussures mouillées empêchent le sable d'y rentrer, je ne perds rien au change.

Mon dos commence à s'échauffer et à brûler malgré la couche d'élasto que j'ai renforcée. Il faudra bien que je trouve une solution à ce problème. Je n'y pense pas et ça reste supportable.

spectateurs.JPGJ'arrive à l'entrée d'un village avec une bifurcation, mais il n'y a plus de petits drapeaux. Je cherche le marquage de tous les côtés, plusieurs allers et retours infructueux. Les gars derrière me rattrapent et ne trouvent pas plus que moi. Une dame arrive mais ne parle pas français. On se fait comprendre par geste et elle nous indique un des chemins. Ah, les drapeaux réapparaissent plus loin. Sans doute les gens les ont trouvés jolis et les ont pris. Le chemin est bordé de cultures d'un côté, bananes, manioc, et d'une rivière de l'autre. Et bien justement, on la traverse cette rivière,  les pieds dans l'eau.

village.JPGVoilà un gros village. Tous les habitants nous attendent et nous encouragent. Je ne fais que passer mais l'arrière de la course n'hésite pas à s'arrêter et à jouer avec les gamins ravis. Une dame m'accompagne et me fait la conversation jusqu'au village suivant et une nouvelle rivière à traverser. Elle court avec moi, pieds nus évidemment. Elle est contente.

pont-etape-2.JPGLa rivière suivante n'est pas large et est franchie sur un pont branlant fait de 2 troncs et d'une branche garde fou d'un seul côté. Quand je pense que les gens doivent le franchir avec de lourdes charges sur la tête.

Une dernière rivière qui coule sur la piste, et j'atteins les rizières. Il faut les contourner sur de petites digues, avec quelques passages humides, c'est à dire de la boue jusque mi mollet. Certains y laissent leur chaussure et n'ont plus qu'à fouiller pour la retrouver. Je suis avec Mélissa, et elle peine avec ses sandales. Je la distance facilement.

J'arrive dans un village, et j'ai un petit creux. Je fais une pause et m'installe à l'ombre devant une maison pour sortir des crakers de mon sac. Je repars quand Suzan arrive. Elle n'a pa plus d'eau. Où est le CP ? J'y arrive à la sortie du village, j'aurai pu attendre pour la pause ! 

Voilà 40km de parcourus. Je préfère courir tout le temps et m'arrêter aux CP, sauf le 1° où je ne m'arrête jamais. Je ne marche jamais. Au CP, Je prends le temps de m'asseoir, de faire tranquillement le plein d'eau, de manger mes gélules de sel. Comme je suis incapable d'avaler une gélule, et c'est encore pire pendant un effort, je la croque. Beurk, la bouche pleine de sel. Vite, de l'eau. Sinon je ne mange pas du tout pendant l'étape, je n'en ressens pas le besoin.

J'ai la pêche pour les 6 derniers petits km. Je suis avec Suzan et japonaise maillot vert. Je les dépasse dans un passage de sable mou et accélère le rythme, je me sens bien. Elles s'accrochent derrière, japonaise ahane tant qu'elle peut. Voilà lessive.JPGencore une rivière qui nous tend les bras. Une dame nous appelle car nous étions allées tout droit. Encore des rizières où je suis à l'aise sur les petites diguettes, puis nous traversons un village dans le sable, en montée. Je distance les 2 filles, qui se rapprochent sur la portion plate sans pouvoir me doubler. Et voilà qu'on entend déjà les tambours signalant l'arrivée, avec une haie de villageois. C'est la fête. J'arrive la 1°, suivie de près par japonaise, puis Suzan un peu derrière. Le pointeur ne trouve pas ma puce que je lui montre sur le dessus de mon sac, et il me pointe après Suzan, soit 5° de l'étape alors que je suis 3° et il me vole 1mn. Je trouve ça désolant car nous sommes à 1mn près. Espérons que ça ne jouera pas au bout de 6 étapes. En tout cas, je dois trouver une meilleure place pour ma puce. J'ai fait les 46km en 7h17.

La tente est vide à mon arrivée, Philippe est derrière ? Eh oui, il débarque peu après. Pauline arrivera de nuit, après avoir profité de tous les enfants dans les villages.

Le camp est dans une clairière, entourée de baobabs. C'est très beau... mais c'est le paradis des moustiques si près des rizières. Ils attaquent vers 17h, à la tombée de la nuit et ça dure 1h. Je ferme les portes de la tente, tant pis s'il fait chaud, et j'en tue une centaine avant d'aller déguster ma purée aux poireaux.

Je mange chaque jour 400g de ravito, mon sac s'allège d'autant.

 

Mardi, les 42km de la 3° étape vont nous mener dans les tsingy rouges, que j'attends de voir avec impatience. C'est le 1° but de ma course.

Nous commençons par une piste très sablonneuse. La mer n'est pas loin car on traverse des villages de pêcheurs. Et ça y est, la voilà. On se tape de nouveau une longue et magnifique plage déserte, d'au moins 3km de long. Ce sera la dernière du périple. Quand on pense qu'il doit y en avoir des centaines et des centaines comme ça à Mada.

paysage-etape2.JPGNous quittons donc la côte, et nous traversons plusieurs larges lits de rivière à sec, paradis des zébus. Je fais un morceau de chemin avec Mélissa et avec une petite chinoise ou japonaise ? qui s'arrête tous les 100m pour prendre des photos, elle me rattrape après chaque photo. Je finis par distancer tout ce petit monde.

J'arrive de nouveau dans un large lit de rivière, mais pas à sec cette fois. Le cours d'eau n'est pas profond mais on y patauge, et il nous amène au CP2, l'entrée des fameuses tsingy.

tsingy-rouge.jpgLes voilà ! Ce sont des espèces de stalagmites en gré rouge dans des petits canyons, formées par l'érosion. J'arrive tout de suite à une petite formation de tsingy. Superbe ! On les quitte en escaladant la paroi du canyon. Je sème les mecs à cet exercice. Puis j'arrive sur un plateau herbacé et buissonnant. Il y a juste un petit sentier à peine tracé. Heureusement c'est bien balisé avec les petits drapeaux roses. Les eucalyptus succèdent aux buissons. Je retrouve une bonne piste, qui conduit à un point de vue surplombant un autre groupe de tsingy. Je fais un petit détour pour les admirer, ça vaut bien ça. Puis c'est la descente dans un petit canyon, bien raide. Et là, patatra, la tête la 1° par terre... dans du sable. Ouf, je m'en sors bien. Et si je regardais où je mets les pieds au lieu d'admirer le paysage ?

Au fond du canyon court une rivière et nous dans la rivière, heureusement très peu profonde, sur du sable rouge.

etape-3.JPGOn sort du canyon et du massif des stingy pour rejoindre la savane, dans l'herbe. Et qui me rattrape ? Margot, avec ses bâtons, une américaine que je n'avais pas encore vue. Elle finit par me doubler. Je ne la suis pas, elle est trop rapide.

Ce sont maintenant quelques bons km de piste bordée de rizières et de villages. Je croise un monsieur qui porte une bonne dizaine d'anguilles. La rivière n'est pas loin. En effet, elle est large à traverser. Mais si rafraîchissante ! Il y en a qui s'y baignent d'ailleurs. Il reste 2 km, qui finissent par monter sur un petit plateau surplombant la vallée. Le campement y est installé.

Cette fois je termine 5° en 5h53. Loin devant moi : Huang la chinoise multicolore, Maki la japonaise short noir, et tout près devant Suzan l'américaine et Margot, l'autre américaine.

Je ne retourne pas me baigner à la rivière. 4km aller retour ne me tentent pas, et je n'ai pas envie de mouiller mes bandes de momie. Et encore moins juste au pied du camp, pour cause de... crocodiles ! C'est la même rivière que celle qu'on vient de traverser...

 

Mercredi, 4° étape de 40km avec 3 CP, et ça monte ! +500m de dénivelé en faux plat montant continu. On ne s'en apercevra même pas.

Je suis attablée au p'tit déj avec des japonais, très curieux. Nous gouttons nos mets respectifs. Le mien est un mélange céréales/praliné additionné de spiruline pour ma ration quotidienne de protéines, le leur un plat déshydraté à base de riz. C'est bon, mais le rapport poids/calories n'est pas très intéressant. vers-le-lac-sacre-etape4.JPG

Le parcours du jour est dans la savane agrémentée de petites collines, mais nous restons sur le plateau. Je suis avec Philippe jusqu'au CP1. Nous sommes pratiquement toujours sur une bonne piste, avant la traversée d'une rivière au CP3.

lac-sacre.JPGOn emprunte un sentier dans les herbes, qui s'élève jusqu'à surplomber un premier lac sur la droite puis un second sur la gauche. Ce sont les lacs sacrés. Baignade interdite, c'est le domaine des crocodiles. Nous contournons le 2° lac sous les eucalyptus. C'est très beau. Puis on rejoint une bonne piste qui nous amène en ville, à Anivorano. Il y a plein de petits marchands le long de la route. Il me reste 3km sur la nationale 6 (Diégo - Tana), avec grande circulation... piétonne, avant de rejoindre notre campement.

apres-lac-sacre-etape4.JPGJe termine 5° en 5h17. La chinoise a fait une chute hier, elle a le bras en écharpe et continue en marchant. Ce sont 2 japonaises qui arrivent en tête, short noir puis maillot vert, suivies de Suzan et Margot. C'est l'étape où je perdrais le plus de temps par rapport à Suzan.

Philippe est installé quand j'arrive. Ma place habituelle dans le coin à côté des chinois est agrémentée d'un énorme caillou au milieu du dos. Je déménage et me mets entre Philippe et Frédéric qui va arriver.

 

Jeudi, 5° étape : 80km avec 7 CP. Je me rends compte que je n'ai jamais couru 80km de plat. Ou ce n'était pas plat, ou c'était plat et plus long. Vais-je alterner course et marche ou courir tant que je peux pour finir par marcher par obligation ? Je vais d'abord courir 40km, ce que je fais depuis 4 jours sans problème. Après, j'aviserai.

isa3-etape1.JPGJ'ai prévu de manger peu pendant le parcours : un barre tous les 20km. Et je garde des crakers sous la main au cas où un petit creux s'imposerait.

Cette étape va nous mener dans le massif de l'Ankarana, au milieu des tsingy, grises cette fois. Chouette ! Je les attends avec impatience.

Nous partons par une bonne piste. On longe un petit ruisseau dans le même sens que lui, donc on descend. Enfin, si légèrement qu'on ne le sent pas. Nous sommes dans la savane jaunie. Il y a peu de villages par ici. Voilà le 1° CP au bout de 10km. Comme je n'ai pas de GPS et que je ne regarde pas ma montre, je ressens les km au feeling, et je suis toujours optimiste. Le CP arrive toujours plus vite que je ne pense, ce qui est extrêmement agréable et me permet de bien profiter de la course depuis le début.

Comme d'hab je ne m'arrête pas au 1° CP, je prends assez d'eau au départ.

A partir du 2° CP, je prends le temps de m'arrêter pour faire le plein d'eau.

etape-5.JPGOn abandonne la piste pour un sentier dans les hautes herbes. J'aime bien. Un troupeau de zébus encombre le chemin. Une dame les chasse du passage. Merci, la voie est libre. Ils ont l'air pacifique, mais sont impressionnants. Mais voilà que... plouf patatra, je voltige par terre. Sur un trajet aussi facile ! J'ai buté dans la seule pierre du coin, à force d'admirer le paysage au lieu de regarder où je mets les pieds. Un gentil chinois me tend la main. Heureusement, pas de mal.

Le massif calcaire tout gris des tsingy se profile à l'horizon et je m'en rapproche à vitesse grand V, enfin, à la vitesse de mes gambettes.

ankarana2.jpgJ'arrive au CP3 au pied des tsingy, et j'y suis rejoint par Margot. J'y engloutis ma 1° barre, comme programmé.

Nous changeons de direction pour longer le massif de l'Ankarana par l'ouest et vers le sud. C'est une chaîne toute grise, pas très haute, très massive. C'est du corail, et c'est unique au monde. La piste serpente en sous-bois, mais reste néanmoins en plein soleil. Je croise 2 chercheurs du parc national, ils mesurent le chemin... au décamètre. Il y a des vallées qui pénètrent à l'intérieur, et à chaque fois je m'attends à les emprunter, mais non, nous continuons parallèlement au massif. Je suis seule sur le chemin et mon rythme est bien régulier. tsingy-grises.jpg

Déjà le CP 4 ? J'avais compris qu'on pouvait rallonger le parcours de quelques centaines de mètres en option pour aller voir les tsingy. Erreur de compréhension anglaise, c'est pour aller voir des lémuriens. Je les laisse tranquille et je pars tout droit. J'ai parcouru les 40km habituels, et je tiens bien le coup. Alors, on court toujours ? Oh yes ! Les 10 km suivants ressemblent aux précédents, l'Ankarana sur la gauche et la petite forêt en plein soleil au-dessus de la tête.  Je finis par quitter le parc national, sans entrer dans les tsingy. Alors il faudra que j'y revienne !

On retrouve les villages et... des champs de cannes. Je ne suis pas dépaysée. Le paysage est devenu tout vert. Je vois une grosse fumée blanche au loin vers laquelle on se dirige. Ca ne peut être que la sucrerie. gamins.JPG

Les villages se succèdent de nouveau le long de la piste, avec les enfants joyeux, lance pierre en main. Les gens ont même rajouté des bouts de plastique dans les arbres pour renforcer le balisage. Merci !

La piste devient fréquentée. Avec la canne, on y croise des charrettes de zébus, et même des tracteurs. Les maisons sont plus cossues, les toits sont en tôle, et même parfois les murs, et les cours sont fleuries.

Ah, une rivière à traverser. Il y avait longtemps. J'y rejoins quelques coureurs qui font une pause baignade, l'eau est très claire. Et Margot est là. Elle repart devant. Voilà dans la foulée une autre rivière. Oh, mais elle est pleine de boue celle-là. Ca glisse pour y entrer et pour en sortir. Je me rattrape à temps. Philippe y est tombé.

Je suis au CP5. C'est l'heure de la 2° barre de la journée. J'ai toujours le même programme : je cours tout le CP et je fais une courte pause au CP. J'avale les km facilement, sans effort. Alors on continue comme ça. Que du plaisir ! A part mon dos qui frotte toujours, mais j'y suis tellement habituée que je n'y pense pas. Sauf quand je reprends après chaque arrêt, le temps que ça chauffe. Du moins j'ai décidé que je n'y pensais pas.

J’ai trouvé des compagnes, 2 petites chèvres au milieu du chemin me précèdent. Je dois leur faire peur. Je vais donc les suivre sur quelques km, jusqu'au prochain village. Bonne compagnie !

J'atteins déjà le CP6. Il ne reste que 20 petits km, et je vais faire les 10 suivants à un train d'enfer. J'accélère le rythme avec euphorie. Fichtre, je dois être pleine d'endorphine ! Nous sommes maintenant en fin d'après-midi, et il y a du monde sur la piste. Et même des taxis Be. Les voyageurs m'encouragent.

trafic-routier.JPGLe CP7 arrive vite à cette allure. 3° repas de la journée, 3° barre. Ca me suffit. Je mangerai bien ce soir. Il ne reste que les 10 derniers km. Evidemment que je vais les faire en courant ! Je ralentis l'allure néanmoins, et j'allume ma lampe, et la lumière clignotante rouge obligatoire à l'arrière du sac. Et oui, il fait nuit à 18h. Les villages sont dans la pénombre, il n'y a pas d'électricité, et les gens vivent dans le noir. On voit peu de points lumineux. Le balisage est phosphorescent, on le voit très bien dans la lumière de la lampe. De toute façon il n'y a pas de surprise, la piste file tout droit. On ressent juste les passages plus sableux où j'adapte ma foulée. Il y a une lumière devant, que je rattrape et dépasse. Un chinois.

J'arrive à l'entrée d'un gros village, et voilà le terrain de foot où est installé le camp. Il est 18h40, j'ai fait 40mn de nuit. Je suis hyper contente, j'ai couru les 80km intégralement. Beaucoup on marché du CP6 au 7, alors que je m'y suis envolée.

Le pointeur a disparu à mon arrivée, avec la douchette dans sa poche. Tout le monde le cherche désespérément, enfin, c'est surtout moi qui suis désespérée. Il mettra bien 2mn à venir. Il ne manquait plus que ça. Ca me coupe ma joie d'être arrivée. Je me suis décarcassée pendant 10h41, et j'ai l'impression que ça n'a pas d'importance. C'est le contre coup de la pression de la journée. Une dame note l'heure à la main et elle tiendra compte de ce temps-là.

Je suis de nouveau 5°, c'est ma place. Suzan et Margot sont arrivées ensemble 10mn avant. Bonne journée pour moi ! Les 2 japonaises sont loin devant.

Philippe se couche quand j'entre dans la tente. Frédéric arrive vers minuit. Je n'ai pas entendu entrer Pauline. Elle n'est pas là à 5h quand je me réveille, elle a fait un malaise en arrivant et est à l'infirmerie. Les 2 chinois restants, il n'en reste plus que 2, arriveront le lendemain matin.

 

Nous voici déjà vendredi, et c'est repos pour moi, pendant que les marcheurs arrivent encore toute la matinée.

Le campement est installé sur le terrain de foot du village, il n'y a pas de buissons discrets environnants. Me voilà donc dans l'obligation d'utiliser pour la 1° fois les toilettes du camp. Et elles sont très bien ! Certes ce n'est qu'un trou creusé dans le sol, mais ça reste propre. Un nouveau jeu de cabines est inauguré au cours de la journée pour absorber la vidange des intestins de tous les coureurs. J'ai pris des petits chaussons d'hôtel qui tiendront juste la semaine, mais je remets mes baskets pour aller chez Jules, c'est plus prudent.

Après cet intermède hygiénique, je vais visiter le village, ce qui est interdit dans le règlement. C'est un village assez grand, traversé par une route bitumée. Les maisons sont espacées les unes des autres, mais non clôturées. On a l'impression d'être chez les gens alors qu'on peut circuler librement entre les maisons. Il y a des puits communs, l'eau n'est pas profonde. Les enfants sont de corvée pour la puiser. Je rencontre Nicolas qui a eu la même idée que moi. C'est l'italien de la tente voisine, qui arrive toujours 1° dans sa tente, donc nous avons largement eu le temps de faire connaissance avant l'arrivée de nos coturnes respectifs. Nous allons boire un coup à la minuscule boutique et manger des bananes. Des gamins nous proposent de nous montrer le lac. Oh oui ! Douche en perspective ! C'est plutôt un étang, mais l'eau y est claire. On s'y baigne. Oh que ça fait du bien !

En musardant nous tombons sur la laiterie, installée dehors. Le lait est dans des jerrican en plastique. Il bout dans une grande marmite, puis on en fait du yaourt, qui sera vendu en ville. J'en goûterais bien, mais pas avant la fin de la course. Je n'ai pas envie de visiter nos belles toilettes à tire larigo. Normalement on ne risque rien avec du yaourt, contrairement au lait.

Toute ma tente rêve de bananes. La petite marchande va faire fortune, bien qu'elle n'ait pas beaucoup de stock à vendre.

Tiens, un endormi se balade dans l'arbre du camp, sous lequel nous faisons la sieste à l'ombre. Il a un succès fou.

Il est midi passé et les derniers arrivent. C'est assez émouvant. Un de nos chinois en fait partie. Il carburait plutôt bien jusque là, mais il a rendu l'âme sur la longue marche. Certains peuvent à peine marcher, appuyés sur leurs bâtons. On leur amène une chaise sur la ligne d'arrivée.

Je retourne meubler mon après-midi dans le village. J'ai des bons pieds et je peux marcher. Je rencontre 2 petites vieilles qui arrondissent les fins de mois en tressant des paniers et en remplissant des oreillers de kapok. Un monsieur de la ville vient leur acheter leur production 2 fois par semaine.

Pour cette journée de farniente et de balade, j’ai agrémenté mon unique maillot de rechange de manches légères et amovibles pour me protéger du soleil, bien pratiques.

Dans l'organisation, il y a des bénévoles de toute nationalité. Cela permet aux coureurs non anglophones d'avoir un relais. Mathias est le francophone de l'équipe, pour les français, les belges, les suisses, les libanais.

Pauline est requinquée.   Plutôt que de jeter son surplus de pharmacie, je lui propose de la donnr à la petite malgahce préposée à l'eau, qui sera ravie.

 

Samedi, voici la dernière étape qui pointe son nez : 10 tout petits km avec un sac bien léger. Enfin presque. Il nous reste le matériel obligatoire à porter. Je revêts pour l'occasion des vêtements propres, le maillot de rechange et le short que je mettais au campement et qui me servaient aussi de pyjama.

Nous partons en 3 groupes, les tortues à 7h, les pingouins à 7h30 et les lièvres à 8h30. Je fais partie des plus lents des lièvres. J'ai donc largement le temps de musarder au réveil. Mon objectif du jour est de prendre une bonne cadence et de la maintenir sur tout le parcours.

Le départ est lancé. Nous traversons notre village pour prendre une piste, sablonneuse pour changer. Je me retrouve à la fin du peloton comme prévu. Maki japonaise maillot vert reste derrière. Elle a tout donné avant et sa 2° place est assurée. Je double un chinois, puis Jan Jill le hollandais avec qui j'ai fait un bout de chemin tout au long de la semaine et que je largue toujours en fin de parcours, puis Suzan qui n'en peut plus. Margot est plus lièvre que jamais, elle est devant.

isa-etape6.JPGCette fois, ce sont des marcheurs que je double, tortues ou pingouins. J'approche d'Ambilobe, la grande ville du coin et les habitations sont de plus en plus nombreuses et en dur. Il commence à y avoir de grandes maisons. J'arrive sur la route. Je maintiens une bonne cadence régulière. Je traverse toute la ville, c'est jour de marché et il y a foule, et heureusement peu de voitures. La police dégage la voie. Les malgaches nous font une haie d'honneur, c'est l'arrivée finale.

Une bonne THB m'attend, mais d'abord je retire dare dare toutes mes couches d'élasto qui m'ont transformée en momie. Des brochettes de zébu et du manioc frit accompagnent la bière, ainsi que des danses malgaches. Mais comme je suis arrivée une des dernières, je ne profite pas longtemps de la liesse de l'arrivée. C'est dommage. J’ai loupé une demande en mariage et ceux qui déploient le drapeau de leur pays sur la ligne d’arrivée. Nous sommes 43 nationalités représentées.

J'ai fait les 10km en 55mn, ce qui est tout à fait honorable pour moi qui ne suis pas une spécialiste de cette distance et avec 240 bornes dans les papattes par dessus le marché. Je fais 4°, c'est Margot la plus lièvre, suivie de Mélissa qui était dans le groupe des pingouins, et Mayumi est juste devant moi. Je peux être satisfaite de ma performance du jour !

 

Bilan de la course :

Je termine 4° féminine en 35h pour les 250km. Pas mal ! Et 26° au scratch.

Suzan est 20mn devant et Margot 10mn derrière. Maki est 2h30 loin devant, avec Mayumi.

Mes points forts : la 1° étape avec l'habitude de la chaleur, mon sac "léger", mon hydradatation dromadaire, je bois peu par rapport aux autres, et courir dans le sable mou

Mes points faibles : mes chaussures pleines de sable à vider et les frottements de mon sac sur ma délicate peau

 

Puis c’est le retour en minibus à Diégo, 4h sont nécessaires pour faire 130km vu l'état de la nationale pleine de trous.

Je n'ai qu'une envie : retourner dans les tsingy grises pour rentrer à l'intérieur du massif.

Le soir, c'est la soirée traditionnelle de remise des prix. Je suis 1° des quincas. J'écope d'un horrible trophé en plastique fabriqué en Chine, alors qu'il y a un artisanat très varié à Mada. Ma tablée le trouve magnifique. En tout cas, je leur fais découvrir le rhum arrangé local à ma tablée.

Je regagne mon lit assez tôt, alors que la plupart poursuive en boîte fortement alcoolisée. Très peu pour moi.

Le lendemain je repars dans les tsingy grises pour y randonner, une autre façon de les découvrir.

 

 

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Published by Isabelle - dans Récits de courses
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24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 18:18

 

TRANSOMANIA 2014

1° édition

  

Mes baskets m’entraînent au Sultanat d’Oman en ce début d’année, pour la 1° édition de la Transomania, organisée par Cyril Fondeville de RSO, 285km non stop avec 6000m de dénivelé, moitié en montagne et moitié dans le désert. On part de la plage et on arrive sur la plage, donc on descend autant qu’on monte.déniveléLes points de ravitaillement sont situés tous les 25 à 30km, on y trouve de l’eau, pas toujours chaude, et quelques fois une tente sans natte, ni matelas, ni couverture. On a le droit de déposer un sac au milieu de la course.

Le matériel obligatoire comprend entre autre un sac de couchage et 6000kcal à ingurgiter, et surtout à porter. Mon sac de couchage sera une petite couverturemédaille oman polaire, autorisée, plus légère que mon sac de couchage. Elle pèse 300g. Quant aux menus, légers et caloriques, j’ai opté pour de la purée et des nouilles chinoises avec des sauces déshydratées, des céréales et des oléagineux en poudre. J’ai mes 6000kcal, pas une de plus. Nous devons également quitter chaque avec 3l d’eau.

Pour porter tout ça, un sac de 10 litres fait l’affaire.

Je fais le choix de ne pas prendre de bâtons, de partir avec des chaussures de montagne et de mettre celles du désert avec les guêtres dans le dropbag, bien qu’on ait un CP de sable avant de pouvoir le récupérer. La course étant balisée, je ne prends pas de GPS, ce qui sera une grosse erreur.

Pour rejoindre Muscat de la Réunion, il faut une nuit et 3 avions. Je n’ai pas de décalage horaire. J’arrive à Oman le samedi matin, pour un rendez-vous le dimanche midi à l'hôtel de l'organisation de la course. Je m’y rends le matin et j’en profite pour visiter la Grande Mosquée juste à côté. J’y rencontre une dame omani, avec sa grande robe noire et son voile sur la tête. Elle a deviné que je suis une coureuse de la Transomania !

Puis je barbote dans la piscine pour attendre l'heure du départ. Je suis la seule.

Il y a 3 courses : 285km, 200km et 130km. On est 48 sur la 285 qui réunit le plus de coureurs, et 12 nationalités en tout, en majorité des français et des italiens.

Je retrouve Marta l’italienne, avec qui j’ai déjà couru en Namibie et en Chine. Il y a aussi Roberto et Paolo, également italiens, et Isa l’infirmière, que j’ai déjà rencontrés en Egypte.

Je ne connais pas les autres, mais certains me connaissent de réputation. campement départ 2

Après 2h de bus, nous arrivons au campement de White Beach, sur une belle plage, au nord de Muscat. Ce sont des tentes de 2, et je partage la mienne avec Brigitte, une allemande.

Toilettes inédites : Nous avons le droit à un petit siège pliant, dont l'assise est percée, avec un sac en plastique dessous. Le tout au milieu d'une petite tente. Ahmed, mister caca, est chargé de changer le sac en plastique à chaque utilisateur. Bilan : c'est très propre et somme toute agréable, sauf en pleine nuit quand Ahmed dort.

On n'a pas mangé à midi, les petits gâteaux aux dattes du goûter sont les bienvenus.

Nous avons le reste de l'après-midi libre. Je fais trempette dans la mer d'Oman. Elle est à 22°C en plein hiver.

La nuit tombe à 18h, et il fait tout de suite beaucoup plus frais. On a un buffet le soir, omani donc indien.

La mer fait un boucan d'enfer pour dormir. J'avais prévu, je mets les boules quies.

Le dimanche, je me lève avec le jour, à 6h. Le lever du soleil sur la mer est magnifique.

On a de la confiture de dattes au p'tit déj. C'est délicieux, avec le pain genre chapati.

Contrôle du matériel obligatoire. Mon sac de couchage spécial Transomania n’est pas ouvert, le détail des fameuses calories n’est pas passé au crible. Côté médical, Isa me connaît, pas besoin d’interrogatoire, ni de CV e coureuse, ni de conseils de gestion de course.

On nous donne une balise GPS, pour pouvoir être suivi sur internet, et avec un bouton "au secours". C'est petit et léger, et il n'y a pas de piles de rechange à porter.

Le départ est prévu le soir à 21h. Je n'aime pas partir le soir, à l'heure où je vais me coucher.

Le repas du soir n'était pas prévu dans l'organisation, j'ai amené le mien. Mais tous les coureurs râlent, si bien que Cyril fait préparer des pâtes.

Certains coureurs sont déjà prêts pour le départ. Pas moi. Je m'élastoplaste au dernier moment. J'en mets aussi sur les orteils, ceux qui sont faibles. Quand aux chaussures, vraiment au dernier moment. On les aura assez longtemps sur les pieds.

Et voilà 21h le lundi soir, c’est le départ. On commence par un prologue de 4km,montagne 11 c’est-à-dire que le chrono est déclenché dans 4km, et qu'on attend les derniers pour partir tous ensemble. Je décide donc de faire ce prologue en marchant, pas la peine de s'épuiser pour rien.

Je me retrouve dans le peloton de queue, 2 marcheurs derrière moi et le serre file. Je rejoins Sandy, qui file tout droit dans un wadi (un lit de rivière à sec) sous la voie express. Je m'aperçois vite que nous ne sommes pas sur le bon chemin. Personne devant, pas de balisage. Si si c'est tout droit disent les autres. On arrive au fond de la rivière, il faut faire de l'escalade. Impossible. On s'est paumé. A 2km du départ. Le serre file de l'organisation est aussi perdu que nous, il ne connaît pas le parcours. Me voilà bien. J'aurai mieux fait de courir un peu. Les GPS donnent toutes les directions possibles, personne n'est d'accord. Ca doit mal capter entre les falaises. Demi-tour, et on reste groupés svp. Pas facile de faire respecter cette consigne. On finit par retrouver le bon chemin. Ouf ! Il fallait sortir de la rivière avant la voie express. On reste ensemble jusqu'au prochain village, mais ils sont lambins, mes copains d'aventure. Je suis sûre que le départ a été donné sans nous attendre.

On retrouve l'organisation au dit départ. Effectivement, on ne nous a pas attendus ! Fichtre, quelle erreur stratégique ai-je commise ! Et bien, les choses sérieuses peuvent commencer ! Je suis 48° sur 48 !

montagne 13On attaque par "le mur", une grimpette de 1500m de dénivelé, très réputée. En fait c'est une piste de 4x4, avec certes quelques portions bien raides. J'abandonne mes lambins, et j'attaque la montée, bien plus vite que je n'avais l'intention de la faire initialement. Mais j'ai combien de retard sur le gros de la troupe ? Il faut que les rattrape ! Tant pis si je le paye plus tard, je m'adapterai à ce moment-là. Je vois les 3 lampes des copains qui s'éloignent derrière, dans les virages de la montée, et les lumières de la côte qui rapetissent.

J'arrive d'un bon train au CP1, vers minuit, un simple 4x4 en haut du col. Je fais le plein d'eau et je repars dare-dare. Je demande si les autres sont loin devant. Non non, tu ne vois pas leurs lampes là-bas devant? Non, je ne vois que des étoiles. Et ce sont bien des étoiles, pas des lampes.

En tout cas, je ne sens pas le froid de la nuit et de l'altitude. Je reste maintenant sur une zone d'altitude moyenne constante, mais qui est en fait une succession de montées et descentes. Impec pour courir et se dérouiller les jambes dans les descentes.

Je scrute les lumières devant, mais il n'y a toujours que les étoiles.

Voici quelques maisons endormies, avec l'incontournable 4x4 devant. Que vois-je ? Une lumière verte, une jaune, une qui clignote, là, pas loin devant. Des coureurs ! Ou plutôt des marcheurs. Nous avons obligation d'avoir un stick lumineux la nuit à l'arrière du sac. Je rattrape et dépasse allègrement les 4 marcheurs, avec un grand salut et un sourire fendu jusqu'aux oreilles, et je les laisse en plan. Il y a Claudine et Marta dans le lot. Je ne suis plus presque dernière ! Ouf ! Ca me requinque !

Je suis maintenant dans une belle descente qui me mène à un village. Je lemontagne 15 traverse tout droit, et je trouve que la piste se dégrade. Ca remonte, et j'arrive aux dernières maisons, et à un cul de sac. Je suis dans le noir complet, seuls les yeux phosphorescents des chèvres que je réveille m'entourent. Encore perdue !

Demi-tour dare-dare vers l'entrée du village, il fallait tourner à gauche. Pourvu que mes 4 marcheurs ne m'aient pas re-dépassée ! Ce serait le comble.

C'est tout de même difficile de voir les rubalises dans la nuit. L'intersection n'était pas franchement bien repérée. Mais le moral est bon et je repars d'une bonne foulée. Ca remonte, ça redescend, et de nouveau des lumières vertes ou jaunes, voire bleues. Ils marchent tous, je cours et je double, avec un grand salut de rigueur. Et je m'éclate dans les descentes.

Me voici arrivée au CP2, tout en haut. Il y a du peuple. Il y a un grand feu réconfortant, car il ne fait pas si chaud que ça quand on s'arrête. Ce CP est sensé être sans eau chaude. Néanmoins des bouteilles d'eau sont à côté du feu, fournissant de l'eau tiède. Ca râle parmi les coureurs, car elle n'est pas assez chaude pour les lyophilisés ou les pâtes. Peu m'importe, j'avale un peu de noix et amandes en poudre, je n'ai pas besoin d'eau. Je suis 30° maintenant, je ne tarde pas pour repartir.

montagne village 4Le jour se lève peu de temps après. Je découvre une vallée, bordée de parois raides, très minérale, que du caillou rouge. Un village de temps en temps avec quelques arbres, les enfants font signe.

Que c'est beau !

Je galope et je double inlassablement.

On rejoint une autre vallée, je traverse un wadi, avant d'être au pied d'une montéemontagne 12 costaud. 800m de dénivelé m'attendent. Je les attaque allègrement. Je commence à avoir un petit creux, je grignote en marchant. Tiens, c'est Brigitte que je rattrape, flanquée de Didier le belge.

Je pensais que la barrière horaire était à 12h au CP5, je ne fais jamais attention à ce genre de chose normalement, mais Didier me rassure, c'est au CP4.

A l'entrée du village, j’atteins le CP3. Juste une table et une natte par terre, en plein soleil. Il y a quelques biscuits pour nous réconforter. C'est parfait.

Brigitte et Didier arrivent, en courant, pour le principe disent-ils. Vu la pente, ils devraient mettre les principes de côté !

Je repars rapidement. Le CP suivant n'est qu'à 4km. Je traverse le village, calme, et ça continue de grimper assez raide jusqu'à un petit col, dans cet univers de pierres.

montagne CP4Le CP4 est en tout en haut. Nous sommes à 2000m d'altitude. C'est la fin du parcours sur la piste, après ce sera un sentier.

J'enlève une couche d'élasto sur le ventre qui me serrait trop, ça me donne envie de vomir, et je m'en fais remettre une dans le dos et sur les épaules, il est encore temps avant que ça ne frotte trop. Je n'ai pas pris de bidons dans les bretelles du sac, car ça me fait toujours mal aux épaules, et j'aurai beaucoup moins de frottements que d'habitude, que ce soit dans le dos, sur le ventre, les épaules, le cou. Bref, j'ai la totale d'habitude. Cette fois, c'est vraiment beaucoup mieux. Chouette, quel confort !

Je suis maintenant 17°. Ce n'est pas une belle remontée ça ? Je ne sais pas si j'arriverai à rattraper ceux de mon niveau, la seule référence théorique que j'ai est Florence, et je ne sais pas si elle est loin. Je ne regarde même pas sur la feuille deisa CP5 6 pointage, je préfère rester dans mon tempo sans me poser de question. Il est 10h, nous sommes mardi, et j'ai atteint la 1° barrière horaire du parcours qui est fixée à midi. Je n'y suis tout de même que 2h avant, c'est bien la 1° fois que je suis si proche d'un temps limite.

Je fais la connaissance de Pascal à ce CP, un réunionnais de l'organisation qui vit à Oman. Il est enchanté de trouver une compatriote.

montagne 3Voilà la partie la plus intéressante du parcours qui s’annonce : de la montagne et du sentier. Le balisage est sommaire, des gros carrés jaunes et blancs, mais très espacés, et des points oranges entre les deux sur les cailloux. Ca commence par une bonne descente dans un pierrier. Ouvrons les yeux pour repérer les fameux points oranges. Les mecs descendent avec précaution, je double toute la bande.montagne CP5 3
On est sur un plateau en crête qui domine tout le coin. C'est superbe.
Ca monte et descend sans cesse. C'est super. Vraiment je m'éclate.
J'arrive sur un petit sommet, un groupe de touristes français m'encouragent. Ils sont babas de voir passer là des coureurs.
Et je tombe sur... Florence ! Elle est perdue et cherche désespérément son chemin. On fait un bout de route ensemble. Quelle surprise quand elle m'annonce qu'elle est en 3° place des féminines, car du coup, moi aussi ! Mais je vais plus vite qu'elle. Aussi quand le sentier devient bien tracé, je pars devant. Je passe une barre rocheuse et j'arrive en haut de la grande descente qui nous ramène tout en bas dans la vallée. Quel magnifique pierrier s'étale devant moi ! Mais où sont les marques oranges ? Invisibles ? Je prends à droite, à gauche, je descends, je remonte, et que ça monte ! Tout ça dans les cailloux, 1 fois, 2 fois, 3 fois, et alors, elles sont où ces marques ? Je vais devoir attendre Florence pour m'en sortir ? Et bien justement, la voilà. Elle trouve la bonne voie, là, de l'autre côté de la petite ravine.
montagne CP5 5On décide sagement de descendre ensemble. Elle donne l'orientation générale avec son GPS et je repère le marquage, qui nous évite de tomber sur des à-pics infranchissables. Ce n'est que de la caillasse, avec des passages de grandes dalles pentues. Dommage qu'on soit obnubilées par la pensée de ne pas se perdre, ça gâche la beauté du paysage. Mais je descends plus vite que Florence.

On passe près d'un troupeau de chèvres. Puis on croise un jeune ânier avec son âne. Il ne parle pas anglais, mais nous demande de l'argent. Etonnant dans un pays de nantis. Il ne doivent pas l'être tant que ça dans les montagnes. A moins qu'il ne soit pakistanais.
Le chemin est maintenant bien visible. Je lâche Florence et descends dare-dare. Je longe une grande ravine en surplomb qui plonge directement dans la vallée. Oui, c'est superbe.

Je croise un troupeau d'ânes. L'ânier me fait comprendre que c'est moi qui dois me pousser, avec un grand sourire et des gestes sympathiques.

WBK 1Ah ça y est, je vois le village et "les piscines", de magnifiques bassins bien propices à la baignade. On passe à côté du village, les rubalises me guident maintenant sans problème. Ca y est, je suis près de l'eau. Les photographes de la course débarquent. C'est le CP5, Wadi Bani Khalid. Il est 17h et j'ai fait 80km officiels depuis le départ, un peu plus avec les erreurs à rallonge de parcours. A partir de là, on sort de la montagne.isa CP5 7
Je suis accueillie par l'équipe de Sylvie, qui propose des spéculos, mmmmh, et le médecin, qui tient à inspecter mes pieds. Mais ils n'ont rien mes pieds ! J'enlève mes chaussures pour la 1° fois de la course pour me masser les petons. Ils vont très bien. Ce n'est pas le cas de tout le monde, il y en a qui n'aiment pas les cailloux.
Il y a Haethe au CP, la canadienne qui a gagné la dernière Badwater paraît-il. Je ne la connaissais pas du tout jusqu'alors. Fichtre, j'ai même rattrapée la 2° ! Elle repart, elle court avec un anglais qui a l'air de bien l'aider.
Voilà Florence qui arrive. Elle s'est encore perdue.
D'autres coureurs suivent. Ils se sont aussi perdus à un moment ou un autre, dont beaucoup à la fin. Certains arrivent carrément en sens inverse.
Je mange rapidement ma mixture de céréales au praliné, délicieux et énergétique, et repars sans prendre un bain. Même pas tentant.

WBK canalOn longe les canaux d'irrigation de la vallée, puis je traverse une petite ville. Les enfants m'accompagnent, un monsieur qui vend du poisson à l'arrière de son 4x4 me fait un grand signe. Je quitte la vallée pour monter vers un col. La nuit tombe. Ca fera 10km de route. Une voiture s'arrête, le conducteur ne parle pas anglais, mais veut visiblement m'avancer. Et non monsieur, je continue à pied !

Arrivée en haut, je reprends un chemin qui descend bien raide vers un wadi. C'est du sable mou, il n'y a qu'à se laisser porter. En bas, on traverse la route et j'aperçois une lumière sur cette route. C'est Florence, qui n'a pas pris le chemin balisé. Elle part à gauche et je pars à droite dans le wadi. Je l'appelle car je suis le balisage. Elle me rejoint et nous faisons route ensemble. Nous sommes toujours dans le sable, et parfois dans les cailloux. Dans la nuit on ne voit rien du wadi, mais il paraît qu'il fait 300m de large et est encaissé entre 2 belles parois. D'ailleurs voilà que nous buttons contre. Nous avons perdu le balisage et le GPS nous envoie droit sur la falaise. Petit problème. Nous décidons de continuer dans le lit de la rivière. Ca y est, on retrouve les rubalises. Ouf !

Le wadi se termine par une bonne piste, fini le sable. On a un p'tit creux, on partage nos provisions de route, cacahuètes pour Flo et Tuc pour moi. Et on papote en courant. Le chemin est facile, et nous sommes distraites sur le balisage. Mais au fait, ça fait un petit bout de chemin qu'on n'en a pas vu. Aïe aïe aïe. Le GPS nous indique la gauche. Demi-tour. Effectivement, il y a un chemin à droite étant donné qu'on a changé de sens. Il fallait voir la flèche de peinture blanche sur une pierre en pleine nuit... Heureusement, nous n'étions pas loin. Désormais, nous restons attentives à la trajectoire, et nous arrivons sans nouvelle encombre au CP6.

On avait envie de faire une halte dodo, mais le coin est moche. Il n'y a pas de tente, il faut dormir dehors, à côté d'une grande route. Je ne suis pas fatiguée, j'entraîne Florence à continuer. On mange rapidement et on repart. balisage 1

Nous prenons une piste avec du sable très mou. Florence a mal aux pieds, elle trottine néanmoins, je marche vite, à son allure. Nous longeons des dunes paraît-il. On voit juste dans le halo de la lampe une petite dunette de... 50cm de haut. C'est ça les dunes omani ? Elles doivent être derrière. Puis nous devons suivre une ligne Haute Tension. Les pylônes ne sont pas éclairés. Au bout d'un moment, la piste principale tourne à gauche toute. Il n'y a aucun balisage à ce niveau. Florence confirme au niveau GPS. Alors à gauche toute. On doit se diriger vers une antenne, mais il se trouve qu'il y en plusieurs d'éclairées. Nous trottinons toujours et nous ne voyons toujours pas de balises dans cette direction. Qu'en pense le GPS ? Il indique arrière toute ! Aïe aïe aïe. Florence est désespérée, avec ses pieds en mauvais état. Elle veut suivre la direction du GPS et couper tout droit dans la nature. Je refuse. On risque de tomber sur des dunes, une clôture, un mur ou je ne sais quoi. Il y a dans le coin une décharge et une usine de poulets à éviter absolument.

isa CP11 2La mort dans l'âme nous faisons demi-tour, mais c'est la solution la plus raisonnable. On repart en trottinant. Il y a plein de lumières lointaines, des antennes, la voie express, les phares des voitures sur cette route. Mais que vois-je soudain ? 3 points lumineux verts qui se déplacent parallèles à nous et dans la même direction. Des sticks lumineux de coureurs ! Quelle lueur d'espoir ! Nous sortons les sifflets, mais ils ne nous entendent pas. Nous continuons sur notre piste, avec toujours les poins verts à vue, jusqu'à retrouver l'intersection sous la ligne HT. Nous reprenons la bonne direction, et miracle, les balises réapparaissent.

Nous traversons un petit wadi. De nouveau plus de balises. Les points verts coupent tout droit vers une antenne, direction donnée par le GPS. Nous décidons cette fois de faire de même. Le terrain est sableux, avec des petites bosses et creux.

désert 2Près de l'antenne, un 4x4 vient à notre rencontre. C'est Thomas, de l'organisation. Il nous cherchait car le CP suivant ne lui donnait pas de nos nouvelles, et pour cause, nous en sommes encore loin. Il vient de remettre les points verts sur le droit chemin et fait de même pour nous. Nous suivons la voiture jusqu'à retrouver la piste et le balisage. Merci Thomas !

Mais la nuit avance et nous savons que nous ne serons jamais à la barrière horaire de 8h au CP8, c'est impossible. N'y pensons pas, ce n'est pas la préoccupation du moment.

Les balises ne suivent pas la piste, c'est bizarre. Et en voilà une, là, de l'autre côté. Le point lumineux est jaune, un peu haut, et horizontal. Mais qu'est-ce qu'elle fait par là ? Il faut aller voir. Nous nous dirigeons vers cette balise étrange, quand je réalise que c'est... la lune ! On peut toujours essayer de l'atteindre ! La veille j'ai vu la lune se lever à peu près à cette heure-là, vers 3h du matin, petite, jaune et horizontale. Très surprenante. désert 7

Mais maintenant nous devons retrouver notre chemin, le bon. Il y a des traces de 4x4 partout, et on tourne un bon bout de temps en rond avec nos cerveaux embrumés, avant de retrouver la bonne voie. Que de temps et d'énergie perdus !

Cette fois nous passons à côté de la fameuse décharge et de la fameuse usine de poulets. C'est étrange, j'ai l'impression de connaître cet endroit et d'y être déjà passée. Comment se fait-ce ? Mais bien sûr, nous sommes passés là en bus pour rejoindre le camp de départ, mais de jour.

Nous décidons avec Florence de terminer la course ensemble, après cette nuit de galère.

Nous quittons la piste avec le lever du jour, pour traverser une zone de dunettes,désert chameau 1 avec du sable en conséquence bien mou. On monte, on descend, on remonte, on redescend. Cette fois, il y a des rubalises tous les 50m, et il fait jour, impossible de se perdre ! Nous croisons des troupeaux de chameaux. La clôture à chameaux est un long fil de fer barbelé à hauteur de nos têtes, qui correspond à celle du cou des chameaux. Ils ne doivent pas avoir l'idée de baisser la tête pour passer dessous.

Mes guêtres pour le sable sont dans mon dropbag au CP8. J'ai plein de sable qui rentre dans les chaussures. Cela ne m'abîme pas les pieds, mais il s'amasse au bout des chaussures et je n'ai plus de place pour mes orteils. Je suis obligée de les vider régulièrement.

Voici un 4x4 de l'organisation qui nous rejoint. "Ah les filles, vous montez, on vous emmène au CP". On se regarde avec Florence. Quoi ? Monter dans un 4x4 pendant la course ? Que nenni. Nous refusons en bloc. "Mais si, tout le monde s'est perdu et on a ramené tout le monde en voiture, vous pourrez repartir après normalement". On a tellement perdu de temps et fait de km en plus qu'on monte, à contre coeur. On est à 500m du village, et le CP est après. On apprend que toutes les barrières horaires sont levées. Il est l'heure de celle du CP8 et nous sommes au CP7. Ouh lala, quelle organisation catastrophe !

trace chameauBeaucoup de coureurs se sont perdus également dans la partie des dunettes, qui venait d'être re-balisée quand nous sommes passées. En effet, les chameaux avaient mangé toutes les rubalises ! L'organisateur est un spécialiste des courses à Oman, il ne connaît pas les habitudes des chameaux ?

Je descends tête basse du 4x4 tellement j'ai honte, même si tout le monde est arrivé par le même moyen.

Et ceux qui ont suivi leur GPS n'ont jamais trouvé le CP, car il a été placé à 500m du point GPS enregistré...

C'est un gros CP, magnifiquement situé entre 2 cordons de dunes. isa CP5 4

Je ferai bien une sieste d'1/2h, mais Florence préfère 45mn. J'ai une bonne place sous une tente. Florence se fait soigner les pieds, si bien que j'ai le temps avant de repartir. De quoi prendre un bon petit déjeuner.

Il ne devait y avoir que du café sur les CP. J'avais demandé du thé avant le départ. Ce n'était pas prévu mais j'ai eu gain de cause.

Tous les recalés de la barrière horaire du CP4 sont là, très déçus. Cyril n'a pas l'idée de les faire repartir, même sans dossard, pour la partie désert de la course ? Surtout maintenant qu'il a aboli les barrières horaires ! Je ne sais pas si cette idée que j'ai répandue a fini par arriver à ces oreilles, mais c'est ce qu'il finira par faire.

Claudine, qui est une des recalés, me file des vieilles guêtres. Je n'ai pas les chaussures qu'il faut, mais j'arrive à les faire tenir tant bien que mal avec les épingles à nourrice de mon dossard après quelques essais et quelques arrêts.

Florence et moi repartons donc, au milieu des dunes. Elles sont belles. Florence a de nouveaux pieds, mais nous n'allons pas du tout à la même allure. Je cours sur le plat et dans les descentes, jamais dans les montées. Elle court dans les montées. En moyenne nous allons à la même vitesse au début, puis je prends la tête. Je l'attendrais au CP suivant.

trace scarabéeNous courons dans la partie basse des dunes, couverte de touffes d'herbe. La partie haute n'a pas de végétation du tout, avec des pentes fortes. C'est vraiment très beau. Il y a des scarabés qui traversent la piste, laissant de drôles de traces.

Pas de bol, je sens un début de tendinite du releveur qui débarque. Et bien je m'en accommoderai.

Je croise le 4x4 du photographe qui m'encourage, à l'approche du CP8. désert 17

Le voilà, il est situé au Safari Camp, un campement pour touristes. Il y a la petite tente qui nous accueille, et nous pouvons profiter de chambre et douche.

Le CP8 est le départ de la course de 130km. Il me reste donc la bagatelle de 130km à faire.

Le temps que Florence arrive, je strappe ma cheville pour la tendinite, contre l'avis du médecin présent. Peu m'importe son avis. J'ai mon dropbag, avec une délicieuse boîte de raviolis froids et des biscuits. Quel régal ! Heureusement que je n'ai pas besoin d'eau chaude, car c'est difficile à avoir. Je n'ai pas mangé de viande depuis le départ. Mes menus étant pauvres en protéines, j'ai emmené de la spiruline, mais je ne l'ai pas retrouvée dans mon sac. Elle était planquée avec la pharmacie, pas au bon endroit.

désert dune 1Je change de chaussettes, de chaussures, avec guêtres cousues dessus, et je mets un maillot plus léger, il fait plus chaud qu'en montagne. Et je me masse bien les jambes et les pieds.

Je préviens à la ronde que je me déculotte pour me crémer les fesses. Voilà justement le photographe qui se ramène. Au bon moment. Photos interdites.

Nous prenons des nouvelles de Haethe. Elle dort, elle abandonne et elle estdésert dune 2 devant, tout ça en même temps. Pas moyen d'avoir une information fiable.

Nous repartons avec 2 gars, mais ça discute au lieu de se mettre en route. Je houspille la troupe, j'ai assez attendu, ce n'est pas la peine de tarder plus, on perd trop de temps pour rien.

isa CP11 1Je suis rapidement devant Florence, elle ne suit pas le rythme. Ses pieds la font de nouveau souffrir. Nous avons une longue montée devant nous. Je la gravis à ma vitesse en marchant vite, et j'attends Florence en haut, en m'allongeant dans le sable.

désert CP8 1Les 2 gars passent, puis elle apparaît. Elle n'arrive vraiment pas à suivre, elle me demande de partir devant et de faire ma course. Dommage, pour une fois que j'étais prête à courir avec quelqu'un, mais elle a raison.

Me voilà donc repartie, la nuit tombe sur le sommet de la dune. Je ne vois bientôt plus que le rond de la lumière de la lampe. C'est toujours tout droit maintenant, et c'est toujours une succession de montées et de descentes, dans un sable mi-mou. Il faut des fois suivre la trace du 4x4, des fois se mettre à côté. La nuit on ne sait pas si on monte ou si on descend quand la pente est faible. Je cours tant que ça ne durcit pas dans les jambes. Ou je fais un peu de marche arrière, on sait tout de suite si ça monte.

J'aperçois les premiers reliefs de sable juste au bord de la piste quand je tourne la tête, c'est tout. Ca y est, je vois la lumière du CP9. Il ne paraît pas loin, et pourtant je mets du temps à l'atteindre. On dirait qu'il recule quand j'avance.

Cette fois, j'y suis. Nous sommes mercredi soir à 21h. Les chauffeurs omani fumentdésert coucher soleil 2 la chicha près de leur véhicule. Pascal dort à la belle étoile. Il se réveille pour moi, et est ébahi et admiratif de me voir là. Il me donne rendez-vous à la soirée de fin de course. OK !

On me bichone. De l'eau pour mes pâtes et une tente pour 30mn de repos. Justement, Louisa dort dans la tente et c'est l'heure de la réveiller. Le bénévole me demande de le faire. Je ne crois pas qu'elle ait été satisfaite que ce soit sa poursuivante qui la tire de là. Car cette fois, je suis bel et bien 2° féminine, et la 1° est en face de moi.

CP9 puitsQuant à Haethe, jamais entendu parler à ce CP. Elle est donc derrière, ou a abandonné.

J'enfile un coupe-vent et je m'endors illico, il ne fait pas trop froid.

Il paraît que ce CP est très beau, entouré de belles dunes, avec un arbre et un puits. Ah bon ?

Je repars dare-dare pour une 3° nuit. Je fixe la piste, restant concentrée sur la trajectoire. On dirait que les arbres défilent des 2 côtés de la piste, sur le bord de la zone éclairée par ma lampe, comme si j'étais dans une forêt. Sauf que je suis dans un désert. OK, allons-y pour la forêt, il ne faut pas se poser trop de questions en pleine nuit. L'essentiel est de courir pour profiter de la fraîcheur et de choisir la meilleure trace en fonction de la qualité du sable pour ne pas s'épuiser inutilement. Tiens, il y a plein de  traces de pas qui partent sur ledésert 15 côté. Il y a un point de vue ? Pas pour moi, que la nuit noire. Je fais un petit arrêt, et mes yeux se portent sur le sable. Mais je vois de l'eau ! Avec plein de petits grains noirs et blancs au fond de cette eau très claire. C'est magnifique, mais... impossible. Je secoue la tête et re-fixe le sol, et je vois effectivement le sable qui se liquéfie. C'est stupéfiant et vraiment très beau. Les petits grains noirs et blancs sont les grains de sable. Allez ouste, on repart illico avant d'avoir d'autres hallucinations. Et d'un bon train.

isa arivée 5La piste s'élargit, il doit y avoir du passage de jour.

Me voilà arrivée au CP10. Il y a une fille qui est prête à partir. Une grande, qui a des grosses tresses noires. Je ne la connais pas. Je lui demande sur quelle course elle est, car je suis maintenant sur le parcours des 3 distances. La 300 me dit-elle. Mais... la seule devant moi sur la 300 est Louisa, qui est une petite blonde avec une queue de cheval. C'est pourtant bien Louisa qui est devant moi. Ouh lala, au pieu tout de suite !

L'atmosphère est très humide. Dans le désert ! Je m'installe sous la tente dont le sol est trempé. Je sors pour la 1° et seule fois ma couverture que j'étale dans l'eau. Ca ira bien. Je mets ma montre à sonner dans 1/2h, et je m'endors immédiatement. Et je n'entends pas sonner ma montre. Je me réveille d'un coup, j'ai dormi 1h30. Ce n'est pas grave, c'est que j'en avais besoin. Par contre je ne sais pas comment j'ai pu me réveiller.

Je repars, bien reposée et en forme. Le jour ne tarde pas à se lever, mais... je suis en plein brouillard. Dans le désert ! Je ne mettrai mes lunettes de soleil que vers 10h. Et du coup il ne fait pas trop chaud, impec pour courir.

isa CP11 5C'est irréel, tout ce sable qui défile dans la brume, avec un champ de vision qui s'étend au fur et à mesure de la levée du brouillard.

Le brouillard est très rare dans le désert, mais c'est la 2° fois que j'en vois, la 1° était en Egypte. Après tout, c'est mieux que de tomber sur une tempête de sable.

Les dunes se succèdent, avec des pentes parfois fortes et de super descentes.

Je vois un arbre au loin. Il indique un puits. Il y a un 4x4 qui fait le plein d'eau avecdésert dune CP11 une pompe thermique dans une citerne sur son pick-up. Rien à voir avec les puits du Sahel avec des ânes.

Il fait chaud maintenant, mais ça ne me gêne pas pour continuer à courir. Je dépasse une autre Isabelle qui est sur le 130km, qui est écroulée au bord de la piste, et qui a apparemment très chaud et est mal en point. Je l'encourage, car elle est prête à abandonner. Allez ! Le CP11 n'est plus loin !

D'ailleurs j'aperçois sur le versant de la prochaine dune un 4x4 et une tente. Le CP ? Déjà ? Non, on dirait un camp de pique-nique pour les touristes. Mais c'est vraiment le CP11 ! Qui n'a rien d'un kiosque à pique-nique. Il n'y a rien à manger. Mais moi je mange, ma mixture de noix et amandes.

Voilà Isabelle qui arrive. Elle retrouve le moral d'être au CP. Ces pieds sont vraiment en très mauvais état. J'apprends que je suis 12°. Et Isabelle, l'autre, 13°. Mais ce n'est pas possible, nous ne sommes pas sur la même course ! Ah oui, il y a 12 coureurs pointés, mais 7 sur les 2 autres courses. Donc je suis 5° ! Ca change tout ! Les bénévoles n'ont pas vraiment les mêmes préoccupations que nous...

désert coucher soleil 1Voilà 2 4x4 à touristes qui arrivent et s'arrêtent. C'est le même groupe de français qui étaient dans la montagne ! Ils nous encouragent. Et Guillaume descend d'une des voitures. Il a fait une hypoglycémie au puits. Il avait perdu sa bouffe. C'est évidemment une grosse erreur de gestion de course qui ne pardonne pas, puisque nous étions en autosuffisance alimentaire. Il aurait dû abandonner. Il appelle Cyril au téléphone, pour lui demander de pouvoir continuer la course avec 2h de pénalité et Cyril a dit oui !!!!!! En plus ce n'est pas une pénalité puisque c'est le temps normal que j'ai mis à pied du puits au CP. Et au résultat final, il n'a eu aucune pénalité puisqu'il a été compté ex aequo avec l'italien avec qui il est arrivé. Quelle organisation épique et surprenante !!! Guillaume a longtemps été dans le trio de tête de la course. Je ne sais pas quand je l'ai doublé.

Je récupère des biscuits bienvenus avec les touristes, bien que je ne sois pas en hypoglycémie, moi.

désert 3Guillaume a testé le bouton « au secours » de sa balise, sans succès. L’organisation n’a pas réagi.

Je veux me reposer 1/2h avant de repartir. Il fait très chaud, je m'allonge dans le sable dans un petit coin d'ombre de la tonnelle. Il n'y a pas de nattes à ce CP. Mais voilà que débarque un 4x4 de l'organisation avec les plus pipelettes des bénévoles. Donc impossible de m'endormir. Je me détends les jambes quand même et je repars vite fait.

Au bout de 5mn, je sens un échauffement dans le bas du dos. Fichtre, je n'ai pas fait gaffe à me protéger du sable quand je me suis allongée, et j'en ai dans le dos. Quelle erreur, comme une débutante ! Et je n'ai plus assez l'élastoplaste. Un coup de bol, le 4x4 d'une des infirmières arrive. Elle me remet une couche dans le dos, de quoi repartir d'un bon pied.

fillette CP11 2Je passe devant un campement pour les touristes. Les enfants m'encouragent. Il y a une station service : une citerne posée au bord de la piste avec gas-oil écrit dessus. C'est sommaire. Je n'ai pas besoin de gas-oil, je préfère des biscuits comme carburant.

Je croise un énorme 4x4. Ce sont des Emiriens, des Emirats Arabes Unis.

Maintenant c'est celui de notre photographe qui me rattrape. Il est tout content de me retrouver. Il me demande si je peux encore courir. Evidemment ! J'arrive en haut de la côte, et je pars en courant. Il crie de joie et me mitraille. C'est si extraordinaire de courir sur... une course ?

Les dunes disparaissent, pour laisser place à une étendue beaucoup plus plate. Ilisa CP11 8 y a du monde, on s'approche de la côte. Des gamins me proposent un tour en chameau. Non merci, je ne suis pas une touriste comme les autres.

Encore un 4x4, c'est celui de Cyril. Il prend de mes nouvelles. Merci, ça va très bien.

De nouvelles dunes apparaissent devant, derrière c'est la mer et l'arrivée.

La nuit tombe. J'entame une longue montée douce, vers une des dunes. J'alterne course et marche, sans effort. Je me sens bien, avec 250km dans les pattes. Les petits buissons le long de la piste se transforment en parking pleins de véhicules. C'est le 4x4 du CP ? Non, que des herbes.

désert village chèvreAh, des lumières ! Cette fois, c'est le CP. Non, ce sont 2 coureurs de la 200 qui font une halte. Un petit mot d'encouragement et je les dépasse. Je suis persuadée d'avoir déjà vécu ces moments, comme si je connaissais cette piste et de rencontrer ces 2 coureurs. Mais c'est impossible. C’est une des conséquences du manque de sommeil.

De nouveaux des lumières, beaucoup plus nombreuses. Cette fois, c'est le CP12, le dernier avant l'arrivée.

désert 4C'est Isa qui m'accueille. Elle m'apprend que Louisa s'apprête à partir et que je lui mets une pression terrrrrible depuis pas mal de temps maintenant, et qu'elle ne s'arrête plus pour dormir. Hi hi, moi je dors, et je la rattrape, et sans pression aucune. Mais je sais que je vais galérer dans la dernière dune qui m'attend, de nuit sans GPS. Alors je préfère bien manger et dormir de nouveau 1/2h.

Manque de bol, Cyril arrive, laisse le moteur de son 4x4 tourner juste à côté de ma tente et parle très fort. Impossible de m'assoupir. Je râle, il daigne éteindre la voiture, mais pas se taire. Je considère que c'est un manque de considération pour les coureurs qui en sont à leur 4° nuit dehors, 4° nuit que je n'aurai jamais dû faire si la course était correctement organisée.

J'aurai bien fait le dernier bout de route avec quelqu'un d'autre, mais il n'y a personne. Sydney n'est pas pressé de partir et ira doucement, le singapourien est parti et est revenu, il préfère attendre le lendemain matin.

Donc j'y vais pour les derniers 25km. Une belle dune m'attend. La côte déjà bienisa CP11 4 entamée se poursuit pour atteindre la crête. Ca monte et descend sans arrêt dans un sable très mou. J'avance facilement et je cours bien dans les descentes. Les traces de 4x4 deviennent très nombreuses et larges. Il n'y a plus de piste, chaque véhicule fait sa trace. Je n'en vois pas les bords dans la lumière de ma lampe. Je repère des empreintes de pas, dont une avec des bâtons. OK, je suis ça, on devrait aller au même but. Je reste concentrée, les yeux rivés sur les traces, sans sentir la fatigue. Soudain je vois un stick lumineux devant. Je rattrape un coureur. Je siffle, j'aimerai qu'il m'attende, tellement je suis persuadée que je vais me perdre. On est sensé voir la mer et s'y diriger, mais il fait nuit noire et on ne voit rien. Le coureur ne m'entend pas, il est trop loin devant. J'ai l'impression de le perdre de vue des fois, surtout que le terrain est loin d'être plat.

Les traces partent sur la droite maintenant et quittent les 4x4. Etrange. Je ne vois plus les bâtons. Ca me mène à une balise, au milieu... de tas d'ordures. Et plus rien après. Me voilà bien ! La balise a été déplacée. Il me faut revenir sur mes pas jusqu’à la précédente sur les traces des 4x4, c'est une sacrée montée. Attention de ne pas tourner en rond et de refaire de nouvelles traces qu'il ne faut surtout pas que je suive !

Je retrouve le passage d'où je viens, et reprends la bonne direction. Ouf !

Cette fois, je ne quitte pas les bâtons d'un pouce.

isa arrivée 4Après maintes successions de montées et descentes, voici la grande finale. Belle dernière descente dans un beau sable mou, facile à courir. Ca y est, je suis en bas, près de la plage, bien que je ne la voie pas. Le sable durcit et les traces disparaissent par moment, mais le balisage est bon. On doit se diriger vers la droite et quitter toutes les traces de 4x4, vers une antenne, qui n'est pas éclairée donc que je ne vois pas. Je passe au pied. Après on doit piquer droit vers la mer, on est sensé voir le campement. Je ne vois toujours rien du tout, à part une seule trace de 4x4 qui est un des nôtres j'espère, des pas et une paire de bâtons.

Ca y est, ce sont les lumières du camp devant ! Il est bien calme, à 2h du mat. Je trouve le moyen d'y pénétrer par l'accès voiture, au lieu de prendre la voie royale qui nous est normalement destinée. Ca me rallonge de quelques dizaines de mètres. Je n'en ai pas encore fait assez sans doute.

Cyril est là pour m'accueillir, avec 2 bénévoles et le photographe, au bout de 77h d'effort. Et combien de km ? Je ne sais pas, mais beaucoup plus que les 285 au programme !

Je termine donc 5° au scratch et 2° féminine.

La pression de trouver le bon chemin retombe, et je suis incapable de dire quoi que ce soit à part que ça va et où sont les douches.

Nous sommes dans de grandes tentes de 4, et Louisa y dort déjà. Elle est arrivée 3h avant moi paraît-il. J'essaie de ne pas faire de bruit pour ne pas la réveiller.

Les douches sont somptueuses, avec une petite pompe qui amène de l'eau chaude à une vraie pomme. Je prends la 1°, et comme par hasard, l'eau n'arrive pas. Je vérifie toute l'installation, rien à faire, pas d'eau. Je ne vais pas me battre avec la douche maintenant. Je me contente d'une bassine. Quel dommage. En fait, c'est la seule douche non alimentée électriquement, elle sera démontée le lendemain après que j'aie prévenu du problème. Il fallait que ça tombe sur moi.

Mes pieds sont impec, à part un ongle que je n'ai pas senti mais qui va tomber.  Jecampement arrivée 1 le sens maintenant que je suis pieds nus. Et ma tendinite ne m'a pas trop embêtée. Je la sentirai bien plus le lendemain. Je dévore un délicieux gâteau aux dattes, et m'endors béatement sur un bon matelas.

La journée du lendemain est bien remplie : manger, dormir, et baignade. Les autres coureurs arrivent au fur et à mesure. Florence en début de matinée. Puis Marta, suivie de Haethe viennent compléter ma tente. Brigitte pointe ses bâtons à son tour. Le campement se remplit jusqu’en fin d’après-midi.

Le retour à Muscat nous prendra 8h en bus. On a fait tout ça !

Comme je suis en forme, je profite d’une belle plongée avec les tortues omani avant mes 3 avions de retour. Ce qu’on ne doit normalement pas faire : plonger en manquant de sommeil, avec une tendinite du releveur qui empêche de palmer et qui gonfle. Mais j’ai le coco dur !

 

  

 

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Published by isabelle - dans Récits de courses
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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 18:06

SSC 2146SSC_2150.JPG

Voici le groupe qui fera le tour du bonnet de prêtre ... attention : top départ !!!

 

SSC_2160.JPGgroupe-raid-junior.JPG

Et voici la remise des récompenses : médailles, tee shirt et diplôme.

Merci à tous pour ce super bon week end 

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Published by A2R - dans Les sorties
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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 09:42

Félicitations aux participants de ce week-end :

 

Grand Raid Réunion :

  • Régis - 49h56mn34s
  • Seb - 37h31mn15s
  • Guy Jo - 51h02mn10s
  • Philippe - 51h14mn22s
  • Isa - 51h01mn20s
  • Karine - 53h40mn20s

 

Trail De Bourbon :

  • Charles
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Published by A2R Vincent - dans Les courses
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14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 07:50

Un petit article de médecine préventive en haute haltitude :

http://www.dgdr.cnrs.fr/drh/protect-soc/documents/Livret_Missions-Haute-altitude_2012.pdf


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Published by Vincent
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