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10 mars 2016 4 10 /03 /mars /2016 18:15
Ultra Trail d'Ankgor 2016

Une amie me fait part d'une nouvelle course : l'ultra trail d'Angkor, 130 km. Angkor ! Depuis le temps que je cherche un truc chouette dans le coin ! Ni une ni deux, je m'inscris dare-dare, c'est dans 2 mois. Il y fera chaud, j'ai l'habitude, ce sera tout plat, je n'ai pas l'habitude, c'est long, comme j'aime.
SDPO propose 4 épreuves, la plus longue étant de 130km. Je n'envisage même pas de faire une des autres.
Je débarque donc à Siem Reap une semaine avant la course. C'est la grande ville juste à côté du site des temples d'Angkor. Une semaine pour me balader dans le nord du Cambodge. Il fait chaud et humide comme à la Réunion à la même époque, en Janvier. J'en profite pour profiter de ces magnifiques temples envahis de végétation, en vélo, vu que c'est tout plat. Au lieu de me "reposer", un mot que je ne connais pas trop. Et de faire connaissance avec Jayavarman VII, le roi qui a bâti toutes ces merveilles.

Ultra Trail d'Ankgor 2016

Je visitais donc les temples en vélo 2 jours avant la course quand je suis tombée sur le groupe de coureurs qui avait pris le packaging séjour touristique en plus de la course. Je ne pouvais pas les manquer, il y en a qui étaient déguisés en coureur. Une fille en jupette de course dans un temple ! Et je suis interpellée, c'est Éric le Belge du Manaslu de l'année dernière ! Il fait le 64 km.
L'organisateur propose l'inscription à la course, sec. Tout le reste est en option, et je n'ai pris aucune option. Je me débrouille par moi-même sur place.
Je vais chercher mon dossard le soir, j'espère y faire connaissance de Jean-Claude Lecornec, notre mentor. C'est la première fois que je cours avec lui. Mais non, il n'est pas là. Dommage, je ne suis pas sûre de pouvoir le voir après.
Samedi 23 janvier 2016 : J'ai commandé un tuktuk à 4h du mat pour aller au lieu du départ: la Terrasse des Eléphants à Angkor, à 7km de Siem Reap.
C'est de là que le roi regardait ce qui se passait sur la grand place de Angkor Thom, la ville d'Angkor, au 11°s. Angkor Thom était une très grande ville, et le royaume khmer était très puissant.

Il fait nuit. Les tentes de la course sont montées sur la place. Il y a le 130 km et le 64 km qui partent en même temps. Les autres courses plus courtes partent après. On est 60 sur le 130 km. Ils sont beaucoup plus nombreux sur le 64, je ne sais pas combien. il y a un paquet de coureurs initialement inscrits sur le 130 qui se sont rabattus sur le 64 au depuis 2 jours, par peur de la chaleur.
Sur la ligne de départ, je m'aperçois que j'ai mis mon maillot à l'envers. Il y a une vidéo sur internet où on me voit très bien en train de défaire mon sac pour changer le sens de mon maillot, bref, le type a coupé l'image juste avant que je sois à poil ou presque. Ouf !
Je sais que je vais beaucoup transpirer, comme quand on court dans les bas chez nous en janvier. Je me suis bien crémée partout contre les frottements, les fesses, la ceinture du short, la ceinture du sac, sous les bras. Je sais que ça va échauffer fort.
Et voilà, c'est parti ! Avec un peu de retard car des coureurs ont paraî- il eu du mal à trouver la Terrasse des Eléphants.
On part vers la porte est d'Angkor Thom. Les portes d'Angkor Thom sont magnifiques : on passe sous une immense tête à 4 visages, qui représentent les 4 vertus de Bouddha dans les 4 directions : la sympathie, la pitié, l'humeur égale, et l'égalité, le visage étant bien sûr celui de Jayavarman VII, qui les a fait construire. A la lueur de la frontale, c'est magique.

Ultra Trail d'Ankgor 2016
Ultra Trail d'Ankgor 2016

Puis on serpente sur un petit sentier de forêt. A chaque intersection, il y a un garde du parc pour nous garder sur le bon chemin. Je me fais déjà doubler à gogo, et par quelques filles. Mais sont-elles sur le 64 ou sur le 130 ? En tout cas comme d'hab, c'est toujours ma jambe gauche qui me freine. On arrive près d'un temple, dans la nuit. C'est Ta Nei, on le contourne.
Le balisage de nuit est bien fait, de la rubalise et des barres phosphorescentes dans les arbres.
Voilà les oiseaux qui se mettent à chanter et le jour qui se lève, il est 6h.
On franchit un pont métallique, un pont français.
Tiens, il y en a un qui est plié en 2 sur le côté, il vomit. Ca commence mal pour lui.
Le peloton est déjà bien étiré. On rejoint la route et on longe le long mur d'enceinte du temple de Ta Prohm. Jayavarman VII l'a construit pour sa mère. On contourne le temple, envahi par les arbres de la jungle, les fromagers aux racines envahissantes et destructrices.
J'ai toujours du mal à accélérer, alors je reste à ma petit allure.
On se retrouve de nouveau sur des petits sentiers dans la forêt, c'est agréable. Ca n'empêche pas la chaleur, je transpire à gogo. Et il est encore tôt. Mais ça ne me gêne pas, j'ai l'habitude.
On traverse le village de Srah Srang, le long d'un grand bassin, piscine de Jayavarman VII. C'est très joli.

Ultra Trail d'Ankgor 2016

Puis c'est le temple de Pré Rup qui se pointe. Il est plus vieux que les précédents. C'était un temple hindouiste, dédié à Shiva. Il est construit comme une montagne, et les tours sont en briques. Dans la lumière du petit matin, il me surplombe, il apparaît très rouge. Superbe.
J'ai fait 15km et je suis au premier ravito de bananes. Les ravitos suivants seront tous les 10 km, ce qui est très confortable. Pas besoin de prendre des tonnes d'eau.
Encore un peu de forêt avant d'atteindre le village de Pradac.
On poursuit sur une bonne piste, au milieu des rizières. Le soleil est maintenant là, énorme boule rouge au dessus de l'horizon. Quelle lumière magique ! Le riz est récolté, les rizières sont en paille jaune, et paraissent toutes oranges à ce moment, rectangles bordés de petites digues de terre. C'est vraiment la meilleure heure. Je suis seule sur mon bout de piste, et je m'en mets plein les yeux.

Ultra Trail d'Ankgor 2016

La piste atterrit au milieu des rizières. Quelques vaches toutes blanches et maigres broutent la paille qui reste aux champs, leur bouse apporte un engrais naturel. Il y aussi quelques buffles, tout gris et gras. Ils sont au repos, et ne reprendront le boulot que pour les labours. Notre chemin serpente sur les diguettes étroites des rizières, un coup à droite, un coup à gauche, pour déboucher sur une rivière à franchir à gué. Je passe un peu en amont, c'est plus étroit et je peux sauter sans me mouiller les pieds. On rejoint un chemin, très sablonneux, bordé de buissons, toujours au milieu des rizières. J'aime courir dans le sable, même si ça ralentit la progression. Je double un coureur, il faut dire qu'il batifole avec les gamins du cru.
Avec l'arrivée du soleil tapant, j'ai chaussé ma casquette saharienne géante et les lunettes de soleil. Autant bien se protéger des ardeurs locales. Sur la ligne de départ, une canadienne me trouvait drôlement bien équipée tropical. Je ne viens pas de la Réunion pour rien. Elle n'avait pas osé s'inscrire sur le 130km car elle n'avait jamais couru de nuit. C'est justement là qu'il faut commencer, c'est tout plat, facile de voir où on met les pieds la nuit.
Je sors des rizières, traverse une route et passe sous un porche de temple bouddhiste. Le ravito est là, avec un délicieux gâteau maison local, au lait de coco. Il va nous falloir de l'énergie, on grimpe au sommet d'une petite colline, le temple de Phnom Bok est au sommet. Dure ascension de...150m, la seule de la journée. On y grimpe par un magnifique escalier de 400 marches. Quel plaisir ! J'y double quelques coureurs.

Ultra Trail d'Ankgor 2016

Les temples khmers sont très particuliers. Le pays était hindouiste jusqu'au 11° siècle. Les temples sont donc hindouistes. Puis notre ami Jayavarman VII s'est converti au bouddhisme. Mais il n'a pas abandonné Vishnou et Shiva pour autant. Ils sont donc tous mélangés. De même il y a de magnifiques sculptures, racontant les épopées hindoues du Mahabharata et du Ramayana, et beaucoup d'Asparas, les danseuses célestes. Aujourd'hui le pays est boudhiste.
Le Cambodge est un pays tout plat, avec de temps en temps une colline isolée qui émerge, on se demande ce qu'elle fait là. A tous les coups il y a un temple en haut, ancien ou récent. A l'occasion, si la colline est raide, les Khmers rouges en profitaient pour jeter les pauvres innocents d'en haut, ça leur économisait des cartouches. Rappelons qu'il ont tué 3 millions de gens sur 15 millions en 4 ans en 75. Tout le monde en parle là-bas.
Mais revenons à la course, dans un Cambodge heureux et à mon temple perché en haut de la colline.

Ultra Trail d'Ankgor 2016

On fait le tour du temple et on redescend par un bon sentier, que je dévale allègrement. Je retrouve le ravito, et on retraverse la route pour retrouver les rizières et le chemin sableux. Ca me va bien, même si je ne peux pas accélérer. Je suis seule sur cette portion de chemin.
On traverse un village. Un monsieur arrose le devant de sa boutique pour éviter la poussière. Les réserves d'eau sont dans des grandes jarres devant chaque maison. J'y trempe ma casquette. Apparemment, il n'y a que moi qui ait cette idée rafraîchissante, les autres coureurs passent droit.
Me voici de nouveau dans un village. Les maisons cambodgiennes sont en bois, sur pilotis. Elles peuvent être hautes. Cela permet une circulation de l'air sous la maison et les garde un peu plus au frais. Enfin, tout est relatif vu la chaleur ambiante. Le rez de chaussée sert de pièce à vivre dans la journée, à l'ombre. Quand on est plus riche, on a une maison en dur, ce qui n'empêche pas les pilotis.
On traverse un temple bouddhiste, récent celui-ci. Les moines dans leur robe orange nous regardent passer, tout souriants.

Ultra Trail d'Ankgor 2016

J'arrive devant une école primaire. Une haie de gamins m'accueille, chemisier blanc et short ou jupe noir. Super ambiance ! C'est le 3° ravito. Il n'y a que des bananes, ça fera l'affaire. Il y a aussi un temple, en ruine celui-là, dont on fait le tour. Je cours parmi les blocs de grès, et je double à ce petit jeu. La petite cambodgienne qui tient le ravito veut m'y renvoyer une 2° fois. Non non, je l'ai déjà fait. On part par où après ?
Voilà un quart du parcours fait. Il est 10h. Je n'ai pas battu des records de vitesse.
Je sors la crème solaire, ça commence à taper dur.
La suite du parcours est une piste avec de longues longues lignes droites. En plein cagnard. Pas une goutte d'ombre. Qu'est-ce qu'on transpire. Je dégouline. Des rizières, des rizières, des rizières, des vaches. Heureusement il y a très peu de circulation, donc pas de poussière, quelques vélos et motos. On traverse des villages de temps en temps, ça fait de l'animation. Les petits enfants nous encouragent, hello, hello !
Je suis avec un coureur qui n'arrête pas de s'inquiéter des km restants. Soit disant triathlète confirmé, qu'est-ce qu'il râle ! Il a du mal à encaisser les lignes droites. Je lui conseille de regarder le paysage qu'il ne verra qu'une fois plutôt que son GPS. Et on ne s'aperçoit pas des lignes droites. Il cherche partout de l'eau de coco à boire. Quelle idée saugrenue. Il n'y en pas. Nous ne sommes plus dans le coin à touristes.

Voilà qu'on croise des jeunes en vélo qui sortent du collège, toujours chemisier blanc et pantalon ou jupe longue noir. On échange quelques mots d'anglais. Ils sont ravis.
C'est l'heure du repas au village. Les familles se regroupent sous les pilotis des maisons pour manger le riz.
Au ravito suivant, ceux qui font le 64km commencent à penser fortement à l'arrivée et m'admirent de continuer. Je ne les vois pas faire un km de plus.

Ultra Trail d'Ankgor 2016

On regagne la forêt. Cela annonce le site d'Angkor. Un peu d'ombre est bienvenu. Je longe un mur très très long, bordé de larges douves pleines d'eau. Ca ressemble fort à Angkor Vat. Je cherche les tours des yeux, mais les murs ne laissent rien percer. Effectivement, j'aperçois l'entrée principale du temple sur l'autre côté, plein de monde. J'espère qu'on ne va pas aller par là. Et non, on rejoint la route et on tourne à droite, vers Angkor Thom et la terrasse des éléphants de ce matin.
On reprend la route, la plus touristique du Cambodge. Heureusement, ce n'est pas l'heure des bus. C'est bien ombragé, c'est déjà ça. Je passe devant le temple de Prasat Thma Bay Keak, un des plus vieux du site. Et voilà la splendide porte d'Angkor Thom. On traverse les douves, le pont est bordé d'une avenue de statues, supportant une balustrade en forme de Naga, le serpent à 7 têtes, gardien et protecteur. La porte est surmontée des 4 visages de Bouddha, impressionnants. C'est magique de la passer à pied. Puis c'est une longue ligne droite dans la forêt, qui mène à Angkor Thom, qui était une ville immense. Le temple central, le Bayon, est surmonté d'un nombre impressionnant de tours, toutes en forme des 4 visages, toujours celui de Jayavarman VII, qu'on commence à bien connaître, représentant Bouddha.
On contourne le mur d'enceinte du Bayon. Je me dévisse le cou pour admirer les tours émergeant du mur en courant. Trop beau, je ne peux pas louper ça. La Terrasse des Eléphants est juste après, je prends le balisage 130km, je suis à la moitié du parcours. Il est 14h, j'ai mis la bagatelle de 9h pour faire 64km.

Ultra Trail d'Ankgor 2016

C'est l'arrivée du 64 km, beaucoup s'arrêtent là. Qui est sur le 64 et qui est sur le 130 ?
Je vais me restaurer. Une bonne soupe aux nouilles cambodgienne. Du rab s'il vous plaît. Ça fait 9h que je ne mange que des bananes. Il y a aussi du gâteau au lait de coco, celui qui faisait défaut sur les ravitos. Ah oui, il y a eu un problème de transport pour le gâteau. Et une bière ? Non merci, pas maintenant. La prochaine fois que je passerai par là.
Mon voisin se laisserait bien tenter par la bière. Il envisage de ne pas repartir. Pourtant, il n'est pas blessé. Juste un peu fatigué, il fait trop chaud, et les autres prennent une bière, alors pourquoi pas lui. Quel stupide abandon !
J'ai tenu tout ce temps sans avoir de frottements, comme c'est chouette. Je jette un coup d'œil sur mon ventre, ça commence à rougir et à s'irriter. Je vais mettre un morceau d'élastoplaste pour protéger avant de repartir. Je vais au stand des médecins pour avoir des ciseaux pour couper la bande. Ils n'en ont pas. Drôles de médecins cambodgiens. Un couteau peut-être ? Encore moins. Ils vont chercher celui des cuisiniers et ramène un gros hachoir plein de légumes. Je propose de le nettoyer, histoire de ne pas avoir des oignons sur le ventre. Du coup, ils veulent le stériliser à l'alcool. Non, ça va, je n'en demande pas tant. Bref, je finis par m'en sortir. Mais j'ai perdu du temps avec cette histoire.
Me voilà repartie d'un bon pied. Je monte les quelques marches de la Terrasse des Eléphants, je la traverse et redescends au bout. Les touristes m'encouragent et me souhaitent de bonnes jambes.
Puis je sors de Angkor Thom par une autre porte, toujours surmontée de la tête à 4 visages. Un petit bout de route, et c'est de nouveau un sentier dans la forêt, bien ombragé. Je passe devant quelques maisons. C'est très sale, des plastiques et des barquettes de repas en polystyrène, alors que nous sommes dans le parc d'Angkor. Sur les circuits touristiques, c'est très propre, avec des poubelles partout et des gens qui balaient toute la journée.

Ultra Trail d'Ankgor 2016

Encore un bout de route qui mène au Baraï occidental, un immense réservoir d'eau rectangulaire, de 8 km de long et 2 km de large, qui date du 11° siècle, un peu avant Jayavarman VII. Tous ces réservoirs servaient, et servent encore à irriguer les douves et les rizières.
Je suis sur une bonne piste, et je suis avec 3 coureurs, que des asiatiques, dont une fille. Ils marchent régulièrement, je les double alors. Ils me redoublent quand ils se mettent à courir. Je ne marche pas, je cours toujours sans effort. J'aviserai quand ça deviendra pénible, mais j'ai bien l'intention de courir tout de même jusqu'au 85° km. C'est la moindre des choses.
Je sens de nouveaux frottements qui apparaissent sur mon ventre. Il fallait bien que ça arrive. Je demande des ciseaux dans une maison, pour couper un morceau d'élastoplaste. Mais oui madame. C'est plus facile qu'avec le milieu médical.
J'arrive au ravito du km75. Il y a une chaise. Quel luxe ! Suksodkeaw la petite thaïlandaise part quand j'arrive et me cède gentiment la place, juste le temps de faire le plein d'eau.
Et ça repart, direction les riziètes sur cette piste très sableuse. Courir dans le sable ne me gêne pas. Les autres en étant incapables, je double mon petit groupe. Mitsuji le cambodgien passe carrément dans les rizières. Je teste, mais je trouve plus difficile. Le sol est très inégal, et la paille sur pied est dure. Dès que ça devient roulant, Lawrence le singapourien et Suksodkeaw me redépassent. On joue à ce petit jeu sur les 20 km suivants. Dans le sable, je les épate, ils n'en reviennent pas.

Ultra Trail d'Ankgor 2016

Mais voilà qu'on quitte les rizières. On est maintenant sur une bonne piste. Ils partent devant, je ne peux pas les suivre. Ce que je ne sais pas, c'est que nous sommes les 2 premières filles.
Me voilà donc seule, et je le serai jusqu'au bout.
C'est la fin de la journée, les gens rentrent les vaches et les cochons sous les pilotis. Il y a du monde dans les villages, tout le monde est à la maison. Les enfants me saluent à gogo, et courent un peu avec moi. Les villages se succèdent par là.
Ca gigote et sautille sur le chemin, je dérange des grenouilles.
Le soleil se couche. Il devient un énorme astre tout rouge, comme ce matin à son lever. De nouveau les couleurs sont splendides sur les rizières.
Je traverse une pagode. juste avant la nuit. J'aimerai me laver les mains, mais le seul robinet dans la cour est occupé par un bonze en pleine ablution. Il me fait signe que non, je ne peux pas utiliser le robinet. Certes les femmes n'ont pas le droit de toucher un moine, mais je ne veux pas le toucher, juste me passer les mains sous l'eau. Tant pis, je reste crade.
A chaque intersection il y a un policier chargé de nous orienter. Quand j'arrive : l'eau mouille ! L'eau mouille ! Mais qu'est ce qu'il raconte ? Ils téléphonent tous à leur chef : l'eau mouille ! C'est 11 en khmer, mon n° de dossard ! En fait, 11 c'est dap moï.
J'en suis au ravito du 95 ° km. J'en profite pour vider le sable une fois de plus de mes chaussures. L'organisateur nous a envoyé un mail pour conseiller de prendre des guêtres, trop tard, j'étais déjà partie de la case.

Ultra Trail d'Ankgor 2016

Entre temps la nuit est tombée. C'est la pleine lune. Les familles prennent leur repas dehors. Il y a néanmoins peu de lumière dans les villages, jusqu'à ce que tout le monde soit couché et qu'il n'y en ait plus du tout. Par contre les nombreux chiens se déchaînent. Ils ne sont pas méchants, mais aboient très fort et se baladent dans le chemin. Les yeux des vaches brillent à la lumière de ma lampe.
Il y a du monde au ravito. On me propose une espèce de soupe de tapioca, ça ne me tente guère, mais il faut bien manger quelque chose de consistant de temps en temps. Une petite bouchée me suffira. J'aurai l'estomac retourné jusqu'à la fin après ça.
Je me remets encore un peu d'élasto sur le ventre, ça frotte toujours. Une petit cambodgienne m'aide bien.
Je repars. Je traverse un gros village. Il y a une musique d'enfer, une grosse fête très éclairée avec écran géant de ciné.
Il y a encore encore un peu de rizières et de sable. C'est la bonne excuse pour me mette à commencer à alterner marche et course. J'ai eu tort, j'étais capable de continuer à courir sans problème. Je n'aurai pas réussi à rattraper la petite thaïlandaise, mais j'ai ralenti bêtement. Histoire d'en profiter plus longtemps ? Je marche peu tout de même.
Je sors définitivement des rizières maintenant. Au ravito des 105 km, il y a foule pour m'accueillir. Un 4x4 arrive, c'est la 1° fois que je vois un gars de l'organisation français sur la 2° partie du parcours. Il est vrai que les cambodgiens nous bichonnent.
D'ailleurs voilà que le policier de service m'escorte en mobylette !

Ultra Trail d'Ankgor 2016

Je continue à alterner course et quelques pas de marche. Mon mentor me suit silencieusement sur sa mob. Après tout, ça me tient éveillée. Car depuis la tombée de la nuit, j'ai envie de dormir, c'est-à-dire depuis 18h... Ça faisait un peu tôt !
Je rejoins le Baraï occidental, le grand réservoir d'eau, et je le longe sur sa largeur. Je suis sur une grande piste un peu en contrebas. Je grimpe le talus pour admirer ce grand lac rectangulaire. Avec la pleine lune, c'est très beau.
Et voilà, je me mets à marcher, en me disant que je recours au virage du coin du Baraï. C'est un angle droit, je ne devrais pas le louper. Mais je marche, je marche, je marche, bien plus longtemps que ce qu'il faut. Je sais pertinemment que j'ai réussi à passer le virage absolument sans le remarquer, mais je reste butée dans ma tête, je ne recours qu'à ce foutu virage.
Mon escorteur me dit que je suis fatiguée, que je peux monter sur sa moto. A ça, pas question ! il n'a pas dû bien comprendre ce qu'était une course à pied. Peut-être que d'autres ont accepté ?
J'arrive donc de ce pas au ravitaillement des 115 km, qui est au milieu de la longueur du Baraï. Bon, pas glorieux tout ça. Surtout que je suis très bien physiquement.

Ultra Trail d'Ankgor 2016

Je mange un peu, pas grand chose, j'ai toujours le tapioca sur l'estomac. Je repars, avec une nouvelle escorte. Son copain lui a dit que j'étais fatiguée. Le gentil nouveau policier me propose donc... de monter sur sa moto. Mais non mais non ! Et puis il ne me reste que la bagatelle de 15km. Je repars en courant, à bonne allure cette fois. On ne m'arrêtera plus jusqu'à l'arrivée.
Du coup la fin du Baraï passe à vitesse grand V, avant de me retrouver déjà dans la forêt d'Angkor. Ça sent les temples.Lle sentier serpente, la moto m'a abandonnée.
Ca y est, je suis sur la route qui même à la porte du Bayon, avec ses têtes maintenant bien connues. et bien le voilà, le Bayon, la Terrasse des Éléphants est juste derrière.
Je franchis la ligne d'arrivée à 4h du matin, dans un camp... désert. Pas de coureur, pas de cuistot, pas de masseuse, pas de toubib. On me file un morceau de gâteau en désespoir de cause, mais pas de soupe de nouilles à l'horizon.
Même pas d'eau pour se laver les mains.
Pas de navette pour retourner en ville comme promis. Peut être une tout à l'heure.
Je ne mange pas le gâteau et je vais me coucher. Je demande à ce qu'on me réveille quand quelqu'un ira en ville pour rentrer à l'hôtel. Heureusement le dortoir est confortable, avec de vrais matelas par terre. J'enlève mes chaussures, et... je me précipite dehors pieds nus derrière l'ambulance pour... gerber mon tapioca d'il y a quelques heures. Ah ! Ca va mieux ! Une des bénévoles est très gentille et tente de m'aider, mais elle n'a rien sous la main. On ne se connaît ni d'Eve ni d'Adam, mais elle m'appelle par mon prénom. Je ne sais pas comment elle le connaît. En tout cas ça fait plaisir.

Ultra Trail d'Ankgor 2016

Je n'ai pas amené de sac avec des vêtements de rechange. Je m'endors illico tel quel.
On me réveille au lever du jour, il y a un transport pour Siem Reap, mais ça ne vaut plus le coup, la remise des récompenses est à 9h. Je me rendors tout de suite.
Je me lève peu après avec le jour, ma foi pas si mal reposée. Les cuistots daignent arriver. Je peux me taper une double soupe de nouilles en ptit déj. Je cherche quelques chose à boire autre que de l'eau, il y avait plein de trucs à l'arrivée du 64 km. Mais pour nous, il ne reste... que la bière. Je ne suis plus à ça près, une bière pour le ptit déj. Mais il faut relancer la machine à pression. D'autres en profitent, je ne suis pas la seule à me faire servir.
Les médecins reviennent, mais je n'ai pas besoin d'eux. Quant aux masseuses, rien à l'horizon. Je suis bonne pour aller me faire masser en ville cet aprèm. Sans doute après 130 km en a-t-on moins besoin qu'après 64.
Je retrouve Suksodkeaw et Lawrence, qui sont aussi restés dormir sur place comme moi. Ils ont terminé la course ensemble. Je me décide enfin à aller voir les résultats. Je suis 6° au scratch et 2° féminine ! Pas mal du tout ! En 22h 47, 9h sur les premiers 65 km et... 14h sur les seconds 65km. J'ai donc été en tête de course des filles par moment, sans le savoir. La seule chose qu'on m'a dite, c'est " l'eau mouille".
J'ai épaté mes 2 comparses en courant dans le sable. Néanmoins, ils arrivent 1 h 15 avant moi.
Et autre surprise, il n'y a que... 20 noms à l'arrivée, sur 60 au départ. Ça fait la bagatelle de 70% d'abandon ! Je n'ai jamais vu ça. Je ne suis pas si mauvaise que ça alors. Je repense au gars assis à côté de moi à mi parcours, qui trouvait que c'était dur et qui s'est fait avoir par l'ambiance d'arrivée. en outre il paraît qu'il a fait plus de 40°C dans la journée.
Il y a un peu de monde maintenant, mais pas foule pour la remise des récompenses. En tout cas, bien loin des 60 coureurs. Les autres courses, c'était hier. Ça fait un peu pauvre. Mais non, il y a 2 superbes fauteuils sur l'estrade. Un pour Le Cornec, l'organisateur, et un pour le ministre du tourisme du Cambodge. Nous on a 3 cubes sous le soleil. On a le droit à un discours en khmer et en anglais.
Je gagne un affreux trophée avec un dessin d'Angkor. Alors qu'il y a plein d'artisanat local sympa. Mais ça plait à ma voisine.
J'ai tout de même un regret. En tout et pour tout, j'ai vu Le Cornec quelques minutes, et je ne lui ai jamais parlé. En voilà un qui connaît bien ses coureurs ! A sa décharge, on ne paye que la course et on n'est pas obligé de prendre tout le tralala autour, ce qui me va très bien.
C'était un très beau parcours, que j'ai vraiment apprécié. Dommage que l'arrivée était si sinistre. Heureusement, les éléphants de la royale terrasse étaient là.

Ultra Trail d'Ankgor 2016

Je rentre à l'hôtel, le patron me demande où j'ai couru. 130km, il en reste baba. Du coup il m'offre le ptit déj. Je remets donc ça. Sans bière cette fois.
Puis relaxation bienvenue dans la piscine, avant un arrêt dans un salon de massage. Les massages cambodgiens sont très efficaces. J'aimerai savoir comment la fille trouve l'etat de mes jambes, mais elle ne parle pas un mot d'anglais. Je me contente d'un beau sourire. Elle insiste tout de même sur mes gambettes. Infatigable, je retourne une dernière fois profiter d'Angkor Vat, le temple des temples. En moto cette fois.

Published by Isabelle - dans Récits de courses
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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 19:04

Kouzouzanpola ! Bonjour !

Je n'ai pas envie de quitter l'Himalaya, mais je change de coin. Après le Népal, direction le royaume du Bouthan. Un avion pour Maurice, un avion pour Dehli, et un avion pour Paro. Avec une belle vue sur l'Everest au passage.

J'y suis !

L'atterrissage est spectaculaire, entre les montagnes. Je comprends la petite taille de l'avion. On est descendu en faisant plusieurs 360, impressionnant.

Mon guide bouthanais m'attend, vêtu du gho, l'habit traditionnel, sorte de robe de chambe. Il va me chaperonner avant la course, pour une petite semaine de rando.

Je découvre le magnifique dzong de Paro, le château fort. Toutes les maisons sont genre chalet des Alpes, avec les boiseries peintes. Paro est dans une vallée, surmontée de petites montagnes rondes et boisées. Ça fait vraiment penser aux Alpes, sauf que c'est plus haut et qu'on est dans les rizières. Paro est à 2100 m d'altitude.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

Rappelons le principe d'un séjour au Bouthan : tu paies 250 $ par jour. Cela comprend le guide obligatoire, l'hébergement en hôtel *** max, le transport, les repas. C'est le même prix si tu campes.

Me voilà partie pour 4 jours de rando dans la Haa Valley, avec passage d'un col à 4000 m d'altitude et des balades entre 3000 et 3500m. Ca fait une bonne acclimatation pour la suite. Je loge dans une ferme, impeccable pour découvrir les gens et les modes de vie, et le bouddhisme au quotidien.

J'ai la chance de voir le premier jour le sommet du Jomolhari, point culminant du Bouthan à 7326m. En cette période de prémousson, l'Himalaya est dans les nuages.

Nous sommes déjà vendredi 29 mai, je vais rejoindre l'organisation de la course à Timphu, la capitale.

Je retrouve les autres coureurs à l'hôtel. Les choses sérieuses vont commencer.

Bouthan, the last secret, est une course de 200km en 6 étapes, de 15 à 50 km, avec une altitude maximale de 3800m. Elle est organisée par Global Limits et Stefan, allemand, est le patron. Le gîte et les repas sont prévus, donc nous n'avons pas de gros sac à porter.

Mo le saoudien me tombe dans les bras. Il était dans ma tente au Gobimarch il y a 3 ans. Il m'a amené une énorme boîte de dattes d'Arabie Saoudite spécialement pour moi !

J'arrive juste pour mettre les pieds sous la table, excellente occasion de faire connaissance avec les autres. Je suis à table avec des australiens.

On me dit qu'on m'a déjà vue. Mais où et quand ? A Mada en septembre dernier ! Plusieurs coureurs y étaient et m'ont reconnue. Je n'ai reconnu personne. La finlandaise Satu aussi me reconnaît, de Mada. Je suis une vedette ? Je me souviens des nationalités, îles Caïman, Guyana, Finlande, mais pas des têtes ni des noms.

En fait pas mal de coureurs présents courent avec Racing the Planet, et certains en ont marre du sac lourd de l'autosuffisance et se tournent vers les courses de Global Limits.

Je fais la connaissance de ma coturne, Lesley, de Nouvelle Zélande. Nous sommes dans la même tranche d'âge.

Vérification des sacs. J'ai mal traduit lighter. J'ai cru que c'était une lampe et c'est un briquet, le truc qui ne sert à rien. Mo me prête le sien le temps du contrôle. Les dossards n'ont pas de n°, juste les prénoms. Ça va bien m'aider à retenir tous ces prénoms anglais et chinois.

Nous sommes 36 coureurs, 14 nationalités. Je suis la seule française et la seule francophone.

J'ai le temps de faire du tourisme et mon fidèle guide étant toujours la, il m'emmène dans un centre de protection des takins. C'est une grosse chèvre qui ressemble à un bœuf et qui vit en altitude, très rare. Et très moche. Ils sont soignés à Timphu. Puis direction une nonnerie (couvent). Ces dames sont en robe rouge comme les moines, tête rasée comme les moines et psalmodient comme les moines. Elles distribuent à manger et Il y a un monde fou. Elles ont du succès. Puis visite du dzong, le château fort qui protégeait la vallée des tibétains. Aujourd'hui il abrite les chefs gouvernementaux et religieux de la province. Il y a donc un temple à l'intérieur. C'est énorme, et très beau.

L'heure du briefing arrive. Nous avons 2 médecins américaines et un reporter du New York Times.

Départ le lendemain matin avec nos affaires de course, un petit sac pour courir et un autre pour la nuit, qui ne doit pas dépasser 8kg. Du moins c'est ce que j'ai compris. Outre le sac de couchage et les vêtements chauds du soir, je peux profiter d'affaires de rechange. Je crains la pluie.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

Nous voilà partis pour une demi journée de bus vers Punakha, départ de la course. La route est bonne jusqu'au col de Dochula à 3200m, où nous arrivons dans un épais brouillard. Il fait frisquet, avant que la pluie s'annonce pour de bon. Il y a 108 petits chorten au col. C'est magique dans la brume. On est sensé avoir une superbe vue sur l'Himalaya. Il faudra repasser. On repart pour la descente vers la vallée de Punakha. La route est nettement moins bonne, nids de poule et boue sous une bonne averse. On déjeune à midi à Lobesa, où se trouve le temple de Lhakhang, le temple de la fécondité. Spécialité du coin : les phallus, en érection tant qu'à faire. Il y en a peints sur toutes les maisons. Outre la fécondité, cela amène la puissance et éloigne les démons.

Nous sommes au milieu des rizières, dans la vallée. Il fait beau maintenant et chaud, Punakha est à 1200m d'altitude. C'est bas.

Nous traversons la rivière et le dzong apparaît sur une île. Il est magnifique. Une belle forteresse, style bouthanais. Nous allons le visiter, c'est là que sera donné le départ de la course demain matin. Quel cadre ! Il faut se couvrir bras et jambes et enlever tout chapeau pour entrer et nos 2 coureurs bouthanais doivent porter le gho, la robe de chambre traditionnelle.

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Le campement est un peu en amont, le long de la rivière. Je partage ma tante avec Lesley. Je tente une baignade. C'est froid, je n'y mettrai que les jambes.

On a l'après-midi pour continuer à faire connaissance avec les autres coureurs.

On a le droit à un goûter, thé et petits gâteaux. Puis briefing. Puis le repas du soir à 18h, bouthanais évidemment, l'équipe de cuistot est locale. C'est tôt ! Ce sera le régime de la semaine. au menu : riz rouge et piment dans une sauce au fromage, c'est la base. On rajoute des brèdes et de la viande de bœuf.

Il a plu pendant la nuit, douce berceuse sous la tente en plus de la rivière, rivière toute grise. Ce matin, de la brume monte de l'eau, on se croirait en Écosse. Nous sommes dimanche.

Le ptit déj est anglo saxon : œufs, espèce de viande indéterminée. On échappe au riz rouge - piment - fromage. Il y a du miel, je me prends du thé au miel pour la course, énergétique.

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L'étape du jour fait 31 km, et on va monter à 2700m. Il ne devrait pas faire froid, je suis en short et maillot manches courtes. J'ai mes chaussettes de compression pour mieux récupérer pour enchaîner les étapes.

Le bus nous emmène au dzong. Et ô surprise, 600 lycéens en survêtement, tous le même, nous accueillent et nous font une haie d'honneur sur le pont menant à l'entrée du château. C'est émouvant. Nous nous regroupons sur les marchés du dzong, et les jeunes chantent l'hymne du Bouthan. Oui, c'est émouvant. Un petit tour aux toilettes du dzong s'impose avant le départ, ce sont des toilettes à la chinoise : un petit muret à la hauteur de la taille sépare des petits box sans porte et une rigole "collecte" les besoins. Mais c'est très propre. Puis nous allons au milieu du pont où est donné le départ. Moment de silence, le lama du temple du dzong nous bénit. Il est 8h, c'est parti.

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Avec la pluie de la nuit, les dalles de pierre du pont sont glissantes, prudence. Mo part tout de suite devant, et à ma grande surprise, je suis juste derrière. Marathonien, il est rapide et disparaît vite devant. Nous suivons la rivière vers l'aval sur la route sur 5 km avant de la traverser et de la remonter sur l'autre rive. Avant le pont, William l'irlandais me double, puis Chris le canadien, Scott l'australien, et Tom. Enfin Marcia, la petite américaine chinoise de Hong Kong. Elle va vite, je ne la suis pas. Il n'y a aucune circulation sur la route et c'est agréable.

A la sortie du pont Stefan m'encourage et je lui réponds au lieu de regarder mes pieds et je bute sur une aspérité de la route. Mince, ça me lance dans le genou. Ça commence bien. Je fais comme si je ne sens rien et je continue. Nous sommes maintenant sur une petite route. Marcia s'éloigne devant et finit par disparaître. Une petite montée vers un magnifique pont suspendu comme je les aime. Celui-là est très long, c'est le plus long du Bouthan.

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Premier ravito où je ne m'arrête pas, il n'y a que de l'eau aux ravitos et j'en ai assez. Les filles de l'organisation m'encouragent. On continue sur un petit sentier qui ramène au dzong. Je fonce droit vers l'autre pont, celui du départ tellement il est beau, je repasserai bien dessus. Erreur, les marques oranges nous font tourner à droite dans un autre sentier. Tom me rattrape à temps. Ouvrons les yeux ! J'arrive à une barrière. C'est l'entrée de la ferme du roi que nous allons traverser. Les bâtiments de la ferme sont évidemment de style bouthanais. Les pâtures sont bien grasses pour les vaches. Je suis toujours avec Tom. Nous arrivons à un village, le sentier descend vers les rizières, il y a un peu de boue. Je largue Tom. Et je serai seule jusqu'à l'arrivée.

Je longe toujours la rivière. Ah, un autre pont suspendu, plus petit et plein de drapeaux à prières, avant d'atteindre le ravito où je ne m'arrête toujours pas, et j'attaque la montée. Je quitte définitivement la vallée. C'est une piste 4x4 qui s'élève dans la montagne pendant 10 km. La pente est d'abord faible après une petite montée. Ça se corse au bout de 5km et j'alterne course et marche. Je traverse un petit village, toujours splendide, je suis dans les pâturages, quelques maisons isolées. Une petite pluie arrive, et j'aperçois un toit jaune, signe distinctif d'un temple. C'est le monastère de Nyingpo, terme du jour.

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J'ai mis 3h 45, et je suis donc 2° féminine derrière Marcia, qui me met la bagatelle de 20 mn ! Chloe la canadienne arrive 4 mn après moi. Et je suis 6° au scratch. Pas mal comme début !

Les tentes sont installées dans le jardin du monastère, sur de la bonne herbe. Important, j'ai un mince matelas, un tapis de sol.

Je prends une douche tout de suite avant d'avoir froid. C'est un robinet d'eau, sous une bonne pluie, en compagnie des cuistots et des moines, nous partageons le même robinet. Donc pas question de me mettre toute nue. Je trouve un coin abrité pour mettre mes affaires au sec.

Puis c'est l'heure de mettre les pieds sous la table. Le menu du midi sera toujours pâtes et légumes. C'est végétarien. Ça me va à merveille.

La pluie s'est arrêtée. On peut mettre les fringues a sécher en tendant les cordes entre les tentes.

Quelques étirements et je mets mes chaussettes de contention de récup.

Le camp se remplit progressivement au fil des arrivées. Voilà Lesley.

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Les gamins sont ravis d'avoir de la visite. Les plus jeunes moines ont 7 ans. Ils sont en dortoir. Nous pouvons faire des dons au monastère, qui n'est pas des plus riches. J'ai amené des fringues. La course finance un prof d'anglais pendant 6 mois.

Jusqu'à il y a quelques années, chaque famille donnait un garçon aux monastères, voire plus pour les familles très pauvres. Ça faisait ça de moins à nourrir. Et les enfants avaient un semblant d'éducation. 20% de la population est moine ou nonne, avec beaucoup plus de moines que de nonnes. Maintenant l'école est gratuite, et de moins en moins d'enfants sont moines.

Le soir nous sommes invités à assister au dernier office de la journée. Nous entrons dans le temple, déchaussés. On s'assied par terre autour de la salle. Les moines lisent les prières, assis sur leur coussin. Certains gamins ont du mal à suivre, certains dorment ou bavardent avec leur voisin. D'autres sont très assidus et aiment chanter. Un des plus jeunes est dissipé et n'arrête pas de gigoter. Il se fait réprimander. Il n'aura pas dit une seule prière. Je suis une des dernières à partir.

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29km nous attendent demain, une montée jusqu'à 3500 m, suivie d'une descente à 2400 m. On nous annonce des sangsues. Charmant !

Sur la ligne de départ, Stefan nous distribue un petit sachet de plastique, rempli d'un mélange sel-tabac, très efficace pour détacher les sangsues paraît-il. Je n'en ai jamais vu. Je suis bien protégée, collant et chaussettes de contention.

Stefan fait aussi un contrôle de la lampe frontale obligatoire. Il rappelle à l'ordre ceux qui n'ont pas pris la leur. C'est dans le matériel obligatoire. Il ne mettra pas la pénalité promise au règlement.

Nous voilà partis par un sentier à flanc de montagne. Les mêmes qu'hier se retrouvent devant. Marcia a déjà filé, elle se sent fatiguée m'a-t-elle dit et n'aime pas les montées. Je suis avec Chloe, c'est plutôt elle que je dois distancer pour garder ma 2° place. Et c'est Satu qui déboule à toute vitesse et me double. Quelle mouche l'a piquée ?

On arrive à quelques maisons et à une bonne piste de 4x4 qui monte. Je la prends, j'ai hâte de grimper. Et... je ne vois plus de marques oranges. Tom m'a suivie. On fait demi tour, il fallait quitter la piste presqu'aussitôt. Chloe a eu le temps de passer. Je la redouble facilement.

La voilà, la montée. Manu, qui pose les marques, m'a assurée hier soir qu'il y avait peu de boue. Du coup je n'ai pas mis de guêtres.

Nous sommes dans une belle forêt de grands pins bleus. Le sentier s'encaisse et la boue fait son apparition. De plus en plus profonde. Le pied, la cheville. Je m'aide des branches sur certains passages. La forêt est très humide avec des barbes de St Antoine. Et voilà, ma chaussure reste dans la boue. Je maudits mes chaussures Brooks, ce n'est pas la première fois qu'elle me font le coup. Je plonge les mains dans la boue, un pied en l'air. Le chaussure est profondément enfouie. Je nettoie l'intérieur comme je peux, le pied de même, et je renfile le tout tant bien que mal. J'en ai partout. Je vérifie que je n'ai pas de petites bêtes sur les bras. J'ai bien perdu 5 mn dans cette histoire et Chloe ne tarde pas à apparaître derrière. Elle me double, avec ses bâtons. Je n'en ai pas pris, je préfère appuyer sur mes cuisses, à la réunionnaise.

Voilà une clairière qui apparaît, c'est le ravito. Il y a foule. Satu et Scott partent quand j'arrive. Chloe fait le plein d'eau. Je m'assieds sur une bâche et enlève ma chaussure, j'ai encore trop de boue dedans. Un gentil bouthanais veut m'aider et veut m'enlever l'autre. Non non. Il a l'œil et attrape 2 sangsues sur ma boueuse chaussette. Elles étaient dans ma chaussure, mais ne pouvait pas me sucer à travers la chaussette. Je croyais que ça ressemblait à une limace. Mais non, c'est beaucoup plus fin et ça gigote. Du moins quand c'est vide de sang. Petit nettoyage et je repars dans la foulée. Il y a encore 10 km de montée.

J'en ai fini avec la boue. Je rattrape rapidement Satu et Scott. Et je reste juste derrière Chloe sans pouvoir la doubler. Je me rapproche dès que la pente faiblit et elle s'éloigne dès que la pente augmente. Ce sont les bâtons qui font la différence ? Nous courons dès que la pente est douce, et je vais plus vite qu'elle à ce jeu.

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Nous tombons sur un troupeau de vaches à doubler, le vacher ne faisant guère d'effort pour pousser ses bêtes. Chloe ne s'aventure guère et je passe devant, en tapant sur les fesses des vaches pour qu'elles se poussent. Sinon on était pour un bail coincées derrière.

Les pins changent, on doit être vers les 3000 m, ce sont des Hameloecks maintenant, très différents des pins bleus.

Que vois je devant ? Un petit bout de chou avec des bâtons. C'est Marcia ! Elle est haute comme 3 pommes. Chloe la passe, moi derrière. Nous continuons sur le même rythme jusqu'au col, à 3400m. Je ne ressens pas du tout les effets de l'altitude. Tant mieux. C'est le ravito, dans les nuages. Là aussi, il y a foule. Chris et William font une pause. Chloe s'arrête pour prendre de l'eau et de la poudre de perlinpinpin.

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Je vérifie que j'ai encore assez d'eau pour les 10 km de descente, et je ne m'arrête pas. Je fonce dans la descente. Le sentier est roulant, bien sec. Il y a quelques rhododendrons en fleur, c'est la fin de la saison, mais je ne perds pas de temps à les admirer. Il y a de temps en temps quelques passages pentus et avec des racines. Il faut juste tenir le rythme, et boire régulièrement. Ne pas faiblir, bien respirer. Les jambes tirent ? Pas grave, on continue. Ils sont tous derrière. Il n'y a plus que Mo devant, mais ça, je ne l'ai pas encore réalisé. J'arrive à un chantier de coupe, de gros troncs d'arbre à passer. C'est que je descends si les activités humaines apparaissent. Le sentier prend fin, voici la route. Et la vue sur la vallée. J'aime beaucoup moins la route que le sentier et j'ai toujours beaucoup plus de mal à tenir une vitesse régulière. Les maisons sont proches maintenant. On quitte la route pour reprendre un sentier, beaucoup moins pentu. Ça me fait ralentir. Il serpente entre la rivière et les premières maisons, on surplombe un temple. Avant de rejoindre une route. William fait son apparition. Une meute de chiens en veut à ses mollets, ils me laissent tranquille. Il passe devant, je ne peux pas le suivre. Aujourd'hui nous sommes hébergés dans une maison privée. C'est laquelle ? Celle- ci est grande, mais ce n'est pas elle, les marques oranges continuent. Celle- là est belle, ce n'est pas elle non plus. Celle- là a plein de drapeaux à prières, ce n'est pas encore la bonne. Je continue à descendre, vite. La voilà ! Ça y est !

Je finis 3° et 1° fille ! Super ! Je tombe dans les bras de Mo. J'ai mis 5h11. William est à 2 mn devant, tout de même, il m'a mis 2 mn dans le village ! Et Mo seulement à 1/4 d'heure. Belle étape !

Marcia déboule 2 mn après moi et Chloe 10 mn.

Nous sommes dans la vallée de Timphu, en amont de la capitale.

Notre maison est très grande, nous avons la moitié du 2° étage pour nous. Donc un escalier à monter, la cantine étant au rez de chaussée. L'avantage d'arriver dans les premiers est de pouvoir choisir sa chambre. Je suis dans une petite pièce du bout, donc sans passage et j'ai un vrai matelas installé par terre le long d'une grande baie vitrée avec vue sur la vallée et les rizières. Je suis avec Mo, Marcia, Satu et Wiliam.

Il y a une vraie douche dans la même pièce que des toilettes turques. Je préfère le seau dans une petite salle de bain. Surtout que c'est un seau d'eau chaude, spécial pour Marcia qui a fait une mauvaise chute dans les troncs d'arbre.

Notre hôte a 4 femmes. Et oui, c'est autorisé par Bouddha. Qu'il a longtemps battues, comme ses enfants, sur fond d'alcool, avant de s'apercevoir de ses vices. La vie est belle depuis. Le père du roi a aussi 4 femmes.

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Les coureurs arrivent au fure et à mesure, et s'installent alignés par terre. Comme il faut rentrer pieds nus dans la maison, il y aura ce soir 80 paires de chaussures sur le balcon, 40 paires de baskets et 40 paires de savates. J'accueille Lesley, direction l'infirmerie. Elle ne supporte pas la vue du sang et a des sangsues sur les bras. Elle est en train de tourner de l'œil. Je porte son sac au 2° étage. Comme il est lourd ! Il y a bien plus que les 8 kg réglementaires.

Nous avons droit à un espace détente, trampoline et piscine. Le jeune fils de la maison m'ouvre le cadenas, je suis la seule à vouloir en profiter. Tu veux faire du trampoline ? Non merci, pas après 2 jours de course. Je vise la piscine, l'eau est fraiche, impeccable pour y plonger les jambes pour récupérer, avant un petit tour dans le village.

On doit alléger nos sacs de nuit pour le lendemain et ne prendre que le strict nécessaire, car ils seront portés par des chevaux et des porteurs. Voilà les 8kg réglementaires. Je n'avais pas dû tout comprendre car j'ai tablé sur 8 kg pour toute la semaine. Je n'ai rien à enlever de mon sac, et celui de Lesley s'est considérablement allégé.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

Le lendemain, 28km au programme. Nous entamons un bon tour de la vallée. On traverse tout le village pour remonter la rivière, d'abord sur une piste de 4X4, puis un sentier dans la forêt, avec quelques traversées de ruisseaux. Ah, voici un pont. Je m'y dirige, comme on doit passer sur l'autre rive, et je tombe sur un grand X orange. Ce n'est pas par là. Demi-tour et je retrouve la bonne direction. Le temps pour Marcia d'arriver.

Voici le bon pont. On redescend la vallée, sur une petite route. Chloe est juste devant, Marcia et moi à peu près ensemble, et Satu est juste derrière. Il n'y a aucune circulation sur la route, juste des piétons. Et des Bouddhas peints sur les rochers pour nous accompagner.

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Je rejoins les faubourgs de Timphu, on quitte la route pour une piste, qui commence à monter. J'abandonne Marcia qui ralentit. Voilà un bon torrent à traverser. Le pont est fait de vieux troncs, très vieux, en très mauvais état, et assez haut au-dessus de l'eau. Bon. Jouons la prudence. Je passe à 4 pattes. Pour voir qu'il y a un meilleur pont en peu en amont. Trop tard, je suis passée. Derrière, Satu fera le plongeon.

Je vois Chloe pas loin devant. Un petit passage bien raide, des drapeaux à prières, pour arriver à un chorten et au ravito. Chloe fait le plein d'eau et je la double car je n'ai pas besoin de m'arrêter. Je suis maintenant sur un magnifique sentier à flanc de montagne, avec une superbe vue sur Timphu et le dzong. Et en tête des filles.

Mais voilà que le sentier attaque la montagne en direct, tout droit. La montée finale s'annonce. Et c'est raide, très raide. Mais magnifique. Il y a plein de drapeaux et de bannières à prières. Et des bouthanais en tenue d'apparat qui montent vers le monastère de Phajoding. Aujourd'hui, c'est l'anniversaire du jour où Bouddha a atteint l'illumination, et un petit pèlerinage s'impose. Mais c'est toujours aussi raide.

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La pente finit par s'adoucir un peu, dans une belle forêt. Tiens, un convoi de chevaux. Ils portent nos sacs, 4 par cheval. Ce sont des petits chevaux. J'aperçois un maillot jaune fluo devant, c'est Chris. Et un maillot rose derrière, c'est Chloe. Elle finit par me rattraper avec ses bâtons. Je ne peux pas la suivre, mais tiens un bon rythme.

Je vois quelques maisons et un toit jaune, c'est le monastère qui nous accueille ce soir, à 3600 m d'altitude. Encore quelques marches à franchir à l'entrée, et j'y suis.

J'ai mis 4h11, 1 mn de plus que Chloe, Chris et Scott. Et 5° au scratch. Marcia arrivera bien après. Je passe en tête du classement féminin. Waouh !

Les moines offrent du jus d'orange aux pèlerins bouthanais et aux pèlerins coureurs après nos efforts respectifs.

Il fait beau, et la vue plongeante sur la vallée est superbe.

Mon sac est déjà là car c'est un sac à dos, et il est arrivé par porteur et pas par cheval. Les porteurs sont plus rapides. J'ai mes affaires de rechange chaudes tout de suite, car je suis trempée.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

Le lama Namyang nous reçoit. C'est le frère de la dame chez qui j'ai logé la semaine précédente dans la Haa valley ! Il parle parfaitement anglais, contrairement au reste de sa famille. Le monastère était en perdition il y a 4 ans de cela quand il est arrivé, il n'y avait plus que 4 moines. Il a redressé la barre, et il y en a 40 aujourd'hui. Le monastère est assez grand pour qu'ils aient une chambre individuelle chacun. Nous partageons leurs chambres, 2 coureurs par moine. Les femmes sont avec les plus jeunes, entre 7 et 10 ans. Mais malheureusement les gamins ne sont pas assez nombreux, et les premières coureuses arrivées sont logées dans une pièce à part. Je ne serai donc pas avec un moinillon. Mais j'ai le droit à un vrai matelas et un vrai oreiller. On se serre les unes à côté des autres.

Les douches sont communes, et chaudes. Il y a des chauffe- eau solaires. Il se débrouille bien le lama Namyang ! C'est appréciable à 3600 m, même s'il ne fait pas froid à midi. On fait une fournée garçons, une fournée filles.

Le repas est servi dans la cour du monastère.

Certains coureurs sont mal en point à l'arrivée, l'altitude laisse des traces, surtout qu'il n'y a pas eu d'acclimatation du tout. On est passé d'un coup de 2500 à 3600 m, ce qui est très mauvais. En plus nous n'avons qu'un médecin sur deux ce soir.

Une fois tout le monde arrivé et requinquė, il est prévu au programme un match de foot coureurs contre moines. Les jeunes sont très excités. C'est un match à 7 de 2 fois 20 mn. Nous sommes une équipe de 40 contre 7. On va pouvoir se remplacer à gogo. Et ce n'est pas du luxe. Si je n'ai pas ressenti l'altitude lors de la montée, il n'en est pas de même à courir à fond derrière un ballon. On ne tient que quelques minutes. C'est l'essoufflement immédiat. Ça permet à tout le monde de jouer ! Les moines sont en savates, et relèvent leur robe à la taille, c'est plus pratique. Ils sont en short en dessous, modernes les moines ! Et je marque un but ! Nous perdrons 3-1 malgré nos nombreux remplaçants, et un de nos coureurs bouthanais qui fait partie de l'équipe nationale bouthanaise. En tout cas, on a bien rigolé.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

Il est maintenant l'heure pour les moines de préparer les lampes à beurre. Elles doivent brûler toute la nuit pour Bouddha.

Ce soir c'est la pleine lune, qui éclaire les lumières de Timphu plus de 1000 m plus bas, c'est magnifique.

Stéphanie l'américaine nous fait écouter des mantras comme berceuse ce soir dans notre dortoir, pour être dans le ton du lieu.

Cette nuit, il y a eu des cavalcades le long du mur. Et oui, les rats aiment l'altitude.

4° étape de 38 km pour aujourdl'hui.

Les moines se lèvent à 4h30 pour leur 1° office. Ne faites pas trop de bruit svp. Seuls les petits en sont dispensés et sont réveillés à 6h30. Ils nous accompagnent tous sur la ligne de départ pour un dernier au revoir.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

On part en montée. Certains veulent courir, mais à 3600 m de bon matin, pas moi. On grimpe jusqu'à 3800m, point culminant de la semaine. Je caracole sur le sentier, talonnée par Chloe et Satu. On aperçoit le col de Pumula avec un chorten en haut. J'y vais d'un bon train, jusqu'à ne plus voir de marque orange. Nous sommes les 3 filles et un des bouthanais. On fait le tour du chorten, on va jusqu'au col, peine perdue, il faut faire demi- tour. Et oui, il fallait tourner à gauche 200 m avant, dans la forêt. C'est malin, on se retrouve dans le peloton. On a dû perdre une dizaine de minutes. C'est une descente de 1000 m de dénivelé qui m'attend. Je largue tout le monde, mes deux suivantes, et je double tous ceux qui ont pu passer devant. On se pousse pour me laisser la voie libre. Roli l'italien est subjugué et tente de me suivre. Il tiendra un bon bout de temps avant de lâcher. Cela lui permettra de faire un top ten aujourd'hui, il n'en est pas encore revenu ! La descente n'est pas très longue, environ 5 km, mais raide. Le terrain est sec, je dévale. Je ne sais plus qui est devant, c'est embêtant.

J'arrive dans une vallée, de nouveau des rizières. On traverse la rivière, voilà quelques maisons le long d'une bonne piste et je vais tout droit. Oups, une dame me fait signe que c'est à droite, il faut franchir une barrière. Merci madame ! Je remonte le long de la rivière dans un petit chemin plein... d'orties. Je n'ai plus l'habitude de ça à la Réunion, et bien sûr je mets la main dedans. Aïe aïe, n'y pensons plus.

Je traverse la rivière une fois, 2 fois, 3 fois, pour la redescendre sur la rive opposée. Je rattrape Marcia dans une petite côte peu après le ravito et je file devant. Je suis sur une belle piste de 4x4 qui surplombe la vallée, très belle, avec une maison bouthanaise de temps en temps.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

La montée commence, c'est parti pour une dizaine de km. C'est toujours la piste par moment et un sentier raccourci qui monte tout droit à d'autre.

J'aperçois Scott dans les herbes, les fesses à l'air. Tchic tchic. Aux USA quand une fille double un mec, elle dit tchic tchic et lui pince les fesses. Je n'irai pas pincer celles de Scott, mais ça le fait bien rire.

J'ai manqué le raccourci, je l'aperçois sur ma droite. Je le rejoins car c'est vraiment plus court que la piste. Et bien me voilà dans un marécage. Je ne m'en sors pas trop mal, et je reste désormais vigilante aux marques oranges, d'autant que la forêt est bien claire, elles sont faciles à voir.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

Tiens, une fille à bâtons devant, qui monte beaucoup plus doucement que moi. C'est Maria l'espagnole. Elle m'encourage. Elle a été tout droit là où la dame m'a rattrapée et ne s'est pas aperçue de sa fausse route. Cela lui a fait un mégaraccourci ! Elle aura une pénalité de 2h. Mais du coup je ne sais plus du tout qui est devant moi. De toute façon, je fonce tant que je peux. Je sors de la forêt pour atteindre des pâturages. C'est le col de Jala, à 3500 m. Il y a plein de petites fleurs, et un petit monastère. deux moines me font signe. Kouzouzanpola !

Ça y est, je surplombe la vallée de Paro depuis le col. Quelle vue ! 1300 m plus bas. Ça va descendre à gogo. Je croise des chevaux chargés qui montent. J'entre dans la forêt et je n'ai plus de vue. Je tiens un bon rythme tout du long. C'est chouette cette descente, même si les jambes tirent. Je suis à l'aise sur le sentier. D'ailleurs je rattrape Chris. Voilà la piste et le ravito. Je prends un peu d'eau cette fois. Chris est sur mes talons.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

La route va être longue maintenant et je prends de l'avance. Les premières maisons apparaissent et la piste fait de beaux virages. Pas un raccourci pour couper. La vue est dégagée, Paro est le confluent de deux vallées, c'est magnifique. Je n'ai pas besoin de regarder mes pieds, je profite du paysage. Et la vallée se rapproche à chaque tournant. C'est une route maintenant. Je passe à côté du musée national. Il y a des bus... Mais moi, c'est à pied. Je prends toujours les virages par l'intérieur, c'est plus court. Je dois veiller à la circulation, certes très faible. Mais il y a longtemps que je n'ai pas dû y prendre garde. Surtout qu'ici, les gens ne sont pas habitués aux coureurs.

Ça y est, je suis en bas. Je vais où maintenant ? Dans une ferme, c'est tout ce que je sais. Elle est où ? Dans quelle vallée ? Et bien dans les rizières en tout cas. Les petites digues très étroites me font bien ralentir, avec des virages à angle droit, et bien sur la flotte des 2 côtés. Je traverse quelques cours de ferme, mais ce n'est pas encore la mienne. Il faut vraiment chercher son chemin. A ce petit jeu Chris me rattrape. C'est trop plat. Je traverse la rivière sur un pont suspendu, puis je longe le lit, toujours sur un petit sentier. J'aperçois toujours Chris. Je passe un petit talus abrupt, allez, on pousse un petit coup, je rejoins la route, je traverse encore un pont, et juste après, ma ferme ! 5h38 pour y arriver.

J'ai la surprise d'y être la 1° fille, et en fait je suis 4°, 2 mn derrière Chris. Chloe arrive 20 mn plus tard et Marcia 1/2 h. Je passe 4° au scratch.

Bonne journée n'est ce pas !

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

Les deux dernieres étapes sont beaucoup plus plates, je sais que mes points forts sont joués.

Notre ferme est grande. Nous sommes logés au 2° étage, pour changer. Mais les toilettes sont au 1°, des vraies toilettes, ne nous plaignons pas. Toujours des escaliers, et des raides. Le premier est extérieur.

Mo m'installe à côté de lui, sur un vrai matelas. C'est l'avantage d'arriver dans les premiers.

La ferme est au milieu des rizières inondées. Il y a des petits veaux.

Il y a aussi un sauna. Je me décrasse à l'eau froide avant de m'immerger dans une baignoire en bois dont l'eau est chauffée par des pierres brûlantes, elles-mêmes chauffées dans un feu. Un monsieur est préposé au feu. L'eau de la première baignoire est carrément trop chaude. J'en choisis une autre.

Puis je vais me détendre les jambes dans la rivière. Quelle excellente récup ! Et je vais bouquiner sur le toit terrasse d'une remise, avec vue sur les rizières et la montagne. Paro est réputé pour son riz rouge, au demeurant excellent. Enfin, je ne bouquine pas beaucoup, entre les arrivées des coureurs et les autres prétendants à la terrasse.

La 5° étape fait 53km et nous restons dans la vallée de Paro. C'est bien plat pour moi, bien que ce ne soit jamais plat en fait, toujours en montées et descentes courtes ou avec des pentes faibles.

Le départ est donné en 2 temps, le top 8 part une heure après le peloton. Il y a 4 gars et 4 filles dans le top 8. Incroyable, non ? Les gars se baladent ou quoi ? Je vais encourager le 1° groupe, à 6h, en attendant mon tour. Nous partons devant un moulin à prières géant. Certains tournent en permanence, actionnés par le courant d'un ruisseau. Pas celui-ci.

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On commence par remonter la vallée sur une bonne piste surplombant la rivière. Je suis avec Marcia, Chloe, Satu et Scott. Devant ou derrière suivant le sens de la pente. Nous traversons la rivière et c'est le 1° ravito. Je ne m'y arrête pas et passe devant, enfin, tout de même derrière Marcia. D'ailleurs, ça y est, elle démarre et je ne la reverrai plus. Scott essaie de la suivre, vainement. On fait le même chemin sur l'autre rive et dans l'autre sens. Me voici dans les rizières. Voilà qui me fait ralentir, c'est trop étroit. Quand ce n'est pas une rizière inondée qui borde le sentier, ce sont les orties.

Les autres me rattrapent. On loupe quelques embranchements de temps en temps, mais rien de grave, on s'en aperçoit tout de suite. Jusqu'à ce qu'on rejoigne Haruki le japonais du 1° groupe qui s'est fourvoyé et cherche sa route désespérément. Je remets toute la petite troupe sur le droit chemin.

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On grimpe vers le musée national, le même qu'hier. Un peu de route, un peu de piste. Scott est parti devant, je vois Chloe, et Satu me talonne. C'est déjà le 2° ravito, 20km de fait. Un petit sentier raide descend vers la vallée. J'y double quelques coureurs du 1° groupe, qui m'encouragent. Je rejoins une route qui longe le petit aéroport, puis un village. La circulation est plus dense. Je quitte la route pour prendre un sentier le long de la rivière, on ne peut pas plus plat. On doit la traverser. Je ne vois plus Chloe, mais elle ne doit pas être loin devant. Un pont, ce n'est pas le bon. Un deuxième pont, je suis prête à le prendre, mais une grande croix orange m'en dissuade, effectivement, la rubalise me fait tourner à gauche et continuer à longer la rivière. Je me retourne, Satu est derrière, elle a dû voir où est le bon chemin. Le sentier devient étroit. troisième pont suspendu, c'est le bon. Mais en face, je continue à longer la rivière, cette fois il n'y a plus de chemin et je suis dans le lit, il faut sauter de pierre en pierre, mais on est au sec. Je ne vois plus personne, mais je ne m'en inquiète pas, je suis concentrée sur les pierres et le balisage est bien marqué. Je quitte enfin la rivière par un bon chemin, mais voilà qu'il sert de petite torrent. Ok, je me mouille les pieds, pas le choix. Je rejoins une bonne piste qui remonte maintenant la vallée. Ah ça y est, j'atteins le pont de tout à l'heure que j'avais failli emprunter. La piste surplombe l'aéroport de l'autre côté par rapport à tout à l'heure, et elle est en travaux. Le trajet n'est pas folichon. Ce sont des indiens qui refont les routes, physiquement, ils ressemblent aux bouthanais, ils sont de type tibétains.

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Je rattrape le peloton du 1° groupe. Et le ravito. Stéphanie me propose une banane. Volontiers !

La piste monte et descend, je cours toujours, quel que soit son profil. Je suis même à l'aise quand ça monte. Je passe juste au-dessus du magnifique dzong. Belle forteresse. Puis ça redescend vers Paro. Je traverse la rivière avec un des coureurs bouthanais, il y rencontre des connaissances et s'arrête faire causette. Cette fois, je remonte l'autre branche de la vallée de Paro, sur une bonne piste. Comme c'est plat ! Comme c'est droit ! Ce n'est pas excitant. Heureusement que le paysage est beau, parsemé de drapeaux à prières, de vaches, de belles maisons, et la rivière bien houleuse. Je continue sans faille ma petite foulée régulière.

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Enfin de nouveau un beau pont suspendu. Le ravito est juste après. J'y retrouve quelques coureurs du 1° groupe et quelques bananes. J'attaque les 10 derniers km, qui montent un peu. Je cours toujours, montée ou pas. Mais voilà que mon genou se réveille. Aïe aïe aïe. Je prends un paracétamol, je n'en ai qu'un sur moi, autant qu'il serve, et je continue vaillamment. La douleur s'estompe. Je traverse un village. Ca redescend vers la rivière et les rizières. Je me retrouve de nouveau sur les adorables minuscules diguettes, un petit canal d'un côté et les champs inondés de l'autre. Je rejoins Marna et Erika les australiennes, qui courent ensemble. C'est scabreux pour les doubler vu la largeur du sentier, mais on s'en sort. Puis je remonte vers la route. Ça monte encore vers un autre village. Je vois un château en ruine sur une petite colline. C'est là que je vais. Et je cours de bon cœur. Un grand moulin à prières indique le sentier vers le château. Il y a du monde et je suis encouragée. Le chemin tournicote autour du château pour y monter, c'est surprenant. On l'aura vu sous toute ses coutures, je rattrape Anna, la russe. Un dernier escalier mène à la porte de la bâtisse et à la cour intérieure. J'y suis ! Mais... Satu est là, et pleins d'autres coureurs. Je suis très surprise. La dernière fois que j'ai vu Satu, elle était derrière moi et elle ne m'a jamais doublée... Stefan me tombe dessus : tu es passée dans l'eau ? Ben oui.

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En fait seuls 8 coureurs ont pris le bon chemin, dont moi. Tous les autres ont pris le fameux pont et ont fait plus de 2 km en moins, et pas les plus faciles, ceux du lit de la rivière. Stefan décide de rajouter l'équivalent de 2 km à la vitesse moyenne de chacun pour tous ceux qui se sont plantés. Je ne pense pas que ça représente la réalité, mais je ne peux que l'accepter. J'ai mis 7h26 et ça me fait arriver 4° femme, derrière Satu. Pas normal. J'ai couru tout le temps, je n'ai pas traîné. Marcia est 1h devant moi et Chloe 20 mn. Certes je reste 1° femme en cumulé, Marcia est à 4mn derrière.

Bref, admirons le château. Il est en ruine et on voit bien le mode de construction en terre, comme toutes les maisons. Il protégeait des invasions tibétaines.

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Le repas, les pâtes du midi, est servi sur place. Le campement est installé au pied de la colline. Il y a longtemps que nous n'avons pas dormi sous la tente !

Le sol est plein de bosses sous la tente. On s'y fera pour la dernière nuit.

Il y a un petit ruisseau à côté du camp, impeccable pour la baignade-douche.

Quand je pense qu'il y a des sommets enneigés au dessus de ma tête dont le Jomolhari, malheureusement on ne les voit pas, ils sont dans les nuages.

Ce soir c'est le dernier repas dehors avec notre équipe de cuistots. Ça sent la fin.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

Dernière etape : 15km

Nous partons de nouveau en deux groupes, cette fois 1/2h après le peloton. On part en descente pour rejoindre la rivière qu'on traverse. Nous sommes sur une bonne piste, c'est presque plat et je me retrouve en queue de notre groupe. Laura la serre-file me tient compagnie. Marcia a filé allègrement devant, on ne la voit déjà plus. Ça va être dur de garder mon temps d'avance avec cette configuration plate. Je rejoins les derniers du groupe précédent et Laura m'abandonne. C'est maintenant Mo qui m'attend, il a une avance largement confortable pour musarder, sa victoire est assurée, et il veut courir avec moi. Je traverse quelques rizières sur la diguette traditionnelle, puis le sentier continue en sous-bois en surplombant la rivière. Une petite montée raide et je dépasse Satu. Puis je longe un petit canal sur un muret étroit sur quelques km. Mo est devant, il a le pied plus sûr que moi. Certains préfèreront passer carrément dans l'eau.

Je rejoins un village avant de quitter la vallée et de monter vers le parking du chemin du monastère du nid du tigre, Taktsang Lhakhang, par une bonne route. Oui oui, c'est un tigre volant. Le monastère le plus connu du Bouthan, accroché à la falaise tout là-haut. J'alterne course et marche et trouve quelques raccourcis pour couper les virages. Je double une partie du 1° groupe.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

Le ravito est sur le parking. Je ne m'arrête pas, comme d'hab. Il me reste 5km de montée pour me hisser à 3000m. Les 5 derniers km d'une belle semaine de course. Ça grimpe bien. Il y a du monde, le monastère est réputé. Des bouthanais, et quelques touristes indiens à cheval, c'est plus facile. On nous laisse passer. Il y a quelques raccourcis que me montrent les bouthanais, j'en profite. C'est juste encore plus raide. J'appuie fort sur les cuisses. Je vois le monastère là-haut, il n'est pas si loin ma foi. Je passe un resto, ce sera pour tout à l'heure. Je rejoins un groupe de moines qui portent une chaise a porteur avec un moine âgé. C'est le lama du monastère qui est de sortie. Le dernier morceau est un escalier. Mais... qui descend ! Je pensais que ça monterait ! Je le dévale parmi les drapeaux à prières, place place ! L'escalier finit par remonter, ce sont les dernières marches de l'arrivée. Fini ! J'ai mis 2h21.

Je sors la veste, ça caille avec le maillot mouillé. C'est la détente et l'excitation des arrivées finales.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

Marcia a mis 7mn de moins que moi, elle prend donc la tête du classement final et je suis 2° à 2mn. Elle court vraiment trop vite sur le plat pour moi, elle a la moitié de mon âge. Chloe finit 3° 15mn derrière moi.

Nous allons visiter le monastère, bras et jambes couverts et pieds nus bien sûr. Le temple est à flanc de falaise et le mur du fond est le rocher. On fait le tour de Bouddha, confortablement assis. Les temples sont toujours très colorés. Le nid du tigre est une anfractuosité dans le rocher.

Puis nous redescendons au resto. Sur un autre rythme ! Tiens, des singes dans l'arbre. Je ne les avais pas vus a l'aller.

Après s'être ragaillardis, nous terminons la descente en admirant la vue sur la vallée. Puis c'est 10mn de bus jusqu'à l'hôtel à Paro.

Pour la dernière soirée nous avons le droit à un show de danses et chants traditionnels de chaque région du Bouthan. Voilà qu'on amène un fauteuil. C'est l'oncle du roi qui vient présider notre soirée, vêtu du gho bien sûr. Je suis conviée à sa table. Il remet les trophées aux podium. Quel honneur ! On n'a pas rigolé comme les autres tables, mais c'était passionnant. Une autre façon de découvrir le Bouthan. Comment un pays appréhende la modernité en n'en choisissant que les côtés positifs et en protégeant l'environnement.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015
La suite ne déroge pas aux fins de courses à étapes : alcool et boîte. Et oui, même à Paro, il y a des boîtes. Je me conterai d'une bonne bière, et au dodo. D'autres aventures m'attendent avec une semaine à Calcutta, histoire de changer radicalement d'univers.
Published by Isabelle - dans Récits de course
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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 18:22
 1 lho manaslu 

Namasté !
Me voici de retour au Népal, pays si attachant, pour cette fois le tour du Manaslu, un 8000, en 9 jours dont 7 étapes pour 200km de course : le Manaslu Trail Race. Le Manaslu est à côté du massif des Annapurnas. L’organisation est anglaise et Richard, avec l’appui local de Dhir, nous a concocté un programme alléchant.
C’était super beau et frisquet. J’en ramène une 3° place, un bon rhume et que du plaisir, et j'ai bien passé le col à 5100m. Et quelques premières ! J’étais… la plus vieille des femmes et j'ai utilisé des crampons pour la première fois de ma vie.
Nous étions 32 coureurs, dont 13 filles, un record. Et 6 français, dont 4 filles. Du jamais vu !
3 sama lac photo groupe

J'ai un porteur, donc je peux courir légère. La belle vie ! Ca va ma changer de Mada d’où je reviens et de l’Annapurna Mandala Trail d’il y a 3 ans.
Je commence par 3 avions d’affilé en partant le vendredi soir après le boulot pour arriver le lendemain midi à Katmandou. J'ai 2h de décalage, donc pas d'incidence pour moi, juste une nuit d'avion à récupérer. Je reconnais tout de suite le trajet jusqu'à l'hôtel, toujours le même, et l'ambiance indienne de la ville. L'aéroport est situé juste à côté de Pashpati, les ghat crématoires, ça fume !
Richard m’accueille avec le traditionnel khata, l’écharpe de félicité. Il a l’air impressionné par mon CV de coureuse. Je suis la première de ma chambrée à arriver.
    6 sama 12 enfantsJ'ai l'après-midi libre, je vais me balader dans la frénésie de Katmandou, parsemée de nombreux temples hindous.
Je rentre à l'hôtel et je fais connaissance de ma côturne, Rachaele, une anglaise qui parle bien français, fan de Chamonix. Elle fait des abdos et du stretching pendant que je bouquine. Nous n’avons visiblement pas le même rythme.
Dans la soirée, je retrouve le gros de la troupe, il y a déjà un groupe francophone : les français et un belge. Il y a 4 copines de Morzine qui ont laissé maris et enfants à la maison pour venir s'éclater ensemble au Népal. Bonne idée ! Et Fabien français singapourien. Et Samuel, fan de très haute montagne. Le reste est anglais, australien, américain, espagnol, italien, norvégien.
Nous allons tous dîner dans un des resto le plus renommé de Katmandou, spécialités népalaises agrémentées de danses locales.
De retour au pieu, ma chambre s'est encore remplie avec Geneviève, morzinoise de Suisse.
4 sama 6

Dimanche matin, le briefing est à 9h30. J'ai largement le temps de profiter de la piscine de l'hôtel. Oui mais... c'est glacé ! Impossible de faire plus de 2 longueurs. J'abandonne à regret.
On en a pour la matinée au briefing, bien qu'il n'y ait pas de liste de matériel obligatoire à contrôler, ni de contrôle médical. On ne prendra pas ma saturation d’oxygène dans le sang de toute la course. Richard insiste sur l'hygiène des mains, ça a l'air d'être sa hantise d'avoir tout son groupe chopant la diarrhée. Par contre, pas de trace de caisson de recompression, il vaut mieux le savoir.
Je fais connaissance avec Lizzy Hawker, elle a gagné plusieurs fois l'UTMB. Mais elle a une fracture de fatigue depuis un an et demi qui ne guérit pas, et elle ne peut plus courir. Elle fait partie de l'organisation et nous accompagnera en marchant.
5 5 hinang gompa3   

Je fais aussi connaissance des 3 coureurs népalais et 2 népalaises. Certains ont couru avec Bruno Poirier, l'organisateur de l'AMT que j'ai fait il y a 3 ans. A la fin de la course, nous serons tous d'accord, les courses de Bruno sont plus dures que celle de Richard. Elles sont différentes.
Je finalise mon sac pour les porteurs, qui seront en fait des mules. Nous sommes autorisés à 10kg par sac. J'en profite pour courir en confort : une tenue de course par jour, une paire de chaussures spéciale neige en goretex, un petit sac de course pour les étapes chaudes et un plus gros pour les étapes froides, des vêtements chauds normaux, un bon sac de couchage. Quel luxe ! Les autres emmènent tous à manger, pas moi. On ne meurt pas de faim dans les lodges de montagne. Je pèse mon sac : 10,4kg. C'est bon me dit-on.
        5 sama 5 porteuse 

J'ai l'après-midi de libre, je vais rendre visite à Vishnou à Bodanilkanta, dans la banlieue de Katmandou. Le soir, nous allons au resto indien. Puis c'est la dernière nuit dans un bon lit.

Lundi : C'est le départ de bon matin pour une journée de minibus, direction Arughat. Nous prenons la route de Pokhara, on passe un col pour sortir de la vallée de Katmandou, puis nous descendons une belle vallée, bordée de champs de riz en terrasse. C'est la moisson.
Nous faisons un arrêt à Gorkha, où il y a un magnifique temple hindou au sommet d'une colline. Mira, la jeune coureuse népalaise, se fait apposer un tika sur le front, les dieux l'accompagneront pour cette semaine. On a le droit à un sacrifice de coq au temple. Tchac, un coup de sabre et le coq court sans sa tête, le sang gicle partout.
La vue sur les sommets enneigés au loin est prometteuse et magnifique.
    7 sama 12

Nous quittons la route pour une bonne piste, serpentant dans les collines, au milieu des champs de riz et de millet. Les buffles bossent dans les champs, les gamins sortent de l'école en uniforme sur le bord de la piste.
Je partage ma petite chambre avec Rachaele, le matelas est minimaliste. Il y a une douche chaude, profitons-en, cela ne va pas durer. Nous sommes à 500m d'altitude, il fait bon pour la soirée. Nous mangeons dehors, des momos, sortent de raviolis à la vapeur.

Mardi : c'est la 1° étape, 24km nous attendent, pour nous mener à 900m d'altitude. Les 400m à grimper correspondent en fait à 1900m de dénivelé positif pour la journée, tellement le chemin monte et descend sans cesse.
Nous avons un solide petit déjeuner : porridge, chapati, omelette. L’organisation nous donne un paquet pique-nique pour le midi à emmener avec nous.
Je pars en short et maillot manches courtes avec un tout petit sac. Je confie mes bâtons aux mules. Les mules portent 4 sacs, soit 40kg, nous avons 15 mules.
10 isa birandra tal 2

Le départ est donné au temple hindou de l'entrée du village . Nous avons le droit à un tika avant d'entreprendre notre voyage, le St Christophe hindou veille sur nous. C'est un point rouge sur le front. On secoue la cloche du temple et c'est parti.
On traverse tout le village, encouragés par les habitants bien qu'il soit encore très tôt. Ça monte déjà.
Nous allons remonter la vallée de la Budhi Gandaki pendant plusieurs jours. Les vallées himalayennes sont gigantesques et très encaissées.
Je me retrouve tout de suite dans un petit groupe avec Jane l'australienne. Nous sommes sur une bonne piste 4x4 pour 10km, heureusement sans circulation.
8 vallée

Je finis par devancer Jane au niveau d'un pont suspendu et je rattrape Rachaele avec ses bâtons, tac tac tac. Mais elle ne court pas quand ça monte, et ça monte, doucement mais sûrement. Je la dépasse donc, car évidemment, moi je cours tout le temps.
J'adore les ponts suspendus. Il est facile d'y courir sur la première moitié, ça descend et la passerelle se balance bien au rythme de la foulée. Ca se corse dans la seconde moitié, ça monte et la foulée ne correspond plus à la fréquence de balancement de la passerelle, il faut se caler dessus. C'est plus compliqué quand il y a foule sur le pont, surtout foule de mules. Les rivières sont toujours impressionnantes vues depuis les ponts.
    12 machakhola rivière

Voilà la fin de la piste qui se poursuit par un chemin. C'est le domaine des convois de mules, il vaut mieux les laisser passer quand elles débarquent.
Les villages se succèdent, hindous dans cette partie de basse altitude. Nous avons un CP aux 2/3 du trajet, avec du jus de citron chaud genre Tang, ça fait du bien. Il fait chaud. J'y rejoins à ma grande surprise Sumitra la népalaise. Quoi, je cours aussi vite qu'une népalaise ? Nous restons un moment ensemble et je finis par la dépasser définitivement. Un coureur essaie de la suivre dans les descentes, c'est peine perdue pour lui. Il n'arrive pas à me suivre non plus.
Le chemin devient très étroit avec un a-pic vertigineux côté rivière. C'est à ce moment que déboule un convoi de mules. Je m'arrête et me plaque côté paroi. Passez passez les mules !

13 mules

J'arrive à Machakhola, village très coloré et arrivée de la première étape. Je suis 15° en 3h38, et 3° Féminine. Pas mal ! Loin devant : Mira la népalaise et Holly l'anglaise. Sumitra arrive 3mn après moi.
Il fait chaud, il est midi. J'en profite pour faire sécher mon maillot et manger le pain tibétain du pique-nique, délicieux pain frit, et l'oeuf dur. Il n'y a plus qu'à attendre les mules qui apportent les affaires.
Je partage de nouveau ma chambre avec Rachaele. Tiens, elle ne fait plus d’exercices.
Nous avons l'après-midi à meubler, de quoi faire plus ample connaissance avec les autres et d'encourager ceux qui arrivent tout au long de la journée. Le dernier groupe marche.
Je vais me détendre les gambettes dans la rivière. Pas chaude la rivière. Mais que ça fait du bien. Puis je vais me baigner dans les tatopani, les sources chaudes, accessibles par un petit sentier scabreux de l'autre côté de la rivière. J'y rejoins Tim l'australien qui fait la sieste et les népalais. La séance photo avec les népalais est obligatoire. On peut à peine mettre la main dans la source tellement elle est chaude, puis ça fait un petit bassin un peu refroidi, et un autre tiède mélangé à l'eau de la rivière. Quelle bonne baignade !
10 day 1 cascade

Les mules sont arrivées quand je retourne au lodge, avec mes affaires de rechange, un Tshirt et un pantalon propres et des chaussettes pour récupérer. Et c'est l'heure du thé, organisation anglaise oblige, avec petits gâteaux. Le soir un repas copieux nous attend, servi dehors car il fait encore chaud.
Cette nuit je dors avec des bouchons d'oreille, non pas pour les ronflements de Rachaele, bien réels d'ailleurs, mais pour le bruit de la rivière, qui gronde très fort.
Francesca, l’anglaise morzinoise, fait son enquête : qui a fait le truc le plus dur ? J'ai la concurrence de Marco l'italien avec la Petite Trotte à Léon. Je suis déclarée gagnante avec la 555.

10 rivière

Mercredi : 2° étape de 39km, la plus longue, pour remonter la vallée jusqu'à Deng, 1900m d'altitude, mais en fait +2000m à parcourir par monts et par vaux.
Je vois Rachaele qui part devant dès le départ. Nous traverserons plusieurs fois la rivière aujourd'hui, en partageant les ponts suspendus avec les porteurs toujours lourdement chargés et les convois de mules. On a une vue splendide sur la rivière depuis les ponts.
11 day 2 rivière

Nous montons progressivement en altitude, et les montagnes environnantes avec nous. Le premier village traversé est Tatopani, mais je ne m'y arrête pas, j'ai déjà profité des petites sources chaudes hier. Celles-ci sont thermalisées. La pause citron chaud est à Jagat, à mi-parcours. J'y rejoins Rachaele. Nous poursuivons notre route ensemble. Après la traversée d'une rivière, le chemin se divise en deux, et nous cherchons les marques roses du balisage. Pas de marques en vue. Heureusement, un muletier arrive avec ses bêtes. Il nous indique la bonne direction. D'autres n'auront pas cette chance et feront quelques km supplémentaires. Je finis par devancer Rachaele car je vais plus vite dans les montées, et ça monte.
11 tatopani

Les villages se succèdent, un coup rive droite, un coup rive gauche, la rivière est plus ou moins fougueuse, parfois tranquille dans son lit plus large. Les villages sont assez gros, toujours hindous, très colorés. On y croise des buffles, de jolis chiens, des petits cochons. Un bébé est dans son papier suspendu en balançoire sous une véranda, il a l'air de s'éclater. Nous croisons ou doublons quelques trekkeurs, beaucoup sont français. Voici le chemin de la Tsum Valley qui grimpe vers le Tibet, que nous laissons sur notre droite.
Je rattrape Sumitra et la double facilement. Je double d'autres coureurs, surtout en descente. Ca y est, ma réputation est faite. "You fly !" Ne fréquente pas les sentiers réunionnais qui veut.
Quelques toits bleus apparaissent au détour d'une rivière. C'est le minuscule village de Deng, à coup sûr. Et un chorten, porte en pierre, m'accueille à l'entrée du village. Ah ! Me voici arrivée chez les bouddhistes.
    14 day 4 Sama

J'ai mis 5h46 pour cette longue journée, et je tiens ma place de 3° femme. Reste à attendre les mules et les vêtements chauds, qui arriveront à... 22h ! Longue journée pour les mules !
Je déguste mon pique-nique : pain tibétain et oeuf. Des petits gamins viennent nous voir et ramassent les restes, y compris ceux que certains d'entre nous jettent par terre. Ginie est intolérante au gluten. Pas facile de voyager dans ces conditions. Heureusement, le Népal se nourrit de riz et de pomme de terre. Aujourd'hui elle a droit à un pain au maïs. Il a une drôle de tête et elle me le refile. Il est effectivement bizarre, mais très bon et très bourratif. Je vais me détendre les jambes dans la rivière comme hier. Mais elle est beaucoup plus glacée cette fois et la trempette est rapide. Puis je profite du soleil tant qu'il y en a car il disparaît vite derrière les montagnes, et après le froid s'installe. On se réfugie dans la salle commune, meublée de ... citrouilles. Voilà un aperçu du menu de ce soir. Les sommets enneigés entourent le village de toute part, sans être encore très hauts.
    9 arughat porteurs

Where are the mules ? Elles vont arriver tard avec nos affaires de rechange, donc je me tiens chaud comme je peux. Heureusement j'ai couru en manches longues et collants aujourd'hui, en prévision de cette attente. Le goûter nous ravigote, ainsi que les délicieux chaussons aux pommes au dessert ce soir. Les pommiers sont cultivées en altitude et poussent bien. Nous avons un bon cuisinier qui nous suit, les porteurs portent son matériel, dont sa toque. Heureusement qu'il ne fallait pas attendre les mules ce soir pour manger.
La fenêtre de ma chambre n'est pas étanche du tout, elle surplombe la rivière très fougueuse. Ca fait un boucan d'enfer. Les bouchons d'oreille s'avèrent précieux.

Jeudi : 3° étape de 25km vers Hinang Gompa, un monastère à 3100m. Plus haut que le Piton des Neiges.
Nous continuons de remonter la Budhi Gandaki. Les minuscules villages se succèdent, jalonnés par les chorten et les mani, pierres gravées. Il faut toujours les contourner par la gauche. Hormis les mules, nous croisons des chèvres et des dzo, croisement de vache et de yak, qui sont de toutes petites vaches.
13 day 3 riviere

Je ne ressens pas encore l'effet de l'altitude au niveau essoufflement, et je continue à courir comme d'habitude. Je n'ai toujours pas sorti les bâtons. Cette fois, c'est du jus d'orange chaud qui nous est préparé à Namrung, à mi-parcours. Il est apprécié. Ca y est, je double Sumitra qui part toujours plus vite que moi, mais je finis par la rattraper dans les montées.
Je quitte le chemin principal bordé de beaux sommets tout blancs pour grimper vers le monastère par un petit sentier. C'est une belle grimpette dans les arbres. Je passe une clôture en bois, il y a de l'élevage par là. Puis quelques maisons apparaissent au milieu des champs d'orge. Nous sommes en pleine moisson. Une vieille femme bat les épis à la main. Et voilà l'entrée du monastère. Déjà ? Je le pensais plus loin. J'ai mis 4h10 aujourd'hui, et je suis 12°, et toujours 3° femme. Sumitra puis Francesca arrivent peu après.
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Il y a de la place sur un petit plateau herbacé, et des chaises sont installées sur l'herbe. Nous sommes très bien accueillis par une jeune fille très élégante dans sa robe traditionnelle et qui parle parfaitement anglais. Quelques vieux font tourner leur moulin à prière, et un gamin moine récolte le surplus de nos pique-nique. Et Trévor, beau chien très placide. Le monastère lui-même est un grand bâtiment entouré de moulins à prières. Je suis installée dans une chambrée de 4 avec Rachaele, Francesca, et Ginie. Les matelas sont par terre et nous avons de bonnes couvertures, qui vont renforcer le matelas.
Je me lave dans un ruisseau, c'est frrrroid ! Mais ça fait du bien. Je vais me promener dans le village, d'où on a une magnifique vue sur le glacier qui surplombe la combe. Puis c'est l'heure du thé accompagné de… pomme de terre à l’eau, amenées dans une grande marmite, offertes par hospitalité. Quel délicieux goûter ! Les mules arrivent. Elles se roulent de bonheur dans l'herbe dès qu'elles sont débâtées.
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Je vais assister aux prières des moines dans le monastère. Ils psalmodient les textes sacrés, et donnent un coup de gong de temps en temps. Puis viennent les offrandes à base de riz et d'orge. Les vieilles femmes me font une place à côté d'elles et Mireille me rejoint. Mireille fait la course en marchant, avec sa copine Sonia, qui souffre du genou. C'est difficile pour elle, mais elle ira vaillamment jusqu'au bout. L'ambiance du site est très calme et sereine, c'est envoûtant.
Le soir les moines dansent autour d'un feu dans leur grande robe pour accompagner un défunt d'il y a 3 jours dans sa réincarnation. La danse est très lente, en tournant avec de grands gestes. C'est féérique. Tout ça alors qu'il fait près de 0°C.
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Vendredi : Il n'y a pas de poules au monastères, donc pas d'omelette au p'tit déj. On se passera de protéines pour aujourd’hui, ce qui ne me gêne pas.
La journée commence par des dons au monastère, des lampes solaires et Sonia offre un ordinateur. Nous sommes tous remerciés avec le traditionnel khata.
Puis démarre la 4° étape de 21km un peu spéciale, qui va nous mener à Samagaong, gros village à 3500m d'altitude, avec une montée à 4000m. Je verrai bien jusqu'où je peux courir, mais toujours sans bâtons.
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Nous redescendons de la hauteur du monastère vers la vallée de la Budhi Gandaki. Le chemin serpente dans la forêt, et je cherche les singes, mais je n'en verrai pas. Ils sont pourtant là, et pas discrets. Je traverse plusieurs petits villages, de nouveaux lodges sont en construction. Et soudain le majestueux Manaslu apparaît devant moi. A 8100m de haut, il y en a encore plus de 4500m au-dessus de ma petite tête ! On ne peut pas le louper avec sa forme de M, et aucun doute, c'est le plus haut. Ca vaut le coup de courir le nez en l'air pour admirer ça.
Au 2/3 du parcours, nous quittons la « nationale » pour une grimpette vers le monastère de Pung Gyen à 4000m d'altitude par un petit sentier bien raide. Ca monte dans de gros cailloux genre moraine, le glacier est juste de l'autre côté du torrent. D'ailleurs juste devant moi Fabien s'est fourvoyé et semble emprunter le torrent au lieu du sentier. Il a l'air bien coincé. Puis j'arrive sur un petit plateau au pied de la neige, j'y cours sans problème, c'est bien à cette altitude ! Il y a quelques maisons. C'est le monastère. Il n'est pas habité mais sert de lieu de méditation occasionnellement.
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Et le chrono s'y arrête, tout comme moi. Il sera redéclenché pour la descente. Chouette principe, on peut rester au pied du Manaslu autant de temps qu'on veut pour l'admirer. Car on en est vraiment tout près, il est juste au-dessus le petit. Et qui est là aussi ? Le placide chien Trévor !
Les népalais redescendent tout de suite car ils craignent l'apparition du mal des montagnes. Cela me donne l’occasion de les voir courir, et je me pousse pour les laisser descendre dare-dare. Je profite du paysage une petite heure avant de repartir. Je redescends vers la vallée et poursuis le chemin jusqu'à Sama, je double les espagnols au passage. C'est vraiment un gros village, et je le traverse sur toute sa longueur, notre lodge est à la sortie.
J'ai mis 4h05, hors arrêt au Pung Gyen Gompa, et je suis 11° et toujours 3° femme, Francesca me suit.
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Le lodge a un toit-terrasse face au Manaslu, très agréable pour le pique-nique tant que le soleil est là. Je suis dans une chambre de 3 avec Rachaele et Francesca, entourée d'anglaises ! Qui parlent très bien français. La chambre est à côté de celle des porteurs, il y font leur cuisine, c'est très bruyant.
Je vais me balader du côté du monastère de Sama en fin d'après-midi, après que les mules aient apporté mes vêtements chauds. Dhir a l’air soucieux, une des mules traîne et ralentit le convoi.
C'est l'anniversaire de José l'espagnol aujourd'hui. Notre super cuistot a concocté un énorme gâteau au chocolat, un vrai délice. Comment a-t-il fait avec si peu de moyens ?
Les népalais me demandent mon âge, mes 50 ans les épatent. Mira appelle toutes les filles sister, au moins elle n'a pas à retenir nos prénoms.
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Nous restons 2 jours à Sama, en acclimatation à l'altitude. Demain nous faisons un aller-retour au camp de base du Manaslu à 4300m. Nous n'aurons pas à attendre les mules après, quel confort d'avoir ses petites affaires pour toute la journée !

Samedi : 5° étape avec 11 tous petits km, une grimpette au camp de base du Manaslu, du moins jusqu'à ce que la neige nous permet. C'est le même système qu'hier : le chrono compte la montée et la descente et est arrêté en haut, on y reste le temps qu'on veut. Je prend le risque de ne pas m'encombrer des bâtons, on verra bien si c’est dur.
Tous les matins je me prépare une gourde souple de thé au miel que je sirote en courant. Je préfère ça aux produits diététiques de course. Je fais des émules.
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Je pars assez vite sur la petite portion plate, ce qui n'est pas dans mes habitudes. Nous sommes au soleil et il ne fait pas très froid, mais l'air est glacé dans mes poumons et pas bien riche en oxygène. L'impression de brûlure intérieure est immédiate et très désagréable, et j'ahane tant que je peux, mais je tiens bon. Voilà la montée qui s'annonce rude, d'abord dans des espèces de grandes marches, puis sur un sentier qui serpente et qui est bien raide. C'est l'altitude qui limite la vitesse d'ascension, le souffle est court. J'en double tout de même pas mal à ce petit exercice, genre km vertical, c'est juste un peu plus haut que d'habitude. Fabien essaie de me suivre, vainement. Nous surplombons un magnifique lac tout bleu, qui était bien planqué. Puis c'est le passage dans la neige qui arrive. Elle est profonde à certains endroits, je suis les traces plus ou moins à 4 pattes parfois. Mince, je n'ai pas pris de gants, mais je ne sens pas le froid. Je croise les népalais qui redescendent déjà, je leur laisse le passage, Mira est aussi à 4 pattes. Elle est juste beaucoup plus rapide que moi.
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Nous nous arrêtons 100m plus bas que le camp de base, il y a vraiment trop de neige après. Je fais un arrêt d'une heure en haut, pour admirer le Manaslu et son M, et les glaciers sur ses pentes. Je ne m'en lasse pas. Nous sommes pas mal à être arrivés maintenant, c'est sympa de se retrouver tous là-haut. Vroum, un bruit de tonnerre se déclenche, c'est une petite coulée de neige qui dévale du glacier. C'est impressionnant pour la petite réunionnaise que je suis, peu habituée à ça.
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Je redescends du camp de base peu après Francesca. Et si je la rattrapais ? En voilà une bonne idée. Passée la zone de neige où je ne suis pas particulièrement à l'aise pour aller vite, je la vois devant et je me rapproche d'elle progressivement. Je croise les marcheuses, salut Mireille ! Elle est contente de me voir en plein effort et m'encourage. On ne se voit jamais sur la course. Ca y est, je double Francesca dans la partie raide, très technique. Je surplombe le lac et la vallée. Le panorama s'étale à mes pieds et je peux l'admirer tout en restant concentrée sur mes pieds justement. Et ça vaut mieux vu la pente. J'arrive rapidement aux "marches", c'est plus facile et j'accélère. Je rejoins déjà le chemin principal qui mène au village, en retrouvant la circulation locale : les porteuses de bois et les yaks.
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J'ai mis 2h tout rond en tout, 1h20 à la montée et 40 mn à la descente, exactement le double d'Upendra à la montée comme à la descente, le népalais qui caracole en tête de la course. Voilà qui me place 11° maintenant au classement général de la course, et qui conforte ma 3° place des féminines.
Il y a un chauffe-eau solaire sur une des douches au lodge. Voilà qui me permet de prendre une bonne douche... froide au lieu de glacée. J'en profite à max, surtout que ma serviette n'est pas sur le dos de la mule. Les jours précédents je m'essuyais de ma toilette de chat avec ma casquette.
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J'ai tout l'après-midi pour me balader dans le village. C'est vraiment un gros village, avec une grande école et un dispensaire. C'est samedi et c'est le jour de repos au Népal, tous les enfants jouent dehors. Les femmes font la lessive dans le ruisseau qui traverse le village et où je ne pourrai pas mettre les mains plus de 5mn tellement l'eau est froide. Ca papote ferme. Elles remplissent d'énormes jerricans d'eau au robinet public et les ramènent chez elles en les portant comme les hottes, dans le dos accrochés au front. Les maisons sont en pierre, l'habitation est à l'étage avec une petite véranda devant sans rambarde avec une échelle sommaire pour y grimper, les enfants y gambadent, les jeunes yaks sont dans la cour. Un groupe de jeunes filles ramènent du bois dans leur grand panier accroché au front en rigolant. Combien de kg elles portent ? 30, 40 ? Beaucoup en tout cas. Il faut faire provision de bois pour l'hiver qui approche. Nos porteurs ont moins de travail aujourd’hui, ils jouent au volley au milieu de la route.
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Voilà le soleil qui disparaît derrière les montagnes, vers 15h, et la température baisse d'un bon cran immédiatement. C'est le moment de profiter de mon bouquin que les mules portent depuis le départ, puisqu'on n'a pas à les attendre aujourd'hui, et de profiter des autres coureurs, qui sont tous passionnants. Dhir, l'organisateur népalais qui nous accompagne, parle parfaitement le français et plein d'autres langues. L'équipe des morzinoises m'encourage tous les jours, j'ai un fameux fan club. Il y a accès à internet à Sama, mais la connexion est capricieuse, c'est le grand sujet de tous ceux qui se baladent avec leur téléphone, c’est-à-dire presque tout le monde. Ah que je suis bien sans avoir à m'en préoccuper ! Ca fait de vraies vacances. Ce soir c’est menu de roi : nous avons droit à un dahl baat, riz – lentilles, avec de la viande de yak. C’est délicieux.
Les journées à l'acclimatation à la haute d'altitude s'enchaînent. L'étape de demain ne fait que 8km et nous mènera à Samdo, à 3800m.
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Dimanche : 6° étape. Mais la journée ne débute pas ordinairement. Richard et Dhir organisent une course pour les enfants de l'école, 1km pour traverser le village. Super ! Je me place un peu avant l'arrivée pour encourager les gamins, là où c'est le plus dur, où il faut tenir jusqu'au bout. Les voilà ! Un dossard accroché au thorax, les premiers déboulent, les derniers marchent, et bien sûr ils ont tous des encouragements. Pas de tenue de sport pour l'occasion, ils sont en uniforme de l'école. Ils auront tous un livre à l'arrivée, amenés de Californie par Angela et Doug. Ils auront de quoi apprendre l'anglais, nécessaire dans une région touristique.
D'ailleurs c'est l'anniversaire de Doug aujourd'hui.
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La journée atypique se poursuit. Nous montons en mode rando au lac Birandra, le lac que nous avons surplombé hier. On y reste le temps de l'admirer, alimenté par les glaciers. Les berges sont très minérales. C'est de toute beauté. C'est là qu'est donné le départ de la courte étape du jour. Nous sommes applaudis par les quelques touristes marcheurs qui sont présents. Nous partons en descente. Je pars vite, trop vite. Nous sommes tout de même à 3600m, et même en descente, je sens immédiatement le manque d'oxygène. Mais je ne veux pas ralentir, et je souffle très fort, oh que c'est dur, j'ai les poumons qui sifflent. Je suis quand même obligée de lever le pied avant d'arriver en bas, et quelques gars me doublent. Je rejoins le grand chemin vers Samdo, qui monte doucement. Je croise tous les villageois qui ramènent du bois, et les yaks aussi. On remonte toujours la rivière, les rives sont un peu boisées. C'est là que les gens viennent chercher le bois. Ca leur fait une bonne trotte à porter. J'entends régulièrement les bâtons de Francesca derrière moi, puis je ne les entends plus, puis je les entends de nouveau, comme ça jusqu'au pied de la dernière grosse côte qui mène au village, en fonction du profil du terrain. Elle me talonne ! C'est maintenant la dernière grimpette à 3800m et je la sème. J'ai mis 1h10 pour faire 8km ! Et je n’ai pas eu l’impression de chômer ! Les écarts entre les coureurs sont évidemment très variables suivant les étapes. Par rapport à moi, cela va de 10mn sur le 39km et 1mn sur le 8km.
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Dhir installe les filles dans un petit lodge à part, je partage de nouveau ma chambre avec Rachaele et Francesca. Nous sommes au calme. L'après-midi nous partons avec Dhir visiter le village, habité par des réfugiés tibétains. Le Tibet n'est pas loin. Les villageois tiennent réunion pour décider de la prochaine descente plus bas dans la vallée avec l'arrivée de l'hiver. Ils sont assis par terre dehors le long du chemin, hommes et femmes, et la discussion est animée. Nous visitons le petit monastère, puis une maison. La viande de yak qui sèche et la réserve de pomme de terre sont précieuses, ainsi que la bouse de yak qui sert de combustible. L'habitation est au-dessus des étables des yaks. La maison est cossue, il y a 2 pièces : l'une est réservée aux prières et offrandes à Bouddha, l'autre est la seule pièce à vivre : cuisine, salle à manger, chambre pour toute la famille. Le foyer est au milieu, il n'y a pas de cheminée, l'intérieur est enfumé et noir de suie. Il y a tout ce qu'il faut pour traiter le lait des yaks, pour faire du fromage et du beurre. Nous visitons une autre maison, plus simple, il n'y a qu'une pièce, Bouddha est avec la famille. Le bébé joue à côté du feu.
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En fin d'après-midi le froid arrive. Je me réfugie dans la maison de ma logeuse. C'est agréable près du feu avec un bon thé. Le cuistot s'est encore surpassé ce soir pour le gâteau d'anniversaire de Doug. Avec le froid j'ai le nez qui coule et ça m'empêche de bien dormir. Il n'y a pas que les ronflements de Rachaele qui meublent cette nuit.
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Lundi : étape d'acclimatation en rando, non chronométrée. Chacun choisit en fonction de sa forme : montée à 5000m au col de la frontière tibétaine, ou balade au-dessus du village, ou repos. J'opte pour le Tibet, avec les bâtons cette fois, les chaussures en goretex et les guêtres. La panoplie totale neige. Les mules ne me les ont pas portés pour rien. Nous partons en groupe avec Lizzy. Je ne l’ai pas vue beaucoup jusqu’ici, il est vrai qu'elle est avec les marcheurs. La balade du jour fait 20 km. Nous traversons quelques névés dès la sortie du village, puis le chemin monte doucement parmi les alpages des yaks. L'herbe est plutôt marron que verte. Quelques drapeaux à prières jalonnent le sentier, entrecoupé de névés. Nous traversons la rivière, puis nous montons tout droit dans la neige vers le col. Un petit troupeau de yak se balade seul en direction du Tibet. Puis un monsieur sur sa mule, qui fait l'aller-retour. Ca y est, j'arrive au col de Lajyang, à 5000m, doucement. Il y a une borne qui marque la frontière : Népal / Chine. Le village tibétain est un peu en-dessous, on ne le voit pas. C'est là qu'est le poste frontière chinois. La vue est splendide, avec les chaînes de montagnes tibétaines toutes blanches au fond. Contrairement au Népal, il n'y a pas de sommet qui s'en détache, il n'y a pas de 8000m. Les sommets autour du col sont à 5500m, donc tout près juste au-dessus de ma tête. Un petit pique-nique en haut avant le retour. Les yaks ont la même idée. Sont-ils népalais ou tibétains ? Je les laisse passer, ils ont tout de même des cornes impressionnantes, et ils me montrent la trace la plus facile dans la neige. Du moment que je retrouve le petit pont qui franchit la rivière, après le sentier est bien visible, car je redescends seule. Le chemin est agréable et facile dans ce sens. J'aperçois déjà le village. Mais le soleil disparaît derrière les sommets et le froid arrive. Je garde mon coupe-vent sans mettre ma veste, je suis presque arrivée. Grosse erreur, la toux m'attrape illico. Manquait plus que ça. En plus je rallonge sans le vouloir pour arriver au village à cause de la neige, je ne suis pas passée par le plus court.
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Je pose la main sur la poignée de ma chambre et je chope un mal de tête. Ben tiens, le mal des montagnes qui débarque en plus. J'y ai fait gaffe en montant à 5000m, mais je ne m'y attendais pas en redescendant, puisqu'il faut toujours dormir plus bas que l'altitude maximale à laquelle on est monté dans la journée. Je me réchauffe d'abord, et je prépare un Paracétamol, confirmé par le médecin. Le mal de tête passe rapidement et je n'entendrai plus parler du mal des montagnes. Pour moi du moins, car j'apprends que Ginie a été évacuée en hélico sur Katmandou pour rentrer en Suisse le plus rapidement possible. Ca me fait un choc. Elle avait une sale tête ce matin et se plaignait de respirer très difficilement, mais je n'avais pas spécialement remarqué si son visage était gonflé, alors que je faisais bien attention pour moi car c'est un symptôme du MAM. En y repensant après, oui son visage était gonflé et elle avait les lèvres bleues. L'organisation n'a pas de caisson de recompression, je pense que c'est un tort. Nous avons appris par la suite que Ginie a fait un oedème pulmonaire, ce qui est grave. Elle s'en est bien remise en Suisse.
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Mardi : nous passons le Larkya La, col à 5100m qui nous fait changer de vallée et nous mène de la face est à la face nord du Manaslu. Cette étape est en rando, non chronométrée. Dommage, j'aurai bien aimé, au moins la descente, mais l'organisation préfère la sécurité par rapport au mal des montagnes, ce qui est compréhensible. Nous partons à 5h, de nuit. Du coup le petit déjeuner est plus simple, sans oeufs, et nous avons le droit à de la tsampa, bouillie d'orge. Ce n'est pas mauvais, pas pire que le porridge. Je n'avais pas prévu de marcher de nuit et je n'ai pas une lampe très performante, sachant que je n'y vois guère la nuit, avec ma vue perçante. Tout est gelé à cette heure matinale, notamment autour des robinets d'eau dehors dans le village. Moi qui n'ai pas l'habitude des bâtons, je comprends vite qu'il ne faut pas les mettre sur la glace, ça glisse ! Nous traversons à gué un petite ruisseau, gelé en surface. Je mets évidemment un pied dans l'eau, bien qu'un charmant népalais me tende la main. Fichtre, c'est froid. J'aurai donc un pied froid pendant un bout de temps. On fera avec. D'ailleurs le jour se lève déjà, toujours splendide en haute montagne. Je fais route avec Eric le belge et son genou mal en point, aujourd'hui nous marchons à la même vitesse, tranquille.
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Oui, tout gèle, y compris l'eau dans le tuyau de la poche à eau. Mince ! Il faut boire à cette altitude pourtant. Je machouille mon tuyau pour faire fondre la glace, et je finis par réussir à aspirer des cristaux. C'est mieux que rien. Je suis ignare en matière de gestion d'un tel froid.
Avec le soleil, ça commence à chauffer. Je me déshabille, grosse veste, bonnet, gants. Je garde le surpantalon étanche puisque nous progressons dans la neige. Mais mon tuyau reste encore gelé pour un bout de temps.
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Nous voilà déjà à Larkya Phedi, dernier refuge avant le col. Les marcheurs normaux y dorment, mais pas les coureurs que nous sommes. Ils sont aussi partis tôt, et nous commençons à les rattraper. Avec les grosses tombées exceptionnelles de neige d'il y a un mois, l'accès au col est très enneigé pour la saison. Mais la trace est bien faite et les bâtons aident bien. Eric et moi avançons sans problème, la montée est régulière. Nous sommes ralentis par des marcheurs lambins pas faciles à doubler car il n'y a qu'une trace, certains ont l'air de souffrir le martyr. Allez, on double. Ca y est, nous voici au col, le Larkya La à 5100m, entourés de drapeaux à prières. Les sommets les plus proches sont très proches, ce sont des 6000m. Les 7000m sont plus loin. On ne voit pas le Manaslu et ses 8000m. Lizzy nous attend et nous propose une gorgée de rhum népalais. C'est gentil, mais non merci. On ne s'arrête pas longtemps en haut, pas question que le mal des montagnes nous rattrape.
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Je chausse les crampons pour la descente. Si je ne suis pas une spécialiste des grands froids, je ne suis pas non plus une spécialiste de la neige et c'est le première fois que je cramponne. Ma foi, ça accroche très bien. Crampons + bâtons, allons allons !
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C'est une longue descente qui m'attend jusqu'à Bimtang, 3500m d'altitude. Il paraît qu'il faut marcher les jambes écartées avec les crampons mais je dois le faire naturellement car je n'ai pas à y penser, et je ne m’emmêle pas les pieds. Oui, ça accroche vraiment bien, je n'ai qu'à me laisser porter dans la descente enneigée avec le support des bâtons, je descends tout droit. C'est raide. La nouvelle vallée est superbe et je longe un glacier. Je double quelques personnes sans crampons, qui marchent péniblement en crabe. Je rattrape nos népalais, Upendra et Sumitra n'ont qu'une paire pour deux. Je leur propose mes bâtons mais ils n'en veulent pas. Peut-être en essayant chacun un côté de crampons?
J'arrive déjà à la fin de la neige, je garde encore un peu les crampons tellement ça tient bien même dans les cailloux. On fait une pause pique-nique avec Éric à la fin de la partie raide de la descente. La suite est une balade fort agréable. Je croise un groupe de français qui me propose une tasse de thé. J'aperçois les toits bleus du village. Le Manaslu réapparaît, il a complètement changé. Il n'a plus sa forme de M si caractéristique, mais il reste le plus haut, si majestueux.
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J'ai le temps d'aller me "baigner" dans le ruisseau qui longe ma chambre. C'est glagla, j'ai les pieds nus dans la neige. Je fais une courte sieste, réveillée par le froid. Ce ne sont pas les mules que nous attendons aujourd'hui mais des porteurs. Les mules ne passent pas la neige. Un porteur porte 30kg, soit 3 de nos sacs. Normal qu'ils aillent moins vite que nous ! Je les trouve bien équipés en vêtements chauds et étanches, bonnes chaussures et crampons. C'est loin d'être le cas de tous les porteurs. Dhir fait bien son boulot. De nouvelles mules reprendront le relais demain. Il existe une ONG à Katmandou qui forme et équipe les porteurs, pour éviter les abus et les préserver du MAM.
Justement demain, c'est la dernière étape, 24km de descente jusqu'à 1800m. Le chrono reprend du service.
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Mercredi : Le départ de Bimtang est dans la froidure. Je pars avec mon coupe-vent et je vais le garder toute la matinée car nous serons à l’ombre tout le temps. Nous longeons une nouvelle rivière en descente, qui va grossir au fur et à mesure. Au revoir Manaslu, je ne te reverrai plus. La partie haute de la vallée est peu habitée, quelques maisons isolées transformées en lodge.
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Le début du parcours est technique, ça descend bien. Sumitra a déjà filé devant. Je ne suis pas si à l'aise que ça et Jane l'australienne qui est bonne descendeuse est devant. Je la rattrape au CP où je ne m'arrête pas, je ne profite pas du jus d’orange.
Je rejoins aussi Ian au ravito. Il est juste devant moi au classement général. Si je distance Jane assez rapidement, je reste avec Ian jusqu'à l'arrivée finale. Il monte plus vite que moi, car il y a toujours quelques montées, je descends plus vite que lui, et nous allons à la même vitesse quand c'est à peu près plat.
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J'arrive dans un gros village. Le dernier ? Non ce n'est pas possible, Darhapani est à l'intersection de deux vallées. Celle où je suis est encore trop encaissée. Quel beau village, très coloré, un des derniers de mon périple. Je continue vaillamment vers l'arrivée, ça sent la fin. José l'espagnol me rattrape et me double. Il a des ailes ma parole, lui aussi sent la fin. Je vois maintenant la vallée de Manang qui se rapproche, c'est le circuit du tour des Annapurnas. Je traverse la rivière, pont suspendu oblige, Ian est plus rapide et part devant. Ça y est, je suis à Darhapani. Mince, un troupeau de vaches en train de boire me barre la route, je m'arrête, jauge les cornes, et me fraie un chemin au milieu. Je traverse le village avant de franchir la dernière passerelle, et c'est l'arrivée.
J’ai mis 3h, et je suis 17° de l’étape et 4° femme, Sumitra est arrivée 1mn avant moi. Il y en a qui en avait gardé sous le pied ma parole ! J’ai été très régulière sur toutes les étapes. Je n'ai pas à m'habituer ni à la montagne ni à la chaleur par rapport aux autres, et les après-midi de récup me suffisent pour le lendemain par rapport à mon rythme.
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Je savoure un bol de soupe aux nouilles le temps que tout le monde arrive. La route, piste 4x4, passe à Darhapani. Nous redescendons toute la vallée en 4x4, ce qui prendra l'après-midi. Il y a des passages impressionnants et le paysage est superbe. C'est une autre façon de l'admirer. Des cascades, des villages près de la rivière ou haut perchés, des cultures en terrasse.
Le soir nous sommes en ville dans un bon hôtel avec une bonne Everest, la bière népalaise. J’en profite pour laisser aux porteurs quelques vêtements chauds, ils en ont plus besoin que moi.

Le lendemain, c’est le retour à Katmandou en bus, ce qui nous prend la journée.
Encore un gâteau d’anniversaire au repas de clôture ! C’est celui de Gary l’australien cette fois. Un gros gâteau aux fraises… encore congelées. Au moins, il y a de l’électricité à Katmandou.
Je termine 11° au classement général en 24h28, et 3° féminine, 3h30 derrière Holly qui est deuxième et 2h devant Francesca qui est quatrième. Les népalais sont toujours baba de mes 50 balais ! Les récompenses sont bizarrement attribuées, et ne vont pas jusqu’à la 3° féminine. Ce sera pour l’année prochaine, promet Richard. Je dois revenir alors.
45-pont.jpgJe reprends l’avion le lendemain à minuit, juste de quoi faire la parfaite touriste une journée. Comme Katmandou est polluée après une semaine himalayenne ! Je préfère aller marcher dans les collines environnantes parsemées de beaux temples hindous. Histoire de faire une étape de plus !

Published by Isabelle - dans Récits de courses
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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 18:03

Pourquoi aller loin quand on peut se faire plaisir à 2 pas de chez soi ?Alors direction Mada pour une semaine à Diego Suarez en cette fin d’août. 250km à pied m’y attendent.

femme-portrait.JPGIl s’agit d’une édition unique organisée par Racing the Planet. A ne pas manquer !

Je me suis inscrite un mois avant le départ, j’ai eu la chance d’avoir la place d’un désisté.

250km donc, en 6 étapes sur 7 jours, répartis en 4 x 40 km, 80 km et 10 km. Le tout à parcourir en autosuffisance, l’organisation ne fournit que l’eau et la tente. 

Outre les équipements obligatoires, ça on n’y coupe pas, il faut porter 1 semaine de ravitaillement, on n’y coupe pas non plus, comprenant au minimum 14000 kcal.

Je prépare mon sac minutieusement, tout est pesé. En effet, il sera lourd en début de course et s’allègera au fur et à mesure du temps qui passe et surtout de mon appétit. Mes 14000 kcal représentent 2,2 kg au départ.

 

Vendredi à Gillot pour le départ, j’ai une grosse surprise : il y a plein de voyageurs déguisés en coureur. Et ils vont courir à Mada ! Incroyable ! Je pensais être seule dans l'avion Réunion / Diégo. En fait le vol Air France Paris / Tana du mardi a été détourné sur la Réunion car l'aéroport de Tana était bloqué par des manif, et les gens sont depuis 3 jours à la Réunion. Du coup l'avion était plein.

Et voilà même qu’on me reconnaît, c'est Philippe, qui était au Gobimarch il y a 2 ans.

Je partage un taxi à l'arrivée à Diego, une splendide 4L jaune branlante, avec une américaine qui va à un hôtel dans la même direction que le mien et qui est bien contente d'être avec quelqu'un qui parle français pour se débrouiller. Je la prends pour une coureuse, mais elle est médecin.

Nous sommes 230 coureurs, et il n'y a pas d'hôtel de grande capacité à Diégo, donc nous sommes disséminés dans plusieurs établissements. Le mien est dans la rue principale du quartier chic de Diégo, voisin de celui de l’organisation.

Je viens de récupérer les 2 patchs des logos de l'organisation que je dois coudre sur toutes mes manches. Ils ne me les ont pas envoyés car le délai de mon inscription était trop court. Je commence mon séjour par une après-midi couture avant d’aller me balader.

 

Samedi, le briefing est à 9h, suivi du contrôle des sacs.

Je passe à 11h, j'ai le temps de profiter de la piscine de l'hôtel, pas le mien d'hôtel, celui de l'organisation. Je suis la seule amateur de natation.

Au contrôle, on pèse mon sac : 7kg sans l'eau, c’est un des plus légers.

Après le déjeuner, nous partons en bus vers le 1° campement. Nous faisons le tour de la magnifique baie de Diégo jusqu’au bout de la route, dernière plage de la baie, à Ramena. On campe sur un terrain militaire, gardé par l'armée. La sécurité est assurée. Chanteurs et musiciens malgaches nous accueillent.

accueil-malgache.JPGJe découvre mes compagnons de chambrée. Philippe, spécialiste des sommets à 8000m, Frédéric qui vit à Pékin, Pauline une jeune très bavarde, et 3 chinois dont un seul parle anglais. Ils sont gentils mais pas très communicatifs. Je prends place à côté des chinois.

La nuit tombe à 18h. Philippe a déjà mangé et se couche. Ce sera son rythme tous les soirs.

Je déguste ma barquette riz poulet, repas normal que j’ai amené, pendant que la plupart des autres sont déjà dans le lyophilisé. J'en fais des envieux ! Je fais connaissance avec les 2 autres français de la course, Clément un jeune qui vit à Singapour et Grégory.

Au dodo tôt pour ce soir, on va vivre une semaine au rythme du soleil, levée tôt et couchée tôt. Je me contente d'un morceau de tapis de sol très fin découpé juste à la taille de mon dos, que je renforce au niveau des fesses avec le renfort du dos de mon sac. camp1.JPG

 

Dimanche matin, je suis levée à 5h30 avec le jour. Ce sera mon régime de la semaine.

isa2-etape1.JPGLe départ est à 8h, pour 36km avec 3CP pour la 1° étape.

Juste avant le départ, le chef de district venu faire un discours me demande... si je suis la plus vieille des coureuses !!! Avec ma casquette il n'a même pas dû voir mes cheveux blancs. Suis-je toute fripée ?

Des jeunes du club d'athlétisme de Diégo nous accompagnent sur les 10 premiers km. Les malgaches courent bien. Certains sont en savates. Dommage qu'il n'y ait pas de coureurs malgaches sur cette course, mais je ne vois pas comment ils pourraient payer les droits d'inscription...

Nous sommes 230 au départ, dont 75 filles. Belle proportion de féminines ! Comme sur toutes les courses anglo-saxonnes, mais pas comme à la Réunion.

baie-diego.JPGNous parcourons le petit bout de plage avant de grimper un petit col pas bien haut, pour quitter la baie de Diégo et rejoindre l'océan indien. Nous longeons le littoral avec les 3 baies, 3 magnifiques plages. C'est marée haute et je ne coupe pas à la vague trop forte. Me voilà les pieds trempés dès les premiers km. Et l'eau salée, il n'y a rien de pire. Il y a quelques passages de rochers qui ralentissent la troupe. Je saute de pierre en pierre avec allégresse et avec mon gros sac. De quoi doubler les lambins. Je suis juste derrière Philippe, à ma grande surprise.

Nous sommes en pleine période des alizés et nous avons le vent de face. Néanmoins il me fait supporter la chaleur facilement.

Les passionnés de kite-surf s'en donnent à coeur joie dans la baie de Sakalava, la plus grande. La plage de plusieurs km de long est superbe.

Nous passons maintenant sous des petits sous bois par des tout petits sentiers, il est difficile de doubler.baie-etape-1.JPG

Puis nous quittons les plages par une bonne piste 4x4... très sableuse. Queue de cheval blonde n°1 me double, impossible à suivre. Suivie de Queue de cheval blonde n°2, également impossible à suivre.

J’arrive au CP1 au pied d'un énorme et magnifique baobab. Ils n'ont pas de feuille en ce moment et paraissent tout secs.   Je ne m'arrête pas, j'ai assez d'eau.

Nous continuons plein sud, avec toujours le vent de face. La température monte et atteindra 36°C. Nous traversons des zones de buissons, toujours sur cette piste sableuse. Le sable mou ne me gêne pas pour courir. J'adapte ma foulée.

CP.JPGJ'arrive au CP2. On m'annonce que je suis la 1° fille. Impossible, il y a au moins 2 queues de cheval blondes devant moi. A moins que je les aie passées au CP1 où je ne me suis pas arrêtée ? Sans doute, je n'ai pas fait gaffe. Et bien, faisons la course en tête !

Ca y est, mon dos commence à frotter, comme d'hab. Je me suis protégée avec de l'élastoplast comme une momie, mais rien n'y fait. Je m'en accommode.

pecheurs.JPGNous traversons quelques villages de pêcheurs, on ne voit pas la mer mais elle n'est pas loin. Les gens me saluent. Il y a peu de zébus par là, la terre est salée.

Je dois partager la piste avec les camions de l'organisation qui ne sont pas pressés de passer. Je me tape bruit et poussière à gogo. Les portions en sentier sont bienvenues.

Me voilà au CP3. La piste devient de plus en plus sableuse et je dois m'arrêter vider mes chaussures, je n'ai pas de guêtres. A 5km de l'arrivée, une chinoise me double, couverte de la tête aux pieds. On ne voit que les yeux. Les chinoises devant rester le plus blanches possible pour répondre aux critères de beauté, le seule moyen en pays tropical est d'être couverte. A vrai dire, je le suis également et pour la même raison, quoique pas pour la beauté mais pour me protéger du soleil et ne pas avoir à me tartiner de crème en permanence. Je cours avec manches longues et collant, mais tout de même à visage découvert. paysage-1-etape2.JPG

Je fais route avec Grégory. On papote, puis je l'abandonne, je vais plus vite.

Rearrêt pour vidage de chaussures. Gregory me rejoint. On est presque arrivé me dit-il, il a un GPS et suit les distances. Je préfère néanmoins jouer la sécurité car trop de sable dans les chaussures va me donner à tous les coups des tendinites du releveur.

En tout cas ce sable mou ne m'empêche pas de courir.

D'ailleurs j'ai pris de vieilles chaussures vu le terrain plat que nous allons parcourir, et je vois qu'elles s'usent à vitesse grand V avec le sable. Je n'en avais pas prévu autant.

Effectivement j'arrive au bout de mes peines 10mn plus tard.

Je finis donc 2° pour cette fois, en 5h05, 4mn derrière Lingyun. Puis un paquet de filles arrivent dans la foulée, l'américaine Suzan, queue de cheval blonde n°1 en tête. Ca promet d'être une belle course si le plateau des filles est si homogène ! En tout cas, je débute bien.

Je consomme 1/2 l d'eau aux 10km, ce qui est très peu par rapport aux autres. Mais ça me suffit, ayant l'habitude de la chaleur. Ca me fait moins à porter. Et j'ai tout l'après-midi pour boire à gogo.

Le campement est sur une très belle plage déserte. Et des cocos verts nous y attendent ! Bien rafraîchissants ! Personne ne sait qu'on peut manger la pulpe à la petite cuillère, je fais des émules. On me demande quand même conseil par rapport... aux troubles digestifs. Il y en a qui ne supportent déjà plus la nourriture malgache ?

Je ne vais pas me baigner, je n'ai pas envie d'être salée sans pouvoir me rincer. Déjà que mon dos frotte.

Philippe est arrivé juste avant moi, puis c'est le tour de Frédéric de débarquer dans la tente. Enfin Pauline.

Déjà hier soir Pauline s'est plaint de ses pâtes déshydratées et Clément de son espèce de porridge. Ils n'ont que ça à manger pendant une semaine. Mes recettes perso de purée Mousseline et de pâtes chinoises aux cacahuètes font fureur.

Si j'ai pris juste les 14000kcal obligatoires, Philippe en a ... 22000 ! Il mange tout le temps.  Il ne peut pas faire avec moins sinon il perd trop de masse musculaire. Je suis bien contente de ne pas être une athlète professionnelle comme lui !

Ce soir je suis couchée tôt au doux bruit des vagues.

 

Lundi, nous partons à 7h ce matin pour 46km, longue étape de 4 CP. Nous commençons par un court bout de plage avant de poursuivre sur un petit sentier dans les buissons, heureusement peu épineux. Suzan me double rapidement, je la redépasse aussi sec. Chinoise multicolore et japonaise short noir sont devant. Et voilà de nouveau la mer et le 1° CP sur la plage. Longue plage magnifique que je parcours avec japonaise maillot vert. Elle parle peu anglais, on fait des gestes pour papoter. Je la dépasse, et je rattrape chinoise multicolore. Décidement, je suis plus à l'aise dans le sable que les autres. Un énorme crabe nous coupe la route.

On croise quelques pêcheurs et leur pirogue, avant de quitter la baie pour un sentier en sous bois. Je double dès que je peux, mais voilà que je perds les marquages, les petits drapeaux roses et bleus. On me redouble. Bon, je reste derrière. Les 2 jeunes canadiens sont passés devant, Mélissa et son copain, qui courent... en sandales très fines.

Nous continuons sur une piste, toujours du sable. Je sème les canadiens.

baobabs.JPGMe voilà maintenant dans un coin à baobabs. Ils émergent, tout secs. Avec quelques pachipodium fleuris de blancs, qui ressemblent à des petits baobabs. C'est très beau.

Les villages se succèdent, plein d'enfants et de femmes en pagne multicolore. Les maisons ont l'air fragiles, en branchages et couvertes de feuilles de coco.

On traverse une rivière dans l'eau, ce n'est que la 1° de notre périple. Les chaussures mouillées empêchent le sable d'y rentrer, je ne perds rien au change.

Mon dos commence à s'échauffer et à brûler malgré la couche d'élasto que j'ai renforcée. Il faudra bien que je trouve une solution à ce problème. Je n'y pense pas et ça reste supportable.

spectateurs.JPGJ'arrive à l'entrée d'un village avec une bifurcation, mais il n'y a plus de petits drapeaux. Je cherche le marquage de tous les côtés, plusieurs allers et retours infructueux. Les gars derrière me rattrapent et ne trouvent pas plus que moi. Une dame arrive mais ne parle pas français. On se fait comprendre par geste et elle nous indique un des chemins. Ah, les drapeaux réapparaissent plus loin. Sans doute les gens les ont trouvés jolis et les ont pris. Le chemin est bordé de cultures d'un côté, bananes, manioc, et d'une rivière de l'autre. Et bien justement, on la traverse cette rivière,  les pieds dans l'eau.

village.JPGVoilà un gros village. Tous les habitants nous attendent et nous encouragent. Je ne fais que passer mais l'arrière de la course n'hésite pas à s'arrêter et à jouer avec les gamins ravis. Une dame m'accompagne et me fait la conversation jusqu'au village suivant et une nouvelle rivière à traverser. Elle court avec moi, pieds nus évidemment. Elle est contente.

pont-etape-2.JPGLa rivière suivante n'est pas large et est franchie sur un pont branlant fait de 2 troncs et d'une branche garde fou d'un seul côté. Quand je pense que les gens doivent le franchir avec de lourdes charges sur la tête.

Une dernière rivière qui coule sur la piste, et j'atteins les rizières. Il faut les contourner sur de petites digues, avec quelques passages humides, c'est à dire de la boue jusque mi mollet. Certains y laissent leur chaussure et n'ont plus qu'à fouiller pour la retrouver. Je suis avec Mélissa, et elle peine avec ses sandales. Je la distance facilement.

J'arrive dans un village, et j'ai un petit creux. Je fais une pause et m'installe à l'ombre devant une maison pour sortir des crakers de mon sac. Je repars quand Suzan arrive. Elle n'a pa plus d'eau. Où est le CP ? J'y arrive à la sortie du village, j'aurai pu attendre pour la pause ! 

Voilà 40km de parcourus. Je préfère courir tout le temps et m'arrêter aux CP, sauf le 1° où je ne m'arrête jamais. Je ne marche jamais. Au CP, Je prends le temps de m'asseoir, de faire tranquillement le plein d'eau, de manger mes gélules de sel. Comme je suis incapable d'avaler une gélule, et c'est encore pire pendant un effort, je la croque. Beurk, la bouche pleine de sel. Vite, de l'eau. Sinon je ne mange pas du tout pendant l'étape, je n'en ressens pas le besoin.

J'ai la pêche pour les 6 derniers petits km. Je suis avec Suzan et japonaise maillot vert. Je les dépasse dans un passage de sable mou et accélère le rythme, je me sens bien. Elles s'accrochent derrière, japonaise ahane tant qu'elle peut. Voilà lessive.JPGencore une rivière qui nous tend les bras. Une dame nous appelle car nous étions allées tout droit. Encore des rizières où je suis à l'aise sur les petites diguettes, puis nous traversons un village dans le sable, en montée. Je distance les 2 filles, qui se rapprochent sur la portion plate sans pouvoir me doubler. Et voilà qu'on entend déjà les tambours signalant l'arrivée, avec une haie de villageois. C'est la fête. J'arrive la 1°, suivie de près par japonaise, puis Suzan un peu derrière. Le pointeur ne trouve pas ma puce que je lui montre sur le dessus de mon sac, et il me pointe après Suzan, soit 5° de l'étape alors que je suis 3° et il me vole 1mn. Je trouve ça désolant car nous sommes à 1mn près. Espérons que ça ne jouera pas au bout de 6 étapes. En tout cas, je dois trouver une meilleure place pour ma puce. J'ai fait les 46km en 7h17.

La tente est vide à mon arrivée, Philippe est derrière ? Eh oui, il débarque peu après. Pauline arrivera de nuit, après avoir profité de tous les enfants dans les villages.

Le camp est dans une clairière, entourée de baobabs. C'est très beau... mais c'est le paradis des moustiques si près des rizières. Ils attaquent vers 17h, à la tombée de la nuit et ça dure 1h. Je ferme les portes de la tente, tant pis s'il fait chaud, et j'en tue une centaine avant d'aller déguster ma purée aux poireaux.

Je mange chaque jour 400g de ravito, mon sac s'allège d'autant.

 

Mardi, les 42km de la 3° étape vont nous mener dans les tsingy rouges, que j'attends de voir avec impatience. C'est le 1° but de ma course.

Nous commençons par une piste très sablonneuse. La mer n'est pas loin car on traverse des villages de pêcheurs. Et ça y est, la voilà. On se tape de nouveau une longue et magnifique plage déserte, d'au moins 3km de long. Ce sera la dernière du périple. Quand on pense qu'il doit y en avoir des centaines et des centaines comme ça à Mada.

paysage-etape2.JPGNous quittons donc la côte, et nous traversons plusieurs larges lits de rivière à sec, paradis des zébus. Je fais un morceau de chemin avec Mélissa et avec une petite chinoise ou japonaise ? qui s'arrête tous les 100m pour prendre des photos, elle me rattrape après chaque photo. Je finis par distancer tout ce petit monde.

J'arrive de nouveau dans un large lit de rivière, mais pas à sec cette fois. Le cours d'eau n'est pas profond mais on y patauge, et il nous amène au CP2, l'entrée des fameuses tsingy.

tsingy-rouge.jpgLes voilà ! Ce sont des espèces de stalagmites en gré rouge dans des petits canyons, formées par l'érosion. J'arrive tout de suite à une petite formation de tsingy. Superbe ! On les quitte en escaladant la paroi du canyon. Je sème les mecs à cet exercice. Puis j'arrive sur un plateau herbacé et buissonnant. Il y a juste un petit sentier à peine tracé. Heureusement c'est bien balisé avec les petits drapeaux roses. Les eucalyptus succèdent aux buissons. Je retrouve une bonne piste, qui conduit à un point de vue surplombant un autre groupe de tsingy. Je fais un petit détour pour les admirer, ça vaut bien ça. Puis c'est la descente dans un petit canyon, bien raide. Et là, patatra, la tête la 1° par terre... dans du sable. Ouf, je m'en sors bien. Et si je regardais où je mets les pieds au lieu d'admirer le paysage ?

Au fond du canyon court une rivière et nous dans la rivière, heureusement très peu profonde, sur du sable rouge.

etape-3.JPGOn sort du canyon et du massif des stingy pour rejoindre la savane, dans l'herbe. Et qui me rattrape ? Margot, avec ses bâtons, une américaine que je n'avais pas encore vue. Elle finit par me doubler. Je ne la suis pas, elle est trop rapide.

Ce sont maintenant quelques bons km de piste bordée de rizières et de villages. Je croise un monsieur qui porte une bonne dizaine d'anguilles. La rivière n'est pas loin. En effet, elle est large à traverser. Mais si rafraîchissante ! Il y en a qui s'y baignent d'ailleurs. Il reste 2 km, qui finissent par monter sur un petit plateau surplombant la vallée. Le campement y est installé.

Cette fois je termine 5° en 5h53. Loin devant moi : Huang la chinoise multicolore, Maki la japonaise short noir, et tout près devant Suzan l'américaine et Margot, l'autre américaine.

Je ne retourne pas me baigner à la rivière. 4km aller retour ne me tentent pas, et je n'ai pas envie de mouiller mes bandes de momie. Et encore moins juste au pied du camp, pour cause de... crocodiles ! C'est la même rivière que celle qu'on vient de traverser...

 

Mercredi, 4° étape de 40km avec 3 CP, et ça monte ! +500m de dénivelé en faux plat montant continu. On ne s'en apercevra même pas.

Je suis attablée au p'tit déj avec des japonais, très curieux. Nous gouttons nos mets respectifs. Le mien est un mélange céréales/praliné additionné de spiruline pour ma ration quotidienne de protéines, le leur un plat déshydraté à base de riz. C'est bon, mais le rapport poids/calories n'est pas très intéressant. vers-le-lac-sacre-etape4.JPG

Le parcours du jour est dans la savane agrémentée de petites collines, mais nous restons sur le plateau. Je suis avec Philippe jusqu'au CP1. Nous sommes pratiquement toujours sur une bonne piste, avant la traversée d'une rivière au CP3.

lac-sacre.JPGOn emprunte un sentier dans les herbes, qui s'élève jusqu'à surplomber un premier lac sur la droite puis un second sur la gauche. Ce sont les lacs sacrés. Baignade interdite, c'est le domaine des crocodiles. Nous contournons le 2° lac sous les eucalyptus. C'est très beau. Puis on rejoint une bonne piste qui nous amène en ville, à Anivorano. Il y a plein de petits marchands le long de la route. Il me reste 3km sur la nationale 6 (Diégo - Tana), avec grande circulation... piétonne, avant de rejoindre notre campement.

apres-lac-sacre-etape4.JPGJe termine 5° en 5h17. La chinoise a fait une chute hier, elle a le bras en écharpe et continue en marchant. Ce sont 2 japonaises qui arrivent en tête, short noir puis maillot vert, suivies de Suzan et Margot. C'est l'étape où je perdrais le plus de temps par rapport à Suzan.

Philippe est installé quand j'arrive. Ma place habituelle dans le coin à côté des chinois est agrémentée d'un énorme caillou au milieu du dos. Je déménage et me mets entre Philippe et Frédéric qui va arriver.

 

Jeudi, 5° étape : 80km avec 7 CP. Je me rends compte que je n'ai jamais couru 80km de plat. Ou ce n'était pas plat, ou c'était plat et plus long. Vais-je alterner course et marche ou courir tant que je peux pour finir par marcher par obligation ? Je vais d'abord courir 40km, ce que je fais depuis 4 jours sans problème. Après, j'aviserai.

isa3-etape1.JPGJ'ai prévu de manger peu pendant le parcours : un barre tous les 20km. Et je garde des crakers sous la main au cas où un petit creux s'imposerait.

Cette étape va nous mener dans le massif de l'Ankarana, au milieu des tsingy, grises cette fois. Chouette ! Je les attends avec impatience.

Nous partons par une bonne piste. On longe un petit ruisseau dans le même sens que lui, donc on descend. Enfin, si légèrement qu'on ne le sent pas. Nous sommes dans la savane jaunie. Il y a peu de villages par ici. Voilà le 1° CP au bout de 10km. Comme je n'ai pas de GPS et que je ne regarde pas ma montre, je ressens les km au feeling, et je suis toujours optimiste. Le CP arrive toujours plus vite que je ne pense, ce qui est extrêmement agréable et me permet de bien profiter de la course depuis le début.

Comme d'hab je ne m'arrête pas au 1° CP, je prends assez d'eau au départ.

A partir du 2° CP, je prends le temps de m'arrêter pour faire le plein d'eau.

etape-5.JPGOn abandonne la piste pour un sentier dans les hautes herbes. J'aime bien. Un troupeau de zébus encombre le chemin. Une dame les chasse du passage. Merci, la voie est libre. Ils ont l'air pacifique, mais sont impressionnants. Mais voilà que... plouf patatra, je voltige par terre. Sur un trajet aussi facile ! J'ai buté dans la seule pierre du coin, à force d'admirer le paysage au lieu de regarder où je mets les pieds. Un gentil chinois me tend la main. Heureusement, pas de mal.

Le massif calcaire tout gris des tsingy se profile à l'horizon et je m'en rapproche à vitesse grand V, enfin, à la vitesse de mes gambettes.

ankarana2.jpgJ'arrive au CP3 au pied des tsingy, et j'y suis rejoint par Margot. J'y engloutis ma 1° barre, comme programmé.

Nous changeons de direction pour longer le massif de l'Ankarana par l'ouest et vers le sud. C'est une chaîne toute grise, pas très haute, très massive. C'est du corail, et c'est unique au monde. La piste serpente en sous-bois, mais reste néanmoins en plein soleil. Je croise 2 chercheurs du parc national, ils mesurent le chemin... au décamètre. Il y a des vallées qui pénètrent à l'intérieur, et à chaque fois je m'attends à les emprunter, mais non, nous continuons parallèlement au massif. Je suis seule sur le chemin et mon rythme est bien régulier. tsingy-grises.jpg

Déjà le CP 4 ? J'avais compris qu'on pouvait rallonger le parcours de quelques centaines de mètres en option pour aller voir les tsingy. Erreur de compréhension anglaise, c'est pour aller voir des lémuriens. Je les laisse tranquille et je pars tout droit. J'ai parcouru les 40km habituels, et je tiens bien le coup. Alors, on court toujours ? Oh yes ! Les 10 km suivants ressemblent aux précédents, l'Ankarana sur la gauche et la petite forêt en plein soleil au-dessus de la tête.  Je finis par quitter le parc national, sans entrer dans les tsingy. Alors il faudra que j'y revienne !

On retrouve les villages et... des champs de cannes. Je ne suis pas dépaysée. Le paysage est devenu tout vert. Je vois une grosse fumée blanche au loin vers laquelle on se dirige. Ca ne peut être que la sucrerie. gamins.JPG

Les villages se succèdent de nouveau le long de la piste, avec les enfants joyeux, lance pierre en main. Les gens ont même rajouté des bouts de plastique dans les arbres pour renforcer le balisage. Merci !

La piste devient fréquentée. Avec la canne, on y croise des charrettes de zébus, et même des tracteurs. Les maisons sont plus cossues, les toits sont en tôle, et même parfois les murs, et les cours sont fleuries.

Ah, une rivière à traverser. Il y avait longtemps. J'y rejoins quelques coureurs qui font une pause baignade, l'eau est très claire. Et Margot est là. Elle repart devant. Voilà dans la foulée une autre rivière. Oh, mais elle est pleine de boue celle-là. Ca glisse pour y entrer et pour en sortir. Je me rattrape à temps. Philippe y est tombé.

Je suis au CP5. C'est l'heure de la 2° barre de la journée. J'ai toujours le même programme : je cours tout le CP et je fais une courte pause au CP. J'avale les km facilement, sans effort. Alors on continue comme ça. Que du plaisir ! A part mon dos qui frotte toujours, mais j'y suis tellement habituée que je n'y pense pas. Sauf quand je reprends après chaque arrêt, le temps que ça chauffe. Du moins j'ai décidé que je n'y pensais pas.

J’ai trouvé des compagnes, 2 petites chèvres au milieu du chemin me précèdent. Je dois leur faire peur. Je vais donc les suivre sur quelques km, jusqu'au prochain village. Bonne compagnie !

J'atteins déjà le CP6. Il ne reste que 20 petits km, et je vais faire les 10 suivants à un train d'enfer. J'accélère le rythme avec euphorie. Fichtre, je dois être pleine d'endorphine ! Nous sommes maintenant en fin d'après-midi, et il y a du monde sur la piste. Et même des taxis Be. Les voyageurs m'encouragent.

trafic-routier.JPGLe CP7 arrive vite à cette allure. 3° repas de la journée, 3° barre. Ca me suffit. Je mangerai bien ce soir. Il ne reste que les 10 derniers km. Evidemment que je vais les faire en courant ! Je ralentis l'allure néanmoins, et j'allume ma lampe, et la lumière clignotante rouge obligatoire à l'arrière du sac. Et oui, il fait nuit à 18h. Les villages sont dans la pénombre, il n'y a pas d'électricité, et les gens vivent dans le noir. On voit peu de points lumineux. Le balisage est phosphorescent, on le voit très bien dans la lumière de la lampe. De toute façon il n'y a pas de surprise, la piste file tout droit. On ressent juste les passages plus sableux où j'adapte ma foulée. Il y a une lumière devant, que je rattrape et dépasse. Un chinois.

J'arrive à l'entrée d'un gros village, et voilà le terrain de foot où est installé le camp. Il est 18h40, j'ai fait 40mn de nuit. Je suis hyper contente, j'ai couru les 80km intégralement. Beaucoup on marché du CP6 au 7, alors que je m'y suis envolée.

Le pointeur a disparu à mon arrivée, avec la douchette dans sa poche. Tout le monde le cherche désespérément, enfin, c'est surtout moi qui suis désespérée. Il mettra bien 2mn à venir. Il ne manquait plus que ça. Ca me coupe ma joie d'être arrivée. Je me suis décarcassée pendant 10h41, et j'ai l'impression que ça n'a pas d'importance. C'est le contre coup de la pression de la journée. Une dame note l'heure à la main et elle tiendra compte de ce temps-là.

Je suis de nouveau 5°, c'est ma place. Suzan et Margot sont arrivées ensemble 10mn avant. Bonne journée pour moi ! Les 2 japonaises sont loin devant.

Philippe se couche quand j'entre dans la tente. Frédéric arrive vers minuit. Je n'ai pas entendu entrer Pauline. Elle n'est pas là à 5h quand je me réveille, elle a fait un malaise en arrivant et est à l'infirmerie. Les 2 chinois restants, il n'en reste plus que 2, arriveront le lendemain matin.

 

Nous voici déjà vendredi, et c'est repos pour moi, pendant que les marcheurs arrivent encore toute la matinée.

Le campement est installé sur le terrain de foot du village, il n'y a pas de buissons discrets environnants. Me voilà donc dans l'obligation d'utiliser pour la 1° fois les toilettes du camp. Et elles sont très bien ! Certes ce n'est qu'un trou creusé dans le sol, mais ça reste propre. Un nouveau jeu de cabines est inauguré au cours de la journée pour absorber la vidange des intestins de tous les coureurs. J'ai pris des petits chaussons d'hôtel qui tiendront juste la semaine, mais je remets mes baskets pour aller chez Jules, c'est plus prudent.

Après cet intermède hygiénique, je vais visiter le village, ce qui est interdit dans le règlement. C'est un village assez grand, traversé par une route bitumée. Les maisons sont espacées les unes des autres, mais non clôturées. On a l'impression d'être chez les gens alors qu'on peut circuler librement entre les maisons. Il y a des puits communs, l'eau n'est pas profonde. Les enfants sont de corvée pour la puiser. Je rencontre Nicolas qui a eu la même idée que moi. C'est l'italien de la tente voisine, qui arrive toujours 1° dans sa tente, donc nous avons largement eu le temps de faire connaissance avant l'arrivée de nos coturnes respectifs. Nous allons boire un coup à la minuscule boutique et manger des bananes. Des gamins nous proposent de nous montrer le lac. Oh oui ! Douche en perspective ! C'est plutôt un étang, mais l'eau y est claire. On s'y baigne. Oh que ça fait du bien !

En musardant nous tombons sur la laiterie, installée dehors. Le lait est dans des jerrican en plastique. Il bout dans une grande marmite, puis on en fait du yaourt, qui sera vendu en ville. J'en goûterais bien, mais pas avant la fin de la course. Je n'ai pas envie de visiter nos belles toilettes à tire larigo. Normalement on ne risque rien avec du yaourt, contrairement au lait.

Toute ma tente rêve de bananes. La petite marchande va faire fortune, bien qu'elle n'ait pas beaucoup de stock à vendre.

Tiens, un endormi se balade dans l'arbre du camp, sous lequel nous faisons la sieste à l'ombre. Il a un succès fou.

Il est midi passé et les derniers arrivent. C'est assez émouvant. Un de nos chinois en fait partie. Il carburait plutôt bien jusque là, mais il a rendu l'âme sur la longue marche. Certains peuvent à peine marcher, appuyés sur leurs bâtons. On leur amène une chaise sur la ligne d'arrivée.

Je retourne meubler mon après-midi dans le village. J'ai des bons pieds et je peux marcher. Je rencontre 2 petites vieilles qui arrondissent les fins de mois en tressant des paniers et en remplissant des oreillers de kapok. Un monsieur de la ville vient leur acheter leur production 2 fois par semaine.

Pour cette journée de farniente et de balade, j’ai agrémenté mon unique maillot de rechange de manches légères et amovibles pour me protéger du soleil, bien pratiques.

Dans l'organisation, il y a des bénévoles de toute nationalité. Cela permet aux coureurs non anglophones d'avoir un relais. Mathias est le francophone de l'équipe, pour les français, les belges, les suisses, les libanais.

Pauline est requinquée.   Plutôt que de jeter son surplus de pharmacie, je lui propose de la donnr à la petite malgahce préposée à l'eau, qui sera ravie.

 

Samedi, voici la dernière étape qui pointe son nez : 10 tout petits km avec un sac bien léger. Enfin presque. Il nous reste le matériel obligatoire à porter. Je revêts pour l'occasion des vêtements propres, le maillot de rechange et le short que je mettais au campement et qui me servaient aussi de pyjama.

Nous partons en 3 groupes, les tortues à 7h, les pingouins à 7h30 et les lièvres à 8h30. Je fais partie des plus lents des lièvres. J'ai donc largement le temps de musarder au réveil. Mon objectif du jour est de prendre une bonne cadence et de la maintenir sur tout le parcours.

Le départ est lancé. Nous traversons notre village pour prendre une piste, sablonneuse pour changer. Je me retrouve à la fin du peloton comme prévu. Maki japonaise maillot vert reste derrière. Elle a tout donné avant et sa 2° place est assurée. Je double un chinois, puis Jan Jill le hollandais avec qui j'ai fait un bout de chemin tout au long de la semaine et que je largue toujours en fin de parcours, puis Suzan qui n'en peut plus. Margot est plus lièvre que jamais, elle est devant.

isa-etape6.JPGCette fois, ce sont des marcheurs que je double, tortues ou pingouins. J'approche d'Ambilobe, la grande ville du coin et les habitations sont de plus en plus nombreuses et en dur. Il commence à y avoir de grandes maisons. J'arrive sur la route. Je maintiens une bonne cadence régulière. Je traverse toute la ville, c'est jour de marché et il y a foule, et heureusement peu de voitures. La police dégage la voie. Les malgaches nous font une haie d'honneur, c'est l'arrivée finale.

Une bonne THB m'attend, mais d'abord je retire dare dare toutes mes couches d'élasto qui m'ont transformée en momie. Des brochettes de zébu et du manioc frit accompagnent la bière, ainsi que des danses malgaches. Mais comme je suis arrivée une des dernières, je ne profite pas longtemps de la liesse de l'arrivée. C'est dommage. J’ai loupé une demande en mariage et ceux qui déploient le drapeau de leur pays sur la ligne d’arrivée. Nous sommes 43 nationalités représentées.

J'ai fait les 10km en 55mn, ce qui est tout à fait honorable pour moi qui ne suis pas une spécialiste de cette distance et avec 240 bornes dans les papattes par dessus le marché. Je fais 4°, c'est Margot la plus lièvre, suivie de Mélissa qui était dans le groupe des pingouins, et Mayumi est juste devant moi. Je peux être satisfaite de ma performance du jour !

 

Bilan de la course :

Je termine 4° féminine en 35h pour les 250km. Pas mal ! Et 26° au scratch.

Suzan est 20mn devant et Margot 10mn derrière. Maki est 2h30 loin devant, avec Mayumi.

Mes points forts : la 1° étape avec l'habitude de la chaleur, mon sac "léger", mon hydradatation dromadaire, je bois peu par rapport aux autres, et courir dans le sable mou

Mes points faibles : mes chaussures pleines de sable à vider et les frottements de mon sac sur ma délicate peau

 

Puis c’est le retour en minibus à Diégo, 4h sont nécessaires pour faire 130km vu l'état de la nationale pleine de trous.

Je n'ai qu'une envie : retourner dans les tsingy grises pour rentrer à l'intérieur du massif.

Le soir, c'est la soirée traditionnelle de remise des prix. Je suis 1° des quincas. J'écope d'un horrible trophé en plastique fabriqué en Chine, alors qu'il y a un artisanat très varié à Mada. Ma tablée le trouve magnifique. En tout cas, je leur fais découvrir le rhum arrangé local à ma tablée.

Je regagne mon lit assez tôt, alors que la plupart poursuive en boîte fortement alcoolisée. Très peu pour moi.

Le lendemain je repars dans les tsingy grises pour y randonner, une autre façon de les découvrir.

 

 

Published by Isabelle - dans Récits de courses
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24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 18:18

 

TRANSOMANIA 2014

1° édition

  

Mes baskets m’entraînent au Sultanat d’Oman en ce début d’année, pour la 1° édition de la Transomania, organisée par Cyril Fondeville de RSO, 285km non stop avec 6000m de dénivelé, moitié en montagne et moitié dans le désert. On part de la plage et on arrive sur la plage, donc on descend autant qu’on monte.déniveléLes points de ravitaillement sont situés tous les 25 à 30km, on y trouve de l’eau, pas toujours chaude, et quelques fois une tente sans natte, ni matelas, ni couverture. On a le droit de déposer un sac au milieu de la course.

Le matériel obligatoire comprend entre autre un sac de couchage et 6000kcal à ingurgiter, et surtout à porter. Mon sac de couchage sera une petite couverturemédaille oman polaire, autorisée, plus légère que mon sac de couchage. Elle pèse 300g. Quant aux menus, légers et caloriques, j’ai opté pour de la purée et des nouilles chinoises avec des sauces déshydratées, des céréales et des oléagineux en poudre. J’ai mes 6000kcal, pas une de plus. Nous devons également quitter chaque avec 3l d’eau.

Pour porter tout ça, un sac de 10 litres fait l’affaire.

Je fais le choix de ne pas prendre de bâtons, de partir avec des chaussures de montagne et de mettre celles du désert avec les guêtres dans le dropbag, bien qu’on ait un CP de sable avant de pouvoir le récupérer. La course étant balisée, je ne prends pas de GPS, ce qui sera une grosse erreur.

Pour rejoindre Muscat de la Réunion, il faut une nuit et 3 avions. Je n’ai pas de décalage horaire. J’arrive à Oman le samedi matin, pour un rendez-vous le dimanche midi à l'hôtel de l'organisation de la course. Je m’y rends le matin et j’en profite pour visiter la Grande Mosquée juste à côté. J’y rencontre une dame omani, avec sa grande robe noire et son voile sur la tête. Elle a deviné que je suis une coureuse de la Transomania !

Puis je barbote dans la piscine pour attendre l'heure du départ. Je suis la seule.

Il y a 3 courses : 285km, 200km et 130km. On est 48 sur la 285 qui réunit le plus de coureurs, et 12 nationalités en tout, en majorité des français et des italiens.

Je retrouve Marta l’italienne, avec qui j’ai déjà couru en Namibie et en Chine. Il y a aussi Roberto et Paolo, également italiens, et Isa l’infirmière, que j’ai déjà rencontrés en Egypte.

Je ne connais pas les autres, mais certains me connaissent de réputation. campement départ 2

Après 2h de bus, nous arrivons au campement de White Beach, sur une belle plage, au nord de Muscat. Ce sont des tentes de 2, et je partage la mienne avec Brigitte, une allemande.

Toilettes inédites : Nous avons le droit à un petit siège pliant, dont l'assise est percée, avec un sac en plastique dessous. Le tout au milieu d'une petite tente. Ahmed, mister caca, est chargé de changer le sac en plastique à chaque utilisateur. Bilan : c'est très propre et somme toute agréable, sauf en pleine nuit quand Ahmed dort.

On n'a pas mangé à midi, les petits gâteaux aux dattes du goûter sont les bienvenus.

Nous avons le reste de l'après-midi libre. Je fais trempette dans la mer d'Oman. Elle est à 22°C en plein hiver.

La nuit tombe à 18h, et il fait tout de suite beaucoup plus frais. On a un buffet le soir, omani donc indien.

La mer fait un boucan d'enfer pour dormir. J'avais prévu, je mets les boules quies.

Le dimanche, je me lève avec le jour, à 6h. Le lever du soleil sur la mer est magnifique.

On a de la confiture de dattes au p'tit déj. C'est délicieux, avec le pain genre chapati.

Contrôle du matériel obligatoire. Mon sac de couchage spécial Transomania n’est pas ouvert, le détail des fameuses calories n’est pas passé au crible. Côté médical, Isa me connaît, pas besoin d’interrogatoire, ni de CV e coureuse, ni de conseils de gestion de course.

On nous donne une balise GPS, pour pouvoir être suivi sur internet, et avec un bouton "au secours". C'est petit et léger, et il n'y a pas de piles de rechange à porter.

Le départ est prévu le soir à 21h. Je n'aime pas partir le soir, à l'heure où je vais me coucher.

Le repas du soir n'était pas prévu dans l'organisation, j'ai amené le mien. Mais tous les coureurs râlent, si bien que Cyril fait préparer des pâtes.

Certains coureurs sont déjà prêts pour le départ. Pas moi. Je m'élastoplaste au dernier moment. J'en mets aussi sur les orteils, ceux qui sont faibles. Quand aux chaussures, vraiment au dernier moment. On les aura assez longtemps sur les pieds.

Et voilà 21h le lundi soir, c’est le départ. On commence par un prologue de 4km,montagne 11 c’est-à-dire que le chrono est déclenché dans 4km, et qu'on attend les derniers pour partir tous ensemble. Je décide donc de faire ce prologue en marchant, pas la peine de s'épuiser pour rien.

Je me retrouve dans le peloton de queue, 2 marcheurs derrière moi et le serre file. Je rejoins Sandy, qui file tout droit dans un wadi (un lit de rivière à sec) sous la voie express. Je m'aperçois vite que nous ne sommes pas sur le bon chemin. Personne devant, pas de balisage. Si si c'est tout droit disent les autres. On arrive au fond de la rivière, il faut faire de l'escalade. Impossible. On s'est paumé. A 2km du départ. Le serre file de l'organisation est aussi perdu que nous, il ne connaît pas le parcours. Me voilà bien. J'aurai mieux fait de courir un peu. Les GPS donnent toutes les directions possibles, personne n'est d'accord. Ca doit mal capter entre les falaises. Demi-tour, et on reste groupés svp. Pas facile de faire respecter cette consigne. On finit par retrouver le bon chemin. Ouf ! Il fallait sortir de la rivière avant la voie express. On reste ensemble jusqu'au prochain village, mais ils sont lambins, mes copains d'aventure. Je suis sûre que le départ a été donné sans nous attendre.

On retrouve l'organisation au dit départ. Effectivement, on ne nous a pas attendus ! Fichtre, quelle erreur stratégique ai-je commise ! Et bien, les choses sérieuses peuvent commencer ! Je suis 48° sur 48 !

montagne 13On attaque par "le mur", une grimpette de 1500m de dénivelé, très réputée. En fait c'est une piste de 4x4, avec certes quelques portions bien raides. J'abandonne mes lambins, et j'attaque la montée, bien plus vite que je n'avais l'intention de la faire initialement. Mais j'ai combien de retard sur le gros de la troupe ? Il faut que les rattrape ! Tant pis si je le paye plus tard, je m'adapterai à ce moment-là. Je vois les 3 lampes des copains qui s'éloignent derrière, dans les virages de la montée, et les lumières de la côte qui rapetissent.

J'arrive d'un bon train au CP1, vers minuit, un simple 4x4 en haut du col. Je fais le plein d'eau et je repars dare-dare. Je demande si les autres sont loin devant. Non non, tu ne vois pas leurs lampes là-bas devant? Non, je ne vois que des étoiles. Et ce sont bien des étoiles, pas des lampes.

En tout cas, je ne sens pas le froid de la nuit et de l'altitude. Je reste maintenant sur une zone d'altitude moyenne constante, mais qui est en fait une succession de montées et descentes. Impec pour courir et se dérouiller les jambes dans les descentes.

Je scrute les lumières devant, mais il n'y a toujours que les étoiles.

Voici quelques maisons endormies, avec l'incontournable 4x4 devant. Que vois-je ? Une lumière verte, une jaune, une qui clignote, là, pas loin devant. Des coureurs ! Ou plutôt des marcheurs. Nous avons obligation d'avoir un stick lumineux la nuit à l'arrière du sac. Je rattrape et dépasse allègrement les 4 marcheurs, avec un grand salut et un sourire fendu jusqu'aux oreilles, et je les laisse en plan. Il y a Claudine et Marta dans le lot. Je ne suis plus presque dernière ! Ouf ! Ca me requinque !

Je suis maintenant dans une belle descente qui me mène à un village. Je lemontagne 15 traverse tout droit, et je trouve que la piste se dégrade. Ca remonte, et j'arrive aux dernières maisons, et à un cul de sac. Je suis dans le noir complet, seuls les yeux phosphorescents des chèvres que je réveille m'entourent. Encore perdue !

Demi-tour dare-dare vers l'entrée du village, il fallait tourner à gauche. Pourvu que mes 4 marcheurs ne m'aient pas re-dépassée ! Ce serait le comble.

C'est tout de même difficile de voir les rubalises dans la nuit. L'intersection n'était pas franchement bien repérée. Mais le moral est bon et je repars d'une bonne foulée. Ca remonte, ça redescend, et de nouveau des lumières vertes ou jaunes, voire bleues. Ils marchent tous, je cours et je double, avec un grand salut de rigueur. Et je m'éclate dans les descentes.

Me voici arrivée au CP2, tout en haut. Il y a du peuple. Il y a un grand feu réconfortant, car il ne fait pas si chaud que ça quand on s'arrête. Ce CP est sensé être sans eau chaude. Néanmoins des bouteilles d'eau sont à côté du feu, fournissant de l'eau tiède. Ca râle parmi les coureurs, car elle n'est pas assez chaude pour les lyophilisés ou les pâtes. Peu m'importe, j'avale un peu de noix et amandes en poudre, je n'ai pas besoin d'eau. Je suis 30° maintenant, je ne tarde pas pour repartir.

montagne village 4Le jour se lève peu de temps après. Je découvre une vallée, bordée de parois raides, très minérale, que du caillou rouge. Un village de temps en temps avec quelques arbres, les enfants font signe.

Que c'est beau !

Je galope et je double inlassablement.

On rejoint une autre vallée, je traverse un wadi, avant d'être au pied d'une montéemontagne 12 costaud. 800m de dénivelé m'attendent. Je les attaque allègrement. Je commence à avoir un petit creux, je grignote en marchant. Tiens, c'est Brigitte que je rattrape, flanquée de Didier le belge.

Je pensais que la barrière horaire était à 12h au CP5, je ne fais jamais attention à ce genre de chose normalement, mais Didier me rassure, c'est au CP4.

A l'entrée du village, j’atteins le CP3. Juste une table et une natte par terre, en plein soleil. Il y a quelques biscuits pour nous réconforter. C'est parfait.

Brigitte et Didier arrivent, en courant, pour le principe disent-ils. Vu la pente, ils devraient mettre les principes de côté !

Je repars rapidement. Le CP suivant n'est qu'à 4km. Je traverse le village, calme, et ça continue de grimper assez raide jusqu'à un petit col, dans cet univers de pierres.

montagne CP4Le CP4 est en tout en haut. Nous sommes à 2000m d'altitude. C'est la fin du parcours sur la piste, après ce sera un sentier.

J'enlève une couche d'élasto sur le ventre qui me serrait trop, ça me donne envie de vomir, et je m'en fais remettre une dans le dos et sur les épaules, il est encore temps avant que ça ne frotte trop. Je n'ai pas pris de bidons dans les bretelles du sac, car ça me fait toujours mal aux épaules, et j'aurai beaucoup moins de frottements que d'habitude, que ce soit dans le dos, sur le ventre, les épaules, le cou. Bref, j'ai la totale d'habitude. Cette fois, c'est vraiment beaucoup mieux. Chouette, quel confort !

Je suis maintenant 17°. Ce n'est pas une belle remontée ça ? Je ne sais pas si j'arriverai à rattraper ceux de mon niveau, la seule référence théorique que j'ai est Florence, et je ne sais pas si elle est loin. Je ne regarde même pas sur la feuille deisa CP5 6 pointage, je préfère rester dans mon tempo sans me poser de question. Il est 10h, nous sommes mardi, et j'ai atteint la 1° barrière horaire du parcours qui est fixée à midi. Je n'y suis tout de même que 2h avant, c'est bien la 1° fois que je suis si proche d'un temps limite.

Je fais la connaissance de Pascal à ce CP, un réunionnais de l'organisation qui vit à Oman. Il est enchanté de trouver une compatriote.

montagne 3Voilà la partie la plus intéressante du parcours qui s’annonce : de la montagne et du sentier. Le balisage est sommaire, des gros carrés jaunes et blancs, mais très espacés, et des points oranges entre les deux sur les cailloux. Ca commence par une bonne descente dans un pierrier. Ouvrons les yeux pour repérer les fameux points oranges. Les mecs descendent avec précaution, je double toute la bande.montagne CP5 3
On est sur un plateau en crête qui domine tout le coin. C'est superbe.
Ca monte et descend sans cesse. C'est super. Vraiment je m'éclate.
J'arrive sur un petit sommet, un groupe de touristes français m'encouragent. Ils sont babas de voir passer là des coureurs.
Et je tombe sur... Florence ! Elle est perdue et cherche désespérément son chemin. On fait un bout de route ensemble. Quelle surprise quand elle m'annonce qu'elle est en 3° place des féminines, car du coup, moi aussi ! Mais je vais plus vite qu'elle. Aussi quand le sentier devient bien tracé, je pars devant. Je passe une barre rocheuse et j'arrive en haut de la grande descente qui nous ramène tout en bas dans la vallée. Quel magnifique pierrier s'étale devant moi ! Mais où sont les marques oranges ? Invisibles ? Je prends à droite, à gauche, je descends, je remonte, et que ça monte ! Tout ça dans les cailloux, 1 fois, 2 fois, 3 fois, et alors, elles sont où ces marques ? Je vais devoir attendre Florence pour m'en sortir ? Et bien justement, la voilà. Elle trouve la bonne voie, là, de l'autre côté de la petite ravine.
montagne CP5 5On décide sagement de descendre ensemble. Elle donne l'orientation générale avec son GPS et je repère le marquage, qui nous évite de tomber sur des à-pics infranchissables. Ce n'est que de la caillasse, avec des passages de grandes dalles pentues. Dommage qu'on soit obnubilées par la pensée de ne pas se perdre, ça gâche la beauté du paysage. Mais je descends plus vite que Florence.

On passe près d'un troupeau de chèvres. Puis on croise un jeune ânier avec son âne. Il ne parle pas anglais, mais nous demande de l'argent. Etonnant dans un pays de nantis. Il ne doivent pas l'être tant que ça dans les montagnes. A moins qu'il ne soit pakistanais.
Le chemin est maintenant bien visible. Je lâche Florence et descends dare-dare. Je longe une grande ravine en surplomb qui plonge directement dans la vallée. Oui, c'est superbe.

Je croise un troupeau d'ânes. L'ânier me fait comprendre que c'est moi qui dois me pousser, avec un grand sourire et des gestes sympathiques.

WBK 1Ah ça y est, je vois le village et "les piscines", de magnifiques bassins bien propices à la baignade. On passe à côté du village, les rubalises me guident maintenant sans problème. Ca y est, je suis près de l'eau. Les photographes de la course débarquent. C'est le CP5, Wadi Bani Khalid. Il est 17h et j'ai fait 80km officiels depuis le départ, un peu plus avec les erreurs à rallonge de parcours. A partir de là, on sort de la montagne.isa CP5 7
Je suis accueillie par l'équipe de Sylvie, qui propose des spéculos, mmmmh, et le médecin, qui tient à inspecter mes pieds. Mais ils n'ont rien mes pieds ! J'enlève mes chaussures pour la 1° fois de la course pour me masser les petons. Ils vont très bien. Ce n'est pas le cas de tout le monde, il y en a qui n'aiment pas les cailloux.
Il y a Haethe au CP, la canadienne qui a gagné la dernière Badwater paraît-il. Je ne la connaissais pas du tout jusqu'alors. Fichtre, j'ai même rattrapée la 2° ! Elle repart, elle court avec un anglais qui a l'air de bien l'aider.
Voilà Florence qui arrive. Elle s'est encore perdue.
D'autres coureurs suivent. Ils se sont aussi perdus à un moment ou un autre, dont beaucoup à la fin. Certains arrivent carrément en sens inverse.
Je mange rapidement ma mixture de céréales au praliné, délicieux et énergétique, et repars sans prendre un bain. Même pas tentant.

WBK canalOn longe les canaux d'irrigation de la vallée, puis je traverse une petite ville. Les enfants m'accompagnent, un monsieur qui vend du poisson à l'arrière de son 4x4 me fait un grand signe. Je quitte la vallée pour monter vers un col. La nuit tombe. Ca fera 10km de route. Une voiture s'arrête, le conducteur ne parle pas anglais, mais veut visiblement m'avancer. Et non monsieur, je continue à pied !

Arrivée en haut, je reprends un chemin qui descend bien raide vers un wadi. C'est du sable mou, il n'y a qu'à se laisser porter. En bas, on traverse la route et j'aperçois une lumière sur cette route. C'est Florence, qui n'a pas pris le chemin balisé. Elle part à gauche et je pars à droite dans le wadi. Je l'appelle car je suis le balisage. Elle me rejoint et nous faisons route ensemble. Nous sommes toujours dans le sable, et parfois dans les cailloux. Dans la nuit on ne voit rien du wadi, mais il paraît qu'il fait 300m de large et est encaissé entre 2 belles parois. D'ailleurs voilà que nous buttons contre. Nous avons perdu le balisage et le GPS nous envoie droit sur la falaise. Petit problème. Nous décidons de continuer dans le lit de la rivière. Ca y est, on retrouve les rubalises. Ouf !

Le wadi se termine par une bonne piste, fini le sable. On a un p'tit creux, on partage nos provisions de route, cacahuètes pour Flo et Tuc pour moi. Et on papote en courant. Le chemin est facile, et nous sommes distraites sur le balisage. Mais au fait, ça fait un petit bout de chemin qu'on n'en a pas vu. Aïe aïe aïe. Le GPS nous indique la gauche. Demi-tour. Effectivement, il y a un chemin à droite étant donné qu'on a changé de sens. Il fallait voir la flèche de peinture blanche sur une pierre en pleine nuit... Heureusement, nous n'étions pas loin. Désormais, nous restons attentives à la trajectoire, et nous arrivons sans nouvelle encombre au CP6.

On avait envie de faire une halte dodo, mais le coin est moche. Il n'y a pas de tente, il faut dormir dehors, à côté d'une grande route. Je ne suis pas fatiguée, j'entraîne Florence à continuer. On mange rapidement et on repart. balisage 1

Nous prenons une piste avec du sable très mou. Florence a mal aux pieds, elle trottine néanmoins, je marche vite, à son allure. Nous longeons des dunes paraît-il. On voit juste dans le halo de la lampe une petite dunette de... 50cm de haut. C'est ça les dunes omani ? Elles doivent être derrière. Puis nous devons suivre une ligne Haute Tension. Les pylônes ne sont pas éclairés. Au bout d'un moment, la piste principale tourne à gauche toute. Il n'y a aucun balisage à ce niveau. Florence confirme au niveau GPS. Alors à gauche toute. On doit se diriger vers une antenne, mais il se trouve qu'il y en plusieurs d'éclairées. Nous trottinons toujours et nous ne voyons toujours pas de balises dans cette direction. Qu'en pense le GPS ? Il indique arrière toute ! Aïe aïe aïe. Florence est désespérée, avec ses pieds en mauvais état. Elle veut suivre la direction du GPS et couper tout droit dans la nature. Je refuse. On risque de tomber sur des dunes, une clôture, un mur ou je ne sais quoi. Il y a dans le coin une décharge et une usine de poulets à éviter absolument.

isa CP11 2La mort dans l'âme nous faisons demi-tour, mais c'est la solution la plus raisonnable. On repart en trottinant. Il y a plein de lumières lointaines, des antennes, la voie express, les phares des voitures sur cette route. Mais que vois-je soudain ? 3 points lumineux verts qui se déplacent parallèles à nous et dans la même direction. Des sticks lumineux de coureurs ! Quelle lueur d'espoir ! Nous sortons les sifflets, mais ils ne nous entendent pas. Nous continuons sur notre piste, avec toujours les poins verts à vue, jusqu'à retrouver l'intersection sous la ligne HT. Nous reprenons la bonne direction, et miracle, les balises réapparaissent.

Nous traversons un petit wadi. De nouveau plus de balises. Les points verts coupent tout droit vers une antenne, direction donnée par le GPS. Nous décidons cette fois de faire de même. Le terrain est sableux, avec des petites bosses et creux.

désert 2Près de l'antenne, un 4x4 vient à notre rencontre. C'est Thomas, de l'organisation. Il nous cherchait car le CP suivant ne lui donnait pas de nos nouvelles, et pour cause, nous en sommes encore loin. Il vient de remettre les points verts sur le droit chemin et fait de même pour nous. Nous suivons la voiture jusqu'à retrouver la piste et le balisage. Merci Thomas !

Mais la nuit avance et nous savons que nous ne serons jamais à la barrière horaire de 8h au CP8, c'est impossible. N'y pensons pas, ce n'est pas la préoccupation du moment.

Les balises ne suivent pas la piste, c'est bizarre. Et en voilà une, là, de l'autre côté. Le point lumineux est jaune, un peu haut, et horizontal. Mais qu'est-ce qu'elle fait par là ? Il faut aller voir. Nous nous dirigeons vers cette balise étrange, quand je réalise que c'est... la lune ! On peut toujours essayer de l'atteindre ! La veille j'ai vu la lune se lever à peu près à cette heure-là, vers 3h du matin, petite, jaune et horizontale. Très surprenante. désert 7

Mais maintenant nous devons retrouver notre chemin, le bon. Il y a des traces de 4x4 partout, et on tourne un bon bout de temps en rond avec nos cerveaux embrumés, avant de retrouver la bonne voie. Que de temps et d'énergie perdus !

Cette fois nous passons à côté de la fameuse décharge et de la fameuse usine de poulets. C'est étrange, j'ai l'impression de connaître cet endroit et d'y être déjà passée. Comment se fait-ce ? Mais bien sûr, nous sommes passés là en bus pour rejoindre le camp de départ, mais de jour.

Nous décidons avec Florence de terminer la course ensemble, après cette nuit de galère.

Nous quittons la piste avec le lever du jour, pour traverser une zone de dunettes,désert chameau 1 avec du sable en conséquence bien mou. On monte, on descend, on remonte, on redescend. Cette fois, il y a des rubalises tous les 50m, et il fait jour, impossible de se perdre ! Nous croisons des troupeaux de chameaux. La clôture à chameaux est un long fil de fer barbelé à hauteur de nos têtes, qui correspond à celle du cou des chameaux. Ils ne doivent pas avoir l'idée de baisser la tête pour passer dessous.

Mes guêtres pour le sable sont dans mon dropbag au CP8. J'ai plein de sable qui rentre dans les chaussures. Cela ne m'abîme pas les pieds, mais il s'amasse au bout des chaussures et je n'ai plus de place pour mes orteils. Je suis obligée de les vider régulièrement.

Voici un 4x4 de l'organisation qui nous rejoint. "Ah les filles, vous montez, on vous emmène au CP". On se regarde avec Florence. Quoi ? Monter dans un 4x4 pendant la course ? Que nenni. Nous refusons en bloc. "Mais si, tout le monde s'est perdu et on a ramené tout le monde en voiture, vous pourrez repartir après normalement". On a tellement perdu de temps et fait de km en plus qu'on monte, à contre coeur. On est à 500m du village, et le CP est après. On apprend que toutes les barrières horaires sont levées. Il est l'heure de celle du CP8 et nous sommes au CP7. Ouh lala, quelle organisation catastrophe !

trace chameauBeaucoup de coureurs se sont perdus également dans la partie des dunettes, qui venait d'être re-balisée quand nous sommes passées. En effet, les chameaux avaient mangé toutes les rubalises ! L'organisateur est un spécialiste des courses à Oman, il ne connaît pas les habitudes des chameaux ?

Je descends tête basse du 4x4 tellement j'ai honte, même si tout le monde est arrivé par le même moyen.

Et ceux qui ont suivi leur GPS n'ont jamais trouvé le CP, car il a été placé à 500m du point GPS enregistré...

C'est un gros CP, magnifiquement situé entre 2 cordons de dunes. isa CP5 4

Je ferai bien une sieste d'1/2h, mais Florence préfère 45mn. J'ai une bonne place sous une tente. Florence se fait soigner les pieds, si bien que j'ai le temps avant de repartir. De quoi prendre un bon petit déjeuner.

Il ne devait y avoir que du café sur les CP. J'avais demandé du thé avant le départ. Ce n'était pas prévu mais j'ai eu gain de cause.

Tous les recalés de la barrière horaire du CP4 sont là, très déçus. Cyril n'a pas l'idée de les faire repartir, même sans dossard, pour la partie désert de la course ? Surtout maintenant qu'il a aboli les barrières horaires ! Je ne sais pas si cette idée que j'ai répandue a fini par arriver à ces oreilles, mais c'est ce qu'il finira par faire.

Claudine, qui est une des recalés, me file des vieilles guêtres. Je n'ai pas les chaussures qu'il faut, mais j'arrive à les faire tenir tant bien que mal avec les épingles à nourrice de mon dossard après quelques essais et quelques arrêts.

Florence et moi repartons donc, au milieu des dunes. Elles sont belles. Florence a de nouveaux pieds, mais nous n'allons pas du tout à la même allure. Je cours sur le plat et dans les descentes, jamais dans les montées. Elle court dans les montées. En moyenne nous allons à la même vitesse au début, puis je prends la tête. Je l'attendrais au CP suivant.

trace scarabéeNous courons dans la partie basse des dunes, couverte de touffes d'herbe. La partie haute n'a pas de végétation du tout, avec des pentes fortes. C'est vraiment très beau. Il y a des scarabés qui traversent la piste, laissant de drôles de traces.

Pas de bol, je sens un début de tendinite du releveur qui débarque. Et bien je m'en accommoderai.

Je croise le 4x4 du photographe qui m'encourage, à l'approche du CP8. désert 17

Le voilà, il est situé au Safari Camp, un campement pour touristes. Il y a la petite tente qui nous accueille, et nous pouvons profiter de chambre et douche.

Le CP8 est le départ de la course de 130km. Il me reste donc la bagatelle de 130km à faire.

Le temps que Florence arrive, je strappe ma cheville pour la tendinite, contre l'avis du médecin présent. Peu m'importe son avis. J'ai mon dropbag, avec une délicieuse boîte de raviolis froids et des biscuits. Quel régal ! Heureusement que je n'ai pas besoin d'eau chaude, car c'est difficile à avoir. Je n'ai pas mangé de viande depuis le départ. Mes menus étant pauvres en protéines, j'ai emmené de la spiruline, mais je ne l'ai pas retrouvée dans mon sac. Elle était planquée avec la pharmacie, pas au bon endroit.

désert dune 1Je change de chaussettes, de chaussures, avec guêtres cousues dessus, et je mets un maillot plus léger, il fait plus chaud qu'en montagne. Et je me masse bien les jambes et les pieds.

Je préviens à la ronde que je me déculotte pour me crémer les fesses. Voilà justement le photographe qui se ramène. Au bon moment. Photos interdites.

Nous prenons des nouvelles de Haethe. Elle dort, elle abandonne et elle estdésert dune 2 devant, tout ça en même temps. Pas moyen d'avoir une information fiable.

Nous repartons avec 2 gars, mais ça discute au lieu de se mettre en route. Je houspille la troupe, j'ai assez attendu, ce n'est pas la peine de tarder plus, on perd trop de temps pour rien.

isa CP11 1Je suis rapidement devant Florence, elle ne suit pas le rythme. Ses pieds la font de nouveau souffrir. Nous avons une longue montée devant nous. Je la gravis à ma vitesse en marchant vite, et j'attends Florence en haut, en m'allongeant dans le sable.

désert CP8 1Les 2 gars passent, puis elle apparaît. Elle n'arrive vraiment pas à suivre, elle me demande de partir devant et de faire ma course. Dommage, pour une fois que j'étais prête à courir avec quelqu'un, mais elle a raison.

Me voilà donc repartie, la nuit tombe sur le sommet de la dune. Je ne vois bientôt plus que le rond de la lumière de la lampe. C'est toujours tout droit maintenant, et c'est toujours une succession de montées et de descentes, dans un sable mi-mou. Il faut des fois suivre la trace du 4x4, des fois se mettre à côté. La nuit on ne sait pas si on monte ou si on descend quand la pente est faible. Je cours tant que ça ne durcit pas dans les jambes. Ou je fais un peu de marche arrière, on sait tout de suite si ça monte.

J'aperçois les premiers reliefs de sable juste au bord de la piste quand je tourne la tête, c'est tout. Ca y est, je vois la lumière du CP9. Il ne paraît pas loin, et pourtant je mets du temps à l'atteindre. On dirait qu'il recule quand j'avance.

Cette fois, j'y suis. Nous sommes mercredi soir à 21h. Les chauffeurs omani fumentdésert coucher soleil 2 la chicha près de leur véhicule. Pascal dort à la belle étoile. Il se réveille pour moi, et est ébahi et admiratif de me voir là. Il me donne rendez-vous à la soirée de fin de course. OK !

On me bichone. De l'eau pour mes pâtes et une tente pour 30mn de repos. Justement, Louisa dort dans la tente et c'est l'heure de la réveiller. Le bénévole me demande de le faire. Je ne crois pas qu'elle ait été satisfaite que ce soit sa poursuivante qui la tire de là. Car cette fois, je suis bel et bien 2° féminine, et la 1° est en face de moi.

CP9 puitsQuant à Haethe, jamais entendu parler à ce CP. Elle est donc derrière, ou a abandonné.

J'enfile un coupe-vent et je m'endors illico, il ne fait pas trop froid.

Il paraît que ce CP est très beau, entouré de belles dunes, avec un arbre et un puits. Ah bon ?

Je repars dare-dare pour une 3° nuit. Je fixe la piste, restant concentrée sur la trajectoire. On dirait que les arbres défilent des 2 côtés de la piste, sur le bord de la zone éclairée par ma lampe, comme si j'étais dans une forêt. Sauf que je suis dans un désert. OK, allons-y pour la forêt, il ne faut pas se poser trop de questions en pleine nuit. L'essentiel est de courir pour profiter de la fraîcheur et de choisir la meilleure trace en fonction de la qualité du sable pour ne pas s'épuiser inutilement. Tiens, il y a plein de  traces de pas qui partent sur ledésert 15 côté. Il y a un point de vue ? Pas pour moi, que la nuit noire. Je fais un petit arrêt, et mes yeux se portent sur le sable. Mais je vois de l'eau ! Avec plein de petits grains noirs et blancs au fond de cette eau très claire. C'est magnifique, mais... impossible. Je secoue la tête et re-fixe le sol, et je vois effectivement le sable qui se liquéfie. C'est stupéfiant et vraiment très beau. Les petits grains noirs et blancs sont les grains de sable. Allez ouste, on repart illico avant d'avoir d'autres hallucinations. Et d'un bon train.

isa arivée 5La piste s'élargit, il doit y avoir du passage de jour.

Me voilà arrivée au CP10. Il y a une fille qui est prête à partir. Une grande, qui a des grosses tresses noires. Je ne la connais pas. Je lui demande sur quelle course elle est, car je suis maintenant sur le parcours des 3 distances. La 300 me dit-elle. Mais... la seule devant moi sur la 300 est Louisa, qui est une petite blonde avec une queue de cheval. C'est pourtant bien Louisa qui est devant moi. Ouh lala, au pieu tout de suite !

L'atmosphère est très humide. Dans le désert ! Je m'installe sous la tente dont le sol est trempé. Je sors pour la 1° et seule fois ma couverture que j'étale dans l'eau. Ca ira bien. Je mets ma montre à sonner dans 1/2h, et je m'endors immédiatement. Et je n'entends pas sonner ma montre. Je me réveille d'un coup, j'ai dormi 1h30. Ce n'est pas grave, c'est que j'en avais besoin. Par contre je ne sais pas comment j'ai pu me réveiller.

Je repars, bien reposée et en forme. Le jour ne tarde pas à se lever, mais... je suis en plein brouillard. Dans le désert ! Je ne mettrai mes lunettes de soleil que vers 10h. Et du coup il ne fait pas trop chaud, impec pour courir.

isa CP11 5C'est irréel, tout ce sable qui défile dans la brume, avec un champ de vision qui s'étend au fur et à mesure de la levée du brouillard.

Le brouillard est très rare dans le désert, mais c'est la 2° fois que j'en vois, la 1° était en Egypte. Après tout, c'est mieux que de tomber sur une tempête de sable.

Les dunes se succèdent, avec des pentes parfois fortes et de super descentes.

Je vois un arbre au loin. Il indique un puits. Il y a un 4x4 qui fait le plein d'eau avecdésert dune CP11 une pompe thermique dans une citerne sur son pick-up. Rien à voir avec les puits du Sahel avec des ânes.

Il fait chaud maintenant, mais ça ne me gêne pas pour continuer à courir. Je dépasse une autre Isabelle qui est sur le 130km, qui est écroulée au bord de la piste, et qui a apparemment très chaud et est mal en point. Je l'encourage, car elle est prête à abandonner. Allez ! Le CP11 n'est plus loin !

D'ailleurs j'aperçois sur le versant de la prochaine dune un 4x4 et une tente. Le CP ? Déjà ? Non, on dirait un camp de pique-nique pour les touristes. Mais c'est vraiment le CP11 ! Qui n'a rien d'un kiosque à pique-nique. Il n'y a rien à manger. Mais moi je mange, ma mixture de noix et amandes.

Voilà Isabelle qui arrive. Elle retrouve le moral d'être au CP. Ces pieds sont vraiment en très mauvais état. J'apprends que je suis 12°. Et Isabelle, l'autre, 13°. Mais ce n'est pas possible, nous ne sommes pas sur la même course ! Ah oui, il y a 12 coureurs pointés, mais 7 sur les 2 autres courses. Donc je suis 5° ! Ca change tout ! Les bénévoles n'ont pas vraiment les mêmes préoccupations que nous...

désert coucher soleil 1Voilà 2 4x4 à touristes qui arrivent et s'arrêtent. C'est le même groupe de français qui étaient dans la montagne ! Ils nous encouragent. Et Guillaume descend d'une des voitures. Il a fait une hypoglycémie au puits. Il avait perdu sa bouffe. C'est évidemment une grosse erreur de gestion de course qui ne pardonne pas, puisque nous étions en autosuffisance alimentaire. Il aurait dû abandonner. Il appelle Cyril au téléphone, pour lui demander de pouvoir continuer la course avec 2h de pénalité et Cyril a dit oui !!!!!! En plus ce n'est pas une pénalité puisque c'est le temps normal que j'ai mis à pied du puits au CP. Et au résultat final, il n'a eu aucune pénalité puisqu'il a été compté ex aequo avec l'italien avec qui il est arrivé. Quelle organisation épique et surprenante !!! Guillaume a longtemps été dans le trio de tête de la course. Je ne sais pas quand je l'ai doublé.

Je récupère des biscuits bienvenus avec les touristes, bien que je ne sois pas en hypoglycémie, moi.

désert 3Guillaume a testé le bouton « au secours » de sa balise, sans succès. L’organisation n’a pas réagi.

Je veux me reposer 1/2h avant de repartir. Il fait très chaud, je m'allonge dans le sable dans un petit coin d'ombre de la tonnelle. Il n'y a pas de nattes à ce CP. Mais voilà que débarque un 4x4 de l'organisation avec les plus pipelettes des bénévoles. Donc impossible de m'endormir. Je me détends les jambes quand même et je repars vite fait.

Au bout de 5mn, je sens un échauffement dans le bas du dos. Fichtre, je n'ai pas fait gaffe à me protéger du sable quand je me suis allongée, et j'en ai dans le dos. Quelle erreur, comme une débutante ! Et je n'ai plus assez l'élastoplaste. Un coup de bol, le 4x4 d'une des infirmières arrive. Elle me remet une couche dans le dos, de quoi repartir d'un bon pied.

fillette CP11 2Je passe devant un campement pour les touristes. Les enfants m'encouragent. Il y a une station service : une citerne posée au bord de la piste avec gas-oil écrit dessus. C'est sommaire. Je n'ai pas besoin de gas-oil, je préfère des biscuits comme carburant.

Je croise un énorme 4x4. Ce sont des Emiriens, des Emirats Arabes Unis.

Maintenant c'est celui de notre photographe qui me rattrape. Il est tout content de me retrouver. Il me demande si je peux encore courir. Evidemment ! J'arrive en haut de la côte, et je pars en courant. Il crie de joie et me mitraille. C'est si extraordinaire de courir sur... une course ?

Les dunes disparaissent, pour laisser place à une étendue beaucoup plus plate. Ilisa CP11 8 y a du monde, on s'approche de la côte. Des gamins me proposent un tour en chameau. Non merci, je ne suis pas une touriste comme les autres.

Encore un 4x4, c'est celui de Cyril. Il prend de mes nouvelles. Merci, ça va très bien.

De nouvelles dunes apparaissent devant, derrière c'est la mer et l'arrivée.

La nuit tombe. J'entame une longue montée douce, vers une des dunes. J'alterne course et marche, sans effort. Je me sens bien, avec 250km dans les pattes. Les petits buissons le long de la piste se transforment en parking pleins de véhicules. C'est le 4x4 du CP ? Non, que des herbes.

désert village chèvreAh, des lumières ! Cette fois, c'est le CP. Non, ce sont 2 coureurs de la 200 qui font une halte. Un petit mot d'encouragement et je les dépasse. Je suis persuadée d'avoir déjà vécu ces moments, comme si je connaissais cette piste et de rencontrer ces 2 coureurs. Mais c'est impossible. C’est une des conséquences du manque de sommeil.

De nouveaux des lumières, beaucoup plus nombreuses. Cette fois, c'est le CP12, le dernier avant l'arrivée.

désert 4C'est Isa qui m'accueille. Elle m'apprend que Louisa s'apprête à partir et que je lui mets une pression terrrrrible depuis pas mal de temps maintenant, et qu'elle ne s'arrête plus pour dormir. Hi hi, moi je dors, et je la rattrape, et sans pression aucune. Mais je sais que je vais galérer dans la dernière dune qui m'attend, de nuit sans GPS. Alors je préfère bien manger et dormir de nouveau 1/2h.

Manque de bol, Cyril arrive, laisse le moteur de son 4x4 tourner juste à côté de ma tente et parle très fort. Impossible de m'assoupir. Je râle, il daigne éteindre la voiture, mais pas se taire. Je considère que c'est un manque de considération pour les coureurs qui en sont à leur 4° nuit dehors, 4° nuit que je n'aurai jamais dû faire si la course était correctement organisée.

J'aurai bien fait le dernier bout de route avec quelqu'un d'autre, mais il n'y a personne. Sydney n'est pas pressé de partir et ira doucement, le singapourien est parti et est revenu, il préfère attendre le lendemain matin.

Donc j'y vais pour les derniers 25km. Une belle dune m'attend. La côte déjà bienisa CP11 4 entamée se poursuit pour atteindre la crête. Ca monte et descend sans arrêt dans un sable très mou. J'avance facilement et je cours bien dans les descentes. Les traces de 4x4 deviennent très nombreuses et larges. Il n'y a plus de piste, chaque véhicule fait sa trace. Je n'en vois pas les bords dans la lumière de ma lampe. Je repère des empreintes de pas, dont une avec des bâtons. OK, je suis ça, on devrait aller au même but. Je reste concentrée, les yeux rivés sur les traces, sans sentir la fatigue. Soudain je vois un stick lumineux devant. Je rattrape un coureur. Je siffle, j'aimerai qu'il m'attende, tellement je suis persuadée que je vais me perdre. On est sensé voir la mer et s'y diriger, mais il fait nuit noire et on ne voit rien. Le coureur ne m'entend pas, il est trop loin devant. J'ai l'impression de le perdre de vue des fois, surtout que le terrain est loin d'être plat.

Les traces partent sur la droite maintenant et quittent les 4x4. Etrange. Je ne vois plus les bâtons. Ca me mène à une balise, au milieu... de tas d'ordures. Et plus rien après. Me voilà bien ! La balise a été déplacée. Il me faut revenir sur mes pas jusqu’à la précédente sur les traces des 4x4, c'est une sacrée montée. Attention de ne pas tourner en rond et de refaire de nouvelles traces qu'il ne faut surtout pas que je suive !

Je retrouve le passage d'où je viens, et reprends la bonne direction. Ouf !

Cette fois, je ne quitte pas les bâtons d'un pouce.

isa arrivée 4Après maintes successions de montées et descentes, voici la grande finale. Belle dernière descente dans un beau sable mou, facile à courir. Ca y est, je suis en bas, près de la plage, bien que je ne la voie pas. Le sable durcit et les traces disparaissent par moment, mais le balisage est bon. On doit se diriger vers la droite et quitter toutes les traces de 4x4, vers une antenne, qui n'est pas éclairée donc que je ne vois pas. Je passe au pied. Après on doit piquer droit vers la mer, on est sensé voir le campement. Je ne vois toujours rien du tout, à part une seule trace de 4x4 qui est un des nôtres j'espère, des pas et une paire de bâtons.

Ca y est, ce sont les lumières du camp devant ! Il est bien calme, à 2h du mat. Je trouve le moyen d'y pénétrer par l'accès voiture, au lieu de prendre la voie royale qui nous est normalement destinée. Ca me rallonge de quelques dizaines de mètres. Je n'en ai pas encore fait assez sans doute.

Cyril est là pour m'accueillir, avec 2 bénévoles et le photographe, au bout de 77h d'effort. Et combien de km ? Je ne sais pas, mais beaucoup plus que les 285 au programme !

Je termine donc 5° au scratch et 2° féminine.

La pression de trouver le bon chemin retombe, et je suis incapable de dire quoi que ce soit à part que ça va et où sont les douches.

Nous sommes dans de grandes tentes de 4, et Louisa y dort déjà. Elle est arrivée 3h avant moi paraît-il. J'essaie de ne pas faire de bruit pour ne pas la réveiller.

Les douches sont somptueuses, avec une petite pompe qui amène de l'eau chaude à une vraie pomme. Je prends la 1°, et comme par hasard, l'eau n'arrive pas. Je vérifie toute l'installation, rien à faire, pas d'eau. Je ne vais pas me battre avec la douche maintenant. Je me contente d'une bassine. Quel dommage. En fait, c'est la seule douche non alimentée électriquement, elle sera démontée le lendemain après que j'aie prévenu du problème. Il fallait que ça tombe sur moi.

Mes pieds sont impec, à part un ongle que je n'ai pas senti mais qui va tomber.  Jecampement arrivée 1 le sens maintenant que je suis pieds nus. Et ma tendinite ne m'a pas trop embêtée. Je la sentirai bien plus le lendemain. Je dévore un délicieux gâteau aux dattes, et m'endors béatement sur un bon matelas.

La journée du lendemain est bien remplie : manger, dormir, et baignade. Les autres coureurs arrivent au fur et à mesure. Florence en début de matinée. Puis Marta, suivie de Haethe viennent compléter ma tente. Brigitte pointe ses bâtons à son tour. Le campement se remplit jusqu’en fin d’après-midi.

Le retour à Muscat nous prendra 8h en bus. On a fait tout ça !

Comme je suis en forme, je profite d’une belle plongée avec les tortues omani avant mes 3 avions de retour. Ce qu’on ne doit normalement pas faire : plonger en manquant de sommeil, avec une tendinite du releveur qui empêche de palmer et qui gonfle. Mais j’ai le coco dur !

 

  

 

Published by isabelle - dans Récits de courses
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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 18:06

SSC 2146SSC_2150.JPG

Voici le groupe qui fera le tour du bonnet de prêtre ... attention : top départ !!!

 

SSC_2160.JPGgroupe-raid-junior.JPG

Et voici la remise des récompenses : médailles, tee shirt et diplôme.

Merci à tous pour ce super bon week end 

Published by A2R - dans Les sorties
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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 09:42

Félicitations aux participants de ce week-end :

 

Grand Raid Réunion :

  • Régis - 49h56mn34s
  • Seb - 37h31mn15s
  • Guy Jo - 51h02mn10s
  • Philippe - 51h14mn22s
  • Isa - 51h01mn20s
  • Karine - 53h40mn20s

 

Trail De Bourbon :

  • Charles
Published by A2R Vincent - dans Les courses
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14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 07:50

Un petit article de médecine préventive en haute haltitude :

http://www.dgdr.cnrs.fr/drh/protect-soc/documents/Livret_Missions-Haute-altitude_2012.pdf


Published by Vincent
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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 19:08

 Voici le récit de deux ravitailleurs d'exception qui ont grandement contribué à ma réussite sur ce tor. Un immense merci à Sandrine et Raf qui m'ont littéralement porté vers l'arrivée...

 

Samedi soir : les retrouvailles

Pour bien commencer sa course, Seb fait honneur à sa réputation liée à son célèbre sens de l’orientation. Avec Cécile, ils mettent 1h30 pour faire Chamonix / Courmayeur (il faut environ 30 min pour rejoindre le camping). Nous pensions qu’ils étaient au camp de base pour récupérer les dossards ! Pas du tout : en direction pour Aoste ! Légère panique : la récup des dossards s’achève à 19h. On réussit à se perdre dans les couloirs du grand gymnase (mon sens de l’orientation n’est pas fameux non plus ; Raphael prenant des photos, il ne pouvait nous guider) et nous y voilà. Que de monde ! Ils sont nombreux ces courageux dis donc !

 

Au milieu de tous ces coureurs impatients d’en découdre, le regret d’avoir rendu mon dossard surgit, quelle envie d’être parmi eux, de pouvoir vivre cette aventure de l’intérieur !

 

Le débriefing en italien, anglais, français nous apprend peu de choses sur le parcours. Mais nous observons les concurrents venus de nombreux pays. Déjà, l’idée germe de finir cette belle semaine par un petit tour aux thermes…Hum…Bon, pour ça, il faut d’abord finir cette course ! Enfin, heu, Seb doit finir quoi !

Le service du repas est un peu long mais nous ne voyons pas le temps passer tant nous avons de choses à nous dire !

Seb ne laisse rien transparaitre, il semble zen et détendu, il en a connu tant des avant-course… ça sert l’expérience !

22h30 : au lit, les dossards sont récupérés, les pâtes avalées, la tente montée, le sac du coureur presque prêt…

 

Dimanche

Réveil matinal pour Seb, Paul et Raph qui ont tous une belle journée sportive. Seb bien sûr ! Mais aussi Raphael qui le rejoindra après le départ pour faire une première étape à ses côtés et Paul qui prévoit de repérer la fin du parcours (le morceau prévu dans 4 jours !).

Petite mine du Champion quand même, qui traine sa crève…Pas gagnée l’affaire !

Beaucoup de monde sur la place du départ. Nous partons avec Paul repérer le parcours afin de trouver des places stratégiques ! Nous vivons grâce aux hauts-parleurs l’émotion qui monte parmi les coureurs. Et c’est parti ! Des coureurs et des coureurs : tout type de physique, certains ont des gros sacs de rando avec tente ! Le départ est quand même un peu plus lent que ceux des ultras, le premier tiers trace, le second trottine, les autres marchent déjà.

 

Ah le voilà ! « ALLEZ SEEEEEEEEEEEEEEBBBBBBBBBB !!! »

Bon, maintenant, dépôt des 2 hommes qu’il me reste pour leur épreuve respective ! Une fois Paul parti, on file monter la tente au camping d’Aoste (au milieu de la grande vallée) et on va se poster à  La Thuile.

Repérage des lieux : pas possible de rentrer dans le ravito (Grrrrr). On remonte la file des coureurs ; bon faut patienter. Mais qu’est-ce qu’il fabrique ?? C’est lui ? oui, non ! Patience…Ah, on dirait…Oui ! Allez Seb !!!! Aye aye aye, la foulée n’est pas tonique alors qu’il a passé 1 col sur 25 ! Comment ça va se passer ! Pas bon signe…

« -Alors ce camping ? – Bien et toi ? – pas la grande forme, première montée difficile…mais ça va venir… »

A son habitude, il ne traine pas au stand. Raph emboite le pas.

Je les regarde partir et tente de retrouver la voiture (jamais un exercice facile quand on arrive en trombe sur un ravito pleins de monde et qu’on cherche son coureur avant tout !). Je rejoins les filles au camping et passe une excellente après-midi en leur compagnie. Petite sieste oblige (c’est dur ce stress des courses même si on ne court pas !). Paul arrive, content mais fatigué : « Elle est longue cette partie ! Ouah ! Ca promet mercredi dans la nuit… »

 

A la Thuile mon ptit TDG à moi commence, Seb m’annonce la couleur « tu vas m’attendre souvent , j’ai les jambes en coton ». Dans cette superbe vallée, au milieu des bois et des cascades, je ne m’en aperçois pas, prends des photos, profite du moment… 2h plus tard alors que la montée n’en finit plus, je m’aperçois bien que le tempo n’est pas le bon pour Seb. Pas de jus, les coureurs le dépassent, pas bavard le boug’… Il fait le dos rond et attend des jours meilleurs. Nous enchainons les cols Alto et Crosatie à petits pas. Les paysages sont magnifiques : j’essaye d’immortaliser ces moments pour par la suite, en faire profiter seb, qui là est plutôt scotché sur ses pieds ! Sur les descentes, nous trottinons et redoublons pas mal de coureurs, pas mauvais pour le moral.

Le jour baisse, nous arrivons en fond de vallée, la première base vie approche.

 

Allez, 17h30, je me prépare à reprendre la route : direction Valgrisenche. La route de montagne est une vraie route de montagne (style la plaine des palmistes). Les coureurs la longent plusieurs fois. J’hésite à m’arrêter mais j’ai peur de les louper plus haut : dilemme classique ! Je me gare en catastrophe car j’ai vu 2 tee-shirts turquoises arriver : ZUT ! Vite le sac de ravito, sa polaire ! VITE ! Et non, pas eux…ouf…Bon, repérage du sentier d’arrivée des coureurs : allons voir !

ALLEZ ALLEZ ! BRAVO ! Je commence à descendre mais coup de fil du Doudou : « on est à 4 km, ne te presse pas !  - Ah bon ? Heu…, ok. Ca va comment ? Tu veux des vêtements chauds pour ton arrivée ? » Allez, retour à la voiture pour s’équiper car le froid est bien tombé, la nuit approche. Puis, je reprends ce sentier. 2 belles vaches « combattantes  et noires » sont dans un champ qui longe le parcours. Elles portent un numéro : sont-elles là pour un coureur en particulier ? Elles sont superbes. Leur énorme cloche encouragera les coureurs. Ah ! Enfin les voilà! « MAIS qu’est ce que c’est que ce train de sénateur là ???? » Pas de réponse : oups ! Pas bon signe…Le regard n’est pas vif…Seb met sa polaire et rentre au ravito. On se poste à la sortie. Le Doudou s’est habillé ; ça caille dur ! Je ne vais pas commencer à prendre la tête à Seb avec mes huiles essentielles mais si sa crève dure, je les lui mettrai de force dans la bouche !

Ca y est, ENFIN, il ressort : il a mangé ! Enfin un peu de peps ! Cool ! Bon, première nuit : COURAGE !

 

Béru nous dira depuis son ordi à Annecy que son arrêt était un peu long, et que je devais être malade pour avoir autorisé Seb à s’arrêter autant !  « - Et non, ils m’avaient interdit l’accès !!!! »

Après avoir relayé les nouvelles à Cécile, on rentre tranquillement au camping et on dîne un peu tard. Rapha me fait part de leur journée : magnifique ! Une organisation au top ! Extra ! Paysages fabuleux mais Seb regarde ses pieds…(C’est bien ce que je pensais…).

 

Lundi

Objectif : retrouver Cécile et son père à Cogne en fin de matinée pour ravitailler Seb et se balader. Réveil tranquille pour moi tandis que. Raph se prépare pour l’accompagner sur une autre étape.

On les rejoint juste à tant sur le sentier d’arrivée des coureurs au dessus du village : il est midi. Seb arrive à l’instant ! Aye aye aye…examen minutieux de ma part : la foulée n’est toujours pas BONDISSANTE ! Bon, ça va venir…On l’accompagne au ravito : douleur au jambier, strap, ciseaux…Pendant qu’il grignotte, je file chercher du pain pour que Raph puisse manger avant de partir. Hé, pas évident de trouver une boulangerie dans ce pays ! Et puis, tous les pains ont l’air de contenir du « latte » (lait) ! Vite ! Raph finit sa bouchée, et Seb repare. On l’accompagne tous sous un soleil de plomb jusqu’au prochain village. Les coureurs semblent à l’agonie alors qu’ils n’ont même pas fait la moitié du périple ! Paul rêve d’une pizza, moi aussi…On les laisse au début du sentier et nous partons en quête d’un bon repas italien. Nous découvrons un coin charmant, de la délicieuse pollenta fontina et les filles tchachent à leur habitude ! Cécile me demande comment je trouve Seb : « on a envie de lui verser un bidon d’essence ! – Mais tu es dure ! Papa qu’est-ce que tu en penses ? – Non, non, elle est objective ! Il n’a pas la pêche ! » On sent que le Champion serre le dents et se fait peu plaisir…Heureusement Raphael l’accompagne, ça va aller. Il va le pousser !

On termine le déjeuner entrecoupé de textos de partout (Flore, Nicole, Sylvie, Béru…Il est 29ème à Cogne ? Non, cela doit être une erreur) et rentrons à Cogne récupérer les voitures. On ne se reverra que jeudi !

Je rentre au camping et me pose 30 min.

 

Vu l’état de forme de la veille, j’avais hâte de revoir Seb après cette première nuit pendant laquelle il devait passer par les plus hauts cols du Tor. Et finalement à la faveur de la nuit, les sensations sont quelque peu revenues, me dit-il.

Nous attaquons cette 3e étape Cogne-Donnas qui s’annonce assez tranquille sur le papier…avec 1 seul col à passer.

Nous sommes dans la parc du Grand Paradis et l’ambiance est toujours aussi féérique entre les paysages, les supporteurs, les ravitos et bénévoles au top ! La montée est longue, Seb est plus locace et nous papotons. Au refuge Sagno, le buffet qui nous attend est grandiose ! Le poêle chauffe une grande pièce où pas mal de coureurs se sont posés… Grande est la tentation mais ne nous attardons pas ! L’altitude se fait sentir, et les derniers 400 m se feront tilamp ti lamp.

Nous basculons à la fenêtre de Champorcher sur une vallée assez austère, gagnée par les nuages. Seb a une douleur sur l’avant du tibia et la forme n’est toujours pas au rendez-vous… Sur une large piste propice à la course, nous marchons. De nouveau, des coureurs nous dépassent, nous en sommes « qu’au 110e km » et à ce moment là de la course, j’ai des doutes sur la poursuite de Seb, qui ne semble plus prendre de plaisir du tout…

Puis vers le refuge Chardonnay, tentant le tout pour le tout dans cette interminable descente, Seb décide de re courir, et miracle, la douleur semble ne plus l’handicaper. Tout comme le rythme, le moral remonte, nous essayons de garder un tempo régulier.

Nous avons tout de même pris du retard sur le planning, j’appelle la Doudou pour la prévenir.

 

18h00 Le téléphone sonne alors que je commence à préparer les affaires pour Donnas où je dois récupérer le Doudou. Suis-je en retard ???? « – Allo ?  -…où ?? - ...quoi ???..Tu dis ? J’entends rien !... » Zut je dois être à la bourre, filons !

 

 

Le ravito de Donnas est bien caché ! Je tourne de hameaux en hameaux en vain…VITE ! Je rentre dans la vieille ville, non c’est pas là ! Le hameau d’avant ? D’après ? Non ! Finalement, je me mets à suivre les petits fanions jaunes qui me conduisent au camp de base. Le PC course d’Archamp puis le PC Course d’Annecy m’annonce qu’ils ne seront pas là tout de suite ! J’ai du mal comprendre le message de Raphael. Les coureurs ont mis 3h pour faire l’étape précédente (qui s’annonçait « facile » à la lecture du topo : un faut plat descendant !). Bon, ok…je fais ma popote à côté de la voiture : soupe, purée, saucisses au réchaud. Patience dans la voiture…Les coureurs arrivent au compte-goutte. Oh ! Et puis, zut ! Je vais les chercher ! Il fait nuit, je traverse la ville à la lampe torche, puis la vieille ville, puis je longe le canal et la falaise, il fait nuit noire, personne…heureusement on voit bien les fanions. Si j’étais parmi ces coureurs dans la nuit, seule, comment je me sentirai ?

Finalement, je me poste à un carrefour en tailleur. Je chante doucement et encourage les quelques coureurs qui me remercient en tapant des bâtons. On dirait un ermite qui médite en chantant des mantras dans le noir…

 

Cette maudite descente si charmante au début est INTERMINABLE ! Le chemin tortille à flanc de montagne tout en alternant montées/descentes bien casse pattes ! La nuit tombe et le chemin reste très  technique à flanc de ravin. Je prends la tête du binôme pour ouvrir la voie et essayer de garder un rythme. Seb serre les dents et s’accroche, je suis vraiment admiratif, avec sa nuit blanche, les 140 bornes dans les pattes et sa bronchite qui ne veut pas le lâcher…Il commence à faire chaud, nous avons perdu de l’altitude…Enfin la lumière de la vallée et un semblant de ville… Donnas ?! Non…. Pontboset, il reste 10 km ! Notre déception est de courte durée en voyant la ferveur qui nous entoure à l’arrivée au ravitaillement, ma parole, tous les habitants se sont donnés rdv sur la place pour nous recevoir ?! C’est très émouvant, les gens sont aux petits soins pour les coureurs.

Cette descente à bon rythme aura regonflé le moral de Seb, il me semble, moral qui aura fait le yoyo depuis le début, et qui n’en a pas fini !

Nous passons en mode marche pour rejoindre Donnas.

 

22h15 Deux lampes arrivent mais je n’ai aucun moyen de savoir si ce sont eux : Hé si !!! «  – Doudou t’es là ? – C’est loin le ravito ? – Oui…3 à 4 km ? – Hein ?!!! – mais c’est très beau, la vieille ville, vous allez voir ! Alors cette jambe ? – Mieux, j’ai pu courir un peu ! - AH quand même !!» Mais Seb tousse pas mal…

Au ravito, des mauvaises nouvelles sur l’étape à venir plus longue que prévue et sur le temps…Seb nous quitte pour se doucher et se reposer. Il a à peine mangé. Je lui donne des huiles essentielles, sans sucre : un peu dur ! Raphael s’est régalé à nouveau sur cette étape !

Envoi de messages à Beru et Cécile et on reprend la route. 

 

Mardi

HELP PC Course d’Archamp : Mr et Mme Guillé ne sont pas d’accord sur l’emplacement du campement ! Ils n’ont pas prévu d’aller à l’étape de Gressoney mais Mme Guillé veut essayer de voir Seb quand même dans la journée ! Mr Guillé lui explique en vain que ce n’est pas possible ! Ils ne sont pas d’accord sur les heures possibles des prochains ravitos. Raph ne veut pas que Sandrine ait à déplacer le camp en son absence (Il prévoit d’accompagner Seb de nuit). De plus, ce lieu est central dans la vallée ! Sandrine qui en a marre du bruit de l’autoroute (pour des vacances, tout de même !), est persuadée qu’un camping les attend quelque part à Valtournenche même s’il ne figure pas sur la liste d’internet du Val d’Aoste ! BREF…Béru vient à la rescousse et trouve un super plan ! La question suivante est : 1 nuit ou 2 ? Quand est-ce que Seb va passer ? Quand est-ce qu’ils arriveront à Ollomont ?

Allez, tant pis, va pour 2 : le coin est splendide, sous le Cervin, malgré les nuages !

La journée se déroule tranquillement : encouragement des premiers, repérage du ravito, balade sur les hauteurs, cartes postales, crêpes et latte caldo…On est bien ! Il fait assez froid le soir hors de la tente. On pense bien fort à Seb, seul à Gressoney ; il est arrivé assez tôt (20h). Il n’a vu personne depuis 24h : dur…Bon, pensons à demain, il sera avec Doudou !

 

Mercredi

Réveil sous les nuages et la pluie par intermittence. PC Course d’Annecy nous informe que Seb a quitté Gressoney à 3h : Ouf ! Il a bien dormi ! Il a dû récupérer et puis il n’était pas trop dehors sous la pluie !

Coup de stress au camp de base : ils ont stoppé la course à cause d’un éboulis ! – Quoi ? Zut ! On prévient tout le monde mais rapidement, on apprend qu’ils ont fait un itinéraire bis, tout va bien ! Ouf…

Café, cartes postales, calage du plan ravito de Cécile…On s’occupe !

Bon, allez, il ne pleut plus, il ne devrait pas tarder. On y va ! On remonte le joli sentier au dessus de Valtour et oh surprise, après un « ALLEZ SEEEEEEEEEEEEEBBBBBBBBBB ! »  tenté à tout hasard, il déboule frais comme un gardon !!! Magique ! « - Ah, je suis content de vous voir ! J’ai loupé mon réveil ! Je l’avais mis à minuit et quand j’ai ouvert les yeux, il était 3h ! Puis j’ai voulu dormir, pas réussi […] J’ai gambadé un peu […] gens adorables […] pas trop pluie […]» Arrêt : 19 min ! Raph est à peine prêt que Seb est reparti.

Texto post ravito : « Cécile, ton homme n’arrête pas de parler, c’est signe que tout va bien ! »

 

Ah oui apparemment sa bonne nuit de sommeil l’a requinqué ; je prends sa foulée à la sortie des stands de Valtournenche. Seb me raconte sa course depuis qu’on l’a quitté à Donnas. 2 nuits et 1 journée plus tard il me parait encore frais. On attaque la montée au Rif Barnasse sur un bon rythme, pour un coureur qui a 240 bornes !! Le temps se couvre, la météo n’annonce rien de bon… On tchatche encore, sur notre vie en métropole, à la Réunion, sur les montées là bas qui ne sont pas assez longues pour s’entrainer aux interminables cols valdotains !! Au ravito suivant, un truc reste en travers de l‘estomac de Seb, le froid tombe, les jambes durcissent, les vieux démons reviennent… Les 20 km suivants seront à plus de 2500 m, ce n’est pas le moment !! Seb pioche mais arrive à enchainer les cols. A la tombée de la nuit, le vent se lève, le froid est polaire, et sa foulée…chancelante. Une halte s’impose au refuge Cuney. Plus rien ne passe pour Seb, il va se coucher une petite heure. Moi je reste sous la tente, discute avec les coureurs qui arrivent au compte-goutte, transis par le froid, Le vent se déchaine, on nous annonce -10° en température ressentie… J’espère que Seb va se refaire une petite santé…

 

Fin de la journée plus tranquille pour moi : balade sur les hauteurs de Breuil Cervina avec les marmottes. Calcul et recalcul avec Beru pour savoir combien de temps ils mettront pour cette étape. Petit repas dans la nuit sous la brume. Minie nuit car transie de froid, inquiète pour Doudou et Seb qui en est à sa 4ème nuit ! Il fait vraiment froid, ils doivent avoir de la neige ! Des textos dans la nuit, je somnole par intermittence…

 

 

Il revient, pas la grande forme, je lui file les affaires de rechange que j’avais dans mon sac et je me couvre au maximum, ça va être l’aventure !! On se regroupe avec quelques coureurs pour affronter la nuit et la neige.

Le rythme est lent, Seb est au taquet, j’aimerai tellement lui passer quelques grammes de mon énergie… Malgré tout je profite de cette nuit, des éléments autour de nous, des flocons qui tombent, du chemin qui blanchit, des frontales éparpillées dans l’immensité. Le dernier bivouac de cet enchainement de col se fait attendre ; Seb s’arrête pour reprendre son souffle, quand enfin, telle la lumière au bout du tunnel, une lueur apparait, des sons nous arrivent…Le Bivouac Clermont !! Nous sommes accueillis par des Valdotains qui nous soignent comme des mères, je n’oublierai jamais cette ambiance, à 2700 m dans la tourmente, de ses bénévoles qui réconfortent dans la gentillesse et la bonne humeur. Seb arrive à manger une patate et continue à serrer les dents, quel courage ! Nous restons 20 min, ressortons pour affronter le dernier col de cette « zone rouge » où l’altitude, la nuit, le froid, la fatigue compliquent l’avancée.

Col Vessonaz à 0 h, nous pouvons enfin basculer de l’autre côté et redescendre en vallée, où les conditions seront plus hospitalières…C’est sans compter sur la longueur de ces vallées… Seb arrive encore à trottiner sur la majeure partie de la descente. Moi aussi je commence à être en mode somnambule. Il est 3 h, nous arrivons à Oyacé. Fin d’un sacré morceau. Seb a été héroïque de continuer et d’arriver là dans son état. Il se pose quelques minutes sur un lit quand Cécile et Paul nous font la surprise d’arriver en pleine nuit ! Paul s’équipe pour suivre notre protégé et de mon côté je rentre avec Céline au camping. Quand je me glisse sous la couette, j’ai une pensée émue pour tous les coureurs qui sont dans le vent et le froid là haut entre Valtournenche et Oyacé !

 

Jeudi

Théoriquement, c’est le dernier jour ! Théoriquement !

Dès le réveil je prends connaissance des infos : arrivés à Oyace à 4h, pas encore arrivés à Ollomont. Ah bon ? Je ne vais pas appeler le Doudou maintenant, soit il dort, soit il court !

Démontage de la tente (hyper facile ! Qu’est ce qu’il raconte cet homme ?), rangement, tentative de voir le Cervin mais bouché : départ sans regret pour le camping de Courmayeur.

Echanges de textos avec Daniel et Annie (les parents de Raphaël) accrochés eux aussi à leur PC pour suivre cette folle aventure.

Tel vers 9h : « - T’es où ? – à la station GPL, j’arrive. Et toi ? – Cécile nous a récupéré à Oyace en fait, j’ai laissé Paul repartir avec Seb - Ah, changement de plan alors ; t’as dormi un peu ? » Ils se sont pris la neige…Seb qui n’avait pas voulu prendre mon haut à manches longues à Valtour l’a regretté. Heureusement, Raphael avait assez d’équipement pour 2. L’étape a été ruuude mais splendide. Les ravitos fabuleux. Le Doudou est mordu, c’est foutu…même l’étape de nuit l’a motivé…

PC Course d’Archamp nous indique que la course a été stoppée ce matin à nouveau mais les coureurs sont repartis. Le ciel n’est vraiment pas très clément !

Midi : repas délicieux préparé par la maman de Cécile. Nous ne sommes pas bien tranquilles : à quelle heure vont-ils finir ? Paul n’aura-t-il pas trop froid ?

Puis, Raph et moi descendons à Courmayeur visiter et voir l’arrivée ! Dîner au camping car et jeux : l’attente est longue ! On y va pour quelle heure ? Raphael et Sandrine remonteraient le sentier puis Cécile les rejoindrait en ville ? Finalement, les nouvelles transmises par PC course d’Annecy à 23h et par Paul à minuit nous incitent à attendre encore un peu au chaud.

1h30 : texto à Cécile « – tu dors ? – Vous êtes où ? - Dehors, on part ensemble ? – ok »

Allez, on va chercher le Champion. Nous sommes tentés de l’attendre dans un bar bien douillet avec une ambiance fort sympathique mais le coin n’est pas stratégique : on ne voit pas les coureurs de loin…Et si on loupait l’arrivée ?! 4 jours et demi qu’il nous tient en haleine et on raterait le finish ? On décide donc de remonter le sentier : des pièges attendent les courageux qui arrivent à cette heure avancée : les arroseurs de jardin public !!! On n’y coupe pas ! On remonte le sentier sur lequel les fanions sont de plus en plus rares…Comment font les coureurs ? On en croise certains qui volent à savoir que l’arrivée est proche.

Enfin, arrivent nos sportifs ! Aye, ils n’ont pas l’air de « voler » eux. Seb a récupéré des bâtons et a l’air d’avoir 2 cannes…mais ce n’est pas grave, il a FINI !! IL A FINI !!! Il a vaincu les 330 Km et les 24000 de D+ : un GEANT !

On apprend à l’arrivée qu’il fera partie des 73 chanceux qui auront eu le privilège (enfin, heu, ils l’auront eu au mérite) de finir cette édition 2012 !

Une énorme pensée à ces coureurs qui ont été arrêtés à 26 km de la fin, après 5 jours de course…

 

Retour au gymnase : rien ne change, Seb est transi et on ne trouve pas l’entrée ! C’est nous, c’est lui ? Un vrai test d’orientation ce bâtiment !

C’est le lendemain après quelques heures de repos qu’il commencera à savourer la victoire !

 

Bravo Champion  et Merci pour cette extraordinaire aventure ! Merci à PC course d’Archamp et PC course d’Annecy, alias Beru pour le suivi en live et l’organisation de nos vacances !

Vive les termes de Courmayeur (uniques au monde !!!) où l’on a retrouvé les coureurs et leurs supporters pour du pur bonheur partagé !

 

Raphael et Sandrine

 

Et pour en voir davantage  http://www.youtube.com/watch?v=94GxPprzyeI

Published by A2R - dans Les courses
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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 19:25

1 carte kashgarCette année, mes baskets se dirigent vers la Chine, que je ne connais pas du tout. Ma participation aux 250km du Gobimarch m’emmène au fin fond de cet immense pays, plein ouest, à la frontière pakistanaise.

Je suis passée par Canton, puis retour sur mes pas vers Urumqi. Qui connaît ? C’est la grande ville administrative du coin, 3 millions d’habitants, ce qui est une petite ville pour la Chine. C’est aussi la ville sur terre qui est la plus éloignée de toute mer.

Enfin, dernier vol vers Kashgar. Qui connaît ?

Pour couronner le tout, le nom de la course est trompeur car ce n’est pas dans le désert de Gobi qui est beaucoup plus au nord. Celui de Kashgar est le désert du Taklamakan. Qui connaît ?

Bref c’est la découverte de l’inconnu.

 

Le Gobimarch est une course de 250km en 6 étapes pour 7 jours, en autonomie. C’est à dire que l’organisation fournit les tentes, l’eau et  l’eau chaude aux campements. C’est tout. Il faut emmener tout le reste, le plus gros à porter étant le sac de couchage et la nourriture, avec un nombre de calories obligatoires de 14000kcal. Je n’ai jamais fait ce type de course en auto-suffisance comme ça. C’est le même principe que le Marathon des Sables, pour ceux qui connaissent.

 

Nous sommes 163 coureurs de 42 nationalités différentes, dont 25% de femmes, soit 40 coureuses, ce que je n’avais jamais vu. A la Réunion, nous sommes contentes quand nous sommes 10% sur les courses ! Nous sommes une dizaine de français, dont beaucoup vivent en Chine ou à Hong-Kong, et je suis la seule réunionnaise.

 

Le règlement de la course me paraît draconien, il fait 20 pages ! Cela m’a demandé une préparation de longue haleine, conséquente, entre la liste du matériel obligatoire de 2 pages et celle des pénalités de 3 pages… Et moi qui aime l’aventure et l’autonomie !

En particulier, les fameux 14000 kcal à trimballer, ce qui en fait 2000 par jour. Il faut donc des aliments très énergétiques, légers, peu volumineux, et adaptés en composition à l’endurance sportive. Le contraire de ce qu’on trouve normalement, sauf les aliments spécialisés sous forme de plats lyophilisés d’expédition. J’ai opté pour des compositions de mon cru et à mon goût, d’où un usage intensif de la balance et de la calculatrice avant le départ. Je n’ai pas l’intention de porter une calorie de plus que ce qui est obligatoire, et ce doit être le plus léger possible, avec une répartition quotidienne équitable. Au menu ce sera un petit déjeuner à base de fruits oléagineux, diverses noix, noisettes, amandes et céréales, le tout mixé pour diminuer le volume, et à l’arrivée de chaque épreuve et le soir de la purée Mousseline mélangée à de la sauce déshydratée ou de la soupe déshydratée épaissie avec de la chapelure. Je n’aurai plus qu’à ajouter de l’eau chaude. Merci Nestlé ! Comme je trouve que tous ces délices manquent de protéines, j’emmène des gélules de spiruline. J’aurai aussi du thé vert et des tisanes revigorantes. Merci Maud ! C’est bien la prmière fois que je me nourris de cette façon. Tout cela pèse 2,5kg, à porter le premier jour… et plus rien le dernier.

J’ai sacrifié tout confort pour une semaine pour être légère, mais pour dormir, matelas ou pas matelas ? J’ai opté après mûres réflexions pour un morceau de tapis de gym très fin, 2cm d’épaisseur, juste la taille du dos, renforcé au niveau du bassin par le renfort du dos de mon sac qui s’enlève facilement.

vieille-ville-Kashgar.jpghomme-ouighour.jpg
La course se déroule à Kashgar, ville bien connue de Marco Polo, qui est sur l’itinéraire  de l’ancienne route de la soie, dans la province du Xinjiang, entre la Mongolie et le Tibet. La ville est à 1000m d’altitude, elle compte 450000 habitants. C’est un centre historique, politique et économique, et a longtemps bénéficié de l’activité de la route de la soie. La région est peuplée principalement de l’ethnie des Ouighours, qui sont physiquement de type mongol, de religion musulmane, et dont la langue est d’origine turque. Oui oui, nous sommes bien en Chine.

 Nous sommes à la limite du désert du Taklamakan, riche en pétrole et minerais, et entourée des chaînes de montagnes des Tian Shan et des Kulum Mountains, qui culminent à plus de 7000m d’altitude. Il y fait très chaud en été : +40°C et très froid en hiver : -40°C. Ouf, nous sommes en été ! C’est mieux quand on vient de la Réunion.

 

J’ai rejoint le groupe de la course le 8 juin, en débarquant à Kashgar la veille. Nous sommes logés dans le meilleur hôtel de Kashgar, c’est-à-dire que personne n'y parle anglais, et qu'on m'a casée troisième dans une chambre de 2. Les 2 autres n'y étaient pas à mon arrivée, mais vu le nombre de sacs dans la chambre, j'étais de trop. L’employé de l'hôtel, au demeurant très gentil, n’y comprenait rien. J'ai donc laissé mon sac, et je suis allée me promener.

Impossible d’oublier le chemin de l’hôtel, il est en face d'une immense statue de Mao, une des plus grandes de Chine, et à côté du parc du Peuple, il y en a un dans chaque ville. On n'est pas en Chine pour rien.

 

Kashgar possède la plus grande mosquée de Chine, qui est très ancienne. La vieille ville du quartier ouighour est en pleine rénovation à la chinoise. On rase tout et on reconstruit à neuf, heureusement dans le style adhoc. C’est donc un immense chantier. Les maisons sont en briques, recouvertes de terre pour certaines. De nombreuses ruelles sont en terre. Il y a  également un immense bazar, les souks quoi, où l’on trouve de tout.

 

Pour finir je partage ma chambre avec Marta, une vénitienne, avec qui j’ai fait les 100km du Namib Desert en Namibie il y a 2 ans ! Et moi qui croyais que je ne connaissais personne sur le Gobimarch !

 Le contrôle des sacs devait avoir lieu le lendemain matin, mais Marta a su je ne sais comment qu'on pouvait y passer le soir même. Autant y aller tout de suite avant la cohue.

Je me suis remémorée les 20 pages du règlement, mais quand j'ai vu le contrôle, j'ai compris que le règlement était du pipeau. Ce qui n'était pas pour me déplaire. Ils ont pesé mon sac : 7kg. Le médecin qui contrôlait les fameux 14000 kcal n'en revenait pas que j'avais tout noté et amené les emballages, comme c'était demandé dans ledit règlement. Il n'a rien contrôlé du tout, j'aurai pu mettre n'importe quoi. Il n'a même pas reconnu les électrolytes obligatoires, qui sont en fait des gélules de sel.

Du coup, j'ai enlevé des trucs inutiles de mon sac pour l'alléger, comme la crème solaire dont la quantité était imposée, j'en ai gardée qu'un tout petit peu, et les fameux électrolytes, j'en avais beaucoup trop dans la quantité imposée. Je risque une pénalité.

Je ne connaissais personne, mais au repas du soir, j'étais déjà apostrophée par Virginie qui avait repérée tous les coureurs de notre future tente.

Le lendemain matin, on a eu le briefing au petit déjeuner, puis contrôle du matériel pour les autres et farniente pour moi. On partait en bus en début d'après-midi pour le premier campement, donc déjà une nuit à passer par terre avant le départ de la course. Vu le nombre de coureurs, on a forcément attendu beaucoup avant que tout le monde soit là. Quelle barbe !

 

route-camp1.jpgSorti de la ville, on traverse la campagne agricole et verte, bien irriguée. Puis ça devient de plus en plus sec. On quitte la plaine pour aborder une rangée de petites montagnes très arides et très érodées. C'est très beau. La route devient piste et s'engage dans quelques canyons. On débarque sur un lac, bien encaissé. Le campement est à la sortie d'un petit village, avec les maisons toutes recouvertes de torchis. femmes-oughours.jpg

Les habitants du village nous accueillent en tenue d'apparat et au son des tambours. Ils ont des drôles de chapeaux blancs et hauts en laine de chameau.

Je découvre ma tente, et mes 9 compagnons de chambrée : Virginie la belge qui vit à Pékin, la bande des 4 indiens, Mark l’anglais du Japon, Tim et Tom, la paire d’australiens inséparables, et Mo le saoudien qui sait déjà que j'ai fait la 555, quelle réputation ! Il faut dire que sur le site internet de la course, il y a un petit CV de chaque coureur, il a apparemment épluché tous les CV ! C’est cosmopolite et impec pour perfectionner son anglais. On rigole bien.

chevaux.jpgLes villageois nous font une petite fête, avec musique, chants et danses, ainsi qu'un jeu à cheval très populaire, où ils se disputent une peau de chèvre. Les ouighours sont d'excellents cavaliers. Il y a aussi quelques policiers chinois pour rappeler aux ouighours qu’ils sont en Chine.

Les femmes aiment bien avoir les incisives en or. Ca fait de superbes sourires !

Ce soir on peut encore manger un repas normal, qu'on a amené. Il y en qui ingurgitent déjà du lyophilisé, ils en redemandent ! Et voilà la première nuit sous tente, je vais étrenner mon super mini matelas sur un champ de cailloux par terre. O surprise ! Il s'avère impec et suffisant, et je dors bien. danseuse-ouighour.jpg

Toute la Chine vit à l'heure de Pékin, qui est à 2 fuseaux horaires à l'est de Kashgar, si bien qu'il fait jour de 6h30 à 22h30. Bien sûr, il y en a qui se lèvent dès 5h pour un départ à 8h. Un peu tôt pour moi, surtout qu'il fait frisquet et nuit.

Ce matin, dernier petit déjeuner normal, j'ai de délicieux gâteaux ouighours aux noix, spécialité locale. Ca compte dans mes 14000kcal ! Et je ne les porte pas.

Je porte ma tenue désertique, couverte de la tête aux pieds. Ca protège des ardeurs du soleil, je ne tiens pas à me tartiner de crème toutes les 4 heures.

 camp1.jpg

Me voilà sur la ligne du premier départ. Il était prévu 42km, mais on doit traverser des rivières et il a plu en montagne, le niveau d'eau est trop haut. L'étape est raccourcie à 32km, et on reprend la piste qu'on a fait hier en bus mais dans l'autre sens au lieu de passer dans les lits des rivières. Dommage ! Heureusement tout de même, c'est très beau. On commence par une partie encaissée entre les montagnes, ça monte et ça descend. Je vois Virginie partir vite devant moi, impossible de la suivre. 2 ou 3 filles me doublent. Rapidement, on me dit que je suis 5° femme. Moi, je vais à mon petit train-train habituel, sans forcer. Le sac est lourd et ce n'est pas agréable de courir, ce qui ne m'empêche pas de galoper dans les montées, comme j'aime ça. Je suis bien la seule. etape1-1.jpg

On sort de la petite chaîne de montagne pour arriver dans une grande plaine. Sur la droite au loin, une autre chaîne de montagne nous domine, avec quelques sommets enneigés qui émergent de-ci de-là, dans la chaleur environnante. C'est très beau.  On fera une vingtaine de km dans cette plaine, en empruntant des pistes ou pas de piste du tout, en traversant des lits de rivière secs ou pas secs, qu'il faut sauter avec un sac lourd sur les épaules. Le sol est aride, recouvert de tous petits buissons qui piquent. Heureusement, j’ai les jambes protégées.

isa-etape1.jpgJ'aperçois une grande tâche verte devant vers laquelle nous nous dirigeons, ça ressemble à une oasis, sûrement le village d'arrivée. Youssef me rattrape, on finit ensemble les 5 derniers km, avec le vent de face. Il a besoin de quelqu'un pour rester motiver. Je cours à un rythme régulier, alors qu'il alterne course et marche. Pourquoi marcher sur une petite distance de 30km si on peut courir ? Il pourrait aller beaucoup plus vite. Peut-être le poids du sac. Les coureurs sont maintenant bien espacés, et je suis bien la seule à ne pas marcher du tout.

maison.jpgVoilà le village. On le traverse entièrement. Les femmes sont assises devant leur maison de terre et font la vaisselle, il y a un robinet d'eau devant chaque maison. Un karez, canal d'irrigation, longe la route. Visiblement Youssef a hâte d'en finir, il demande à tout le monde en arabe où est la mosquée, entre musulmans n'est-ce pas, mais apparemment personne ne comprend. Moi non  plus, je me demande pourquoi il demande la mosquée. Il veut faire un arrêt prière ? Il est du Koweit. Pas du tout ! L'arrivée est à la mosquée ! Je n’ai pas vraiment retenu tout le roadbook, comme d'habitude !

On y arrive enfin à la mosquée de Youssef. On a avalé les 32km en 4h13, avec des épaules et des cuisses en compote avec ce fichu sac. Mais où est le campement ? O surprise, les tentes se sont transformées en maisons. Nous logeons ce soir chez l'habitant !

 

La maison ne paye pas de mine à l'extérieur. Elle paraît vraiment en terre. En fait elle est en briquesmaison-camp-2.jpg recouvertes de torchis. C'est très isolant, il n'y fait pas chaud du tout. L'intérieur est très spacieux. On accède à une très grande pièce, bordée de grandes et larges banquettes recouvertes de tapis. C'est là qu'on va dormir. Ma "tente" est dans une petite pièce attenante, avec le même principe de banquette. Il fait très sombre dans notre pièce. On y découvre... des matelas ! rangés dans un coin. Ils trouvent vite preneuse. On doit loger à 80 personnes dans cette case. La cuisine est une petite pièce sombre séparée, les propriétaires sont chargés de nous fournir de l'eau chaude. Les toilettes sont dehors, avec les vaches. C'est un trou à fond perdu, perché en hauteur. Je suppose qu'on récupère nos bouses, comme celles des vaches, excellent engrais et combustible. Comme nous sommes dans une maison, il y a un robinet d'eau devant. Ni une ni deux, je suis une des premières à penser en profiter, à me laver et surtout laver mes chaussettes, qui vont me faire une semaine. Dans le matériel obligatoire, il y a 2 paires de chaussettes. J'en ai une pour courir, et une paire de bas de contention de récupération. Je n’ai pas pris de savates pour l’après-course. Je n'ai qu'une paire de pompes. Dans la maison je me ballade pieds nus, et je remets mes baskets pour aller dehors. Presque tous les autres ont des savates.

En défaisant mes chaussures, je m'aperçois que j'ai une ampoule sur un orteil. Moi qui n'en ai jamais. Je ne l'ai pas sentie du tout en courant. Je la soigne, et je ne la sentirais pas du tout du reste de la course. Comment a-t-elle bien pu apparaître, puisque je n'ai rien senti pendant toute la semaine ?

J'ai largement le temps de déguster une délicieuse purée. Ca a l'air bien meilleur que les plats lyophilisés spécial expédition des autres, ils mangent tous la même chose. Puis c’est l’heure de la sieste très agréable dans la fraîcheur de la case en écoutant de l'opéra. Je dois bien être la seule à écouter de l’opéra sur le Gobimarch !

Je m’octroie une petite promenade interdite dans le village, on n'a pas le droit de sortir du campement normalement. Vais-je choper une pénalité ? Le bouquet : l'organisation a bien précisé que les villages ne sont pas sécurisés, il ne faut pas y aller, et surtout pas une femme seule. Même pendant la course, les coureuses doivent traverser les villages accompagnées de coureurs, jamais seule. En fait, les gens sont hyper gentils, souriants et accueillants. Ils sont musulmans, il ne faut simplement pas se promener en tenue dénudée. Je n’ai jamais craint pour ma sécurité !

 

Je suis étonnée de voir que presque tout le monde est équipé en raidlight, venant du monde entier. L'équipement français est reconnu partout !

Comme j'ai toujours des frottements avec les sacs, c’est mon éternel point faible, je me suis bardée d'élastoplaste dans le dos et au niveau de la ceinture. Mince, ça frotte quand même. J’en remets une couche.

A toutes les arrivées, nous sommes accueillis par les tambours ouïghours. C'est sympa. Ils ont un rythme particulier.

Ce soir, soupe à la chapelure au menu. C'est super bon. Je fais des envieux. C'est l'heure d'aller se coucher dans ma maison en terre, sur les tapis et un bon matelas pour ce soir.

Demain, 39km au menu.

 

Avant, place au petit déjeuner d'oléagineux, mes noix et noisettes et amandes mixées. Ca intrigue tout le monde, et tout le monde veut la recette ! C'est calorique et plus léger que leurs plats lyophilisés, dont paraît-il le petit déjeuner est infect. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je ne les ai pas choisis.

 

etape2-1.jpgLa première partie du parcours est plate, avec toujours quelques sommets enneigés au loin. On croise quelques maisons kirghiz isolées, avec des moutons. Puis on entre dans une zone vallonnée, toute rouge. C'est magnifique. Je rattrape Cécile. C’est la rédactrice en chef du magazine Running pour Elles.

On traverse plein de petites rivières sèches très encaissées, c'est plein de petits canyons. Ca monte et ça descend tout le temps. Ca me plaît bien.

Ca y est, je quitte cette portion pour atteindre un large lit de rivière asséché, qu'on va descendre pendant un bon bout de temps. C'est un faux plat descendant, très caillouteux. Ca me va bien d'y courir, alors que beaucoup y marchent. Je double Emilie.

On rejoint une route, qui monte vers un col, puis redescend vers une autre vallée, avec une nouvelle large vue. Il y a un rocher avec un trou dedans qui le traverse. C'est beau. Emilie me redouble. Je ne force pas pour la suivre.

Dans la vallée, on aperçoit une oasis verte : notre village d'arrivée. On longe un gros karez avant d'arriver au campement, à la limite du village, au son des tambours. Je termine en 5h30, toujours 6° féminine.

J'ai trouvé l'étape plus facile que la veille, tout simplement parce que le sac est un peu plus léger. Les cuisses ne me tirent plus. etape2-3.jpg

 

Le campement est dans un champ moissonné. La tente est sur un terrain plein de petits creux et bosses. Il faudra s'y faire.

Il est interdit d'aller se baigner dans le canal qui passe juste devant le camp. Quel stupide règlement!

Je m'octroie ma petite sieste musicale, qui deviendra un rituel quotidien, bien qu'il fasse très chaud sous la tente l'après-midi, surtout avec le fameux décalage horaire dû à Pékin.

Les lieux d'aisance valent leur pesant d'or. C'est un trou rectangulaire. L'endroit est entouré d'une bâche. Malheureusement, il y en a qui ne savent pas les utiliser, et qui visent mal. Bref, il y en a rapidement partout, et surtout pas dans le trou adhoc. Et il y en a qui ont l'air d'avoir des soucis digestifs... Heureusement, il y a un préposé ouighour, chargé de nettoyer et de mettre de la sciure régulièrement, voire de creuser un nouveau trou et déplacer les "murs". isa-etape2.jpg

Je comprends que dans le fameux règlement, il soit interdit de rentrer sous les tentes avec les chaussures. Question d'hygiène !

En outre, il n'y a pas de douche dans notre "camping". Il faut se laver avec des lingettes. Pas très écologique tout ça.

Mon matelas s'avère efficace sur le sol bosselé. Ceux qui n'ont rien souffrent vraiment et ne dorment pas.

Comme le volume du sac se modifie tous les jours, dans le bon sens puisqu'il s'allège, j'ai tous les jours de nouveaux frottements qui apparaissent. Je rajoute donc consciencieusement de l'élastoplaste tous les jours. Je vais finir comme une momie ! Pas très agréable.

etape2-2.jpgAvec Marta, nous voyons soudain un coureur qui s’allonge par terre au milieu du campement. Marta a le réflexe immédiat d’appeler un médecin. Le gars est en train de faire un malaise.

 

Aujourd’hui 3° étape : 36km au menu du jour avec un dénivelé de + 1200m à se mettre sous la dent. Ca me va.

On traverse tout le village, avec tous les robinets d'eau devant chaque maison... On quitte le fond de la vallée, ça monte un peu, des escaliers, un énorme tuyau à franchir avant d'arriver à un autre village. Le coin est bien irrigué, donc habité. De plus dans la vallée, il y a un balai de camions. Une mine dans le coin peut-être ? On ne voit pas de campement de mineurs en tout cas. chameau-ane.jpg

On traverse une propriété privée. Ce sont des vignes. Le raisin est une des spécialités de la région. Les vignes sont grimpantes, ça ombrage le chemin. Un homme est en train de dépecer un mouton, autre spécialité de la région. Il finira en brochettes, avec du riz pilaf et des carottes jaunes. mouton.jpg

On abandonne définitivement la vallée, et c'est une succession de petits canyons qu'il faut maintenant franchir. Ca monte et descend sans arrêt, avec des pentes fortes, mais courtes. C'est très caillouteux, sous forme de pierriers instables et de petits buissons épineux. J'impressionne tout le monde dans les descentes. Ils ont tous la trouille. Le soir on me demande même ma technique de descente.

etape3-1.jpgOn rejoint une route, qu'on longe sur une piste par une longue montée qui a l'air d'aller jusqu'au sommet de la petite chaîne de montagnes où nous sommes maintenant. Les sommets sont très découpés. C'est toujours superbe, avec des couleurs ocres. Le campement est à 2500m d'altitude, tout en haut, c'est le point le plus haut de la course.

Je termine de nouveau 6° en 5h36, ce sont toujours les mêmes filles devant.

 

Le camp est dans une combe près des sommets peuplés de chèvres. Cette fois, il n'y a aucun village dans le coin. C'est super beau. En tout cas les ouighours sont emballés. Ce soir, ils sortent la flûte en plus des tambours et entament une danse endiablée. Ils aiment beaucoup danser. Ca ne les gêne pas qu'il n'y ait que des hommes pour danser. Ils se déplacent lentement en écartant les bras. etape3-2.jpg

Mmmmh ! J'ai des chips au menu aujourd'hui. Il faut bien atteindre les 2000kcal par jour.

Et toujours la petite sieste à l'opéra. Comme nous sommes en altitude, il ne fait pas trop chaud dans la tente. Je suis toujours la 4° à arriver dans notre tente. Il y a Mo qui est 2° au scratch, Virginie qui est un peu devant moi, et Tom. Les autres arrivent bien après, on est donc au calme pour la sieste.

Les frottements du dos empirent et les douleurs aux épaules s'estompent avec le sac qui s'allège. Mais tout ça ne me gêne pas. Un peu plus d’élasto et tout baigne. etape3-3.jpg

Demain : 42km

 

camp4.jpgNous voici à la 4° étape. Elle sera magnifique.

De notre camp d'altitude, on monte jusqu'au col qui n'est pas loin. On dépose nos sacs pour un aller retour. Il n'y en pas beaucoup par terre quand je dépose le mien, je fais en sorte qu'il soit facilement reconnaissable au retour, car on a presque tous des raidlight, tous de la même couleur. On s'engage dans une gorge étroite aux parois verticales. Il faut passer quelques échelles. Puis on attaque une portion très raide avant d'arriver en haut. C'est sympa, on croise les premiers. Anne-shipshon-arch-etape4.jpgMarie l'allemande est toujours 4° au scratch ! Impressionnante. Il faut juste leur laisser la priorité dans l'étroit passage. On monte jusqu'à Shipton Arch, un énorme trou dans la roche qui fait une arche, comme son nom l'indique. Le demi tour est au pied du trou. Un coup d'oeil de l'autre côté : une paroi verticale qui semble descendre jusque dans la vallée. Fabuleux. Dommage, je ne m'attarde pas. Ca en vaudrait le coup. Je redescends rapidement. Je croise tous les autres coureurs qui me laissent passer. Et naturellement, impossible de retrouver mon sac du premier coup, il y en a plein maintenant. C'est malin. isa-etape4.jpg

On suit désormais la ligne de crêtes. Magnifique. C'est très escarpé, avec toujours une succession de nombreuses montées et descentes, pentues et plus longues que la veille. Quel admirable terrain de prédilection pour moi ! Je me régale. Je double Virginie, et plein de mecs, avec ou sans bâtons. Ah, voici Nahila la mexicaine. Elle est tétanisée par le vertige en haut, sur un passage qui ne pose aucun problème. Je ne peux rien pour elle toute seule. Je demande derrière de la prendre à 2, un devant, un derrière. C'est comme ça qu'elle arrivera à passer.

On croise de temps en temps une ferme kirghiz isolée, avec les moutons et les chèvres.

etape4-1.jpgMe voici en haut de la dernière crête, surplombant la vallée. Commence alors une longue descente. Tout d'abord toujours sur un sentier en crête, puis en rejoignant un fond sec de rivière qui s'élargit. Il n'y a plus de sentier, il faut passer dans les cailloux. Je suis à l'aise sur ce terrain, je saute de pierre en pierre pendant une dizaine de km sans me lasser. Je dépasse Emilie avec ses bâtons. Elle marche. Et d'ailleurs je dépasse tout le monde, enfin, il n'y a tout de même pas foule.

Le CP est tout en bas dans la vallée. On y arrive perpendiculairement à une rivière dont le lit est très large, avec plusieurs bras. Allez, c'est parti pour quelques bains de pied. L'eau qui arrive des glaciers est marron, l’érosion est importante. Je franchis les bras prudemment car on ne voit pas du tout le fond. En face sur la berge opposée, on débarque dans un village. Attention, rappelons la recommandation de l'organisation : les filles ne doivent pas traverser les villages seules. Je suis seule et je me sens très bien. Je n’hésite pas même à faire une petite halte dans le village. Je m'installe sur un tronc d'arbre à l'ombre pour essorer mes chaussettes. Emilie en profite pour passer, puis Nahila, ressuscitée. Enfin pas tant que ça, car je le reprends dans les champs à la sortie du village. Elle a l'air épuisée. Le sol est plein de sillons et n'est pas facile.

On longe le lit de la rivière, c'est plat pour la portion finale. On arrive sur une piste, avec des chantiers qu'on traverse.  Je croise un bus plein... de coureurs ! Ah, on prend le bus à l'arrivée ? Et soudain une petite tente apparaît au détour d'un virage. C'est là ? Eh oui. On aurait dû normalement traverser encore la rivière une fois avant l'arrivée, mais il y a trop d'eau. Donc, arrivée surprise anticipée.

J'arrive 1 minute après Emilie. Nahila n'est pas loin derrière. Tiens, c'est au tour de Virginie de se pointer. Si bien qu'aujourd'hui je termine 4°, en 6h51. Devant il y a Anne Marie l'allemande, Stéphanie la canadienne et Emilie l'anglaise. Quant au scratch, de 28° le premier jour, j'ai gagné des places tous les jours suivants, et je suis 18° aujourd'hui.

  etape4-2.jpg

Notre bus arrive, on embarque jusqu'au camp. Cette fois nous sommes près d'un cimetière. Toutes les tombes sont évidemment tournées plein ouest, vers la Mecque,.

J'ai toujours le temps de profiter de l'après-midi pour bien me ravitailler, et faire la sieste.

Il m'est maintenant impossible d'avaler les gélules de sel en course. J'ai toujours du mal à avaler les pilules en temps normal, mais en courant, ça ne passe plus. Déjà, j'en prends beaucoup moins que ce qu'il faudrait, et je les prends parce que je les ai et que c'est obligatoire. N'empêche, on était sensé être contrôlé là-dessus, et on n'a pas été contrôlé du tout. Donc je mords dedans. Beurk, c'est comme si je m'enfilais une petite cuillère de sel d'un coup. Mais ça passe bien.

La plupart des coureurs commencent à fantasmer sur la nourriture en ingurgitant leur plat lyophilisé d'expédition, ce n’est pas bon et … problèmes de digestion. Pendant que je me régale de ma purée et fais des envieux. Je ne regrette vraiment pas mes propres menus.

D'ailleurs rien ne me gêne, ni dormir sur mon mini matelas, ni ne pas me laver, ni ne pas changer de chaussettes, ni les repas. On transpire peu avec ce climat sec. Donc je trouve qu'on ne pue pas beaucoup. Rien à voir avec une arrivée du grand raid...

Le coin des ordinateurs est toujours pris d'assaut pour les gens qui ne peuvent pas se passer de leur blog et de leurs mails.  Je préfère couper du monde informatique pendant une semaine. Profitons du désert et du camping !

Demain c'est la "longue marche" de 75km.

 

La journée commence par un transfert en bus de 2 heures. Un coureur de ma tente se débarrasse de ses lyophilisés expédition en surplus, qu'il ne veut plus porter. J'hérite d'un poisson - purée pour le p'tit déj. Cela s'avère mangeable et pas si mauvais, même si la purée est sous forme de croûtons. Ma Mousseline reste bien plus agréable. Le sachet fait 800 kcal, ça cale.

On part d'un village à 10h, heure de Pékin, donc 8h au soleil, mais 2 heures plus tard que d'habitude. Voilà qui nous promet de la chaleur en perspective.

On emprunte une piste qui se dirige droit vers la chaîne de montagnes enneigées qui nous domine, dans la vallée. Une beauté.

etape5-chameaux.jpgTiens, des chameaux font trempette dans une mare. Ici, ce sont de vrais chameaux, avec les deux bosses réglementaires. Bien qu'on ne soit pas dans la partie sableuse du désert, qui n'est au demeurant pas loin, on en rencontre régulièrement.

La piste monte vers le CP1. Paméla l'américaine me double. Je la vois de temps en temps en début de parcours, et je la redouble systématiquement rapidement. Je ne comprends pas comment elle court, car elle paraît plus rapide que moi, mais ça ne dure pas. Dans la montée elle court, alors que je marche.

Quelques traversées de canyons se succèdent, montées et descentes. Je suis avec l'équipe des chinois. Puis c'est une montée douce. J'ai Nahila en vue. Elle n'avance pas vite par rapport aux jours précédents, et la distance nous séparant s'amenuise doucement mais sûrement. Je la rejoins au niveau de quelques maisons. Un vieux monsieur sur son âne avec deux petits marmailles qui piquent les petits drapeaux roses de notre balisage nous regarde passer, placide et souriant.

Je mange une barre juste avant le CP3, c'est mon premier  repas, et un peu de jambon sec que me proposeisa-etape5.jpg Nahila. Elle veut absolument rattraper Emilie, et demandera son avance à tous les CP. Elle est passée de 3° au classement général à 5° en deux jours, et n'a pas l'air de l'encaisser. N'ayant pas le même objectif, je cours bien plus détendue qu'elle. Elle me demande mon âge, visiblement inquiète que je puisse lui ravir encore une place. Mais je suis plus vieille, ça la tranquillise de ce côté-là, car visiblement elle cherche le podium par catégorie, le scratch lui échappant définitivement. Mes cheveux blancs ne lui font pas d'ombre. Certes, je suis la première vétéran depuis le début de la course.

On descend maintenant dans le lit sec d'une rivière, que des cailloux. La pente est très douce. Je cours sans effort, et pars devant Nahila qui n'aime pas les cailloux. On quitte la rivière, ça descend toujours doucement, il n'y a plus de chemin, juste toujours des cailloux et des petits buissons qui piquent, et les petits drapeaux roses plantés dans le sol, pour ne pas se perdre.

etape5-2.jpgLes montagnes se sont rapprochées, les sommets sont dans de noirs nuages maintenant. Et voilà le tonnerre qui se met de la partie.

J'atteins une route et l'entrée d'un village. Ca monte. Je marche et Nahila me rattrape et me dépasse.

Le tonnerre s'est calmé, mais quelques gouttes arrivent. On est sensé être dans un désert ! Au moins, on évite la chaleur.

En haut du village, on quitte la route pour prendre une piste qui descend tout droit vers la vallée, sur des km et des km. Absolument tout droit.

Le village et sa verdure sont maintenant derrière. On retrouve un paysage très sec. Bref, mes éternels cailloux. Mais la piste est bonne. Toute droite. Ca descend, c'est facile.

etape5-1.jpgJ'arrive au CP5. Il y a des lits de camp pour ceux qui arriveront cette nuit. Nahila rend l'âme. Elle comprend qu'elle ne rattrapera pas Emilie qui est apparemment 10 minutes devant. Je la largue définitivement.

J'ingurgite une deuxième barre. C'est tout ce que je mangerai de la journée. Ca me suffit. J'ai sous la main du chocolat en poudre et mon mélange de noix, mais je n'en aurais pas besoin. Ce sera pour ce soir.

Nous longeons un karez souterrain. Les glaciers qui l’alimentent ne sont pas si loin. On voit régulièrement les bouches de contrôle, tuyau vertical qui sort de terre. Ca meuble la monotonie de la descente.

Je passe une station de pompage, il y a des digues de cailloux à franchir. Et c'est reparti pour la descente régulière. La vallée se rapproche inexorablement.

Un fort vent se lève, venant de la gauche, accompagné d'un énorme nuage de poussière. J'ai l'oreille gauche rapidement pleine de poussière. Et aussi plein les yeux, même avec les lunettes. Et voilà la pluie qui s'y met. Des gouttes énormes, heureusement parsemées. Mon oreille gauche se remplit d'eau. Tout mon côté gauche est humide, et mon côté droit est complètement sec, avec le vent.

Ca y est, je suis dans la vallée, très large. On la longe. La pluie cesse, le vent faiblit et je l'ai dans le dos maintenant. Que du bonheur, avec en plus un faux plat descendant. Et toujours le karez qui m'accompagne. Depuis que j'ai quitté Nahila, je suis seule.

Je m'approche d'une zone irriguée et cultivée. De jeunes peupliers sont plantés. On en trouve dans toutes les oasis. Ce bois est très utilisé. Je rejoins une route, qu'on longe dans un lit de rivière. J'arrive au Cp7, le dernier de la journée. Il reste 7km de piste. On voit bien au bout les arbres qui indiquent un village d'arrivée, au pied d'une petite colline ocre. Je cours toujours les derniers km, sans peine. Voilà un coureur qui me rattrape. Je ne l'avais pas entendu arriver. Je n'ai pas grand chose à lui dire, il a ses écouteurs dans les oreilles. J'ai horreur des gens qui courent avec leurs écouteurs et qui ne font aucun cas des autres. Il a visiblement du mal à courir et s'il m'a rattrapée, je le laisse rapidement en plan, simplement en gardant mon allure régulière.

Ca y est, j'arrive aux premiers champs. Du blé ! Il est vrai que le pain et les nouilles sont la base de l'alimentation des ouighours. Et des moutons aussi, également base de l'alimentation.

J'entends les tambours. J'y suis. Non, pas tout à fait, il faut franchir un cours d'eau à gué juste à la banderole d'arrivée. Je m'octroie un détour de quelques mètres où il est large juste d'un pas plutôt que de sauter. Pour les suivants, une planche aura été installée.

 

Le campement est paradisiaque. Une belle étendue d'herbe, ombragée par de grands arbres. Et le ruisseau devant. Voilà une bonne baignade en perspective. camp6.jpg

Il est 20h20, j'ai donc mis 10h20. Quand je pense que j'ai fait mon dernier 75km en 15h. Evidemment, c'était le Caldeira Trail avec la montée du Tremblet, rien à voir ! Je termine 5° et 19° au scratch.

Comme il fait jour jusqu'à 23h, j'ai largement le temps de déguster mon chocolat, et de me laver dans le ruisseau, les fringues avec.

Les coureurs arriveront toute la nuit, et les derniers le lendemain matin. On a donc le droit aux tambours toute la nuit, mais je m'en moque, mes bouchons d'oreilles sont efficaces, et la tente se remplit progressivement, jusqu'au dernier. Car dans notre tente nous avons quelques bons, on aura 4 podiums au final, mais on a aussi le dernier.

 

Comme on attend les derniers le lendemain matin, il n'y a pas d'épreuve le lendemain. Toute une journée à neetape5-kulum-mountains.jpg rien faire ! Pour moi c'est dommage car je repartirai bien. J'ai mon opéra pour meubler. Je ne peux résister à un tour dans le village, ce qui est bien sûr interdit. J’y retrouve les coureurs de l'équipe chinoise. On mange des mûres, des fruits frais ! Ce n'est pas la même variété que celles de mon jardin. Les chinois peuvent parler en chinois avec les villageois ouighours, et une dame nous invite à rentrer chez elle. Elle nous donne du yaourt maison. Quel délice ! Il y a un bol plein. On me l'offre en premier. Puis je le passe au suivant. Mais politesse chinoise oblige, personne ne se décide à le prendre, ils se renvoient tous la balle. J'ai l'air malin à essayer de leur refiler le bol, dont ils meurent d'envie. Il finit par circuler pour tout le monde. Je n'ai pas compris comment a été choisi l'ordre des bénéficiaires.

Une journée complète au camp, inutile de préciser l'état des toilettes... Apparemment, les lyophilisés n'ont pas l'air de réussir à tout le monde...

Le soir, surprise, nous avons le droit à un arrivage de pain frais et de pastèque. Le pain ouighour est délicieux. Il se présente sous la forme d'une grande galette avec des épices, si bien que même sec, c'est un délice. Et la pastèque, n'en parlons pas !

Les médecins trimbalant une balance, j'en ai profité pour me peser. Ils nous avaient promis un amaigrissement garanti. Que nenni. Je suis toujours constante, au gramme près. 2000 kcal par jour, c'est trop pour moi !

Demain, ce sont les 15 derniers km.

 

J'ai décidé de faire ces derniers km à un bon rythme, le plus régulier possible. Le sac est maintenant léger puisqu'on a tout mangé. Mais il me frotte toujours à de nouveaux endroits. Quelle plaie ! Et un sac vide de 40 litres, ce n'est pas forcément la panacée. Même si le raidlight a des systèmes de réduction de volume.

Les 15km traversent un village. Mais on ne le sait pas à l'avance. Immense village. Ou petite ville ? Je ne sais pas. On ne sait pas trop où on est.

On part à 9h ce matin, donc grasse matinée.

Tous les villageois sont sur le pas de leur porte, à nous encourager et nous applaudir. C'est sympa. Nous emprunter une longue rue toute droite, c'est goudronné. Les maisons de terre sont disséminées. Les canaux et les peupliers bordent la route. Puis on traverse une rivière sur une piste. C'est le seul endroit où ça monte... de quelques mètres. Et on reprend la ligne droite de l'autre côté.

Je dépasse rapidement Nahila. Crevée la cocotte. Par contre Paméla me dépasse aussi rapidement. Elle est beaucoup trop rapide pour moi sur le plat. Je pense qu'elle aurait pu faire beaucoup mieux les jours précédents. Je laisse aussi Cécile derrière.

Je fais route un bon bout de temps avec Fabrice, et voilà qu'il stoppe soudain. Il s'est tordu la cheville ! Sur la route goudronnée toute plate et à quelques encablures de l'arrivée.

En traversant la rivière, je rattrape Stéphanie. Ca alors ! Elle a toujours été loin devant, elle est 2° au classement féminin. Mais elle est archi crevée, et sa 2° place ne craint rien.

isa-etape6.jpgLa foule est de plus en plus dense sur le bord de la route, et les clameurs plus présentes. Maintenant, place aux tambours. Quoi ? C'est déjà l'arrivée ? Déjà fini ? Moi qui ne suis pas fortiche sur les 10km, je n'ai pas vu passer ces 15 là.

Une haie d'honneur d'enfants en habit d'apparat nous accueille à l'entrée de l'école.

J'ai mis 1h35, ce n'est pas mal du tout avec 250km dans les pattes, et je suis 5°.

 

C'est la liesse à l'arrivée. Surtout ça se succède sans arrêt avec cette petite distance, pas du tout comme les jours précédents. Du coup c'est très convivial.

Première chose que je fais une fois la ligne franchie : j'arrache mon rouleau d'élasto avec impatience. Ah, un peu plus de liberté !

Après une semaine de diète, la table est pleine de pizzas chinoises et de pastèques. Et de la bière ! De quoi m'égayer à l'arrivée !

Beaucoup de coureurs se drapent dans leur drapeau national pour les dernières foulées. J’avoue que n'aurai jamais penser à porter le drapeau français pendant une semaine pour franchir la ligne finale.

Franck, un français, fait sa demande en mariage à sa dulcinée venue l'accueillir sur la ligne d'arrivée, elle est chinoise. Avec la bague s'il vous plaît.

Pendant que les arrivées continuent, les enfants nous offrent un spectacle de chants et danses. Moi, je sirote ma bière.

 

podium-isa.jpgEt voilà. Retour en bus à l'hôtel à Kashgar dans la foulée. Et une bonne douche ! Et des fringues propres et normales ! Marta me tartine de crème mon dos à vif, elle n'en croit pas ses yeux. Elle, elle n'a rien, pas le moindre petit frottement.

La seule commodité de notre hôtel **** réside en son sauna. Je désire en profiter, mais pas de chance, il est justement hors service. C’est un hôtel chinois…

 

Pour finir, je termine donc 6° au classement féminin, 20 minutes derrière Nahila. Et 19° au scratch, les trois devant moi étant des demoiselles. Et 1° vétéran. Ca me va très bien. Il paraît que le niveau féminin était très relevé pour cette édition

 

En récupération de cette semaine et de ses 250 petits km, j’enchaîne sur une randonnée de 554-muztagh-ata-and-karakul.jpg jours au camp de base du Muztagh Ata, qui culmine à 7700 mètres. Je monterai à 4500 mètres, histoire de me reposer… Eh oui , j’ai un chameau pour porter mon sac, un guide qui me prépare des petits plats frais et un bon matelas en peau de mouton dans les yourtes kirghiz !

Recette du thé kirghiz : thé noir, sel, lait de yack. Délicieux !

 

Je remercie Logistisud, HCe, IDEA, STESI, Nestlé qui m’ont aidée à réaliser ce projet.

 

Isabelle

 

 

Published by Isabelle Dufour - dans Récits de courses
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